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LES MAQUILLÉES D'AVANT-SCENE

One bbnne Epis, que faut-il penser du maquillage ? De loin, passe encore, mais de près! cela reste 'trop aux lèvre?, comme si on avait embrassé un maçon. « Aussi, que d'empoisonnements par la poudre de riz!... Comment un parfumeur u'j-l-il pas encore songe a mêler au moins à cet engin de toilette quelques substances salutaires! On aurait dçs femmes a la rhubarbe, ou au séne... D'un même coup, se trouveraient concilies l'amusement des enfants et la tranquillité des familles.

UN monsieur.

Oui, pour rien au monde, ne voudi

ait

manquer une première reprcsenialion.

dè.dèle. — Au fond on n'est pas plus courtoise; et ce n'est qu'au premier moment qu'on a cet air de parler au peuple du haut de son balcon de la tue Caumartin.

Combien ont le banc de cor a...

choué sur

NIHISSE ! — iVe'8e et èbène; « mais que nous avons donc l'air mélancolique aujourd'hui! nos bottines nous feraient - elles souffrir' »

l.ÉONI E ELLE-MÊME.

« Au moins , moi , je sens quelque chose la I »

ANDRÉ CUÉNIER. •

\ LA SORTIE. Une belle scène à la lin, n est-ce pas? —

Je ne sais pas, je mettais mon paietot. — C'est au moment où Cattanéo tue Bombaldo pour épouser la fille de Maitéo, c'est-àdire où Rombaldo tue Cattanéo... à moins pourtant que ce ne soit Mattéo qui. ..Après tout, cela m'<st bien ésal !

— Mais, interrompit-elle en souriant, de quelle cohue parlez-vous? Il n'y reste plus personne. »

Le mari ajouta finement : « Z'est pas la peine de se térancher, z'il n'y a bersonne à foir ! »

Personne à voir! Cet Alsacien est ineplc, décidément. Tu ne comprends donc pas, ô tonneau de choucroute, que l'absence de tous nos grands hommes centuple l'intérêt de ces réunions? Si les vrais politiques, les vrais philosophes, les vrais savants, les vrais artistes, les vrai, écrivains ou même les vrais riches (c'est pourtant bien peu de chose) étaient rassemblés sous une coupole, nous n'y serions pas chez nous, mais chez eux. La salle des Hannetons Fantastiques ne serait plus une bonbonnière, mais une académie, un prylanée, un panthéon, un olympe! De quel front te dirigerais-tu vers ton fauteuil d'orchesîre, si tu risquais d écraser en passant le chapeau de M. Viennet ou les augustes cors de M. Cousin? Oserais-tu pouffer de rire aux cascades de M. Léopold, si tu sentais à ta droite l'illustre coude d'un Poreire, et à ta gauche le genou intéressant d'un Rothschild? Tu te ferais tout petit et tu te replierais en toi-même, do peur de froisse* des hommes dont la personne vaut un louis d'or le brin, comme les plumes du chapeau de Mascarille.

» Madame, répondis-je à Marguerite, le petit monde qui s'intitule en français Tout Paris et en argot le Paris des premières est quelque chose de léger, de pétillant, de fumeux et d'insaisissable comme la mousse qui couronne un verre de vin de Champagne. Nos chimistes les plus illustres, depuis Lavoisier jusqu'à Berthelot, ont vu de loin ce composé bizarre, personne encore ne l'a soumis à l'analyse. C'est une association de quatre ou cinq mille personnes, ramassées par le hasard, réunies par un coup de veut, mais plus difficiles à disperser, plus solides au posle que les 40,000 hommes de la garde impériale.

» La Société possède en commun quelques immeubles célèbres : le bitume du boulevard des Italiens, l'allée qui contourne les lacs du bois de Boulogne, la bande de gazon où se rangent les voitures, autour de tous les champs de courses ; un trottoir des Champs- Elysées; la perron de la Conversation à Bade. Ses revenus sont mal définis : on parle d'un passif considérable chez les carrossiers, les couturières et les tailleurs; cependant l'or sonne dans toutes les poches, et, partout où l'on va, les pourboires tombent drus comme grêle. Les avanls-scènes, occupées par ce public spécial, coûtent toujours dix louis ou zéro centimes : pas de milieu. Mais que la loge soit donnée ou vendue, on loue toujours un petit banc le double de ce qu'il a coûté dans son neuf.

