‹ La vie parisienneChapitre 13 sur 50 · LA ?IB VA&I8IENHI · texte numérisé non relu

LA ?IB VA&I8IENHI

para pour feîre place à des unions sérieuses et consacrées par la loi. Nous voyons successivement tout l'O* péra s'enrégimenter soas les drapeaux de l'hymen^ et des femmes, quen'améme pas souillées uWeproposition déshonnéte, jurer, pardevant monsieur le maire du deuxième arrondissement, fidélité à l'époux de leur choix.

C'est ainsi que mademoiselle Noblet épousa monsieur Dupont, chanteur ;

Que mademoiselle Dorus épousa un violon de l'orchestre, monsieur Gras;

Et mademoiselle Leroux mit sa main dans l'énorme main de cet excellent homme de Dabadie, si patriote dans la Muette et dans Guillaume Tell,

Ce furent de bons ménages bourgeois, qui considéraient rOpéra comme une exploitation à laquelle ils concouraient, moyennant une rétribution honnête de leur talent.

Ces personnages-là ont une maison convenablement (enue, un agent de change, un uniforme de la garde nationale^ avec ou sans sac, portent le deuil de leurs parents morts, font leur devoir, ou soutiennent des procès avec id directeur quand ils ne le font pas, et ne conservent rien de la physionomie folle, désordonnée, bohème, des comédiens d'autrefois.

Leur exemple gagne de jour en jour, surtout dans les autres théâtres^ et d'il ne profite pas plus à l'Opéra,

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c'est qu'il y a II des traditions plus iaTétéréas, doi souvenirs de galanterie plus tenaces, et que d'ailteors l'Opéra se divise en deux corps d'armée, celui de la danse et celui du chant, et que si le chant élève l'âme et la puriRe, il faut croire qne la danse amoUit le cœur et tourne la tète.

Notre compte avec le chant n'est pas long à r^er ; les premiers sujets sont mariés ou & marier, et ne s'occupent que de rentes, d'actions, de canaux et autres valeurs déplacement.

Quant aux choristes, parlons des femmes : ce sont d'honnêtes personnes, dont la plupart n'affichait pas de prétentions à la beauté.

Les choristes, hommes et femmes, ont un foyer spécial, dans lequel nevoot jamais, et pour les causes ci-dessus, les habitués des coulisses.

Les hommes sont ou de vieux musiciens dont la carrière s'est arrêtée là, dont l'ambition se borne à dire:

« Jurons I — Ouij tous ! — Si parmi nous il est des traîtres! — Arrêtons, saisissons ce guerrier téméraire) «et autres chosesqui ne se disent qu'à plusieurs;

Ou des jeunes gensj élèves du Conservatoire, qui laissent former leurs voix et nourrissent l'espoir û'abordet notre gronde tciru It/rigue, style de journaux.

Autrefois les chœurs se plaçaient sur deux rangées, & droite et h gauche, et restaient Immobiles, hommes «t femmes, sans prendre aucune part & l'action qui se

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consommait dansœ cercle de momies chantantes. Les systèmes nouveaux de mise en scène ont donné à tout ce monde du mouvement, des épées pour les tirer du fourreau, des poignards pour las brandir en l'air, des bras pour étrangler le premier sujet, dans l'occasion; des jambes pour courir à la délivrance de Naples ou de la Suisse.

Parmi ceux qui se sont démenés avec le plus de conscience, il faut compter le père Gontier, vieux chanteur de province, qui donnait à ses bras une langue télégraphique, à sa figure, tantôt une expression de rage concentrée, tantôt de courage noble et fier ; peu lui importait la place, il exprimait toujours quelque chose ; qu'il fût sur le devant de la scène, qu'il fût au fond duthéàtre, derrière les autres, inaperçu de tous, dans la foule, il aurait cru se manquer à lui-même s'il n'avait contracté ses traits par la colère^ le mépris, la haine; mais son expression favorite était celle d'un dédain amer: il était magnifique dans les insurrections.

