‹ La vie parisienneChapitre 26 sur 50 · THÉÂTRE DE L'OPÉRA · texte numérisé non relu

THÉÂTRE DE L'OPÉRA

lil iUIF ERRANT, opéra cb 5 «etet» nnfiqiie d« M. HaUtt, paroles de MM. Scubi et db Saiit^Gioiou.

AU RÉDACTEUR EN CHEF DU CONSTiTUTtONNRL

Monsieur,

Puisque le Juif errant a été privé jusqu'ici de la critique du Constitutionnel, critique que je prévoyais sérieuse et bienveillante, permettez-moi d*user au moins de sa publicité et de remplacer une analyse raisonnée, instructive et compétente, par cette lettre, qui ne peut avoir d'intérêt que par le nom ou plutdt par la situation de celui qui l'a signée.

Situation assez étrange , en effet , qui déplace le point de vue du spectacle qui vient de se produire sur la grande scène de l'Opéra. L'observatoire n'est plus dans la saUe |il est dans la coulisse :1e général raconte la bataille qu'il a livrée, comme s'il avait pu la contempler firoidemeotde la nacelle d*un ballon;c'estle justiciable qui parle et le ministère public qui se tait; je me tends

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le dos et me le flagelle à coups de plume: ma main gauche altend le coup de férule que loi prépare ma main droite: je me gourmande et me donne des conseils dont je ne profiterai pas plus que s'ils me venaient d' autrui.

Hais soyez rassuré sur mon compte , je n'arriverai pas à de pareils excès. Après la rude besogne que je viens d'accomplir, je n'éprouve pour moi-même que de trèsbons sentiments; par le succès je me suis attiré toute ma bienveillance et ne parlerai de l'opéra nouveau qu'en très-bons termes.

Depuis huit jours, la légende du Juif errant est commentée dans tous les feuilletons: pas un ne conteste que ceiHe donnée soit dramatique et lyrique. Quand elle me fut proposée parles auteurs, j'appréciai les conditions de grandeur qui la relevaioit, et la eollaborali<m de monsieur Halévy me sembla une bonne fortune. D ne m'appartient pas de caractériser la manière de monsieur Halévy , d'analyser un génie qui depuis vingt ans illustre nos scènes Iyriques;je n'ai qu'àrépéter ce qu'a dit de lui le premier initiateur de ce beau talent à noire première scène lyrique : H fait gnmd.

Faire grande pour rqprendre cette locution familière et pratique, tàsilà première qualité du musicien qui aborde les cinq actes. Dès le premier jour, il est jugé trop savant, mais on l'admire. S^il fait léger, on pénètre «a forme, on achève ses motift tonn

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mencés; on le fredonne, mais on ne le respecte pas.

Le libretto de messieurs Scribe et de Saint-Georges parut à monsieur Halévy contenir une grande et mys** térieuse figure, de belles situations.

C'était la première fois que j'entrais en relation d'affaires avec monsieur Halévy ( notre amitié mutuelle est ancienne), et mon admiration pour son talent n'était pas égalée par ma confiance en son activité Je ne lui dissimulai pas que je le croyais atteint au troisième degré de cette adorable paresse qui distingue tant d'artistes et de gens d'esprit, et qu'à ce double titre il m'était bien suspect, c II y avait un Halévy paresseuxt me dit-il; mais je vous ai trouvé un nouvel Halévy qui travaille vite; seulement, il faut qu'il se dérobe aux albums pour lesquels on lui demande des autographes , aux auteurs qui lui proposent de mettre Pharamond en musique, aux chanteurs qui veulent des auditions et une lettre pour le directeur de l'Opéra, aux gens du monde qui veulent des bêtes curieuses à leurs diners;il lui fautla solitude, la campagne. > Et le maestro partit on jour , par la rive droite, pour Saint-Germain, où il se mit k composer dès le 15 mai de l'an dernier.

n n'y a donc pas tout à (ait un an que la première note de cette œuvre immense est venue arrondir son point noir sur le papier réglé du musicien ; et quand Je pense aux tribulations, aux retards, aux déoour^^^ments, & toutes les phases alternativement sombres et azurées

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qu'il a fallu traverser pour arriver à cet enfantement, je ne puis le croire accompli^ et le succès m6nie ne m'a pas encore détendu les nerfe, tant ils ont prouvé de crispations douloureuses.

