‹ La vie parisienneChapitre 25 sur 50 · THÉÂTRE DK LA PORT&SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

THÉÂTRE DK LA PORT&SAINT-MARTIN

LA NONNB SANGLANTE, mélodrame en 4 •otr'actes et 6 déeort

Depuis quelque temps, monsieur Harel fatiguait la fortune, et la fortune fatiguait monsieur Harel.

Ni Jocko ressuscité, ni la façade de la Porte-Saint- Hartin ornée d'un transparent sur lequel se dessinait chaque soir la silhouette du singe immortel, ni les programmes bourrés de la Tour de Noie, de JP«<o, de Lucrèce Borgia^ ni les bals de l'Odéon, tolérants pour la pipe et le cigare, et enrichis de soupers gratuits, rien enfin de ce que peut créer l'esprit inventif de ce directeur philosophe et latiniste, n'avait pu détruire le charme qui ensorcelait son entreprise engourdie comme (a BdU au Mt dormant.

L'homme qui sait le mieux lanoer un paradoxe,

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dont la vie entière est elle-même un paradoxe persévérant, monsieur Harel, se fit doncun jour à lui-même celte argumentation, qui se trouva logique : c Quand je donne au public une première représentation quelconque, celle de Pinto^ par exemple, le public ne s'amuse pas; quand je lui offre quinze actes à dévorer lemêmesoir^ il me témoigne, par la firénésie de son absence^ qu'il s'ennuie dix fois plus. Il y a là un vice : cherchons ce vice. Si quinze actes l'ennuient, si cinq actes ne l'amusent pas, c'est la faute des actes; supprimons les actes, et demandons à monsieur Gisquet vingt municipaux à cheval pour comprimer la foule et régler la file des voitures; car une ère nouvelle va commencer pour le théâtre. Je fais désormais représenter des entr'acies. Les auteurs ne manqueront pas. » La Nonne sanglante fut commandée, faite en peu de jours, et la représentation n'en a été si longteiJips retardée que par la mise en scène et les nombreuses répétitions des entr'actes, qui surpassent en magnificence, en développement, tout ce que l'art théâtral a produit de plus pompeux. Plusieurs feuilletonistes nous semblent donc avoir mal compris la pensée du directeur, en donnant aux cinq actes du drame et aux décors une importance dont ne veut plus monsieur Harel; et c'est rentrer dans l'appréciation exacte de son brevet d'invention, que de donner une analyse consciencieuse des quatre en-

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ir'actes dont les cinq actes ne sont que le prétexte. Si cela pouvait faire question, la question pourrait être résolue montre en main : chaque acte durant un quart d'heure, chaque entr*acte soixante-quinze minutes, terme moyen.

Avant le lever du rideau. — Grand défoncement de portes, coups de crosse distribués aux plus pressés, chapeaux de femme aplatis comme le portefeuille d'un coulissier en liquidatimj ouvreuses aux abois. cPar ici, madame, un petit banc. — Parlà^ madame, le n"" 17. » Irruption dans le parterre, qui se montre en un clin d*œil diapré de casquettes de loutre, de vestes de conducteurs et de culottes prolétaires. La troisième galerie se couronne d'enfants déguenillés, de marchandes de pommes, d'hommes gorgés de coco, espèces de chauves-souris brunes et coriaces qu/ s*accrochent aux parois du cintre avec les ongles, les pieds, les dents, hurlant des cris de taverne, l'œil ébloui par les flammes du lustre. La jeune France garnit peu à peu le balcon et la première galerie, laissant au vestiaire ses manteaux de muraille, ses gourdins, et gardant ses barbes, qui retombent comme des crépines de velours noir sur l'appui de la balustrade. Vous comptez là des journalistes, des auteurs dramatiques, des peintres et autres artistes, enfin tout ce qui remue et s'agite, par état ou par goût, aux appels de la nouveauté. Dans les loges apparaissent

MAMi»to«i'àe-*a

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des tètes de femmes serrées, étouffées, agglomérées. L'aristocratie des premières représentations se blasonne dans les avant-scènes. Des frémissements /nsaisissables parcourent la salle du comble i^a faite : querelles de place, braquement de lorgnettes, pieds écrasés, soufflets, explications, chuti Monsieur Piccini commence : son ouverture est un chef-d'œuvre, c'est l'exposition claire et lumineuse des quatre entr'actes.

Passons sur le premier acte.