Venons au ballet.

Le ballet se divisait autrefois, en premiers sujets, remplacements^ coryphées^ figurantes et comparses. Cette division n'est plus observée dans toute sa rigueur. Ainsi l'on voit des premiers sujets servir de remplacemenUy et descoryp/ieet sortir tout à coup, sans début, des rangs de la masse, pour remplacer un premier sujet.

La vie des premiers sujets est tout entière dans leurs

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intrigues àe théâtre, dam la question âaa tppointeméats, des feuxet des râles à emporter :ur des rivales : leur vie est fort insignifiante. C'est une amourette sans Eiste,un mariage fou, une faiblesse pour monsieur P..., leplusbeaudaoseur et l'homme le plus laid des temps modernes, une appréciation passagère des formes de monsieur B..., tout, eofin, eicepté ce qui composait jadis l'existeoce royale des daoseuses de l'Opéra.

L'une, dont nous avons parlé, continue paisiblement une liaison, la plus ancienne de l'Opéra; liaison qui lui a valu de tout temps une protection efficace et k toute épreuve ;

L'autre a trouvé depuis longtemps son fait dans un jeune premier d'un autre théâtre.

Une troisième est péniblement mariée; mademoiselle Le.,, pleure ses fautes dans le sein de Dieu, et mademoiselle Jul... pleure, sur le sein de sa mare, les fautes qu'elle n'a pas voulu commettre.

A prt^ws de mère, c'est un être bien digne d'être observé à la loupe, que la mère d'une danseuse.

S'il est prouvé que l'on n'a pas toujours un père, mais qu'on a toujours une mère, c'est surtout des danseuses qu'il faut le dire; une danseuse en a toujours une.

SilaParqne vient trancher le fil des jours de sa mère, il faut & tout prix qu'elle en trouve, qu'elle en emprunte, qu'elle en loue tme autre : la mère est mortel

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vive latiàrel C'est on ustensile de première nécessité ;

La mère tient le mantelet de sa fille, dans la coulisse, la regarde danser^ lui couvre les épaules quand son pas est fini, lui offre un petit carafon rempli de bouillon froid qui la désaltère et la fortifie ;

La mère est encore utile quand la tille est obsédée de fiideset stériles assiduités ; elle accourt comme une lionne, griffer le ravisseur de son enfant;

Quand la fille voit luire T amour d*un homme bien lesté de quadruples, de florins ou de bank-noies^ elle se rejette sur sa position de mineure, et renvoie le soupirant s'expliquer par devant sa mère;

Là, après avoir essuyé une scène d'attendrissement dans laquelle on explique que des revers de fortune ont pu seuls conseiller la profession du théâtre^ le bienfaiteur est amené à se prononcer : le plus souvent il promet tout, des revenus, des meubles, des rentes dans l'avenir; il promet tout : le Pérou, Golconde, le Yisapour.

On l'arrête sur place.

c L'avenir n'est à personne, le présent est à nous : ma fille et moi, nous nous adorons conmie deux sœurs; nous séparer, c*est nous ôter à chacune la moitié de la vie; moi, plus raisonnable qu'elle, je me résignerai à ce sacrifice, si vous consentez à lui assurer un sort. U lui faut 3 ou 4,000 livzes de rente : secouez un peu

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votre fortune, et faites-eo tomber ce grain de poos- ^&re. D

A cette proposition, qui représente 80,000 francs, on dit que les uns deviennent verts comme des grenouilles, les autres blancs et mats comme des vers à soie.

U y en a dont les cbeveux se dressent et offrent la surface d'une étrille.

On en voit qui éprouvent dans le diaphragme le travail d'un moulin à vent, et qui demandent un verre d'eau sucrée.

Quelques-uns rient comme des singes fous, ou pleurent comme un cerf aux abois.

