‹ La vie parisienne sous la République de 1848Chapitre 20 sur 28 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

DES Ouvriers A Monseigneur Dupi:?

Monseigneur Dupin,

Nous ne sommes pas des gens qui demandent V aumône. La république a promis, par le travail, de faire vivre ses enfants ; donnez-nous donc du travail qui nous permette de vivre comme des hommes libres doivent vivre, et vous verrez, messieurs les satisfaits, si nous sommes des Lazzaroni, ne demandant pas mieux que de nous nourrir des deniers publics. Ce n'est pas nous, du reste, qui avons demandé qu'on instituât les ateliers nationaux, et ce ne sont pas les hommes qui ont fait le 24 février que vous embrigaderez militairement. Peuple de votre mauvais Paris (vous qui pensez et agissez comme M. Dupin) vous ne nous trouvez beaux que sur nos barricades ; dans ces moments-là nous sommes magnifiques, généreux.

grands, braves, héroïques même ; il n'est de flatteries que vous ne nous prodiguiez et sur tous les tons vous nous faites nos louanges ; nous sommes enfin, quand vous tremblez, quand a^ous craignez la vengeance, le Peuple du bon Paris ; oh ! c'est qu'alors vous savez (|ue nous pouvons vous faire demander grâce, messieurs les satisfaits : tant c[u'il y aura des caves pour vous cacher, les jours que, poussés par la souffrance, éclate notre colère, nous ne vous verrons jamais en face ; ce n'est que gardés par 40.000 soldats, à l'ombre de 40.000 baïonnettes, que vous oserez épancher votre bile, en prodiguant au peuple l'outrage que nous ne savons pas punir. Gardez-vous d'oublier, messieurs les monarchistes, que ce n'est pas pour rester vos esclaves que nous avons fait une troisième réA^olution ; nous avons combattu votre organisation sociale, seule cause du désordre et de la misère qui dévore et ravale la société actuelle, et où la force brutale fait seule la loi. Inspirés par l'esprit de justice, par le saint amour de nos droits, nous voulons nous régir par ces institutions, dont l'harmonique sagesse émane do Dieu même ; nous sommes certains, par l'association, de pouvoir nous appartenir et n'avoir plus de maîtres. L'association était la seule institution équitable qui soit dans la nature, et la seule par conséquent qui puisse donner au monde, à tous les peuples, la Liberté^

LES ATELIERS NATIONAUX i^ll

la vraie Fraternité^ La vraie Indépendance et la Paix universelle. Sans l'association, toutes ces belles paroles ne sont que des mots morts qu'on lit sur nos drapeaux, mais dont les cœurs sont vides ; il n'y a dans ce monde, chez tous les peuples^ qu'asservissement éternel, qu'anarchie, des maîtres et des esclaves.

L'aumône que vous nous faites n'est vraiment qu'une aumône, elle de^a^ait être quelque chose de plus digne, c'est-à-dire une restitution. De vrais républicains ne font pas l'aumône, ils donnent à leurs frères et leurs frères -leur donnent, ils agissent comme Dieu. Celui qui s'écarte de cette loi de justice, de cette loi suprême, est un impie par Dieu maudit. C'est nous, M. Dupin, qui avons pris sous notre sauvegarde vos fortunes et vos propriétés, pendant les trois journées ; à ce seul titre, riches égoïstes aux instincts de Caïn, qui, comme lui, assassinez vos frères.

Vous avez à rougir de nous faire qu'une aumône. Vous serez toujours les mêmes, et cette fois encore le cœur généreux des travailleurs que vous insultiez vous a sauvés ; sévir contre vous pourtant eût été justice, mais si nous mettons en l'Etre suprême toutes nos espérances, c'est parce que noussentons qu'inspirés par lui nous saurons, avec une ferme volonté, faire triompher l'ordre et l'intégrité, là où vos institutions égoïstes et corruptrices n'ont