Premier enir'acte, de 65 minutes. -— Le parterre se lève comme un seul homme, ainsi que disent les premiers-Paris; des mouchoirs de couleur, des foulards sans couleur, sont fixés sur les banquettes, dont ils sanglent le foin et la toile pour marquer la place des premiers occupants, et à l'instant s'établit un va-etvient de porteurs de VEfUr'aete (journal de circonstance), de bâtons de sucre d'orge qui ont à peine servi, de pommes écarlates, d'oranges blafardes et dé marrons rôtis. Ces programmes, ce sucre d'orge, ces pommes, ces marrons, ce sont les éléments du drame, qui va sommeillerencore pendant deuxentr'actes pour éclater plus tard avec les plus beaux effets démise en scène. £n attendant, voilà des conversations qui s'allument entre le parterre et le paradis; des rendez* vous sont pris, des propositions de vin à douze, de canon, de litre, échangées et acceptées. Les habitants

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(les loges se font des visites : du mouvement, de la joie, de ragitatioOt on intérêt puissant. Et monsieur Harel, encadrant son œil dans un trou de la toile, laissant passer sa botte frémissante sous la perchetringle du rideau, s'écrie : « Mais ça va bien. Voilà un premier entr'acte qui marche. Courage, embrasttons-nous t »

Passons sur le second icte.

Second entracte, de 70 minutes. — Un grognement sourd semble annoncer la présence d*un jeune chien qui souffre; sa voix augmente par degrés et traduit en admirables aboiements la faim, la soif et Fabaudon. A ces accents répondent bientôt les provocations d'un gros dogue qui burle la menace. Sa voix est forte et vibrante: c'est on chien de boucher, un de ces chiens replets, égoïstes^ qui battent les roquets. L'intrigue se noue. Le dialogue se suit jusqu'à Tintervention d'un chat qui miaule dans plusieurs tons, et l'arrivée subite d'un coq qui chante sa victoire et ses amours. Des chapeaux sont enlevés sur la tête de leurs propriétaires et jetés du paradis sur le parterre, qui accepte le défi et paye en calottes grecques. Les aboiements redoublent, les miaulements se multiplient; desépluchures de toutes sortes, des coiffures, tourbillonnent dans les régions du lustre; les quinquets sont désarmées de leurs verres, dont les éclats retombent en plaie de cristal ; et le public transporté demande

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pour^iuoi ce plaisir dure si peu. Un seul récalcitrant a osé regarder sa montre et pincer les lèvres en signe d'impatience. < Nous ne sommes pas nourrices^ nos enfants ne crient pas! » lui dit vertemen prud'homme placé près de Henri Monnier.

Passons sur le troisième acte.

Troisième enùr*acie^ de 80 minutes. — Ici l'action languit un peu. Autant les cris du chien, du chat et du coq de l'administration avaient ému l'assemblée, autant ce silence et ce calme la glacent à présent. Monsieur Harel l'a vu. c La neige 1 la neige I Me donneront-ils ma neige i A quoi servent donc tant de programmes distribués à foison? Les voyez-vous, tristes etbètes, qui bâillent et ne font rieni Si l'on ne court pas avertir les préposés à la neige, si Piccini n'est pas là pour faire demander impérieusement un chant patriotique, messieurs les auteurs, je ne réponds plus de cet entr'acte. » Mais la voix du maître a été entendue, et les préposés à la neige sont en besogne. GoDunence alors ce déchiquètement de papier dont les petits lambeaux, jetés du cintre, viennent blanchir la tête des spectateurs infraposéa. Cette neige s'épaissit. Tous les préposés travaillent, coupent, morcellent; une hilarité générale se fait à travers le nuage qui se balance dans l'atmosphère, et ce beau coup de théâtre est accompagné de la Parisienne^ dont les accents sortent, vibrants et électriques, de

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ceht bouches faubouriennes; le succès de cet enîr'acte^ te phis beau de tous, n'a pas été douteux. Il est à lui seul d'un si puissant effet, qu'il peut être détaché et donné séparément dans des représentations à bénéfice.

Passons sur le quatrième acte.

Quairiême enùi^aete^ de 85 minutes. *- Cet entr'acte étant exclusivement musical, nous laissons à des juges plus compétents le soin de dire dans quels différents tons a été exécutée laJtfarseîlloàe, puis Ça ira. Quelques flocons de neige ont enc<»e voltigé; mais cette réminiscence de Fentr^aote précédent n'a p^:* semblé heureuse. Gelui-ci s'est terminé au refrain du Chant du Départ et au bruit de trois mille voix qui demandaient l'auteur.

c Messieurs, l'auteur des entr'actes que nous venons de représenter devant vous est monsieur Haret; les applaudissements sont de monsieur Porcher. >

Tout le mènde était parti avant le cinquième acte.