On en cite fort peu qui sautent au cou de la mère, «t accueillent cette demande d'un sort qu'on appelle l'enh-^f/ejett. C'était pourtant l'usage autrefois, mais que de bon.: usages perdus, sans compter celui-là I

Une des plus singulières manies qui soientsurvenues à l'esprit des hommes qui fréquentent les théâtres, c'est la prétention

D'être aimés pour eux-mêmes.

Désespérant de trouver une pareille stupidité dans les bayadères du premier ordre, criblées de billets doux, dévisagées par trois cents lorgnettes, fortifiées • à la Vauban par des mères habiles, on les voit depuis quelque temps, pour éviter l'entrée de jeu, qui leur semble une humiliation, s'abattre sur des figurantes

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subalternes qui n'exigent, pour entrée de jeuy qu'un souper ou un tartan.

Au milieu des masses que développe la grandiose et fastueuse mise en scène de l'Opéra, le public a pu re- : larquer de petites femmes qui agitent les jambes, qui élèvent les bras^ et font à peu près quelque chose qui ressemble à la danse ; d'autres qui marchent bêtement et simplement; qu'on nous pardonne ici d'employer, pour désigner ces deux espèces, deux mots du vocabulaire théâtral; si l'on excuse cette licence, on ne sera peut-être pas f&ché de savoir que les premières s'appellent rats;

Que les autres, nommées autrefois comparsesfemmes, ont fini par s'appeler marcheuses :

Le rat est élève de Técole de danse, et c*est peut-être parce qu'il est l'enfant de la maison, parce qu'il y vit, qu il y grignote, y jabote, y clapote;

Parce qu'il ronge et égratigne les décorations, éraille et troue les costumes, cause une foule de dommages inconnus et commet une foule d'actions malfaisantes, occultes et nocturnes, qu'il a reçu ce nom passablement incroyable de rat.

Marcheuse: ce sobriquet est logique, il exprime l'emploi de celles qui le portent; tandis que lo rai est destiné à former des groupes dansants, de génies, d'amours, de sylphides, la marclieuse ne fait que parader

avec des costumes de pages ou d'icoglans,

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D*abord le rai est tout jeune.

Certaines gens du dehors appellent rats de grands êtres qui n'ont rien de rexiguïté et de l'inoonsistance de ce petit animal, et il y a des jeunes gens de famille qui ne désabusent pas leurs parents quand ceux-ci^ en parlant de grosses diablesses de trente ans, leur reprochent leur rat de F Opéra.

Le vrai rat, en bon langage, est une petite fiUe de sept à quatorze ans, élàve de la danse, qui porte des souliers usés par d'autres, des châles déteints, des chapeaux couleur de suie, se chauffe à la fumée des quinquets, a du pain dans ses poches et demande dix sous pour acheter des bonbons.

Le rai fait des trous aux décorations pour voir le spectacle, court au grand galop derrière les toiles de fond et joue aux quatre coins dans les corridors ;

U est censé gagner vingt sous par soirée; mais, au moyen des amendes énormes qu'il encourt par ses désordres, il ne touche par mois que huit à dix francs et trente coups de pied de sa mère.

Le rat reste rai jusqu'à l'&ge où il prond le nom d'artiste, jusqu'à l'âge où il ne demande plus de bonbons et reçoit des bouquets.

La marcheuse a vingt ou vingt-cinq ans, elle est petite ou grande, toujours grasse, agréable à l'œil, n'apprend rien, ne sait rien^ et ne vit pas du théâtre.

Parmi les amusements favoris du rai^ il faut citer la

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célébration de la Sainte-Catherine, le 25 novembre :

Jamais la Saint&datherine n'est plus brillante qne quand, par bonheur, on joue Robert le Diable. Prenons donc pour exemple le 25 novembre 18... ; <m jouait, cela est bien entendu, Hoberi.

Il fallait beaucoup de choses : du punch, des gftteaux, un local; e^est-à-dire de Targent pour a^^heter les cmnestibles, du temps pour danser.

Or le temps ne manquait pas : car Bobert le Diable a un excellent quatriftme acte à deux personnages et dont la durée, ajoutée à deux entr*actes, compose le total d'une heure.