» Cette foule ae compose d'éléments très-divers, mais on peut, à vue de pays, la diviser en quatre catégories : les aspirants, les déclassés, les viveurs et les observateurs.

» Les aspirants sont ceux qui voudraient bien être célèbres, ou millionnaires, ou simplement préfets de première classe, sans qu'il leur en coûtât aucun travail. Les uns espèrent ramasser une idée dans la foule comme on ramasse une épingle dans le vestiaire d'un grand bal. Le fait est que les Parisiens, gent prodigue et distraite, sèment plus d'idées dans les couloirs pendant un seul entr'acle qu'il n'en faudrait pour remplir cinq actes et demi. L'aspirant dramaturge se promène autour de la salle comme un glaneur de poudre d'or autour d'une mine en exploitation. Il se flatte qu'après une récolte heureuse un hasard obligeant lui fournira l'occasion d'emmancher une affaire avec M. Grangé ou M. d'Ennery.

Dans celle généreuse pensée, il souhaite mal de mort à la pièce qui se joue : « place aux jeunes, morLlcu ! » Il sifflerait de bien bon cœur, mais il se borne à murmurer en haussant les épaules, car l'auteur qui le connaît sans savoir d'où, lui a donné un billet sans savoir pourquoi.

» Son voisin, autre aspirant, vise plus directement au solide. C'est un jeune homme propre à tout, comme tous les batteurs de boulevard. Donnez-lui un emploi de secrétaire général dans les charbons, les chiffons ou les fritures; nomrnez-le directeur d'un théâtre sub-

ventionné, ou préfet dans la banlieue, ou receveur général sur une grande ligne de chemin de fer, il est prêt à tout et même propre à tout. C'est la peur d'entamer son aptitude universelle qui l'écarté du travail et de la spécialilé. S'il était parliculièrement capable de quelque chose on croirait qu'il n'est bon qu'à cela et le champ ouvert à son ambition ne serait plus illimité.

» Mais quelles occasions cspèrc-t-il rencontrer au théâtre des Hannetons fantastiques ? Toutes ! ou du moins cent fois plus qu'il n'en pourrait trouver dans les salons ou da is les antichambres. Aborder un financier ou un homme d'État dans son cabinet, c'est prendre le taureau par les cornes. Il est sur la dcf;nsive, armé de pied en cap conlre les gentillesses du solliciteur. L'altaquer dans le monde, au milieu d'un grand bal ou d'une réception officielle! C'est cent fois pis. Allez donc amadouer un homme qui bâille intérieurement loin de sa maîtresse, auprès de sa femme, au milieu d'un océan sirupeux de compliments, de banalités et de sottises !

Dans ces occasions, le riche financier ou le grand homme d'État ne montre pas les cornes : il est trop bien élevé ! Mais dès le premier mot qui sent la pétition, il se hérisse de petites pointes imperceptibles et qui s'y frolte s'y pique. Mieux vaut donc mettre à profit le décret de la Providence qui a permis que tous ces gros messieurs fussent doublés d'autant do jolies filles : on les a par leurs amies, qui font l'ornement de Tout Paris.

» Or, tandis que les jolis aspirants débitent des fadeurs et des marrons glacés, dans les loges semi-officielles, un nombre égal de jolies aspirantes, assises au balcon et à la galerie couvent cinq ou six têtes de l'orchestre, aussi chauves que des œufs d'autruche. Ces enfants ont encore leurs dents et leurs cheveux; mais la voiture à huit ressorts et les diamants ne leur sont pas encore venus. Chacune d'elles met sa candeur en étalage et sourit innocemment à l'avenir, mais si l'on pouvait appliquer l'oreille à la porte de ces jeunes cœurs, on entendrait une grosse voix qui crie : « Où est-il le sénateur, le vice-amiral, l'agent de change qui me changera de chrysalide en papillon? Est-ce que je ne vaux pas ce vieux pastel de X..., ou cette grosse poissarde de Z..., ou la fameuse Y..., qui a complété depui9 plus de vingt ans sa troisième dentition ? A l'injustice ! On n'arrive que par rang d'ancienneté, dans cette bicoque de Paris!... »