jamais l'ait régner que l'anarchie et propager ces maximes vraiment avilissantes, au contact desquelles l'esprit humain s'altère et se dégrade, où le cœur se corrompt et n'offre à la société, à la patrie que des âmes avilies. Hommes du bon Paris, vos législateurs ont si bien travaillé que si nous les avions laissé plus longtemps gouverner, ils auraient fini par extirper tout ce que Dieu a mis de généreux et de sublime dans la nature humaine. Plaignezvous, messieurs les satisfaits, messieurs les hommes d'élite, du fardeau qu'en ce moment le pauvre peuple fait peser sur vous ! Reprochez-nous les vingt-trois sous de pain que vous nous donniez de si mauvaise grâce ! en ces jours de crise et de misère profonde, où tous les travaux sont suspendus ! en ces jours où il ne manque plus que la famine, où la mère manquant de nourriture n'aura plus bientôt à donner à son enfant, à sa pauvre créature, qu'un sein desséché ou un lait corrompu par la faim ! Plaignez-vous, messieurs, cela ne vous empêche pas de manger les meilleurs morceaux et de boire le Champagne à votre dessert. Nos sueurs vous enrichissent et se changent en vins fins dans a-os go.siers aristocratiques ; oui ! votre bien-être et vos fortunes enfin vous ont été acquis par notre travail, car, vous le savez bien, nous ne sommes malheureux que par vous et à cause de vous ; nos maux sont votre ou-

LES A.TELIERS >'ATIONAUX 423

vrage. Vous avez exploité et voulez toujours exploiter le producteur, et la société ne parait si difficile à réorganiser que parce que vous seuls y mettez des entraves en écartant de la vérité des milliers de nos frères, que vous influencez autant par vos positions qui leur imposent que par le mot d'utopistes, par lequel si déloyalement vous nous désignez. Allez, quoi que vous fassiez, la vérité se ferajour, et comme l'eau qui coule, le progrès dont vous êtes ennemis intéressés, suivra son cours. Vous aurez beau faire, nous mépriserons toujours vos insultes, et le temps n'est pas loin qu'à votre grand regret vous n'aurez plus d'esclaves, et que le seul et vrai titre de noblesse qu'ambitionnera l'honnête homme, le bon l'épublicain, sera le titre d'ouvrier.

Signé par tons les ouvriers'

Frères nous ne sommes pas riches, apporteznous votre coopération, ne serait-ce que 5 centimes pour répandre cette affiche à 10.000 exemplaires.

On reçoit les lettres affranchies.

Auguste Sibeut, brigadier,

82, rue de la Tixeranderie, au 2% recevra les souscriptions. »

On se décida à une mesure qui devenait inévitable.

Le docteiii' Trelat, qui, le 11 mai, avait remplacé Marie aux; Travaux; publics, reçut mission de débarrasser Paris des ateliers nationaux.

Il prit un arrêté (le 4 juin d'après lequel :

1*^ Les hommes de 18 à 25 ans seraient tenus de s'enrôler ou congédiés ;

1" Tous ceux qui ne justifieraient pas, avant le 24 mai, de six mois de domicile, ne recevraient plus aucune solde ;

3" Les patrons auraient le droit de requérir sur les listes d'embrigadement, et au prix de deux francs par jour, les ouvriers dont ils auraient besoin .

Tout le reste devait être congédié dans un bref délai.

Emile Thomas alla transmettre la protestation des iVteliers nationaux au ministre des Travaux publics. Il ne put obtenir qu'un répit de vingt quatre heures. Le 25 mai, on créa une commission dont faisait partie son futur remplaçant, Louis Lalanne. On l'obligea à donner sa démission, et, après avoir été gardé à vue, il fut, le 27 mai, expédié à Bordeaux, sans avoir manifesté le moindre désir d'y aller. C'était ce qu'on appela une « mission extraordinaire »

Les Ateliers nationaux n'existaient pour ainsi dire plus, lorsque parut l'arrêté de Trélat, relardé depuis un mois. Les ouvriers y avaient déjà répondu par les émeutes de juin.

Manifestations et Émeutes, Les Journées de Jujn.

Cette période de quatre mois environ qui s'étend de la révolution j^ '', aux journées de juin I d- ./'-^^^ '^^ ^'\ n'a été qu'une suceesi '^v'i-tih ,X''^ sion d'émeutes. Elles tendaient à appliquer les tliéories de certains membres du Gouvernement. Les discours sonores et creux, dont on était si prodigue à cette époque, elles essayaient de les transformer en réalités.

Tant que le peuple conserva ses illusions sur ceux qui le gouvernaient, ces émeutes furent plutôt

Socialisme.

4''26 LA VIE l'AUISIENNE

des manifestations un peu bruyantes, où les éléments mauvais formaient l'exception.