Voici pour le temps.

Quant à l'argent, diacun a boursillé selon ses moyens :

Les hommes ont fait une petite saignée à leurs minces appointements;

Parmi ces dames, coryphées, figurantes, mardmaee^ rats,

Celles qui sont établies en pefUs ménages offraient : — S francs;

Celles qui ne savaient pas encore quand on les trouvera jolies, offraient : — I sou.

La collecte fut bientôt faite.

Dès le commencement du spectacle^ une députation composée de ehie^erirlii fort piquants, choisis parmi les plus espiègles des petits figurants, était venue exécuter

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une sérénade à la porte de toutes les loges féminines. Cette marche, à traven les couloirs les plus tortueux, était conduite par un gamin fameux dans le» coulisses sous le sobriquet de l'Abonné. C'est un de oeux qui se révoltaient te mieux dans la MuetU. Il avait huit ans.

L'il^nn^ était déguisé en commissaire, et il invitait toutes ces demoiselles au bal qui allait se donner. Quelle jolie chose que ce bal I Dans une chambre de vingt pieds carrés était dressée une table sur laquelle l'orchestre grinçait de toutes les cordes d'un violon et hurlait par tous les trous d'un flageolet enrhumé. Un bonnet pointu, une robe d'avocat, une mitre, une veste de pierrot, les déguisements les plus fous, affublaient les musiciens. Les danseurs avaient gardé leurs costumes de litAert; seigneurs, pages, prêtres, soldats, nonnes et moines, tous les rangs, toutes les transpirations se confondait-nt.

Deux faux gendarmes faisaient la police. Il y a eu quatre contredanses.

De peur de compromettre la responsabilité des gendarmes, il ne faut pas définir le caraclëre de la danse qui a eu le plus de faveur; mais on comprend de reste que de jeunes élèves satur^^s des préceptes de la danse noble se complaisent au laiisc.- aller d'ua genre moins sévère.

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Par son «^tyle très-onduleux, une jeune personne, mademoiselle P..«, qui est depuis allée mourir en Callfornie, mérita les hourras furieux de l'assemblée, et d'un suffrage unanime fut proclamée la reine du bal.

Le rat aime assurément la danse, mais il met son suprême bonheur à grignoter, à laper n'importe quoi^ des poires, des noix, des nèfles (ah 1 les nèfles I), du coco, de la bière, ce qu'on veut, ce qu'il trouve.

C'est avec regret, sans doute, mais non sans plaisir, que de la salle de danse on a couru vers les buffets.

L'aristocratie est allée boire pompeusement son punch vitriolé et croquer ses insolents biscuits.

La bourgeoise a débouché son cidre et dévoré sa nourrissante galette.

Le pauvre fretin s'est partagé des objets sans nom, des ponunes vertes, des trognons de poires tapées, des grains de raisin, des miettes de croquignoles : au moyen d'une collecte qui était arrivée à la fraction de liard, de pauvres enfants avaient eu pour leur part un marron et une amande trempée dans un petit verre de cassis pour quinze.

Heureusement^ le dernier acte de Robert est tout religieux, et le personnel de la Sainte-Catherine, qui n'aurait pas pu faire un battement, avait conservé assez de force pour s'agenouiller et célébrer la conversion et le mariage du héros normand.

Quelle gaieté I rien au monde, robes, chapeaux,

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bijoux, voitures, ne donne autant de joie que ces petits amusements, ces petites ripailles en famille, entra camarades, dans ce lieu où l'enfance a été si laborieuse, où la jeunesse est si riante,

D'où la vieillesse est cbassée*

C'est la vie du rat.

Après avoir parlé des plaisirs du rot, parlons de set terreurs. Le rat ne passe jamais qu'en frémissant près de l'armoire qui renferme le vieux squelette qui fait partie des aecetsoirei de l'Opéra.

