‹ La vie parisienne sous la République de 1848Chapitre 6 sur 28 · L\ \ll-: l'VUISlKN.NK · texte numérisé non relu

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On ridiculisa, on s'efforça do ridiculiser cette candidate ambulante, dans des chansons et dans des pièces : Lœtitia ou la Feinine socialiste^ la Représentante du Peuple^ les Femmes socialistes, etc. Dans une revue de Glairville, Dumanoir et Labiche, Exposition des produits de la Républi(jue, sous le nom de Jeanne Bédouin, elle chantait en s 'adressant aux députés du sexe fort :

Sur les questions les moins comprises Pouvant parler deux heur's de temps, Comm' vous je dirai des bêtises, Mais j'en dirai bien plus longtemps.

Compromise dans l'affaire de la rue Micliel-le- Gomte, elle avait été condamnée à six mois de prison. Lorsqu'un député, Chapot, du Gard, proposa de restreindre le droit de pétition politique pour les hommes, et de le supprimer pour les femmes, elle protesta de sa prison, en disant : « La femme a le droit de montera l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » Laurent de l'Ardèche déposa la pétition par laquelle elle demandait pour les femmes, le droit de voter et d'être éligibles. Sur un rapport de Quentin-Baucluird, cette pétition fut repoussée par l'Assemblée (1).

(1) .lE.vNNii Deroin avait fondé V Abnanach îles Femmes, dont les principaux collaborateurs étaient, avec quelques femmes peu connues, Pioire V'inranI, Jean Macé. I.acliamheaudie.

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Cet état-major du Féminisme comptait encore parmi ses membres les plus dévoués et les plus bruyants Noémie Constant et Mlle Henriette.

Noémie Constant était la femme d'un prêtre défroqué, l'abbé Constant. Sous le pseudonyme de Claude Vigiion, elle écrivait dans le Moniteur (lu soir des feuilletons artistiques.

La demoiselle Henriette se disait artiste et signait même de ce titre un peu vague. Elle s'était attirée un jour cette apostrophe de Proudhon : « Eh ! citoyenne, allez ravauder vos bas et écumer le pot. « Elle n'eut pas le courage de suivre ce conseil brutal mais désintéressé. Elle continua à faire de la polique et la politique ne lui porta pas bonheur. En 1850. on la voyait sur le boulevard Poissonnière, tenant une cage dans laquelle étaient enfermées des hirondelles, et de temps en temps elle disait aux passants : « Rendez la liberté aux hirondelles pour deux sous ! » Emanciper des hirondelles, voilà où elle en était réduite, après avoir voulu émanciper les femmes!

Les principaux moyens de propagande, à cette époque, étaient l'association et le club. Les femmes voulurent, elles aussi, en faire usage.

Parmi les associations ouvrières féuiinines. les plus importantes furent celk' des ouvrières blan-

le docteur Malalior, etc. En 1858. elle était I ingère à Londres.

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chisseuses, - — fondée au mois de novembre 1848, installée d abord rue SaiuL-Uonoré, 66, et plus tard rue Hréda, 21 — et celle, fraternelle également, des lingères (1). Cette dernière association faisait insérer, le 8 février 184*J, dans le Peuple, cette lettre :

« Citoyen uédvgteur,

« Nous ne voulons pas que le mot « fraternité, » écrit sur nos enseignes, soit une lettre morte, bonne seulement à frapper les yeux des passants. Nous voulons que la fraternité passe dans nos mœurs et y remplace l'égoïsme si fortement enraciné. A cet effet, Y Associalioii fraternelle des ouvrières lingères de la rue de la Corderie-Saint- Honoré, 5, croit donner un bon exemple en vous priant de vouloir bien annoncer, dans votre plus prochain numéro, qu'à partir du 12 du courant, toutes les ouvrières qui le composent sacrifieront une heure par jour à raccommoder ^^/y///^^ le linge des ouvriers sa/is travail. Tout ouvrier qui se trouvera dans cette position, et qui voudra jouir de cet avantage, pourra donc apporter chaque .semaine, au sortir des mains de la blanchisseuse,

(1) Il y avait aussi un Club fralcmel des Linijères. rue Richelieu, ()•), fonde en mars 1848, et qui avait pour présidente Désirée Gay.

