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OPÉRA

1831. Le 2 mars, Véron est nommé directeur en remplacement de Lubbert, avec une subvention de 810.000 francs, réduite à 760.000 la deuxième année, et à 710.000 les années suivantes (1).

Le 2/i août une ordonnance supprime la redevance que les théâtres secondaires payaient à l'Opéra.

1835. Le 2 juillet, début de Mlle Falcon dans Alice de Robert le diable.

1835. Le lo août, l'architecte Duponchel succède à Véron comme directeur.

1837. Début de Duprez, le 17 avril, dans le rôle de Guillaume Tell, et de Rosine Stolz (2) le 25 août dans la Juive. Nourrit avait donné sa dernière représentation à l'Opéra le 4 avril.

1838. Mlle Falcon qui a perdu subitement sa voix quitte l'Opéra.

1839. Le 15 novembre, Edouard Monnais est nommé co-directeur.

18/iO. Le \h mai, représentation de retraite de Mlle Falcon.

(1) Les chefs d'orchestre de l'Opéra pendant cette période furent Habeneck, qui créa les Concerts du Conservatoire, et après lui Girard, ancien chef d'orchestre de l'Opéra-Comique.

(2) Elle s'appelait Victorine Noël et était née en 1815. Maîtresse en titre de Duponchel elle eut sur l'Opéra une influence fâcheuse.

Mlle Falcon avait cru, après deux ans de traitement, reirouver sa voix et ses amis le croyaient comme elle. Dans le monde des théâtres les bruits les plus absurdes circulaient. On disait que la grande actrice chantait admirablement sous une cloche de verre et que dès qu'elle en sortait elle devenait aphone. Il était cependant facile de comprendre que les cloches de verre réussissent mieux pour les melons que pour les cantatrices.

Enfin la représentation de retraite eut lieu. On jouait ce soir-là le deuxième acte de la. Juive et le .quatrième acte des Huguenots. Comment Mlle Falcon allait-elle se tirer de cette épreuve qu'un public nombreux et ému attendait avec angoisse ? Les premières notes sortirent fraîches et pures, mais la voix bientôt, comme brisée par l'effort, se voila, s'éteignit. Et on assista alors à un spectable des plus douloureux. Appuyée sur l'épaule de Duprez, qui souffrait presque autant qu'elle, l'actrice se mit à sangloter. Elle voulut cependant lutter jusqu'au bout, gravir tout son calvaire. Ce fut un désastre, ce fut une agonie. Celle qui avait été une des plus grandes cantatrices du siècle, celle qu'on avait admirée, acclamée et pour qui chaque rôle était un nouveau triomphe, disparut sans retour de la scène, vaincue, désespérée.

ISZil. Le le"" juin Edouard Monnais est nomme commissaire royal. Duponchel cède la direction à

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Léon Pillet et devient administrateur du matériel.

Le 31 juillet Léon Pillet abandonne ses pouvoirs à Duponchel qui partag-e la direction avec Nestor lloqueplan.

18/i7. Rosine Stolz quitte l'Opéra ^^1;.

Nous avons signalé à leur date la retraite de Nourrit et son remplacement par Duprez. Ce furent les deux faits les plus importants dans l'histoire de rOpéra, sous la monarchie de Juillet, et il faut y revenir.

Gilbert Duprez, élève de Choron, avait chanté en 1820, à quinze ans, au Théâtre-Français, dans les chœurs d'Athalie. Le 20 décembre 1 825 il débuta à rOdéon, dans le rôle d'Almaviva du Barbier de

(1) Grandes premières de 1830 à 18i8. — 21 novembre 1?31 : Robert le diable, de Scribe et de Germain Delà vigne, musique de Meyerbeer. — 12 mars 1832 : la Sylphide, ballet en 3 actes de Nourrit et Tagliom, musique de ScbneilzhoclTer. — 23 février 1835 : la Juive, de Scribe, musique dllalévy. — 9 février 1836 : les Ihiguenols, de Scribe et Emile Deschamps, musique de Meyerbeer. — 2 décembre 1840 : la Favorite, d'ALPHONSE RoYER et Gustave Vaez, musique de Doiiizetti. — 7 juin 1811 : Freischutz, opéra en 3 actes, de Weber, arrangé par Pacini, avec remaniements et récitatifs de Berlioz. — 9 novembre 1812 : le ^'ais>ieau Fantôme, opéra en 2 actes, de Paul Foucher, musique de Dietsch, d'après Wagner.— 22 février 1843: /a PéW, ballet en 2 actes de Théophile Gautier et Coralli. — 15 mars 1843 : C/ior/es VI, opéra en .5 actes, de Casimir et Germain Delavigne, musique d'IIalévy. — 20 février 1846 : Lucie de Lamermoor, de Gustave Vaez et Alphonse IIoyer, musique de Donizetti. — 2() novembre 1847 : Jérusalem, J'Alphonse Royer et Gustave Vaez, musique de Verdi.