Cette terreur a une origine ; cet accessoire a une légende que voici :

Au second acte du Freyschutz^ pendant la scène de l'évocation infernale, un squelette s'agite sur la scène, et cette apparition produit sur le public une certaine sensation.

Ce squelette est véritable I

En 1786, un jeune homme de dix-huit ans, faisant partie des élèves surnuméraires de Técole de danse à l'Opéra, et nommé Boismaison, devint amoureux de mademoiselle Nanine Dorival, élève comme lui, et fille de l'ouvreuse de la loge du comte d'Artois.

Mademoiselle Nanine enflamma par ses coquetteries la naïve passion de son camarade, et lui donna des espérances jusqu'au jour où elle trouva de belles moustaches à monsieur Mazurier, sergent-migor comman-

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dant le poste des soixante gardes-françaises qui faisaient le service de l'Opéra.

Boismaison vit son malheur, le jugea irréparable, et ne pensa plus qu'à la vengeance.

Un soir, au coin de la rue Saint-Nicaise, où était situé l'hôtel de l'Académie, comme on disait alors^ il attendit, après le spectacle, le passage des gardesfrançaises et alla résolument 'prendre à la gorge son heureux rivaL Mazurier eut d'abord l'idée de tuer sur la place son agresseur; mais sa jeunesse et sa petite taille firent sourire le galant soldat. Sur son ordre, trois hommes détachèrent les bretelles de leurs fusils, attachèrent le jeune furieux et le déposèrent sous le péristyle de l'Opéra, où il passa la nuit ainsi garrotté.

Le lendenuûn, de grand matin , le sieur Demeru, gardien de la salle, trouva Boismaison, qui avait fait de vains efforts pour se délier, apprit de 1 ui l'aventure de la veille, en rit beaucoup pour sa part, et ne manqua pas d*en égayer tout lethé&tre.

Boismaison, bafoué par ses camarades, eut la fièvre, se mit au lit, et mourut en faisant un singulier testament.

n léguait son corps à monsieur Lamairan, médecin attaché à TOpéra, et qui avait un cabinet dans l'hâtel même.

Le pauvre jeune homme priait monsieur Lamairan de garder son squelette dans ce cabinet, pour être, après

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sa mort encore, près de celle qu'il avait aimée.

Ualgré les vicissitudes de l'Académie royale de mo sique, las incendies et les autrescauses qui l'ont transportée jusqu'à la rue Le Peletier, peut-être aussi par un respect traditionnel pour la dernière volonté du jeune figurant, son squelette n'a pas cessé de faire parlie du matériel de l'établissement.

Et la vie du théâtre a recommencé pour lui.

Le public a quelques préjugés : il croit que le pied de la danseuse, si élégamment cambré, si souple, si fort, si gracieux, quand il est revêtu du bas de soie et du chausson piqué;

Il croit que ce pied nu est une monstruosité ; il s'imagine un volume de chair plus ou moins gros, rougie et tuméfiée par un exercice violent et continu, des articulations ossifiées, des doigts tordus en sens contraire, des ongles enfouis dans des replis durs comme la corne, une peau irritée, calleuse et agréablement bigarrée de durillons, de cors et d'ampoules ? voilà ce qu'il croit produit par l'étude des entrechats, des pirouettes et des pointes.

11 n'en est rien ; on a vu^ on a moulé même de charmants pieds de danseuse. ^

Le publie croit aussi que les danseuses mal ré« parties du côté des mollets, se font faire des mollets de coton. Cela n'est pas possible, le mouvement d^ entrechats bouleverserait tout et ramène-

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rail les suppléments sur le devant du tibia

LVntrée des coulisses de l'Opéra était jadis, comme nous l'avons dit, une prérogative très-recherchée, très, défendue, et que se partageaient les intimes de la maison du roi.

Par suite du système d'entreprise particulière, la concession de ces entrées appartint au directeur, qu sut s'en faire un moyen d'administration.

