‹ La vie parisienne sous la République de 1848Chapitre 1 sur 28 · LE PEUPLE AUX TUILERIES · texte numérisé non relu

LE PEUPLE AUX TUILERIES

l'our oI)teiiir lu Réf'oniic , c'est - à - dire rextensiou du droit de vote, et même rétablissement du sul'frag'e universel, dont Guizot essayait de retarder l'inévitable et déplorable triompbe, l'opposition, en 1847 et

1848, multipliait, dans toute la France, les banquets. On mangeait et on buvait contre le Gou-

2 LA VIE PAHIS1E^NK

vernement. C'était un patriotisme facile, et les restaurateurs le trouvaient très avantageux.

Les électeurs du XII'' arrondissement avaient organisé pour le 19 janvier 1848 un de ces banquets civiques et électoraux, sous la présidence du député de l'arrondissement, M. Boissel, et la vice-présidence de M. Poupinel, lieutenant-colonel de la Xir légion, — et comme il devait avoir lieu dans une maison particulière, on s'était borné, cont'oi'mément aux prescriptions de la loi, à un simple avis au commissaire de police.

Celui-ci en référa an ministre de rinlfiienr, M. Duchàtel, et l'autorisation, (jui n'i'tait demandée qu'implicitement, fut refusée.

Le comité d'organisation décida (|u'il donnerait suite à son projet, ([u'il ne tiendrait aucun cumpte de l'interdiction, et ([ne le l)an(juet aurait lieu, le dimanche 20 février, dans un vaste terrain, clos de murs, que le général Tliiars, déj)uté, possédait à Chaillot.

Par tous les moyens dont l'armait la loi, le gouvernement était obligé d'imposer l'observation de la mesuie qu'il venait de prendre, à moins qu'il né préférât montrer, en la rapportant, une faiblesse que ses adversaires auraient exploitée contre lui. Ce fut le ])arti de l'énergie «jn'il adopta.

Des troup(!s furent consignées à Paris et dans la

COMMExNT ON FAIT UNE REVOLUTION 3

l)anlieiie. « L'on vit même passer des caissons chargés de bombes sur les boulevards. — Qu'estce que c'est donc que ça ? demandait un enfant à son père. — Ça, répondit le père, c'est la loi de 1791. C'était en effet la loi de 1791 que les ministres invoquèrent pour empêcher les réunions réformistes (1). »

Le banquet fut renvoyé au mardi 22 février. Le comité chargé d'en régler les détails adressa aux journaux une sorte de manifeste-programme, publié le 21. Les invités devaient s'assembler dans le lieu de réunion de l'opposition parlementaire, au café Durand, place de la Madeleine, n" 2, d'où ils se rendraient au banquet, escortés par des gardes nationaux.

Le gouvernement, de son côté, se hâta de faire afficher une ordonnance du préfet de police, Delessert, contre les attroupements, et un ordre du jour du général Jacqueminot, commandant supérieur de la garde nationale, dans lequel il rappelait aux soldats et officiers de ce corps que le Code pénal leur interdisait d'agir et de figurer comme tels, en dehors de leur service.

(1) Histoire de trente heures. Février IS'if^, par Pierre et Paul. Paris, 1898, p. 29. Il est à remarquer que l'habitude de se rendre à ces banquets en cortège les rendait beaucoup plus dangereux et, au milieu des passions politiques, constituait tout simplement une provocation à la guerre civile.

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