Toute notre attention, absorbée par la contempla^tiondes épisodes que nous avons rappelés, n'a pu s'appliquer qu'à regret à l'intelligence des cinq actes du drame de messieurs Anicet Bourgeois et HalliaU^ actes qui, du reste, se trouvent refoulés, par la créa* tioD de monsieur Harel, dans la catégorie des intermèdes. A la rigueur pourtant, nous avons compris qu'un jeune seigneur allemand, nommé Waldorf,

veut perdre sa maîtresse dans les catacombes de Rome, et qu'il la poignarde plus tard, la retrouvant sous le voile d*une nonne; mais la nonne, plus vivace qu'un chat, échappe au poignard et joue au revenant de manière à effrayer toute la contrée. Elle apparaît souvent à Waldorf, qui veut épouser une autre femme, et, la première nuit de ses noces, vient se placer entre les deux époux. Par une volte-foce assez habile de la nonne sanglante, Waldorf, qui veut jouer du couteau sur elle, poignarde sa jeune épouse. La n<mne sanglante avoue alors qu'elle est de chair et d'OB^ et propose à Waldorf la fuite et de nouvelles amours; mais le château est à l'instant même dévoré par un incendie dont la fumée traverse le plancher. Cet eflbt se trouve parfaitement rendu au moyen de trois hommes qui fument leurs pipes dans le premier dessous. Deux autres décors ont demandé plus de travail et de talent; mais tous deux rappellent le bal et le clair de lune de Guttavej •— moins la richesse, moins Tespace, moins l'air, moins les bougies. Une fois pour toutes, les pleines lunes nous semblent rondes; pourquoi ta lune de la Porte-Saint-Marlin est-èile toujours pentagone?

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THÉÂTRE DBS TARIÉTfiS

Prtmièr» ripréMnUtioB de LS VOTAGB EN ESPAGNE, comèdir

TMderOto en trois jovnéei.

p« MM. Trtwmii «nmn el SnuunM.

A MONSIBUa THÉOPHILB GAUTIER

Mon cher Théophile,

Quoique vous m'ayei confié votre houssine de critique, quoique vous ayez bien voulu me céder votre fiuiteuil de juge pour vous asseoir sur le banc du justiciable et tendre le dos aux châtiments du feuilleton, jeveux vous toucher le cuir avec modération, afin que le souvenir d'une correction clémente adoucisse à l'avenir la sévérité de vos arrêts à l'égard de vos pareils, car désormais vousavez des pareils. Yousdtes vaudevilliste, mon cher Théophile, et vous voyez qu'on peut l'être sans cesser d'être homme, comme souvent semblent le faireentendre les rois très-despotes de la critique moderne.

Franchement, je vous ai tendu un piège, et vousu»*^ donné dans ce piège.

Tracassé quelquefois dans mes opérations théâtrales par d'anciens confrères, critiqué dans mes combinaisons dramatiques, censuré souvent pour le choix de mes

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pièces, it ""uminais depuis longtemps le traître projet d'attendre nuitamment un de mes détracteurs et de le précipiter par le<^ épaules, à travers les charpentes d'une pièce en trois actes, pour voir un peu comment il se tirerait de là.Je vous avaissousla main; vousôtes bon e% sans défiance, vous êtes un des gros bonnets du feuilleton, je vous ai induit en vaudeville et vous êtes tombé en vaudeville.

Je voulais vous jouer, à vous un mauvais tour, à m«^unbon«

Car voyes^vous, mbn cher Théophile, aujourd'hui que vous m^avez donné vos colonnes et que je puis m'enveloppiv dans les vastes plis de votre importance hebdomadaire, j'abuserai de cette courte mascarade pour dire plusieurs choses que j'ai sur le ccsur.

H y a un an et demi, /oîirts^ ma plume — on brise see phimee maintenant, elles aont en fisr *— pour devenir entr^reneor de théfttre.

c Ahl ahl8*e8t-on écrié de toutes parts avec un bienveillancenon équivoque, voilà undiiecteor jeune! un directeur lettré! Voilà un théâtre unique qui s'annonce 1 Quelles étranges et surprenantes choses nous allons voir I Comme on va rire, comme on va pleurer, conune on va être heureux! i

Tous les gens qui se rappelaient mes antécédents, pauvres antécédents que j'ai bien oubUés, m'abordaientpourmedemandertrès-incessanunentdunotfiMm/

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Gomme s'il y avait du fumvêou dans un genre d'indu8« trie représenté par huit théâtres qui fonctionnent tous les soirs^ qui laminent, tordent, allongent, cisèlent le couplet, le morceau de sortie, le dialogue et la situation, sans oomptBt la concurrencedesthéàtres royaux.

Quelques amis graves me dirent avec intérêt :

Vous aurez grand'peine à réussir : il vous manrue la profonde habileté de monsieur Poirson, la patience laborieuse du bon Dormeuil, le poignet vigoueux de monsieur Trubert (alors Trubert était), le bonheur siamois des fr&res C!ogniard, le tutoiement universel de monsieur Béraud, etc.

A quoi j'ai répondu depuis : Monsieur Poirson soutient contre les auteurs une guerre terrible qu'on ne m'eût pas pardonné d'entreprendre; les luttes de monsieur Trubert etd'Amai ont nui à l'un et même à l'autre, et le bon Dormmil Cût comme ses confirères, de bonnespetitesfetibMeiquand l'occasion s'en présente, a

G'estainsi qu'aprèsavoircédé Levassor aux Variétés, il vient de reprendre, au bout de deux ans, ce même Levassor. La faute n'est pas de l'avoir rqiris, mais de l'avoir lâché.