Le Grand Opéra passe assez généralement à Paris et en Europe pour une machine lourde et indolente, qui ne pourrait jamais, comme le Théâtre-Italien, confectionner des cheb-d*œuvre à la semaine; chaque peuple entend lesarts à sa manière; notre goût se révolterait contre des productions hâtives et mal attachées, sans richesse, sans recherche de mise en scène, propres seulement à faire valoir une ou deux bdles voix à coté de voix éteintes, au milieu de haillooseld'oripeaux:— le gros diamant monté à la turque, la belle femme mal attifée, le beau cheval mal attdé^ le bel hdtel mal tenu, le grand dîner mal s^rvi, n'ont aucun prix pour nous, et, en matière d'art, nous réussissons principalement par rensemble,qui n*est pas autre chose que le résumé de tout ce que fournissent Tesprit et le goût.

La partition de monsieur Halévy m'a été remise le 8 novembre. C'est donc à peu près six mois d'études qu'il faut compter. Or, six mois ne sont pas six mois k rOpéra« mais seulement trois, attendu que, le jour de jeu, les artistes employés à la représentation ne peuvent se dépenser en répétitions, sous peicsde compromettre la bonne exécution de l'ouvrage donné le soir ; de sorte qu'en réalité le Juif errant n'a eu que cent soixante*

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quatorze répétitions, y compris les études de rôles, tes chœurs, les lectures au quatuor pour Torchestre, les coupures , les raccords, cinquante et une répétitions de mise en scène et huit répétitions générales. Tout ceci soit dit pour absoudre monsieur Halévy, dans le cas où quelqu*un l'oserait accuser de lenteur et d'in* certitude.

L'ouvrage pouvait être prêt pour la fin de février dernier» si je n'avais payé à la grippe et au vent d'est un tribut qui doit m'acquitter envers tous deux pour plusieurs années. Mademoiselle Lagrua, la jeune et belle débutante, messieurs Roger, Massol, Obin, Depassio, ont été successivement pris d'enrouraients formidables; madame Tedesco a été la plus rudement éprouvée : c'était chaque jour une répétition contremandée, un désarroi général, une démoralisation complète.

Enfin la grippe m'a fait grâce, et j'ai pu présenter au public, aussi impatient peut-être que moi, cet ouvrage, sur lequel je vous demande à exprimer mon opinion, à présent que celle du publie est faite et acceptée par moi avec reconnaissance.

La nouvelle partition de monsieur Halévy porte un cachet de transformation dont ce maître a lui-même la parfaite conscience, car à quelqu'un qui en paraissait frappé, il a répondu : c On ne doit plus rien faire, du jour où l'on ne peut plus rien apprendre. »

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n ne m*est pas permis d'énumérer an à un tons les ihorcetox du Juif errant^ en y accrochant une épithète laudative : dequelque yariété que j'use dans l'emploi des adjectifs^ je ne manquerai pas de déclarer que, sans exception, tous les morceaux sont excellents; encore moins voudrais-je me hérisser de croches, agiter bruyamment les clefs musicales, faire l'enthousiaste en lamintur,on le dégoûté en mi bémol. Heureusement pour le compositeur, le directeur del'Opéra n'est pas musicien ; mais il a pu observer que la partition du Juif errant e&i écrite avec éclat et simplicité ; que la pensée mélodique de Tauteur, exprimée avec franchise et soudaineté, ne s'égare jamais dans les sinus d'une instrumentation irrésolue et tourmentée ; que néanmoins ses combinaisons symphoniques restent grandes quoique saisissables, intelligibles aux esprits vulgaires.

