COSTUMES DE BAL
J'ai été l'autre jour voir un de mes amis et je l'ai trouvé en grande conférence avec son serrurier, sou eartonnier et son ferblantier.
— Qu'y a-t-il donc ? fis-je tout étonné. Es-tu en train d'inventer un nouveau ballon pour couper l'herbe sous le pied à l'infortuné Nadar ?
— Non, me dit-il, c'est plus sérieux que cela : je compose mon costume pour le bal masqué du ministère.
— Et peut-on connaître cette œuvre d'art?
— Certainement. Je me déguise en Lampe modérateur. J'avais bien songé à me costumer en Question des Duchés ou en Exécution fédérale, mais j'ai réfléchi que, dans l'état de l'Europe, cela pourrait avoir des inconvénients pour un bal officiel et donner lieu à des demandes d'explication de la part des puissances étrangères. Je suis trop bon Français pour vouloir susciter des difficultés à ma patrie.
— En effet, rien n'est plus en situation, ni moins compromettanqu'une lampe modérateur ; cependant ne crains-tu pas que ton costume, par sa modération même, ne soit pris comme une allusion. A ta place, je préférerais un simple pierrot, — c'est de tous les régimes — ou bien tout antre costume connu : marquis, garde-française, mousquetaire, écossais, polonais, turc, brigand italien, contrebandier espagnol, et tutti quanti.
— Fi, fi , d'où viens-tu ? d'où sors-tu ! mais , très-cher, tout cela est rococo, usé jusqu'à la corde, nous faisons mieux que cela aujourd'hui. Le beau mérite vraiment d'aller chez un costumier et de choisir tout bêlement parmi ses gravures.' Non, non, nous composons, nous inventons, nous créons. Tout costume aujourd'hui doit être allégorique, et personnifier n'importe quoi, soit dans l'ordre moral soit dans l'ordre physique. Nos élégantes se costument en espérance vague, en réception académique, en élection protestée, en forêt vierge, en flamme de punch, en printemps qui s'avance, etc., etc. Le costume de balançoire est très en vogue parmi les petites dames; celui de caprice est déjà un peu usé, mais la souscription publique fait toujours fureur. La dernière nouveauté est la cascade de Niagara avec Blondin et son balancier dans les cheveux; c'est délicieux! — Pour les hommes on choisit généralement des costumes moins abstraits. Les meubles sont très-bien portés. Nous avons fait ces jours-ci chez Mme X*** un quadrille qui a eu un certain succès, je m'en flatte. Nous avons composé une chambre à coucher. En ma qualité d'imprésario — à tout seigneur tout honneur — je représentais le lit et j'avais sur la tète un baldaquin des mieux réussis, si ce n'est des plus légers; mon partner était une charmante armoire à glace en bois de rose avec médaillons de Sèvres. Mon vis-à-vis était le canapé avec une ravissante toilette duchesse, toute en point d'Alençon et en Angleterre. Le bonhuir du jour donnait le bras à une indolente chaise longue, un capricieux guéridon offrait la main à la table..,
— Laquelle ?
— Schocking 1 la table de jeu; et ce n'était pas le plus vilain costume , tout en vert avec des liserés palissandre et les 52 cartes brodées, les &s en vedette.
— Et vous avez dansé ainsi ?
— Pas du tout. Est-ce qu'on danse en costume ?
— Où est le plaisir alors ?
— Mais tu n'y songes donc pas ! Le plaisir d'être regardé, et surtout pendant les quinze jours qui précèdent le bal, celui de composer son costume, de le faire exécuter.
— Enfin, au bal, si tu ne dansais pas, tu causais du moins?
— Causer; mais tu n'y penses pas; mon costume de lit m'obligeait d'ailleurs à la plus grande discrétion.
— Qu'as-tu pu faire alors ?
Voilà : nous avons fait une entrée solennelle; l'orchestre a joué la marche funèbre de Beethoven ; après un tour de salon, nous avons été nous placer dans une chambre écartée que la maîtresse de la maison avait gracieusemeut démeublée à notre intention, et nous sommes restés là, à la place des meubles absents. Ah ! nous nous sommes bien amusé !
— Tant que cela ! eh bien, vrai, je ne m'en serais pas douté. Au moins avec ton nouveau costume, lu pourras rester dans le salon, et si tu no peux danser, tu pourras t'asseoir dans un coin.
— M'asseoir ! As-tu jamais vu une lampe s'asseoir ? En tous cas, mon costume ne me le permettra pas. J'ai le corps entièrement pris dans un cylindre, en fer blanc doré, depuis les aisselles jusqu'aux pieds ; mes deux bras repliés, que je tiendrai en T, figureront le îemontoiret h goupille à lever la mèche. Ce qui m'a donné le plus de peine, c'est !e globe; je suis parvenu enfin à trouver un bocal à poissons rouges assez grand pour y entrer la tête, et mon eartonnier me confectionne un délicieux abat-jour avec les dernières charges de Neuville. J'ai organisé un petit système magnético-électrique, que j'aurai dans le des, de façon à allumer à volonté la mèche que j'aurai sur la tête, dans mon bocal. — Ah! je compe sur un joli succès, et on en parlera dans la Vie parisienne. — Une seule chose me chiffon ne : je ne sais où mettre mon mouchoir dans mon cylindre de fer blanc, et ce n'est pas commode par ce temps de rhumes de cerveau qui court.
— Une idée ! Fais-moi inviter.
— Volontiers, mais quel costume prendras-tu ?
— Celui de lampiste. Je te remonterai, et au besoin, je te moucherai.
CHRISTOPHE
chemin de fer avec embranchement sur la de Dennery pour écouler les denrées.
QBEL BEAU DRAME ! — Une mise en train superbe, des wagons d'espiit, un intérêt palpitant '. quinze lieues à l'heure ! Toutes les femmes ont eu des tapeurs. Et, au dénouement, malgré le serre-frein de la censure, deux convois se sont rencontrés : c'était splendide