Dans son petit local» tiède comme une chaufferette d'ouvreuse, mon ami Dormeuil n'avait à effacer que les traditions plus vineuses que théâtrales du café de la Paix; dans ce petit théâtre ressuscité il y a douae ans, et que je compare â une vieille tabatière retrouvée

dans la poche du Palais-Royal, il n'avait pas, comme HK>i^ à faireoublier desPotier, desTiercelin^des Brunét, desVernet, des Odry, souvenirs burlesques et glorieux! Tout est facile pour lui, tout plus difficile pour moi et pour mes acteurs, qui valent tous leurs contemporains, mais qui servent sous un drapeau trop illustre.

Or donc, dans l'impossibilité de fournir à toutes lescommandes de nouveau qui m'arrivaient de toutes parts, je donnai souvent du vieux, réchauffé avec art, comme il s'en consomme partout, attendu que nous autres directeurs, nous avons tous la même cuisine (voir la carte de tous les théâtres). Mais on se dit alors : t Ça ne peut pas se passer ainsi. Roqueplanest fenu là pour nous donner toujours du fumveaul II faut lui montrer qu'il s'égare, il faut le ramener à lui-même i sifflons^lui ses pièces, sifflons-les bien I > et mes plus intimes amis me sifflèrent des choses qu'ils tolèrent et quHs dment ailleurs.

l'ai donné environ quarante pièces au milieu de ces h6urras flatteurs pour mon amour-propre de prophète da lunweau . On en a sifflé bon nombre ; mais au moins on a sifflé, ce qui est déjà un plaisir refusé ailleurs^oit l*on ne fait que bâiller. Il m'est resté sain et sauf un as- ^ez bon répertoire auquel je viens d'ajouter votre pièce^ que je proclame un des chefs-d'œuvre du genre.

Ah ! j'oubliais de dire qu'on m^a toujours reproché, et ce reproche me flatte, de n'avoir pas mis la main à cer-

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Uios ouvrages malheureux. Gomme si j'eusse pu les sauverl Alors je réponds inTariablement : c Quand vos habits vousgénent sous les bras, retouchez- vous vousmêmes vos emmanchures? » Ce qui veut dire : Vous êtes bien insupportablede vouloir me trouver de l'esprit et de me croire apte à tous les métiers qui en comportent.

Le théfttre est un art k part, qui n*a aucune analogie avec les autres travaux de l'intelligence. Du feuilleton, du roman, on ne conclut pas au théâtre. Le vaudeville est difficile et trop dédaigné. Il n*y a plus de comédie, il n'y a plus gù&re que du vaudeville ; c'est presque la seule Uttéraûire du Ihéfttre.Le drame même est mort ; il se fait insuffler du vaudeville, et le boulevard chante sur toute la ligne.

Voilà ce que je vous ai souvent dit, mon cher Théo« phile, et ce que j'écris avec votre plume et votre encre, sinon avec votre style ; et f ai ajouté pour vous attirer: Sur mon honneur, il y a parmi les vaudevillistes des gens d'esprit dont j'ai recherché non-seulement le travail, mais aussi l'amitié : Dumanoir, Bayard, Ouvert ont de l'esprit, quoiqu'ils fassent des choses où il y en a beaucoup.

Le vrai vaudeville est difficile et rare, et void pour^ quoi : c'est que les incapables ne peuvent pas le faire bon, et que les gens d'esprit n'osent pas le faire trop bon.

Tout homme qui veut écrire pour le public doit ré*

■— i»M-aab.l.

solûment lui serrir une bonne dose de lieux communs nécessaires au succès : si vous traitez une scène, dangereuse uniquement à cause de sa nouveauté, il faut pour la sauver qu'un des personnages reçoive immédiatement un coup de pied quelque part, ou qu*une porte se ferme franchement sur le nez d'un antre. La salIè entière se met régulièrement à rire aux éclats et la scène passe.

Un calembour — je ne dis pas un mot d'esprit — a besoin, pour être bien senti, de circuler longtemps dans les petits journaux et dans le monde.

Scribe^ le titan du théâtre moïkme, débite son e^rit avec des procédés analogues à ceux des négociants en vins. De même que ceux-ci ne mettent leur liquide dans le commerce qu'en raison de la date de la récolte, de même Scribe ne met jamais un effet de théâtre en circulation avant qu'il ait suffisamment vieilli dans sa cave et que le moment précis soit arrivé de le livrer à la consommation. Un jour, je citai à Scribe un mot dont je l'engageais à profiter. Scribe l'écrivit sur un petit portefeuille et me remercia beaucoup en me disant: € Voilà un mot qui sera délicieux dans deux ans. » — Depuis, j'ai retrouvé le mot dans une de ses pièces. Le mot était à point. — Les journaux l'avaient gftché.