Le 17 mars, à trois heures de l'après-midi Madame de Lamartine recevait de son mari, qui se trouvait alors à l'Hôtelde ville, ce billet : « Tout va à merveille. Ledru-Rollin se conduit très bien. Le peuple défile tranquillement. »

Le 15 avril les ouvriers criaient : «Vive la bonne République ! Vive l'Égalité ! Vive la vraie République du Christ ! »

Le 15 mai, ce qui dominait dans cette plèbe soulevée et frémissante, ce n'était pas le mécontentement ni la haine de classe, mais le désir de manifester en faveur de la Pologne.

Le Gouvernement était en grande partie responsable de cet accès de Donquichottisme. L'affranchissement de la Pologne, et de tous les peuples opprimés, était une des utopies, les plus généreuses, et les moins réalisables, en 1848. Le 2 mars, Marrast, qui habillait son scepticisme à la mode du jour, disait, devant la tombe d'Armand Garrel :

«... Nous avons aujourd'hui un grand devoir à remplir... Ce devoir, c'est de prêcher partout l'union, la concorde... C'est de montrer que nous sommes un peuple indivisible, fort, décidé fermement à maintenir nos droits, et aussi les droits de tous les peuples qui ont combattu pour la liberté de

la Suisse, de l'Italie, de l'Espagne et de la Pologne !

Au pied de cette tombe, je suis heureux de pouvoir saluer tous ces peuples pour lesquels s'ouvre une nouvelle ère.

Nous succédons à un Gouvernement qui subissait la paix; nous sommes en position, aujourd'hui, de l'imposer à l'Europe... On nous disait, il y a quelque temps : Si la France est sage, elle aura la paix. .. Et nous maintenant nous disons à l'Europe : Si elle est sage !... »

Et à ce moment la voix de l'orateur était couverte par les applaudissements. L'Europe républicanisée, les empereurs et les rois oblig-és de briser les chaînes de leurs malheureux sujets et de se coiffer, comme jadis Louis XVI, du bonnet rouge, voilà ce que voyaient des milliers d'auditeurs à travers les phrases enflammées de son discours.

Le 13 mai, près de cent mille citoyens, presque tous de la classe ouvrière, avaient parcouru les boulevards en criant : « Vive la Pologne ! »

Ce sentiment domina, jusqu'à la fin, dans la partie saine du peuple. Louis Blanc le constate et il cite un exemple très caractéristique de cette exaltation : « Je tiens, dit-il, de M. Moukton Milnes qu'au plus fort du tumulte, il remarqua un vieillard, un Français, qui pleurait à chaudes larmes et s'écriait d'une voix passionnée : a Pauvre Polo-

gne ! pauvre Pologne ! Elle sera donc sauvée (1) ! » Les meneurs le savaient bien, qu'en s'adressant à la générosité — et à la naïveté et à l'ignorance — du peuple le pluscapaljle d'emballement et le moins capable de réflexion, ils arriveraient à leur but. Dans la matinée du 15 mai, Sobrier avait fait afficher sur les murs de Paris cet appel :

« Manifestation en passeur de la Pologne.

Les citoyens qui veulent concourir à la manifestation démocratique du peuple français en faveur de la Pologne sont prévenus qu'on se réunira aujourcVhui lundi, à dix heures du matin, autour du monument de la place de la Bastille.

Les délégués des départements qui se trouvent à Paris sont invités à se réunir à ceux de Paris, afin que cette manifestation puisse être considérée comme l'expression des sentiments de toute la France.

La marche sera, comme toujours, grave et solennelle, car il s'agit du salut d'une nation amie qu'on opprime.

Point de tambour, point de musique, point d'armes, point d'autres cris que ceux de :

Vive la République ! Vive la Pologne ! »

Un autre mot d'ordre avait été donné par le

(1) Histoire de la Bévolution de IS'iS, t. II, p. 95.

chef du mouvement aux fidèles, aux frères et amis, à ceux dont on se croyait sur. Il s'agissait de greffer sur cette manifestation d'apparence pacifique une véritable émeute, La Pologne ne devait être que le prétexte.

