‹ La vie parisienne sous la restaurationChapitre 21 sur 41 · HORTENSIA · texte numérisé non relu

HORTENSIA

Monsieur est un jcanu; négociant qui fera de très bonnes affaires. D'abord il est ti-ès connu; on le rencontre partout, au café Anglais^, au boulevard de Gand, à toutes les promenades. Il parle de musique à la Bourse, et de commerce à rOjxh-a. C'est un de nos habitués. Du reste, ne manquant jamais une nouveaut('! : voilà pourquoi nous sommes venus vous voir.

Les commis marchands n'avaient pas tardé à a|)pren<h'(' (pi'une pièce des Variét('!s i-ailiait chaque soii'hîurs attitudes martiales, peuconqîatilih^s avec leur j)acitique profession. Le joui' de la troi/icme représ(Uïtalion, ils en\ aliirent le tluW\tre et aussitôt que la scène dans laquelle! iigiirait M. Calicot eut commencé, ils s(! livrèrent à do bruyantes manifestations, qui i-ecomniencèrent et s'aggravèrent les jours suivants. Qucdcpu'S arrestations n'(îureiit d'autre résultat ([ue (1(î les exciter davantag(;.

Scribe el Dupin coniju'irent ([iic devant d aussi tei'rildcs advt-rsaires ([ui ne parlairnl de rien moins que (h; nmssacrer hï piiuvre Brunet, il inqiortait de filer doux. Ils se hâtèrent d'ajouter à Icuipièce quch[ucs scènes, qui avaient pour litri! le

Café des Variétés, et dont la première représentation eut lieu le 5 août. Un couplet, un couplet de conciliation, était adressé aux calicots, à qui les auteurs tendaient ainsi le rameau d'olivier :

Oui, croyez-moi, déposez sans regrets Ces fers bruyants, cet appareil de guerre, Et des Amours sous vos pas indiscrets.

N'effrayez plus la cohorte légère.

Si des beautés dont vous causez les pleurs, Nulle à vos traits ne se dérobe, Contentez-vous, heureux vainqueurs, De déchirer leurs tendres cœurs, Et ne déchirez plus leur robe.

Flattés qu'on pût croire qu'ils déchiraient, à leursmomentsperdus, de tendres cœurs, les commis marchands signèrent la paix, mais dans le cours de cette année 1816 et l'année suivante ils eurent à subir, après les attaques des auteurs dramatiques, celles des caricaturistes :

« M. Calicot, écrivait, au mois d'août 1817, Ragueneau dans sa Chronique indiscrète (1), a alimenté tous les burineurs de la capitale. On la représenté partant jiour le combat, au combat, en courses, au champ d'honneur, à son expédition, à son service, sous les armes, prêtant serment,

(1) Paris, 1818, p. 77.

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revuiuuit du cunibal, éreinté, en vedette, au désespoii-, perdant ses moustaches, armé chevalier, en fureur, à la réforme, à la toilette, se faisant ramasser, au Bois de Boulogne, etc., etc. MM. Naudet, Pigal, Janet, Chazal, Tardieu, Gault et d'autres encore ont profité de cette belle occasion pour acquérir ou augmenter leur réputation. Il ne reste plus qu'à vérifier leur calcul; on est plus surpris que charmé du nombre de ces caricatures (1\ dont deux qui sont ornées du derrière de Mlle Perkaline se vendent mieux que les autres. »

(1) Une des dernières punies (en septembre 1817) fut la Mort el l'Enlerremenl de M. Calicot.

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