Et cela ne peut être autrement «quand vous voulez amuser le public, quand vous le frappez co2ip sur coup avec des mots, des situations, des effets de toutes sortes^

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il fout lui donner un plaisir facile et non une migraine ; il fout le promener dans des intrigues claires qu il con* nait ou qu'il devine, sous peine de l'entendre hurler qu'il ne voit pas et qu'il n*entend pas»

On a dit que le public était injuste et inintelli^vnt ; ce n'est pas vrai. Il n*est qu'égoïste et un peu paresseux, et il a le droit d'être l'un et l'autre. Du reste, tous les publics se ressemblent. Public de théâtre, f\ublic d'élections, public d'assemblées politiques.

Personne ne sait mieux que monsieur Tbiers ce qu'il fout sacrifier à ses auditeurs : lieux communs, mouvements usés, effets bourgeois, rien ne lui coûte; il se noie ^ plaisir dans les plus fodes infusions d'idées, dans les plus nauséabondes décoctions d'arguments, et cela de gaieté de cceur, pour couvrir quelque pensée hardie ou excuser quelque téméraire entreprise. Mais comme il se dédommage dans les entretiens familiers! monsieur Thiers causeur ne converserait pas avec monsieur Thiers orateur.

Je veux, un jour, me recevoir moi-même une pièce que je n'ai pas encore faite, pièce entièrement composée de coups de pied, de portes fermées sur le nez, et autres moyens. Tous les personnages s'enfermeront à leur tour dans des cabinets éclairés par des lucarnes; les scènes principales se débiteront du haut de ces lucarnes. ce qui est éternellement plaisant;ilyauraunerencoilreiioctume,et,natureIlement,toutle monde allant

à tfttonSyOn se prendra des mains qu'on ae cherchait pas, onse trompera déporte,-— rire général*— les maris feront les galants avec leurs femmes, qu'ils ne reconnaîtront pas,— autre rire général;— surviendra un importun avec de la lumière,— rires furieux ;-—toui' les personnages se sauveront au milieu d'une hilarité désolante; l'explication aura lieu ; monsieur Alfred épousera mademoiselle Henriette, au grand regret de monsieur Dufoumel,son oncle, que je forcerai bien à doter sa nièce, parce que je l'aurai compromis dans la scène nocturne, et je suis sûr d'une tuiie non nUirrompue de reprétenUUions fructuense$.-»Je prends date. L'exploitation de ce sujet est formellement interdite .

Pour revenir à votre œuvre, vous souvenez-vous, mon cbqp Théophile, du jour où elle fat lue aux acteurs, et de la drôle de figure que vous fîtes ? La séance fut froide, et,en sortant, vous me disiez : « Je ne sais trop ce que c'est^mais je ne suis pas encore bien sâr d'avoir fait un vaudeville. »

Au bout de quelques répétitions, après ce premier travail, qui d'abord a dû vous étonner, travail qui consiste dans un ânonnement soporifique de rôles non appris, lorsque vous avez vu s'épanouir vos scènes, ressortir vos mots, jaillir vos effets, vous vous êtes écrié avec une expression que je ne traduirai jamais : « Ah I mon Dieu! je commence à croire que j'ai (ait un vau* devillei En vérité, je trouve cela charmant! »

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Avonex que ce travail de tous les jours, «etie étude et ce minutieux arrangement des moindres combinai* sons, cette recherdie du coanque^du tendre, du sérieux, de tous les contrastes, que cette succession ménagée d*eDtrées,de sorties, que cette variété d*intoitttions et de gestes, que tout cela ôonstitne un art TéritaUe, un art infini, un art de détail que le pid>lic ignore;et diteslui donc désormais, à ce public, que vous aves k mission d'instruire et que je fids métièrd'amnaer; répèteslui bien queces acteurs si dégagés, si à l'aise dans leurs Tdles^ et qui semblent improviser un tas de diarmantes bêtises, ont silencieusement médité tar Teffet d'un lazzi, travaillé longtemps le diapason d'une scène, et que le placement d'un calembour est une affiiire.

Hais je ne m'attarde pas plus longtemps dans cette causerie. Ce n'est pas que vos lecteurs , devenus les miens, me semblent bien pressés d'éeouter le rédt de votre pièce; vous autres critiques, vous vous faites, en général , un jeu malin de donner à votre publie précisément œ qu'il n'attend pas.

Vous vous montrez avec lui assez cavalière, je dirai même Aimiliers; c'est généralement de vous-mêmes que vous lui parlez quand il veut une analyse de nos pièces; ce en quoi je viens bien de vous imiter un peu. Vous lui racontez votre existence^ vos appartements , vos amitiés, souvent vos amours ; vous lui racontez, dans l'hiver, que vous avez trop frOid pour

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écouter de& vaudevilles ; et, dans l'été, vous lui écrivez de la campagne que vous rôvez sous des arbres.