Louis Blanc reproduit cette déposition de ]NL Danduran, ingénieur civil, membre du club centralisateur, devant la haute cour de Bourges le 10 mai 1849: « Je jure que la manifestation devait s'arrêter à l'obélisque. Qui Ta dirigée? Je ne saurai le dire en conscience ; mais il y avait une direction occulte; et si la manifestation est devenue désordonnée, il faut l'attribuer à des hommes apostés à la tête du pont (1). »

Cette direction occulte, pour Louis Blanc, qui se défend d'y avoir eu la moindre part — probablement parce que Témeute n'avait pas produit les résultats espérés — émanait de la fraction modérée du Gouvernement, qui ne prévoyait pas les excès qu'elle allait provoquer (2).

(1) Histoire de la Rcuolution de 18'i8, t. II, p. 90.

(2) Il sappu} ait sur ce passage de Daniel Stern : « Le parli de la République qu'on appelait bourgeois — MM. Marrasf, Bûchez et autres — ne trouvait nul danger et voyait quelques avantages à une manifestation inoHensive qui lui permettrait d'intervenir comme régulateur entre le socialisme, dont on écarterait les chefs compromettants, et les dynastiques, que Ion protégeait contre les prolétaires, mais en leur faisant sentir ce qu'ils avaient encore à craindre. » Histoire de la Révolution de IS'iS, t. III, p. 21.

Raspail, assure-t-il, était favorable à la manifestation, mais la voulait pacifique. Blanqui ne l'approuvait pas mais était entraîné par son club. Proudhon écrivait dans son Représentant dit. Peuple (1) : « Pour servir la liberté là-bas, nous allons la compromettre ici, » et, dans le numéro suivant, il engageait les patriotes à ne pas agir comme « des clubistes sans cervelle ».

Dans la soirée du 14, des séances secrètes avaient eu lieu au Club central, présidé par Blanqui, et au Clab du Comité révolutionnaire, présidé par Sobrier. On y avait préparé la revanche de la journée du 15 avril.

Pendant ce temps, une quinzaine de personnes, convoquées par Barbés, s'étaient réunies chez Louis Blanc. Gelui-ei affirma plus tard qu'il n'y avait été nullement question de la manifestation, mais plusieurs témoins, entendus lors de l'instruction judiciaire, opposèrent à cette affirmation un démenti formel.

Le lendemain, dans la matinée, après avoir reçu la visite d'une soixantaine de manifestants, il sortit et se dirigea du côté de la place de la Bastille. Il avait probablement l'intention de s'y rendre, mais les circonstances lui parurent peu favorables, il craignit sans doute de trop s'engager, et il put prétendre, lorsque sonna l'heure des res-

ponsabilités, qu'il était allé simplement assister, dans le passage des Panoramas, à un diner donné en , l'honneur d'un de ses parents qui s'apprêtait à partir pour la Corse. Ce qui est certain c'est que, peu après le moment où il avait quitté son appartement de la rue Taitbout, une colonne de deux ou trois cents ouvriers — qui se signala pendant l'émeute et qui semblait chercher un chef ou bien un drapeau — était venue, sous ses fenêtres, crier; Vive Louis Blanc !

Pendant tout le cours de la Révolution de 1848, ce petit homme, convaincu qu'il portait dans les plis de sa redingote le salut delà patrie, essaya de caser son système de l'Organisation du travail;, mais, parmi ceux qui affectaient de le suivre, beaucoup trouvaient ses opinions trop modérées et ne songeaient qu'à exploiter sa popularité, dans l'intérêt de leurs propres théories.

Quels étaient les projets, le programme, le but de ceux qui, le 15 mai, tentèrent de terminer une manifestation en faveur de la Pologne par un coup d'Etat socialiste ?

Dans la maison de Sobrier, où s'imprimait son journal, la Commune de Paris, on trouva des brouillons de décrets, sur la formation d'une nouvelle garde nationale qui se serait appelée « garde ouvrière», sur un « impôt fraternel » exigé des capitalistes, connus comme tels, et versé par

eux dans le délai de cinq jours, après le triomphe du peuple, impôt qui aurait représenté la moitié de leurs revenus.

Julien Travers assure ^^i i qu'on sema à profusion, dans la salle des séances de l'Assemblée nationale, lorsqu'elle fut envahie, de petits billets impi'imés, de couleur rouge, sur lesquels on lisait: « L'argent n'a plus de cours en France. Toute propriété privée est déclarée propriété nationale. Un impôt de 500 millions est mis à la charge de l'infàmo ville de Paris. » D'autres billets auraient porté cette inscription : w Incendions, incendions, jusqu'à ce que nous ayons obtenu le partage des terres! » Tout cecijne semble fort douteux.