Les gens du monde, les amateurs ardents de premières représentations, qui se donnent, pour assister à ces piquantes solennités, une peine dont je suis à la foisieconnaissant el embarrassé^ car les parois de la salle ne s'élargissent pas à ma voix, y portent avec eux des dispositions très-variées : les uns de l'enthousiasme (ce ne sont jamais mes amis), Iss antres de l'indépendance, ceux-ci de la mauvaise humeur toute préparée ou accidentelle, ceux-Jà la science infuse.

n est des gens si bien doués, qui cmt un cerveau si

bien fait, les appareils oculaire et auditif si bien organisés^ qu'ils peuvent, après les cinq heures d'une séance où leur esprit a été tenu en suspens, où tous leurs sens ont été vivement attaqués, se donner à eux* mêmes et répandre une opinion nette sur ce qui s'est passé. Ils ont la précieuse faculté de se reconnaître dans les incidents de l'action, les développements de la musique, de se retrouver dans ces sites et ces atmosphères variés, place publique, oratoires, palais, mer, paysages, nuit, jour, crépuscules; ils ont cette force immense de pouvoir dire : c II y a de belles choses^ mais c'est long. »

Cette formule invariable, qui n'a ménagé ni Robert le Diaile^ ni la Juive^ ni fet Huguenots, ni la Berne de Chypre^ ni le Prophète^ ni le Juif errant, je dois en convenir, n'a jamais rien d'alarmant; dès la cinquième représentation elle se modifie ainsi ; c J'y suis retourné, cela m'a paru fort beau, c G'esit qu'en effet c-3 concours de masses, cette réunion gigantesque d'arts et d'artistes divers, la puissance de ce grand orchestre, l'éclat formidable de ces chœurs, la succession de ces décors merveilleux, tout conspire pour forcer le connaisseur à mûrir son jugement par plusieurs auditions ; c'est, en un mot, que l'Opéra périrait sMl ne spéculait, comme les féeries du boulevard, que sur la curiosité et non sur la conscience du public.

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. Si j amve à parler de l'exécution du Juif errante je voudrais bien éviter ici une scàne de famille et ne pas dépenser ma sensibilité en attendrissements publics ; je ne puis cependant contenir mon effusion au point de refuser i tous les artistes le témoignage de ma reconnaissance pour te zèle^ TintelUgence et la bonne humeur qu'ils ont montrés pendant le cours de ces travaux, quelquefois, hélas I noctumee ; plus 4'une répétition a fini à l'aube^ et dans les rues^ sur àe boulevard. Ton a dû prendre pour la débandade d'une noce ces groupes d'hommes, de femmes, d'en* fants fatigués et riants, pfties et gais. Les soldats de l'armée d'Italie, dépourvus de souliers et de pain, n'ont pas trouvé de lazzi plus spirituels et plus consolante que ceux d*un muciciende Torchestre, dont j'offenserais la modestie en les citant.

Une innovation musicale introduite dans la par* tition du Juif préoccupe beaucoup les hommes de l'art, après avoir fortement ému le puMic. Je veux parler de la grande fanfare des instruments de Sax. Il n'est sorte de critique, d'observation, de comparaisons, que la vue de ces cuivres géants ne suscite. J'attends les caricatures.

Monsieur Sax a voulu doter l'ouvrage de monsieur Halévy de ces nouveaux instruments, auxquels il a donné une forme antique, rappelant la buceina des Romains, le kerem des Hébreux, le keras des Grecs, et

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a disposé les instruments de telle manière, que, pour les ba98M, par exemple, la plus grande partie du tube, contournée d'après ses principes, pût se dissimuler sous le bras de l'exécutant, tandis que la portion qui termine, affectant la forme en question, se présente -seule en avant, soit immédiatement pour les instruments du médium, soit après avoir passé derrière l'exécutant en remontent par-dessus Tépaule.

L'orchestre de cuivre du troisième acte, le seul apparent, est composé de quinze personnes, savoir ; i sax tuba si bémol aigu.

1 — mi bémol soprano.

4 — si bémol contralto.

3 — mi bémol alto ténor.

2 — si bémol bzry ton.

2 — si bémol basse.

i — mi bémol contre-basse.