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Séville, ot en 1828, TOdéon fermé, il passa à rOpéra-Coniique où il réussit peu. Il n'y réussit pas davantage en 1830, après une tournée en Italie qui avait duré près de deux ans. Il repartit pour l'Italie, se mit à travailler sérieusement et fit de grands progrès.

En 1836, Duponchel cherchait un ténor pour doubler Nourrit. Armand Bertm, directeur du Journal des Débats^ lui proposa Duprez qui avait fini par avoiren Italie une grande réputation. Son audition eut lieu en 1836 et il fut engagé dans le premier mois de 1837.

Duprez était petit, d'aspect lourd et vulgaire et pas beau. Si les femmes avaient pu décider de son sort, jamais il ne serait entré à l'Opéra ou il ne s'y serait pas maintenu. Comédien médiocre, il n'avait pour lui que sa voix, mais c'était une voix admirable servie par une méthode très sûre.

Il débuta le 17 avril 1837 dans le rôle d'Arnold de Guillaume Tell et lui-même a raconté dans ses Souvenirs d'un Chanteur (1), publiés en 1880, ce que fut celte représentation mémorable :

« Jamais, depuis sa création, Guillaume Tell n'avait attiré pareille assistance dans la salle de l'Opéra. La curiosité du public, excitée depuis six mois par les articles des journaux, allait donc enfin se satisfaire ! Six mois c'est long pour les (1) P. 146.

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Purisiens ! Aussi, lorsque j'apparus sur le haut de ma montagne, après l'introduction du premier acte, ne distinguai-je qu'un formidable ensemble de lorgnettes braquées sur moi. Je supportai bravement ce premier assaut de curiosité et descendis en scène; mais à peine y fus-je que, me retournant pour parler aux braves Suisses qui m'entouraient, j'entendis un petit rire étouffé circuler dans toute la salle : c'étaient les talons à l'aide desquels mon directeur avait à toute force voulu me grandir qui provoquaient l'hilarité. Je fis néanmoins btmne contenance, tout en me promettant de me retourner le moins possible.

Une fois seul en scène, l'épaisseur du silence qui se fit m'effraya. Je chantai le récit : // me parle cl hymen, jamais^ etc. De même qu'à la répétition générale, une sorte de frou-frou, dont je ne compris pas le sens, l'accueillit du haut en bas de la salle et j'entamais moL duo avec le baryton (Dérives fils) sans savoir sij'avaisplu ou si j'allais échouer. 11 faut le dire : j'eus peur!... Maisaprès la phrase i 0 Malhilde, idole de mon âme !... le doute ne me fut plus possible, une tournée d'applaudissements avait éclaté... L'oppression me quitta, je respiiai enfin !...

Mais une victoire ordinaire ne pouvait succéder à une si belle attaque, sans ressembler à une déroute; ma tâche n'en devenait donc que plus diffi-

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cile. Heureusement renthousiasme du public a toujours pour effet de décupler les moyens de l'artiste; il s'établit dans ces cas-là entre eux une communication intime; la chaleur de l'un excite naturellement la chaleur de l'autre. Au deuxième acte, dans mon duo avec Mathilde, si bien représentée par madame Dorus, des exclamations approbatives, que venaient souligner chaque phrase de mes récits, m'enlevèrent peu à peu tout reste d'appréhension. Le duo s'en ressentit. Mon père, lu mas dû maudire..: ïwi aussi applaudi que 0 Mathilde... au premier acte. Je pouvais déjà comparer cette soirée à celle de mes débuts à Rome, en 183/i; mais, lorsque j'eus chanté mon grand air, je ne puis dire ce qui se passa!... Ce que j'éprouvais est impossible à exprimer; le triomphe dont je fus l'objet, ce n'est pas à moi de le décrire. Jamais, dans mes rêves- les plus ambitieux, je n'eusse osé aspirer à rien de semblable 1 Jamais même je n'en aurais eu l'idée... »

Ce que Duprez n'osait pas dire, quelque bonne opinion qu'il eut de lui-même, les contemporains sont unanimes à le constater.

« A peine avait-il ouvert la bouche, raconte Charles de Boigne (1), qu'il avait conquis son public. Ce soir-là tous les mécontents, les i\ourritisles, qui voulaient faire retomber leur colère sur (1) Pelils Mémoires de VOpéra. Paris, 1857, p. 130.