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le linge propre à son usage personnel, il lui sera rendu dans le plus bref délai.

« Salut et fraternité,

Pour l'Association des lingères :

« Lermier. »

Quatre ou cinq clubs seulement parmi ceux qui avaient été fondés par des hommes, étaient ouverts à l'autre sexe: le Club lyonnais, celui de la Montagne, présidé par l'ex-abbé Constant; celui des A/iiis fraternels^ dont le président Brige demandait l'admission des femmes à tous les emplois, et surtout le club de Gabet.

Dans une l)rochure publiée en août 1847 (1), Cabet avait donné un libre cours à son culte, peut-être exagéré, de la femme :

« Ah! s'écriait-il, dans un accès de lyrisme, si ma plume savait exprimer tous les sentiments de mon âme, l'admiration, la reconnaissance, l'affection, le respect, pour \-d. femme en général!...

« Je dirais ses qualités, ses titres, ses droits.

« Je la représenterais dépositaire de la puissance créatrice de la nature, mère et nourrice de l'Espèce humaine, formant en nombre la moitié du genre humain.

(1) La h'ernine, son malheureux sort dans la société actuelle, son bonheur dans la communauté, par M. Cauet, ex-déj)ulé, ex-procureur général, avocat à la Cour royale de Paris... Août

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Je la montrerais première compagne clel'homme, sa première associée, ou plutôt partie intégrante de lui-même, partie vers laquelle la nature l'entraîne par un irrésistible attrait, partie qui seule peut suffire au complément de son existence, partie sans laquelle son existence est incomplète et privée de bonheur.

Je la figurerais sous une image qu'aucun homme ne peutvoir sans émotion, sous l'image d'une mère, ou d'une sœur, ou d'une épouse, ou d'une fille.

Je la peindrais la plus belle des fleurs; la plus parfaite des créatures animées; le chef-d'œuvre de la Nature; la source, pour l'homme, de ses plus belles inspirations et de ses plus douces jouissances; le charmant, dès le berceau, par son premier sourire, par ses premières caresses, par les inexprimables grâces de son enfance; le ravissant par sa beauté et par l'ineffable grâce de sa jeunesse ; le captiA^Tut par sa bonté ; le soulageant et le sauvant dans sa maladie; le soutenant dans le péril ; le consolant dans les revers par sa tendresse et son dévouement; supérieure à lui en patience et en sensibilité ; son égale en intelligence et en droits.

« Je la montrerais transformée en divinité chez les anciens peuples civilisés de l'Orient, adorée sous les noms de Junon, Minerve, Vénus, Diane, Hebè, Flore, etc.

« Je m'indignerais de son oppression cliez les peuples barbares, qui, par le plus lâche abus de la force, Tont réduite à l'état à' esclave, usurpant sur elle le droit de vie et de mort, ou de vente, ou de répudiation capricieuse...

« Je m'indignerais même contre la prétendue civilisation moderne, qui traite encore la femme comme une espèce d'esclave, et contre l'insolent despotisme de l'iiomme qui, abusant toujours de sa puissance et imposant sa loi à la femme, décide et déclare qu'elle lui doit obéissance.

