‹ La vie parisienneChapitre 10 sur 50 · LES LORETTES DU MONDE · texte numérisé non relu

LES LORETTES DU MONDE

Quand nous avons créé le mot lorette, nous savions rendre un grand service à la langue et à la pudeur françaises.

Le mot a fait fortune comme un mot agréable qui, à lui seul, en remplace plusieurs désagréables, et nous retirons un fruit bien doux de notre propre création en pouvant toucher sans scandale et sans périphrase quel*

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ques-ans des côtés les plas piquants de notre société.

Une des supériorités de la femme sur Tbomme. c'est de poumr garder son cœur et de gagner l'estime de ses semblables i cet éloignement des passions.

Une femma sage est. un objet d'admiration; un homme Mg» (dans la même acception) est un monstre ridicttte. Les lois du monde, plus fortes que celles de la morale, Font ainsi Touln«

Sous peine donc d'être un objet d'horreur et de risée, un homme qui attend quelque chose du monde lui doit le sacrifice de sa sagesse^ et payer sa bienvenue an prix de quelques folies du cœur*

Il feui avoir eu, conune on dit^ son temps, et payer tribut^à la galanterie.

Un /ra» d'Are ne trouverait pas à se marier. Toute la question est dans le choix.

Le monde, qui encourage les erreurs, ne veut pas que vous les commettiez hors de sa présence et de sa limite, quelque trouble qu'elles apportent dans ses relations, dans ses lois, dans ses devoirs.

Le monde vous veut galant avec ses femmes, ses filles, ses sœurs, avec ce qu'il a de plus pur et de plus sacré. Ensuite, le monde vous fait des procès en adultère, vous provoque en duel, vous ferme quelques portes, mais ne consent à vous appeler homme du monde qu'autant que vous lui apportez des désordres, des ravages, des douleurs et des dangers.

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Les hommes qui choisissent des actrices et des lorettes pour compagnes de mangeaille et de cigares, sont réputés perdus.

Us sont censés pervertis et criblés de dettes.

Ceux qui dérangent des ménages et troublent la paix des familles, mais qui vont aux bals des ambassadeurs, passent pour des modèles de bonnes manières et des observateurs du devoir, pour des Sullys qui veillent au bon ordre de leurs finances.

Est-ce vrai? est-ce juste?

Prenons un exemple :

Un jeune honune a de véritables oncles, des oncles riches à ménager; il ne veut pas inquiéter leur vieillesse, et s*interdit les rats.

Il valse à deux temps, à trois temps si Ton veut, et court tous les raouts de Tbiver pour ennoblir son cœur par un amour honnête et pas cher.

Il aime, il est écouté.

Dès lors, sa toilette prend un développement nouveau. Les gilets pleuvent, les pantalons abondent, une frisure éternelle et odorante boucle ses cheveux, un vernis étemel reflète sur ses petits souliers les capricieuses rayures de ses bas de soie; des parfums nauséabonds trempent tout son linge, des épingles monstrueuses attachent ses cravates, des chevaux de nuit et un coupé rongeur le déposent et l'attendent aux quatre coins de Paris;

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Il plaii.

Il plaît, le malheareux t

Sa raine est commencée.

Il faut qu'il aille partout, toujours élégant, toujours parfumé^ toujours nouveau ; il lui faut deux places fixes à rOpéra et aux Italiens; on compte sur lui pour les petites attentions, les loges du Palais-Royal et der Variétés, pour les bouquets d'hiver et les garnitures de jardinières; les prétextes et les occasions se multiplient, les concerts, les loteries, les patronages, les bals de souscription dont on lui fait prendre des rames de billets; puis le jour de l'an arrive béant, vorace, terrible, avec ses porcelaines, ses cachets, ses sachets et tous ses riens monstrueux.

L'été, il lui faut un cheval de selle pour lui, et il faut par-dessus le marché qu'U ait l'air d'avoir par hasard un petit cheval très-doux qu'une femme pourrait monter, et qu'il le prête pendant toute la saison pour 1 essayer.

n doit de plus insinuer que son tailleur fait très-bien les amazones et payer tous les paris de courses, môme quand il les gagne.

Pendant la saison des voyages, il doit acheter une voiture, courir la poste et arriver dans les villes â*eaux pour faire des surprises.

N'y a-t-il pas aussi parfois des souffrancealnconn-^es^ des maux qu'il faut absolument guérir? des mémoires

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de Beaudraat, des factures d'ombrelles, des corapics de fourreurs et autres douleurs d'une femme dont la petite pension est insuffisante?

C'est le cas d'être généreux areo mystère, grand et prodigue dans l'ombre : de donner sans bruit plus qu'il n'en faudrait pour l'acquisition de s'a. rats la plus gloutons.

Et dans tout cela n'entre pas en ligne de «ompte la perte de ce grand capital qni s'appelle le temps.

A moins d'être riche et grand seigneur, et de mou* trer une humeur libérale,

Ou pauvre, et de passer pour sordide,

Il est peu de positions qui permcKcnt les amoun h bon marché.

Les lorettes du monde sont ruineuses.

Hais elles voua appellent '.Ange de ma vie, et donnent beaucoup ^e cbeveux.

Elles ont de l'orthographe, mais elles en abusent.

Les autres lorettes ont déjà tant de peine à parler, qu'elles se risquent moins à écrire.

Toutes ces considérations portent une morale.

C'est que dans notre temps il est difficile de placer son cœur et de garder son aident,

£t que, pour donner une satisfaction & l'Opinion publique, il faut se procurer à soi<méme les inconvéoiiBDts du mariar;^.

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