U faut, enfin, que je vous dise mon opinion sur ce qui s'est passé, le jeudi Si septembre, au thé&tre des Variétés.

Votre premier acte est charmant. Désiré Reniflard est bien un de ces voyageurs nigauds, comme le son tbeaucoup de Français ignorants dans l'art de voyager. Il est tout d'abord bien poséen amateur de couleur locale, en garçon curieux d'aventures, de coups de poignard et d'intrigues nocturnes.

Tout votre travail devait nécessairement tendre k la destruction successive de ses illusions : il veut manger — rien dans l'auberge ; il ambitionne des femmes : deux femmes arrivent, et chacune l'entraîne dans an imbroglio qui compromet son existence. Un frère jaloux, un amant jaloux^ serrent les nœuds qui enlacent noCre malheureux compatriote, arrêté k la fin du premier acte, sur la plainte de l'aubergiste, qui l'accuse de bruit^ d'amourettes et de manœuvres suspectes.

Le motif de cette arrestation asemblé un peu frivole le jour de la première représentation^ et vous avez bien fait de remplacer ce moyen par un autre.

Maintenant, quand Reniflardest happé par lesalguazils et qu'il demandela raison de cette énormité^il lui est répondu : « Monsieur, quand on arrête quelqu'un

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en EspagQe, c'est toujours sans motif; » et Reniflard se ps^ye de cette couleur locale.

Les gens les plus difficiles, même ceux qui ne voient dans le théâtre que la nécessité invariable du mariage de monsieur Alfred et de mademoiselle Henriette, ont trouvé dans votre premier acte une scène du premier ordre, et qui prendra désonnais le nom de âcène des botiee.

Désiré Reniflard cherche un domestique; on lui amèneungaillardmoustachuet fier comme un Biscaïen qu'il est. Au premier mot de Désiré, qui veut tutoyer son valet de grande naissance, ceiot^ci l'arrête en disant: c Sefior, je n'aime pas les familiarités.--Girezmoimesboites,» ajoute Désiré. Le valet n'en veut d'abord rien faire et pr<qM>se enfin une transaction.» Cirez la botte droite, dit-il, je cirerai la gauche ; — ce qui a lieu, et ce qui est parfaitement comique.

J'aimais moins votre second acte. Je l' aime mieux depuis que voual'avex réduit; maisil contient une beauté de premier ordre .— Je me sers volontiers de cette expression. — Cette beauté est la danse d'Hyacinthe.

Désiré est tombé entre les mains d'un chef de brigands, qui n'est autre que Benito, son domestique. Le drdle dépouille d'abord par état son ancien maître, et, par rancune de la scène des bottes, le force i danser, sous la menace de douse tromblons chargés à mitrailie. Désiré danse^et c'estbien divertissant de le voir exécuter

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i(zsSevi/Iafia5, avec un sentiment exquis du grotesque.

Il y a, du reste, profusion de mots spirituels dans ce second acte. Un des voleurs de la bande pousse un gémissement bien comique : « Les affaires ne vont plus, dit ce brigand; les hommes politiques nous font du torti»

CSe mot est dit par un de mes camarades de collège, aujourd'hui artiste des Variétés, Renaud, avec qui j'ai appris le latin— et le billard, qui en découle, les jours où l'on file»

Un soir, je pris possessiondu théâtre, sansbruit, sans rien dire, sans assembler les habitantsde mon royaume, sans monter sur unpavoi». Au coin d'une coulisse, je rencontre un monsieur. « Que viens-tu faire ici? — Je viens diriger cet établissement; et toi? — Moi, jesuisde la maison; je vais jouer tout à l'heure le conseiller sourd dans le Ma&re éTécole. » C'était Renaud.

Votre troisième acte, et que cette gradation est heureuse! est le plus amusant des trois, sans excepter fô premier.

Par une foule de complications, que j'épargne à votre public, habitué cependant à des analyses fidèles. Désiré Reniflard arrive, conduit par quatre brigands du second acte, dans une citadelleque garde un chefd^ parti carliste, don Ramon. Désiré reste enfermé dans un tout petit donjon, dont la porte est surmontée d'une lucarne, — une lucarne, source étemelle de riror

S66 LA TIE PAmiSlKlIBS

Uq rottleiiiont de tambour annonce un événement. C'est un autre chef de parti qui arrive à la tète de son armée, véritable année espagnole, c'es^-à-<lire un tambour, deux généraux et deux soldats : l'un boite, l'autre dùci en marchant. -*> Ge ehef s'empare de cette citadelle sur un air triomphal.