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Dtiprez, s'avouèrent vaincus: ils oublièrent Nourrit ; ils applaudirent Duprcz comme ils n'avaient de leur vie applaudi Nourrit. Jamais n'avaient résonné dans Tcnccinte de l'Opéra une telle voix, un chant si largo, un récitatif si magnifiquement accentué. On croyait entendre pour la première fois Guillaume Tell... Au troisième acte, ce lut de la passion, du di iiir Le grand air, dont on soupçonnait à peine 1 existence, que l'on ne chantait plus, avait été rétabli : mais quand arriva le lameux Suivez-moi, lancé par Duprez de toute la puissance de ses poumons, la salle tout entière se leva électrisée, comm» pour le suivre, comme pour obéir à sa voix... »

Les pénibles débuts de Duprez avaient beaucoup contribué sans doute à aigrir son caractère et à exaspérer son orgueil. Peut-être ne se souvint-il pas assez, dans son triomphe tardif, des égards qu'il devait à celui qu'il dépossédait en quelques heures de sa primauté artistique et dont il brisait la carrière.

En tout cas. Nourrit fut frappé au cœur par l'éclatant succès de son rival et, surtout, par l'idée juste ou fausse, qu'on le lui avait opposé pour l'écarter d'un théâtre auquel il n'était plus nécessaire, pour donner satisfaction aux lassitudes du public, toujours en quête de nouveaux favoris. Il était très impressionnable, et il avait cette va-

nité inquiète, spéciale aux acteurs et aux gens de lettres, et qui va sans cesse de Tcxcès de l'exaltation à Texcès du découragement.

D'ailleurs, il semble prouvé que ses craintes n'avaient rien d'imaginaire, qu'elles ne se justifiaient que trop, et c'est ce qu'un des premiers, Charles Maurice, ordinairement l)ien roiiscip^né, affirme dans un volume, Epaves (1), où il reproduit une conversation de Nourrit.

« On a, dit-il, commis des erreurs (de très bonne volonté) relativement à la retraite de Nourrit llls, le comédien-chanteur arraché à l'Opéra en 1837. Voici les faits dans toute leur exactitude.

Nourrit avait su que Duprez devait venir à Paris et ne s'en était point alarmé. Il ne restait plus que l'emploi des égards usités en pareil cas. On n'y eut point recours.

Nourrit ne savait rien de ce qu'il aurait été tout simple de lui apprendre, quand, un soir, à son entrée dans la Muelle de Poriici, il aperçut Duprez occupant la loge directoriale située sur la scène même. L'émotion qu'il en ressentit fut si violente qu'il fallut recourir au zèle de Wartel pour achever le rôle de Mazaniello.

Il semblait que, de ce moment, il eût été poli, en même temps que de bonne administration, d'établir entre les deux artistes quelques-uns de ces (1) l'ans, 1845, p. 1G3.

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rapprochements de déférence, d'un côté, et de bonne camaraderie, de l'autre, dont on se trouve si bien partout. On n'a même rien tenté de semblable. Il a été, au contraire, parfaitement démontré qu'on ne voulait de la concurrence à aucun prix...

Les choses étant ainsi, quand il fut question de distribuer les rôles du répertoire courant et de qualifier ceux dont la possession absolue serait celle de chacun, ce travail fut présenté de façon à faire comprendre à Nourrit qu'un seul parti lui restait, celui d'une prompte et définitive retraite.

Il vint aussitôt me voir pour me l'annoncer et m'apprendre son départ pour l'Italie, dont je cherchais vainement à le détourner. A toutes mes obsei'vations, voici littéralement sa réponse :

« S'il s'agissait d'un partage, j'y accéderais avec plaisir comme je l'ai fait pour Lafont, beau, jeune, et qui voulait à bon droit parvenir. Cela me serait aussi nécessaire qu'au théâtre lui-même , le fardeau du répertoire ne doit pas reposer sur un seul sujet, et ma fatigue est grande à le soutenir. Mais ce n'est point cela ; on m'enlève tous mes rôles. Celui d'Arnold 1), que j'ai établi, m'est ôté ; on dispose du mien dans Stradella (2) et dans

(1) Dans Guillaume Tell. C'est avec ce rôle, nous l'avons vu, que Duprez débuta le 17 avril 1837.

(2) Opéra en cinq actes, paroles de Emile Deschamps et Émilien Pacini, musique de Niedermeyer, joué à l'Opéra le 3 mars 1837.

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Giiido à Ginevra (1), qu'Halévy m'a solennellement promis. Si j'y consens, il en sera ainsi des autres, et mon état est perdu. Les artistes ne vivent que de bons procédés^ on n'en a point du tout avec moi. J'ai consulté ma mère. Elle m'a rôpondu que le jour de mon départ pour rOpéra serait le plus beau de sa vie, et ma femme a paru confirmer cette pensée par son silence. Vous voyez bien que, malgré tous mes regrets, il faut que je quitte l'Opéra.

Je lui conseillai d'attendre, de donner à Paris •des leçons qui auraient, au delà, compensé la perte de ses appointements, et je lui prédis qu'avant deux ou trois ans, public et directeurs s'entendraient pour le rap])eler. Il ne se laissa pas convaincre ; déjà le chagrin commençait son œuvre... »

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