« Je m'indignerais surtout contre l'ingratitude, l'injustice, la tyrannie? d'une société qui condamne plus de la moitié des femmes à l'ignorance, à la misère, à des travaux excessifs qui les exténuent, les défigurent et les assassinent... Oui, quand j'aperçois une femme couverte de haillons et de boue, ou traînant une charrette, ou ployant sous h; fardeau ([u'elle porte sur la tête ou sur le dos, je nie sens transporté d'indignation et de colère contre une organisation sociale qui outrage ainsi la Nature et l'Humanité; et quand je vois les hommes se faire une étude et un plaisir de tromper les femmes, de les séduire par leurs protestations mensongères et leurs perfides promesses, pour les abandonner après les avoir séduites et trompées, se rire de leurs larmes, et les accabler dt; leur mépris, je suis tenté de les appeler des

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lâches et des barbares, des faussaires, des voleurs et des assassins... »

Les femmes qui lurent cette brochure durent trouver que Cabet leur faisait large mesure. D'autres théoriciens ou ro^formateurs, Proudhon par exemple, les traitèrent avec beaucoup moins d'indulgence, et la preuve qu'ils formaient la majorité, c'est que presque tous les clubs f(jndés par des hommes s'obstinèrent à n y admettre que des hommes.

Les citoyennes, jeunes ou vieilles, qui aspiraient à profiter, elles aussi, do la révolution de 1848, commencèrent à se réunir au Café de l'Union rue de Roule-Saint- Honoré.

Au mois de mars 1848, Désirée Gay, Jeanne Deroin et le docteur Malatier, fondèrent le Club de V émancipation des fe/n/nes {vue de Provence, 61) (1), qui devint au mois d'août la Société de V éducation mutuelle des femmes, et s'installa alors au n" 58 de la rue Richelieu. Sous la présidence de Désirée Gay, directrice de l'Association fraternelle des lingères, fonctionnaient des moniteuses, Mme Esquiros (Adèle Rattanchon),

(1) Le Club de rÉnuuicipution des l'cinines publia le prospectus d'un journal ([ui devait s'intituler: la Tribune des Feimnes, journal des besoins, des droits et des devoirs de tous et de toutes. Le docteur Malalior devait en être le rédacteur en chef et l'ancien sainl-sinionien Olinde Uodrigues avait promis d'en faire les fraiss.

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Eugénie Niboyet, Jeanne Deroin, Anaïs Segalas, Aniable Tasiu, etc.

A,n début, les cours qui devaient être imprimés et former de petites brochures, vendues à un prix très modique), furent très suivis, mais les auditrices se lassèrent bientôt de servir de public à leurs chères sœurs. Toutes, à commencer par les plus ignorantes, refusaient de rester de simples écolières. La Aanité tua le peu de fraternité qu'elles pouvaient avoir, et la Société de l'éducation mutuelle des femmes ferma ses portes.

La Société de la voi.r des femmes (L, que le public préféra appeler plus simplement le club des femmes, avait été fondée en avril 1848. Elle avait son secrétariat rue de Trévise, n» 8, et sa salle des séances au boulevard Bonne-Nouvelle, dans le local des spectacles-concerts.

Le Club des femmes, pour lui donner le nom sous lequel il est le plus connu, comptait comme principaux membres : Eugénie Niboyet, présidente; Anaïs Ségalas, Eugénie Foa, Marie Noémie (qui avait épousé l'ex-abbé Constant), Gabrielle d'Altenheym, fille du poète Soumet; Hermance Lesguillon, Suzaime \'oitelain, Jeanne Deroin, Dési-

(1) La Voix des Femmes était le litre d'un journal dont nous aurons à reparler. Dans son numéro du 12 mai 1848, il pro testa contre le litre de Clab des Femmes, qui lui paraissait (et il ne se trompait pas) prêter au ridicule.

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rée Gay, Aug'iistiiie (lenoux, Henriette, actrice; Pauline nolaud, Adèle Es({uiros.(kielque.s hommes avaient été admis, et avec empressement, dans cette réunion de dames : Paulin Niboyet, fils de la présidente : le docteur Malatier, l'ex-abbé Constant, Emile Deschamps, Tabbé Chatel, Pierre Lachambeaudie. Emile Souvestre, Hippolyte Bonnelier, Olinde Ptodriguez, Labourieu, etc.