» Mon ami Cob, le gros sportman, compare ce coin du monde à une enceinte de pesage, où l'on rencontre pêle-mêle les jockeys en casaque fraîche sur des poulains ardents et pressés de courir, et les coureurs crottés, démontés, fourbus, rompus. Les déclassés jeunes ou vieux (il y en a de trente ans) sont pour un bon quart dans la foule. Les dramaturges qui ont eu la vogue, les journalistes qui ont eu de l'esprit, les financiers qui ont eu du crédit, les iemmes qui ont été à la mode, les artistes qui ont eu du succès, les directeurs qui ont eu un théâtre, les gentlemen-riders qui ont eu des chevaux, en un mot tous ceux que la roue de la fortune a déposés à terre après les avoir élevés, finissent rarement leurs jours dans la rivière. Ils aiment mieux se replonger dans ce tourbillon joyeux et bienveillant qu'on appelle Tout Paris. Ils y trouvent un regain de distractions gratuites, de poignées de main machinales, de bonnes fortunes roodesles, mais tolérables; ils y découvrent même de temps en temps quelques louis à emprunter. On dirait que cetle cohue, qui se sent vivre au jour le jour, aime, à se rattacher au pissé par quelques liens fragiles. Les hommes ont une certaine considération et les femmes un certain bon vouloir pour ceux qui ont été quelque chose. On leur livre l'amour et l'amitié à des prix de faveur, comme à d'anciens clients avec qui l'on ne veut pas rompre; car enfin, ils ont contribué peu ou prou à la prospérité de la maison. Cette faveur est si manifeste que plus d'un malin l'a exploitée à son profit : on a vu de faux déclassés, qui n'avaient jamais appartenu à aucune classe, et qui se recommandaient (fort utilement, ma foi !) de disgrâces imaginaires. «Ce scélérat de V. m'a volée indignement, disait M"" S. S. Il s'est fait présenter chez

LA VJE PARISIENNE

moi comme sous-préfet destitué, et il n'a jamais été que clerc de notaire en province ! »

» Autant ce monde est envieux, impitoyable, atroce avec les gens qui le dominent de trop haut et ne prêtent rien à mordre, autant il est tolérant et bon pour ceux qui lui ont laissé prise par quelque endroit. La naissance, la beauté, la fortune, le talent même, ce crime irrémissible que la mort seule fait excuser, on vous pardonnera tout, dès qu'on a le droit de vous plaindre ou de vous mépriser légèrement. Rachetez votre supériorité par quelque honte ou quelque misère; tout Paris vous acquittera. Il n'est pas exigeant, il ne demande pas l'impossible ; il ne veut que le droit de dire en parlant de vous : ce pauvre un tel ! Soyez trompé par votre femme, ou passez vos nuits à jouer, ou buvez assez d'eau-de-vie pour avoir le nez rouge, ou perdez l'habitude de vous laver les mains, ou simplement volez un billet de cent francs de façon que personne n'en ignore : à ce prix, l'indulgence de Paris vous est acquise; vous avez fait la part du feu. Personne ne conlcstera plus votre mérite, personne ne se fera prier pour vous mettre au Panthéon tout vivant, parce que chacun saura précisément quel ayantage il a sur nous.

» C'est parla que je m'explique la faveur spéciale dont jouissent les déclassés. Tout le monde leur veut du bien, car ils ne portent plus ombrage à personne. On vante leur esprit, on cite lous leurs mots, car le déclassé parisien paye son écot dans les théâtres en faisant des mots contre l'auteur. On les applaudit au foyer, en les entoure, on leur fait des offres de service,; c'est à qui leur tendra la main pour les relever, car on est à peu. près sûr qu'ils ne se relèveront jamais.

» Quelquefois cependant un de ces déclassés remonte sur sa bête et prend le galo^,, au grand élonnement de la galerie. Il retrouve une place ou refait une fortune à la barbe de tout Paris. Dans ces occasions, qui d'ailleurs sont assez rares, tout le monde applaudit, personne n'est jaloux. On se console de voir passer un homme en voiture, lorsqu'on peut iire aux voisins : « Je l'ai connu sans souliers. »