Désiré parait alors à sa lucarne, et sa preraièreexdamation est celle-d : c Tiens I voilà le gouvernement changé I quatre hommes et pas de caporal, cela suflBt pour prendre une citadelle i » Il était temps que cette exclamation and v&t, car on m'accusait déjà, mon cher Théophile, de vous avoir ménagé les figurants et, par une lésinerie mal attendue, donné une armée invraisemblable.

On ne devinait pas que c'était, de votre part et de la

mienne, une intention de coloris.

Désiré passe devant un conseil de guerre ; il s'y montre d'abord fortbravache, parce qu'il sait d'avance, par une modiste, que les fusils ne seront chargés qu'à poudre. Il avait eu quelque peine à croire à cette suppression de balles; mais, sur l'assurance de la modiste, qui lui avait dit : « Fiez-vous à moi, les fusils ne seront pas chargés et, d'ailleurs, vous le sentirez bien, » Désiré déploie un beau calme devant ses juges. < Je veux être fusillé) s'écrie-t-il dans le délire de son courage» — Pendu, lui dit-on; pendu I Ici lecas est extrême, l'intérêt redouble et le dénoùment approche.

LÀ YIK PÂIISIBNNK 267

Une fknfaure de trompette annonce tnoore un événement Cette fois, c*est Benito, le chef des brigands, qui vient à son toor s'emparer de la dtadeUe. Explication de ce proeédé lui e^ demandée par les héroïques défenseurs de la place.

dépassais tranquillement avec mes hommes sur la grande route, répond Benito, nous avons vu la porte du fort ouverte, et nous nous scmunes dit : Tiens, si nous prenions la citatellei et nous la prenons. »

Ce qui fait dire à Désiré : c Cest insupportable! Dans œ pays-ci on ne peut pas causer cinq minutes sans voir le gouvernement changé i »

En définitive, tous les héroïques assiégeants et assiégés s'embrassent, ce qui est bien espartérien. Grâce à

la venue dé Benito, Désiré échappe à la corde. Benito pousse même la magnanimité jusqu'à lui offrir un portefeuille en dédommagement de ses habits volés dès le premieracte. Qu'y a-tîl dans ce portefeuille? Des cortès, des rentes espagnoles! < Je suis encore volél » s'écrie Désiré, qui propose au brigand de lui échanger ces valeurs contre un cahier de papier à cigarettes.

C'est donc un brigand qui dénoue Faction, ce en quoi je vous approuve, mon cher Théophile; car, dans cette triste Espagne d'aigourd'hui, les faits ne se passent guère autrement.

Vous avez pris de très-haut la question espagnole, en la portant sur le théâtre, destiné à corriger les mœurs.

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La représentation de votre pièce serait d'un effet bien salutaire de Fautre côté des Pyrénées; nos voisins riraient d'eiu-mémes au lieu de.s'égorger. Les plaisantes campagnes d'Espartero et autres sont le plus amusant vaudeville de notre temps, ou il n'y a plus d'épopées.

Des esprits moroses vous ont peut^re déjà reproché d'avoir ainsi travesti les mœurs d'un peuple voisin.

Ceci est très-niais. Voisins ou pas voisins, tous les peuples d'Europe nous font sur leurs théâtres une guerre à outrance. En Allemagne, en Russie, en Angleterre^ le personnage finançais est toujours un vaurien, un fanfaron sans courage, sans chemise et à peu près sans pantalon.

Les Espagnok, puisque Espagnols il y a, s'amusent à Madrid et partout, depuis le 10 mars 1842, d'une sainete de don Rodriguez Rubi, intitulée Uu YatOas de CaràenoB.

Il y a dans cette <a»fie<e un Français nommé monsieur Pierrot, soumis à toutes les avanies imaginables. Ce monsieur Pierrot est lâche, gourmand, battu, et ses vices ressortent au milieu des pompeuses vertus de ses interlocuteurs.

La censure française se montrera spirituelle et même nationale en nous permettant ainsi quelquefois de prendre des revanches fines et délicates de toutes les ordures dont on salit notre nom français sur les théâtres étrangers.

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Ces moroses esprits ont manifesté quelque opposi- Mon à la fin de votre vaudeville. Ils n'étaient que deux ou trois, et cela métonne, car votre pièce n'est pas absolument faitedans le but de marier monsieur Alfred et mademoiselle Henriette, quoique à la fin vous ayez cédé à cette loi du théâtre en promettant Rosine à Désiré Reniflard.

Votre Voyage en Espagne est un espace dans lequel vous avez donné à danser à toutes les facultés de votre esprit; et^ si les gens qui me demandent toujours du nouveau ne sont pas contents, je vous engage à les trouver difficiles, car toutes vos plaisanteries sont joyeuses, et l'on doit me savoir quelque gré de vous avoir recruté au milieu de vos vers, de vos livres, de vos rêveries poétiques, pour vous enrégimenter vaudevilliste.