1 — si bémol contre-basse

Je ne parle que des instruments employés au troisième acte et visibles, parce que leur développement gigantesque, leur forme de boas enroulés, leurs pavil* Ions béants comme des gueules de requin, et le costume étrangement ricbe des artistes qui les portent, n'ont pas moins que leur sonorité contribué à Téba bissement de toute la salle.

Je conviens que le premier accord de ces cuivresi

nuccédant à la musique mielleuse et piquante du pas

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deimbiilki^9LtdAi boadir sur lears places quelques personnes occupées à eheroher des yeux monsieur de Trois -Étoiles ou madame de X... ; mais je ne me décourage pas el je crois que c'est une affaire d'habitude»

On a dit que ce bruit était trop fort; je demande: Trop fort par rapport à quoi 7

n y a environ vingt-cinq ou trente ans, les étalages de marchands de gravures contenaient une lithographie représentant un gros monsieur portant sur le ventre et battant une grosse caisse, agitant avec les mouvements de la tête plusieurs chapeaux chinois, et par le choc de ses genoux un appareil compliqué de cymbales et de timbres. Ce monsieur, c'était Rossini; on disait de Rossini, parce qu'il avait usé plus largement des instruments éclatants, que samusi* que faisait trop de bruit, comme on l'avait dit dans le dernier siècle de toutes les musiques qui avaient remplacé les dix-huit violons de la chambre du roi Louis XIV.

U n'y a pas de règles fixes pour Tintensité des sons. Cela me parait être une question de goût et de temps : il faut bien remarquer que, dans chaque époque, tous les détails de mœurs arrivent à s'équilibrer, à prendre un niveau commun.

Est-ce que l'éclairage de nos maisons et de nos lieux publics n'est pas vingt fois plus brillant qu'il y a

soixante ans ? On a dû dire de la première lampe Garcel : c Gela éclaire trop 1 > On a dCi le dire du premier bec de gaz. On a dit certainement en Egypte, en voyant la première pyramide : c C'est trop haut I >

L'agrandissemeot est une des formes du progrès. Nous avons vu s'allonger les journaux, s'élargir nos trottoirs, le gaz égaler le soleil, les chemins de fer centupler la vitesse, les télégraphes lutter avec la parole ; nous avons des magasins plus grands que des casernes, nos armées sont nombreuses comme des peuples : c'est un paroxysme général qui aveuglerait, étourdirait, tuerait raide un ancien bourgeois qu'on ressusciterait pour le régaler des bienfidts de la civilisation moderne.

Qu*on en revienne au format du Journal du Débats en 1813, aux petites rues de la Cité, à la chandelle, aux pataches et aux coucous, aux boutiques des piliers des halles, que les armées soient réduites à l'efiectif de la campagne du maréchal de Saxe, qu'on modère tous les paroxysmes, alors je conviendrai que les instruments de Sax font trop de bruit. En bonne logique, le paroxysme de la sonorité ne peut s'arrêter qu'à une limite : le saignement des oreilles» comme le paroxysme de la lumière à l'aveuglement immédiat, et le paroxysme de irarchitecture k la tour de Babel

Il est de mon devoir pourtant de rassurer le

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public. Monsieur Halévy a fait une concession à la seconde r^résentation. L'attaque a cessé d'être brusque et violente: les premières notes sont hypocrite* ment assez doucCB, se renflent peu à peu et finissent par pénétrer lâchement le tympan par le procédé de la vrille.

Je n'ai pas d'opinion personnelle sur la valeur musicale des instruments de Sax. Cette opinion est d'ailleurs indiférente, car je ne me prends que comme un intermédiaire entre les auteurs et le public; mais je pense qu*une innovation patronée par le nom d'un grand maître, et qui, par conséquent, ne peut être considérée comme une révolte contre Fart, doit être accueillie sur un théâtre qui^ par sa dimension, sa richesse^ et la légitime exigence du gouvernement et du public, est forcé de tenter ce qui est impossible ailleurs.

C'est ce sentiment de la mission que j'ai acceptée qui me conseille les magnificences dont j'entoure les ouvrages nouveaux, et me conduit à ce qu'on appelle le paroxysme de la mise en scène.