» La troisième série est composée des gens qui s'amusent. Quelques gentilshommes de grande maison, dont l'un, gaiçon de beaucoup d'esprit et de courage, s'est rendu presque aussi populaire que le duc de Beaufort. Ceux-là ne font guère que traverser le Pans des premières. Vers l'âge de treiilc-cinq ans, ils épousent une héritière ou une ambassade et s'esquivent à la française, sans prendre congé de lacompagnie. Si parmalheur ilsmanquent le coche, on peu! prédire à cour sûr qu'ils se ruineront et qu'ils iront échouer vers soixante ans dans un consulat de deuxième classe. Quelques jeunes officiers de la garde, fort aimés et presque aussi redoutés de ces dames. Ils aiment dans la perfection et jettent l'argent par les fenêtres, mais ils prennent trop au sérieux les bagatelles du sentiment et supportent mal la concurrence. D'ailleurs on les connaît; au premier roulement de tambour, ils se sauveront comme des voleurs en Italie ou en Pologne : aucun fonds à faire sur ces gaillards-là. C'est dommage! Quelques jeunes magistrats deux ou trois tout au plus, à qui l'ambition n'est pas encore venue ; quelques vieux conseillers qui n'ont plus d'ambition... mais je crois que nous venons d'enterrer le dernier. Quelques médecins assez riches et assez jeunes pour réclamer leurs honoraires en nature; quelques jeunes avocats spécialistes, effroi du marchand de meubles et terreur du carrossier. Quelques jeunes commerçants qui se lancent, mais prudemment; d'ailleurs en aura soin de les marier jeunes. Beaucoup d'anciens acteurs qui avaient cru se retirer à la campagne, niais que la nostalgie du gaz a ramenés malgré eux. Sept ou huit vieillards au cœur jétae/àl'œil vif, aux favoris trop noiis : les exécuteurs testamentaires de feu M. le baron Hulol. Une légion, une myriade, une poussière de petits messieurs très-laids, très-sots, très-pommadés, très-ridicules : faux amoureux, faux gentleman, faux prodigues : la fausse monnaie du duc de G. C. Un ancien bonnetier très-spirituel, qui s'est retiré du commerce avec

0,000 francs de renie, et qui s'amuse comme pas un, sans écorner son capital. Quelques ménages réassortis sans l'intervention de M. le maire. M. A. et Mme B., M. C. et Mme D., M. E. Mme F. et leurs enfants. Quelques jeunes bas bleus en quête d'un roman à moustaches. Un certain nombre de coiffeurs, le commissaire de service, et M***, prêtre interdit, auteur d'un mauvais roman en trois volumes. Deux cents élrangers, assez généralement riches, mais plus ménagers de leur argent que les deux cents hommes de Bourse qui font partie de tout Paris.

» Quatre-vingts femmes arrivées, ou parvenues, si vous l'aimez mieux, ayanl une livrée, des chevaux et quelquefois même de l'esprit. Elles ne sont pas loulcs jolies, et plus d'une a soupé sous la Restauration ; mais la plus médiocre a certainement quelque mérite, apparent ou coché. On peut dire en thèse générale qu'une femme ne gagne pas cinq cent mille francs sans valoir au moins le double. Ce Paris si léger en apparence est un faux é:ourneau qui ne donne rien pour rien, pas même son argent.

» Je ne cite que pour mémoire la quaftième série, composée des vrais journalistes, des vrais dessinateurs, de tous ceux qui se mêlent à Paris pour- l'étudier et le peindre. Nous sommes dans l'assemblée sans en faire partie, comme les sténographes au Corps-Législatif.

» Bien n'est plus curieux pour un spectateur désintéressé que l'intérieur d'une salle de Ihéâlre, un jour de première représentation, cinq minutes avant le lever du rideau. Tout le monde se connaît, s'aime, sedétesle, se lorgne, se salue. 11 y a là telle petite femme de vingt ans qui porte dans son cœur un fier album de photographies ! On y rencontre enfin tel homme de plaisir qui a le droit de tutoyer quatre loges sur cinq et les deux tiers de la galerie. Mais il faut être dans le secret et posséder à fond la chronique parisienne pour s intéresser au jeu des lorgnettes et des éventails, pour savoir où va le baiser lorsqu'une jolie blonde appuie négligemment le bout du doigt sur ses lèvres. Vous n'y verriez que du feu, Madame, avec tout votre espril, et vous perdriez le plus beau de la comédie.

» Elle fit une adorable petite moue et répondit : Voilà ma curiosité guérie. Je ne comprends même pas, soit dit entre nous, que des hommes sérieux se fourvoient dans un pareil monde sous prétexte d'étudier ce qu'ils connaissent si bien.

» Feuerstein me bourra un coup de poing dans les côles en criant: « Vous nous avez escamoté la fin, mon gaillard! Je suis sur que les observateurs s'amusent comme les autres! » Cet homme es! odieux. Et impuni, malheureusement.

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