Il admit successivement, mais toujours de sa propre volonté et sans créer un droit, la plupart des abonnés fidèles ou influents de son théâtre. Il étendit cette faveur à des députés, à des pairs, aux employés supérieurs des ministères, aux journalistes, aux artistes distingués, en un mot, à toutes les personnes dont les rapports pouvaient lui être utiles ou seulement as^réables.

Cette combinaison a produit les résultats prévus.

Les coulisses ont cessé d'être une mine exploitée par cinq ou six gentilshommes ridés ; mais elles n'ont rien perdu sous le rapport de la tenue et du bon ordre. Des ministres n'ont pas cru déroger à la sévérité de leurs fonctions en venant voir comment se machine le troisième acte de Robert.

Et aucun jeune homme de famille n'est devenu fou d'amour pour avoir parlé à une danseuse.

Voici eu quoi consiste la jouissance de ces entrées. Une petite porte, placée au bas de l'escalier voisin du cdté gauche de l'orchestre, est surveillée par un em-

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ployé gardien de la liste des privilégiés, et communique à trois petits paliears puants, gras, infectés d*hnile, qui conduisent sur le théfttre, à peine éclairé quand le rideau est baissé.

Dans la pénombre de ce lieu si magique de loin, si repoussant de près, passent et repassent des formes de figurantes, de chanteurs, de danseuses.

Aux cris du machiniste se mêlent les ricanements niais des petites filles, les gloussements licencieux des petits garçons, les roulades préparatoires du ténor, et les allocutions véhémentes des chefs de service.

Ceux qu'une permission récente vient d'admettre dans cette terre promise s'y présentent d'abord avec l'embarras et l'indécision de gens qui surprendraient des femmes turques au bain.

Errant d'une coulisse à l'autre, ils prennent part seulement par le sourire aux conversations grivoises que ne ménag^t par les habitués vétérans.

Ds sont plus enhardis dans le foyer de la danse.

Cestun ancien salon doré de l'hôtel Choiseul, coupé en deux dans sa hauteur, et dont les pilastres enfumés, les glaces cintrées et les ornements noircis attestent encore la richesse passée. Une pente légère du plancher est destinée à reproduire l'inclinaison du théâtre ; tout autour de la pièce sont adaptées des barres d'appui contre lesquelles les sujets dansants

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Tiennent se tordre les pieds, se cambror les reins, se renverser les jambes.

▼oyez, pour l'intelligence, le premier ttliieau d« deuxième acte da Diable b^emx.

Devant la cheminée se tiennent les enfants et le fretin du ballet.

A cdté des deux chambranleB s'assoupissent, digèrent, bavardent, les mères de ce menu monde.

N'oublions pas la feuille de pr^ence, sur laquelle chaque figurant m&le ou femelle virait signer son nom ou dessiner une simple croix, s'il y a lieu .

Au milieu de la pièce, un groupe d'hommes habillés avec soin, le chapeau à la main, chuchotant; riant, semble attendre quelque chose.

Ce sont les habitués. Qu'attendent-ils? L'arrivée des premiers sujets, qui vont s'exercer avant le lever du rideau.

Ces dames tardent le moins possible & paraître.

On les voit venir une à une, descendre avec une grâce étudiée un petit escalier de quatre pas, marcher avec ce déhanchement qtd n'appartient qu'aux danseuses, le pied en dehors, tout d'une pièce et chaussé d'une guêtre large qui leur donne assez l'aspect de petites poules anglaises blanches.

Ges^ guêtres sont destinées à garantir le lustre de leurs souliers de satin et la netteté de leurs bas.

Avec le petit arrosoir qu'elles portent du bout du

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doigt, en foçon de jardinières de Watteau, elles wrsent un peu d'eau sur un espace de trois pieds carrés; puis, soulevant avec la main la tournure de leur robe, elles envoient dans la glace une œillade générale au groupe qui se tient derrière elles, et les voilà parties s'arrondissant, pirouettant, s*enlevant, travaillant les langueurs, les entrechats, pendant cinq minutes.

Ici un peu de repos.

