‹ La vie parisienne sous la République de 1848Chapitre 25 sur 28 · I.'ÉLKGTION L»L iO DÉCEMBKK · texte numérisé non relu

I.'ÉLKGTION L»L iO DÉCEMBKK

charmeur tyranni([ue, comme le poison redoutable et eniA-rant, soumettait tous ceux qui l'approchaient à son irrésistible influence (1). »

Aux élections du 5 juin 1848, sur onze députés envoyés à la Chambre par le département de la Seine (2) — le premier, Gaussidière, avec 14(3.000 voix, le onzième, Proudhon, avec 77. 094' voix, — il l'ut élu, le neuvième, avec 84.420 voix ^^3).

La plupart de ceux dont Louis-Napoléon devenait ainsi le collègue — en attendant de devenir leur maître — éprouvèrent, et laissèrent voir, autant de crainte que de surprise.

Le 12 juin, une déclaration de bannissement fut proposée à la Chambre. Clément Thomas, qui était républicain (et que des républicains fusillèrent en 1870) demanda contre lui le vote immédiat d'un décret d'expulsion, et Lamartine l'application de la loi de 1832.

(1) T. II, p. 9.

(2) Sur 415.317 électeurs inscrits, il y eut 249.392 votants. Les onze candidats élus furent . Gaussidière, Moreau, (joudchaux, Cliangarnier, Tliiers, Pierre Leroux, Victor Hugo, Louis Bonaparte, Lagrange, Boissel, Proudlion. La province avait élu généralement des modérés, Tliiers, Mole, Bugeaud, etc.

(3) « L'affiche qui le recommandait portait : « Louis-Napoléon ne demande qu'à être représentant du peuple, et il n'a pas oublié que Napoléon, avant d'être le premier magistrat de la France, en fut le premier citoyen. » Cause ou prétexte d'émolion i)ublique, le nom de M. Louis-Napoléon agita la capitale. » Annuaire Lesur. Année 1848, p. 202.

La Chambre repoussa ces diverses propositions et l'admission fut votée.

Le 13 juin, Louis-Napoléon adressait au président une lettre par laquelle il résignait son mandat de député : « Bientôt, ajoutait-il, j'espère, le calme renaîtra et me permettra de rentrer en France comme le plus simple des citoyens, mais aussi comme un des plus dévoués au repos et à la prospérité de mon pays. »

Réfugié en Angleterre, où il ne devait rester que quelques mois, il attendait une occasion favorable, qui seprésenta bientôt. Il savait bien que les fautes de ses ailversaires allaient augmenter dans de fortes proportions le nombre et l'audace de ses partisans.

Dans son journal, publié en 1884 (1), Alfred Darimon écrivait, à la date du 3 octobre 1848 : « Bien que quinze jours à peine nous séparent de l'élection du 19 septembre, qui a ouvert de nouveau les portes de réassemblée nationale à ^I. Louis Bonaparte, il est facile de voir qu'il est dev(uiu un centre de ralliement.

Il ne fait que de rares et courtes apparitions sur les bancs de l'Assemblée nationale; il n'y prend jamais la parole; il s'abstient dans la plupart des votes. Mais ses cousins, et plus j)articu-

(1) A travers la Révolutiun (1817-18.55), p. 75.

l'élection du 10 DÉCEMBRE 509

lièrement M. Napoléon Bonaparte, se remuent beaucoup pour lui attirer des partisans. Ce dernier est à Paris depuis plus d'un an; il a réussi à se créer dans tous les partis des relations qu'il met habilement à profit. Il déploie dans cette œuvre de propagande des qualités d'organisation peu communes.

L'hôtel du Rhin qu'habite M. L. Bonaparte est assiégé du matin au soir d'un monde de visiteurs appartenant à toutes les classes et à tous les régimes.

M. L. Bonaparte recherche volontiers les hommes politiques qui sont en saillie. Quand il ne parvient pas à les attirer chez lui il va les trouver dans les salons où il espère les rencontrer...

Les allures mystérieuses de M. L. Bonaparte inquiètent beaucoup la jeune Montagne. Il lui parait évident que « le prétendant » comme on l'appelle déjà, aspire au pouvoir suprême. Mais quel parti doit-elle prendre. Doit-elle lui barrer le passage ou bien l'aider en lui imposant ses conditions?... »

Aux élections du 17 septembre, sur 247.242 votants, il obtint 110.752 voix.

La proclamation de son nom, le 21, sur la place de l'Hôtel-de-Ville fut accueillie par les cris de : « Vive l'Empereur ! Vive Napoléon ! »

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A la Chambre, sou admission lut prononcée à lunanimité.

Il n'avait pas besoin. de semparer du pouvoir, onlelui offrait. La volonté du peuple déjouait toutes les intrigues, brisait toutes les résistances (1).

Candidat à la présidence de la République, il n'avait, et il le savait, à redouter aucun de ses concurrents. Ils étaient vaincus d'avance. « Avant même que la main des scrutateurs descendit au fond des urnes, personne ne doutait en France que Louis Bonaparte ne fût l'élu des paysans. Et pourquoi ? Parce qu'un seul nom parle à leur souvenir ; parce qu'un seul nom ouvre à leur pensée des horizons lointains et a puissance sur leurs âmes; parce qu'une méchante gravure, suspendue aux murs de leur chaumière, est pour eux toute la politique, toute la poésie, toute l'histoire (2) ».

Ledru-Rollin, dont on faisait dans les campagnes un débauché, amant de deux maîtresses, la Marie et la Martine, complices de ses débordements (3), n'était plus qu'un fantoche démantibulé, une outre vide. En vain, ceux qui s'obstinaient

(1) Les défiances qui persistaient, comme celle de George Sand, étaient noyées dans les sympathies presque universelles.

(2) Louis Bi.anc, Histoire de la névolution de IS'tS, t. H, p. 318.

(3) V. Louis Bl.vnc, nistoire de la Révolution de ISiS, t. îl, p. ûL

l'élection du 10 DÉCEMBRE 511

à le soutenir avaient placardé sur les murs cette affiche, qui ne fut qu'un coup d'épée dans l'eau:

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