L'entrée coûtait 1 franc par homme, et 25 centimes pour les femmes, mais afin d'avoir plus de monde à la première séance (le 11 mai , on distribua gratuitement 300 cartes à 25 centimes.

Cette séance d'ouA^erture fut orageuse et les autres le furent au moins autant. Un soir, Madame Constant, indignée de l'attitude gouailleuse et de l'opposition systématique d'un groupe d'antiféministes, leur cria : « Vous n'êtes que des polissons! » et l'abbé Chatel — compromettant patronage — monta à la tribune pour protester avec véhémence contre les perturbateurs.

Les amateurs de la vieille gaité française, ceux qui désiraient, pour un prix modique, passer une bonne soirée, se donnaient rendez-A^ous au Club des femmes. Charles Monselet s'y rendit un jour avec Champfleury.

« C'est le seul théâtre, écrivait-il (i), qui fasse

|1) Mémoires d'un pa-isant. Tableau de la liévolulion de tS'iS (orticle publié dans la Hevue de Paris du 20 iiovonibie 18(j-i.

recette maintenant; il y a foule toutes les fois qa il joue. Par malheur, chacune de ses représentations est le motif d'une émeute sur le boulevard, émeute indécente et qui rappelle les écarts des escliolieis du vieux Paris. Les orages de la séance d'hier vont sans doute faire interdire aux hommes l'entrée du sanctuaire des Spectacles-Concerts, et ce sera bien fait. Jamais encore le désordre ne s'était élevé à une pareille puissance comique : on riait, on chantait, on sifflait; chaque phrase de la présidente était une traînée de poudre à laquelle la malice masculine venait mettre le feu. « Et lui aussi, le Christ, s'est-elle écriée, a été hué et bafoué sur la croix!! »

« Le divorce ! Le public ne sortait pas de là ; il voulait absolument entendre traiter la question du divorce. En vain ces dames ont-elles essayé de lui faire comprendre que la question avait été épuisée dans les séances précédentes, le public a fait la sourde oreille.

« A la fin, épouvantée de ce vacarme, dont le crescendo laissait bien loin derrière lui le final du Barbiei\ les dames du bureau se sont décidées à plier bagage et à se dérober dans les coulisses de leur gouvernement... »

Les sept premières séances eurent lieu dans la salle du boulevard Bonne-Nouvelle. Lin avis prévint le public qu'à })artir du 6 juin elles se

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tiendraient au n° 49 bis de la Chaussée d'Antin, et dans le manège Fitte, rue Saint-Lazare. Le prix d'entrée était diminué pour les hommes de 50 centimes mais ils devaient être présentés par des dames sociétaires.

Malgré la précaution qu'on s'était décidé à prendre, le désordre continua. Maxime du Camp assure (1) (mais son récit me semble très sujet à caution) qu'un beau soir, quelques gardes nationaux, « guidés par un ancien éditeur de musique qui aimait le petit mot pour rire » pénétrèrent dans le club, au moment où on y discutait la question du divorce, et, sans se laisser effrayer par l'énergie de la présidente qui leur lança à la tète une carafe d'eau, seule arme qu'elle eût à sa disposition, s'emparèi-ent de plusieurs des clubistes, entraînèrent ces malheureuses, qui n'eurent même pas la consolation d'être A'iolées, dans un couloir à demi-obscur et les fouettèrent consciencieusement. Procédé blâmable et qui ne prouve rien.

Le Club des femmes s'était transporté en dernier lieu au ])assage Jouffroy, dans la salle des Soirées orientales. C'est là qu'il mourut, en juillet 1848, après avoir fait plus de bruit que de besogne, ce (pii le rapprochait d'ailleurs des clubs masculius.

(Ij Souvenirs de l'année IS'iS. Paris, 187(;, p. 125.

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« Trois médailles furent frappées à cette occasion ; la première portait sur la face :

Liberté, Egalité, Fraternité.

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