Je suis assurément, par devoir et par caractère, bien résigné, bien préparé à toutes les critiques, mais je ne m'attendais pas à celle-ci.

Quelques écrivains de talent viennent de me reprocher les splendeurs de la mise en scène du Juif errant : voulant que l'Opéra soit une espèce de bibliothèque,

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de cabinet musical, où Tart se livre discrètement à des rêveries intimes; oubliant que, par les lois de son origine et la volonté de son royal créateur, il a ^.té destiné à jouer des tragédies en musique ornées d'en^ trées de ballet^ de machines et changements de théâtre^ ces nouveaux iconoclastes me disent avec une compas tion qui ne m'a pas touché (j'en demande pardon) c Malheureux! vous avez dépensé 1SO,000 francs 1 si vous n'aviez pas réussi , qu*auriez-vous fait? » — • D'abord, on ne réussit à rien quand on ne risque rien; et puis, si je n'avais pas réussi^ j'aurais établi le bilan mélancolique de mes pertes et tristement payé la différence de la dépense à la recette.

S'il faut enfin relever sérieusement ce reproche^ 4iue deviendrait l'art du décorateur, du costumier» du chorégraphe, que j'ai mission d'encourager et de faire vivre ? Que deviendrait cet inmiense personnel, dont on m'a confié l'existence et la réputation ? Que deviendrait cette renommée européenne qui porte dans toutes les capitales le nom et les productions de nos artistes^ de nos décorateurs, de nos ouvriers ?

Dans les grands théâtres étrangers, ne voyez-vous pas des décors peints par messieurs Séchan, Despléchin, Cambon, Thierry, Nolo, Rubé; des costumes, des souliers^des maillots, expédiés de Paris par le tailleur, le bonnetier et le cordonnier de l'Opéra?

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Est-ce donc un grand malheur que monsieur Grange, l'habile cisdeur, ait couvert d'une armure éclatante d'or et d'acier cette garde des Immortels et cette garde varangienne dont j'ai trouvé l'équipement minutieusement décrit dans Waller Scott, le profond antiquaire?

Est-ce donc bien regrettable que j'aie fait acheter chez ua marchand d'estampes russes, établi sur le boulevard des Italiens, une précieuse collection de documents byzantins, et remuer une légion de bouquins à gravures sur bois, à l'aide desquels on a pu retrouver la coupe de ces vêtements de sénateurs, de grandes dames, de pages, ces détails intérieurs de palais d'une époque dont les vestiges sont rares?

Faut-il regretter cette vue d'Anvers du premier acte; cette ville de Thessalonique dans laquelle monsieur Séchan a jeté les rayons du soleil d'Orient qu'il a rapportés de Gonstantinople; ce riant palais des empereurs au troisième acte; ce tableau des ruines du quatrième acte, magnifique traduction de l'immensité; et ce tableau du jugement dernier du cinquième acte, dont les péripéties se déroulent avec une rapidité si éblouissante, une précision de mécanique si ingénieuse?

On m'a objecté, quant à ce dernier tableau, que les diables étaient trop gais, et qu'ils besognaient sur les damnés avec un entrain qui excluait la terreur.

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n faut établir que, représenté soit au théâtre, soit dans les tableaux, Fenfer n'effraye pas : l'art plastique est impuissant à donner cette sublime angoisse : la foi seule Ta déposée dans nos cœurs; les grands maîtres delà peinture^ sur leurs ^iles; les habiles sculpteurs du moyen âge, sur les porches des églises, ont mêlé des scènes grotesques aux épisodes terribles de la damnation éternelle. Michel-Ange est allé jusqu'à rindécence, Gallot jusqu'à la farce; et je n'ai pas vu d'inconvénient à ce que des diables exprimassent par des cabrioles, la joie qu'ils éprouvent en voyant venir la riche proie qui leur est promise depuis la chute du premier homme.

Je ne veux pas abuser de la permission que j'ai prito de répondre à des critiques que je dois écouter a?ec l'humilité d'un homme placé à la tète d'un établissement national ; mais je suis forcé de contracter rengagement public de ne rien ménager pour loi conserver son éclat et sa renommée.

Veuillez, etc.

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