‹ La vie parisienneChapitre 9 sur 50 · LA TIB PA1I9IB1IBB · texte numérisé non relu

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A la fin du spectacle» c'est lai qui vient l'attendre» la couvrir d'une foule d'attentions et de cacbe-œz» visiter l'agrafe de ses socques» et la hisser» avec ou sans sa mère, dans un fiacre.

Dans les petits minages^ le cachemire est une fiction» la voiture un mythe; la nourriture est assez bonne : le veau en est la base.

La mode des petits ménages s'est étendue à tous les degrés.

Aux figurantes» on n'adresse même plus de ces pro* positions frivoles que se permettaient des étourdis ayant de l'or à la poche et du vin à la tête ; on propose un petit ménage j ou» pour mieux parler la langue pratique, d'are at)ee.

Encore plus d'égards et moins d'argent.

Ge n'est plus une actrice» une femme quelque peu formée par une éducation indispensable» par l'étude de la déclamation ou de la musique; c'est un petit être joli, mais inculte, plein de grâce et d'ignorance» d'une ânerie adorable, mais inquiétante pour l'avenir.

On lui cherche alors des maîtres à bon marché, pour lui démontrer que la langue maternelle n'est pas la langue française, et lui apprendre qu'il y a des meubles appelés pianos.

On achète avant tout une armoire à glace» puis un peu de linge, un cachemire français» un manteau tartan, six couverts et un fauteuil Voltaire, dans lequel

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on 8*abrutit le soir à fumer et boire du vin chaudL

Dans tous les petits ménages^ c'est Vépoux qui se charge des véritables et sérieux intérêts de sa moiti^ c'est lui qui s'occupe des costumes, des rôles, qui menace les directeurs d'une extinction de voix ou d'une entorse, et visite les journalistes.

Le langage de la maison est trèsH^haste : les vilaines locutions en sont bannies, et le tutoiement n'est môme pas risqué devant la belle-mère.

Les petits ménagée se voient entre eux, se font des visites qui servent à établir la statistique des autres petite ménagée j à parler de ceux qui se projettent et de ceux qui se rompent.

On arrange des parties de campagne ou de spectacle : ce sont les grands jours; les rivalités de chapeaux et de robes, les jalousies d'écharpes et de bracelets, se mettent à nu, et, après des efforts réciproques pour mettre en harmonie toutes les toilettes, on s'empile dans des voitures et des loges payées à frais communs.

Le petit ménage se distingue généralement par un air propret à Textérieur; mais l'intérieur en est rendu peu ragoûtant par les habitudes et les manies de la bellemère.

La mère d'une femme de théâtre est un £tre auquel ne correspond aucune imalogie de Tordre social:

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Elle prend du tabac et en sème partout; dans ses poches, elle entasse mille objets, des fichus décolorés, des clefs, des qaatre mendiants, des écheveaux'de fil, de ^ieux journaux, des pots de rouge et des chaussons; ses bas de laine tombent à gros plis sur ses chevilles engorgées; son bonnet couleur de beurre tourne, mal attaché, sur des cheveux mêlés comme du foin ; sa robe, ouverte dans le dos, bâille sur un corset aux œillets arrachés; et tout ce vêtement, qui tient par des fils usés, par des cordons précaires, exhale une odeur de chat et de vieux linge.

EUearair de nes'ôtre jamais habilléeni déshabillée.

Pour sa toilette de ville, elle possède un chapeau couleur de suie mouillée, et un châle dont les franges pleurardes balayent le trottoir.

Le ton de la mère est grognon ; elle allume le feu avec la grammaire de sa fille^ et reçoit le linge sur son piano.

Elle cause trop avec la portière, et s'entend avec elle pour domier un sobriquet à Yépoux de sa fille.

En général, les petits ménagée sont stériles.

On compte aussi quelques petits ménages de lorettesy mais ils sont rares et peu dignes.

II n'y en a jamais eu qu'un de célèbre. Il est rompu depuis quelques années. C'était un ménage modèle : on s'y battait et Ton y riait tous les jours. La Chaus-

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sée^d'Antin a gardé le souvenir de ses querelles et de la gaieté de ses amis.

Toute une génération contemporaine a dépensé sa verve et sa jeunesse dans cet intérieur, où te vin était spirituel et la folie philosophique.

De rétablissement de ces petits minagn sans bruit €t sans faste, il faut tirer ces conclusions :

Que souvent l'homme sort de la bonne compagnie sans que la femme sorte de la mauvaise ;

Qu'on ose se donner des vices cachés, durables et à bon marché^ et qu'on n'ose pas afficher des vices éclatants, magnifiques et passagers ;

Et, comme Ta dit Etienne Bequet,

Que tout célibataire est plus ou moins marié.

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