Jusqu'où peuvent aller les haines politiques, sociales, religieuses, le plus aveugle optimisme ne peut pas l'ignorer, mais il faut cependant se tenir en garde contre les calomnies qui frappent les partis vaincus.

Un document officiel, le Moniteur, rendant compte de l'envahissement de l'Assemblée, le 15 mars, par liuber et les émeutiers dont il était ou paraissait être le chef (2), racontait (jue lorsque Barbes, à la tribune, avait demandé ([u'on décré-

^ (l) Almanach historique de la République J'ran<;aise, par un ami de l'ordre. Paris, 1851, p. 22.

(2) Louis Blanc affirme qu"IIul)er était lliamme de Marrast et des modérés.

MVMFESTATIOiNS ET EMEUTES 433

tàt un impôt d'un milliard sur les riches, une voix s'était écriée : « Non, Jion, ce n est pas cela : deux heures de pillage ! »

La plupart des journaux modérés reproduisirent ce propos, sans émettre de doute sur son authenticité. Doit-on se montrer aussi aft'irmatif ? Je ne le crois pas.

« Il faut savoir, remarque Louis Blanc, qu'il existe dans le Moniteur deux comptes rendus de la séance du 15 mai, dont le second, rédigé après coup, est une version arrangée. » Et c'est ce qui résulte de la déposition que fut amené à faire devant la haute cour de Bourges (audience du 12 mars 1849) le réviseur de la sténographie de l'Assemblée. Or c'est dans l'édition arrangée que plusieurs membres des clubs sont représentés, criant : « Il nous faut deux heures de pillage. » C'était une grossière calomnie. L'homme qui avait porté ce renseignement au Moniteur fut sommé de comparaître, au procès de Bourges . Il se rétracta formellement ( 1 ). »

Le 14 mars 1849, un certain Turmel adressa au

(1) Histoire de la Révolution de IS'iS, t. II, p. 97. — Et il renvoie au compte rendu du procès (audience du 21 mars 1849) dans le n° 124 du Peuple. « Ce faux, avoué plus tard par celui qui l'avait commis, un M. Cruveilher. secrétaire de M. Buckez, fit vite son chemin dans la bourgeoisie. » Victor Mabrous, Juin iS'iS. Paris, 1880, p. 14.

président de la haute cour, cette lettre ( 1 ) qui se rapporte à l'épisode dont nous parlons :

« Citoyen

Je dois au peuple et à Dieu,

Je dois à l'histoire et aux clubistes de Paris,

Je dois à la justice et à moi-même,

De vous dire que les paroles rapportées par le Moniteur des 17 et 18 mai dernier sont fausses et calomnieuses ; que ces mêmes paroles relatées dans l'acte d'accusation du 15 mai sont une nouvelle calomnie jetée au peuple, et que, dans aucun cas, le citoyen Barbés ne pourrait en être responsable.

// s\tgit de deux /leiires de pillage (2) qn un c\ubiste aurait demandé à Barbés, en l'interrompant, lorsqu'il était à la tribune, le 15 mars. Non, citoyen, non! le Peuple ne pille pas, il l'a prouvé dans ses derniers combats de 1830 à 1848, il se bat et chasse ses tyrans, et, après la victoire, il n'a institué jusqu'alors ni conseil de guerre, ni cour exceptionnelle ; il a toujours pardonné.

L'individu, le clubiste qui seul interrompit Barbés, ne devait pas être considéré comme tel par

(1> Elle est reproduite dans le Peuple (N= du 15 mars 1849).

(2( « Cette exclamation; si elle a été pi-oférée, na pu être regardée comme établissant une connivence entre un misérable bandit et le fa dieux égaré, mais honorable jusque dans ses erreurs. » Annuaire de Lesur. Année IfetS, p. 188.

ceux qui le qualifiaient ainsi, quoiqu'il en iùt bien un, car c'était un capitaine de la garde nationale et en tenue. C'était moi.

Les paroles que je dis à Barbes, les voici :

Ce lï est pas ç«, nous demandons une solution sur la Pologne.

Je jure devant Dieu et devant le monde entier qu'aucune autre parole ne fut dite.

Me croira qui sera juste.

Salut et fraternité.

Page 1