Personne n'y perdra rien : ni le public, ni vous, ni moi. Vous avez vu le feu ; pour uii conscrit, vous l'avez bien supporté, et je remercie les trois ou quatre sifflets qui vous ont aguerri.

N^est-ce pas que c'est bien la sensation supposée de la fusillade et de la mitraille? N'estrce pas que cela comprime un peu le diaphragme? Hais n'est-ce pas aussi que cela donne du cœur et de la témérité, et qu'on brave avec une certaine férocité ces coups anonymes qui partent d'un bataillon invisible ?

Prenez pitié désormais, mon cher Théophile, de

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V06 aûmimna confrères qui s'exposent si souvent à ces exécutions publiques : je ne vous parle pas 4e nous autres directeurs, qui jouons dix fois par an notre ibrtun*, mais des auteurs, qui jouent leur réputation et leur amour-propre.

La petite pièce de vers qui termine vos trois actes est un divertissement très-audacieux; mais que n'usez-votts pas en vers comme en prose?

Comptons les résultats : vous n'avez pas dérogé.

Je vous ai lié avec un collaborateur charmant, que j'appellerais publiquement le jeune Siraudin s*il avait plus de cheveux : mais à quoi bon des cheveux? N'en avez-votts pas pour deux? Siraudin est auteur de la Vendetta, une des perles de mon répertoire : c'est une intelligence qui vous est sympathique et dont le contact vous a bien servi.

Si vous me demandez à présent pourquoi je vous raconle-là une foule de choses que vous savez, pourquoi, par exemple, je vous ai rendu compte de votre propre pièce^ je vous répondrai à peu près ce que vous faites répondre à Reniflard quand on l'arrête : c Dans le feuilleton, quand on écrit, c'est toujours sans motif. »

SacheMnoi gré, mon cher Théophile^ de la manière dont votre ouvrage a été monté. On ne croira pas ce que je vais déclarer, si je ne vous prends à témoin. — N'est^e pas que tous ces costumes sont réels et nous

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ont été envoyés par Espartero lui-même, q«i te défait de ces nippes de guerre, comme un comédien» retiré du théfltre, vend sa garde-robe? — N'est-ce pas que les sites ont été pris sur nature et que vous aves frémi vous-même dans le défilé caverneux du deuxième acte ? — Et le décor du troisième, conmne ce sont bien les Atarazanas t

Dieu, le mauvais temps et les réclames aidant, il est impossible que le Voyage en Espagne ne fasse pas beaucoup d'argent.

Je ne sais trop quels avantages et quels inconvénients vont me revenir de ce que je fais aujourd'hui eu prenant votre place; quant à vous, ne pas vous louer vous-même, c'est un acte de bon goût et de bonne paresse.

Vous avez un confrère, doublement confrère, qui ne dédaigne pas les inconvenants profits d'une double position d'auteur et de critique, et qui déjà même, en cette dernière qualité, vous a taillé une amp^e croupière. Ce confrère est monsieur Varin.

Dans un journal aux allures vives et dégagées, oà la platitude de ses feuilletons produit l'eflTet d'un trou, cet écrivain de programmes adule ses propres vaudevilles et médit, comme il peut, des vaudevilles d'autrui.

Marlainville disait : c On ne peut à la fois tendre le dos et jouer des verges. »

J'abandonne cet ampbiUe à voire grandeur d'âme»

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et, si monsieur Varin m'apporte jamais quelque chose de bon, je vous le recommande. ; ^ .

Avant de commencer cette lettre, je me suis demandé si j'y étais autorisé par quoi que ce soit^ si ce n'est par votre complaisance, et votre amour des situations facétieuses.

Dans le fait, c'est un renversement assez nouveau de toutes les règles^ une petite satumale dramatique.

Mais^ en vérité, le fait s'appuie sur un antécédent. Un de mes confrères, d'un esprit incontestable^ qui a tali ses preuves en vers, en prose, en tragédie, en vaudeville, en administration, et qu'une docte assemblée a, depuis longtemps, appelé dans son sein, ne confie-t-il pas à la publicité l'admiration qu'il éprouye pour lui-même, pour ses œuvres et pour la ventilation de sa salle de spectacle ?

Et quepeut-on me reprocher, à moi qui, piMT tccident, vous emprunte l'espace de votre feuiUleton, quand mon confrère a fait clicher cette rédaction si cpndse, si énergique par le contraste, cette rédaction que les colonnes de tous les journaux et les colonnes du boulevard se disputent depuis six mois :

ACADÉMiB FRANÇAISE^ — grande baisse de prix^

etc., etc.

Adieu, mon cher Théophile, chargez-voos lundi prochain de rendre à tous mes acteurs la justice qu'ils

mëriteat. /e les ai trouvés excellents, et il est bien naturel que je vous charge de les remercier. Votre dévoué, etc.

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