II AVANT-PROPOS
cieuse, sans doute, qu'elle était demandée plus discrètement; mais, quoique déjà elles aient été imprimées, elles s'effrayent un peu de l'idée qu'elles vont être brochées.
L'anonyme, le pseudonyme^ les étoiles, toutes les rubriques de l'humilité^ les ont jusqu'ici protégées; elles avouent aujourd'hui leur paternité.
Une loi mystérieuse de la nature veut que la femme, même la moins belle, à un jour, aune heure de la jeunesse, illumine tout à coup son visage d'un charme qui la faitaimer : cette transfiguration fugitive, cette beauté d'un moment, s'appelle la beauté du diable.
Tout homme qui a écrit ne peut-il pas compter que la nature, appliquant à Tordre moral quelques-unes de ses lois de l'ordre matériel^ lui a réservé aussi, dans la jeunesse de son esprit, ce jour, cette heure de séduction^ ce don passager qu'il appellera Vesprit du diabUf
Et si ce livre, intitulé Regain^ii\ d'autre prétention que celle de rappeler quelques bonnes fortune:^ littéraires dues à la jeunesse, à l'à-propos, aux encouagements d'une époque bienveillante et polie, n'at-il pas Iwtifié son tilf«T
ATAHT-PH0P08
^^ peinture de nos mœurs avant 1848, les tableaux dknotre dernière vie parisienne, les récits familiers de ^lii)iiges d'agrément, les souvenirs de tbéâtre, lesaper- ^U^ moraux, politiques, philosophiques, quelquefois irtiles, aussi souvent sérieux, enfin tout le regain WÊÊsaé dans ce volume, ne méritait pas d*étre recueilli, ilTon ne doit reconnaître aucune valeur à ces œuvres [^ se glissent obscurément et au hasard dans les intices de la littérature d'une époque, pour en relier |hi grandes œuvres, comme le silex broyé cimente les Ifbrres sculptées d*un édifice.
"k cdté des historiens se rencontrent toujours les dironiqueurs, les conteurs, parfois assez heureux )ur prendre plus tard la place des premiers. L*hisa des hauteurs et des dédains qui laissent le tamp libre aux moralistes, aux observateurs^ à tous esprits faciles, actuels, opportuns, même incorrects, jettent la lumière et la couleur sur des coins ouliés du tableau social. La modestie de leur rang, la iversité de leurs travestissements, leur assurent des ^uvailles qui deviennent précieuses plus tard pour [fes curieux et les érudits.
Grands seigneurs spirituels, écrivains familiers, sol-
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AVANT-PaOPOS
dats causeurs, poètes satiriques, moines savants oa gaillards, femmes lettrées, peu importe le rang ou le sexe, ont fourni à l'histoire de tous les temps cet appoint anecdotique qui la complète, ce vêtement intime qui habille sa nudité.
Ce droit de bavardage, ce don de causerie, ont quitté la ruelle et échappé aux petits abbés. De nos jours, c'est un peu la mission et le goût de chacua d'observer son temps, de le raconter, de le railler même, avec l'espoir de le moraliser.
La part de ce livre sera équitablement faite si on lui donne, au milieu des œuvres littéraires contemporaines, le rang que tient dans l'art de la peinture le cro: quis.
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