Le groupe d*hommes se disloque, les plus intimes s'approchent et profitent de cette courte halte.

Ce qui se dit, ce qui s'arrange, ce sont des secrets que nous ignorons ou que nous voulons taire.

L'avertisseur vient jeter sa voix de crécelle au milieu de ce gazouillement des femmes et de jeunes gens:

— Meuieun et dame$j on commence. (Ce n'est pas vrai.)

Cet incident est utile à celles de ces dames qui veulent couper court à une conversation ennuyeuse ou trop pressante :

Leur réponse est un entrechat.

L'avertisseur revient :

— Messieurs et darnes^ fon a commencé. (C'est à peu près vrai.)

On défait alors tes guêtres, on remet son arrosoir à sa mère, à sa femme de chambre, ou à la personne qui est Tune et l'autre, et l'on prend, en se iohanchant

de plus I)elle, en donnant à son corps les saillies les plus^déraisonnables, le chemin de la scène.

Le foyer est un salon ; les mères regrettent le temps o& c'était un bazar.

11 s*7 fait beaucoup de conversations et peu d^affaires; on y parle assez facilement d'amour, rarement d'argent.

Les hommes riches de Tépoque penseraient jouer au grand seigneur d'autrefois s'ils convoitaient des danseuses du premier ordre ; ils se croiraient des Guéménée, des Soubise, et se précipitent dans la figurante, afin d*ètre aimés pour eux-mêmes.

Vieillards, ventrus, catarrheux, goutteux, iJs out tous cette prétention.

Le personnel des habitués se compose donc des abonnés saillants, des jeunes gens à la mode, qui occupent leur soirée avec les petits bruits et les petits faits du lieu.

Quelques étrangers ont été reçus dans les coulisses, et, parmi les députés qui ne dédaignaient pas les pompes et les œuvres secrètes du théâtre, on a souvent compté plusieurs membres de cette nuance qu'on appelle stupidement la doctrine^ parce qu'en France il est peu de choses qui ne reçoivent une dénomination imbécile.

Le début dans ce monde nouveau leur a été ménagé

piib avco lau.i' vivy v^uiiov^icui^i/o^o iviiv^biv^iio u i

<Iiron finit [)ar l'appeler le ccvkij/c de la doc

Il nous rcbtc à parler des lo^es de ce.^ nous n'avons pas vu une seule, comme on

Une psyché, un divan, une toilette et de en composent le mobilier nécessaire. En l ment, des gravures, le plus souvent des [ Vestris, de Gardel, de Duport, de Bigotini

La loge de mademoiselle No... offre une complète des illustrations de la danse pas sente.

Celle de mademoiselle Leg. . . était un oi fane^ un boudoir dévot, dans lequel se rei un prie-Dieu et un pot de rouge, un livre d'b rôles de ballet, un bénitier et un flacon Sans un entr'acte, mademoiselle Leg. . . av;

LA VIS ^AEISIINKX Ut

Le corps de ballet est reparti dans des chambres de quinze, dix, cinq ou trois femmes

Il se pousse là des cris iooonnus, des éclats de rire de l'autre monde. On chante, on se déshabille, on médit, on bat les coifièurs, on désole les habilleuses, et Ton se paye des petits Terres de cassis ou de la bière^ jusqu'au coup de cloche de Tavertisseur.

Quand la bande est tout entière étuvée, peignée, rôtue à la moyen Age, à la péruvienne, à la grecque, k la sauvage, coiffée à la mal content, à l'italienne, paysannes, pages, grandes dames, sylphides, roulent dans les escaliers, à grand bruit, conmie des pavés de Fontainebleau qu'on décharge sur la voie publique.

De tous ces détails et de toutes ces considérations sur rétat actuel de la danse, non pas comme art, mais comme moyen de fortune, il faut tirer cette conclu* non déplorable : que l'époque n'est pas généreuse, qu'elle biftme les folies brillantes et tolère les petits plaiaîrst obacniB et sordides.

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