BRIEL
girafe, pendantles six derniers moisderannéel827 eut un vogue extraordinaire, dont elle n'éprouva d'ailleurs aucune vanité (1).
Les bêtes moins coûteuses et moins encombrantes furent aussi à la mode, certaines variétés de chiens ou de chats, et il y eut des dames, jeunes et jolies, qui s'engouèrent d'horribles singes, peut-être parce que le singe est l'animal qui ressemble le plus à l'homme. La Biographie des daines delà coar[2) nous signale une de ces funlaisistes :
« Celle-ci n'a des yeux que pour son singe. L'heureux animal dort sur une bergère de soie, ronge les mailles d'un voile brodé et se suspend à un rideau de mousseline. Haine éternelle à l'insolent qui oserait contredire le sapajou chéri. La plupart des habitués de l'hôtel ont plié bagage, ne pouvant se résoudre à demeurer paisibles spectateurs d'un si ridicule travers. Quelques-uns, plus intrépides, ont sacrifié leur dégoût à l'habitude d'un long attachement. On cite parmi eux le député de R... et un pair de France, officier supérieur delà garde. L'autre jour, madame était allée au bain; le député se présente chez elle. Tout à coup, le singe arrive de fauteuil en fauteuil et saute
(1) Elle parut sur la scène, le 7 juillet 1827, dans un vaudeville en un acte de Theallon, Tukodore Anne et Gondolier, la Girafe ou une Journée au Jardin du Roi.
brusquement sur l'épaule du visiteur. Plus surpris de ce choc inattendu que d'une apostrophe de Benjamin Constant, notre honorable veut repousser l'animal qui résiste. Une lulte s'engage. L'homme a la figure ensanglantée. Lejocko se perche sur une psyché d'où il chante victoire; mais la fureur du député ne connaît plus de bornes, il poursuit le coupable, et d'un coup de canne lui démet la patte. La femme de chambre va chercher de l'eau de Cologne, de l'eau-de-vie camphrée, de la flanelle; le singe est lavé, frotté, pansé, dorloté, et l'homme n'a que son mouchoir pour étancher le sang qui coule de sa plaie.
« jNIaiscen'est rien encore. Madame arrive. Zozo^ son cher Zozo ne court point à sa rencontre; il est étendu dans les bras de la suivante. Au bruit des pas de sa maîtresse, il interrompt ses gémissements, lève la tête et jette sur elle Un regard douloureux . Madame est furieuse. La cause du mal est connue. I^e député est un monstre, un scélérat, un assassin. Le pair survient alors. On lui explique tout, et, le croit-on ? il prend le parti du jocko blessé. M. de R... essaie vainement de se faiie entendre, on ci'ie plus fort (|ui' hii. Il s'impatiente, il s'irrite et })art en promettant bien de ne plus mettre les pieds dans cette maison. (^)uelques minutes après, le chirurgien-major du corps que commande !(' pair de France était mandé. Il examinait
gravement la patte du sapajou, et faisait son ordonnance avec plus d'empressement que s'il se fût ao'i de la blessure d'un niallioureux ouvrier. »
La Restauration fut plus favorable que l'Empire à la vie de salon. La société n'avait plus l'air de camper entre deux batailles. On était sûr, on se croyait sur du lendemain. On avait le temps de s'écouter A'ivre. Un grand silence s'était fait après tant de fracas. Exilée de ces fêtes pompeuses, de ces réunions d'apparat, où on ne s'amusait que hiérarchiquement, où il était presque interdit à un colonel de montrer plus d'esprit qu'un général et où le plus souvent ils n'en avaient ni l'un ni l'autre, la conversation, libre, aimable, familière, reprenait ses droits.
Parmi ces salons, où on pouvait enfin causer, le plus im})ùrtant et en tout cas le plus littéraire était peut-être celui de Mme Ancelot, femme de l'auteur dramatique.
Mme Ancelot occupait un des appartements de l'bôtel de La Rocliefoucauld, rue de Seine (J ).
Son salon accueillait ('gaiement les classiques et
(1) Habité d'abord par Louis de Bourbon, comte de Monlpen.sier, cl ses descendants il en avait, pris le nom d'hùtel Dauphin. 11 fut ensuite aclii'lé p.ir le duc de Bouillon, maréclia! de France, puis par b; duc de Liancourt, dont un La Rocliefoucauld épousa la fille en 1659. Il fut dès lors riiùtcl La Rochefoucauld. Lauleur des Maximes l'habita. Mme de Sévignéy vint souvent.
les romantiques. A côté de Parseval-Grantlmaison ou de Campenon ou de Viennet, qui osait composer des fables après La Fontaine, on y voyait Victor Hugo. C'était un terrain neutre, où les théories littéraires les plus opposées essayaient, sans y réussir toujours, de faire bon ménage. Souvent, en guise de protestation, pendant une lecture, un des auditeurs sendormait.
Un jour, F'rédéric Soulié y lut une pièce en vers. Elle était à peine commencée lorsque le comte de Rocliefort, qui n'aimait pas la poésie, ou du moins qui n'aimait pas la poésie de Frédéric Soulié, ferma les yeux et fut bientôt plongé dans un profond sommeil. Sur ces entrefaites, on vint avertir Mme Ancelot que sa fdle âgée de six mois criait de toutes ses forces dans son berceau et refusait obstinément de s'endormir.
— Qu'on l'apporte ici, dit F'rédcric Soulié, et avec un geste plein de mélancolie, il montra M. de Roche fort.
L'hiver à Paris, l'éle à Suresnes, la princesse de Vaudemont recevait des écrivains et des artistes. Mlle ]Malibran chanta chez elle la romance du Saule.
La duchesse de Duras, femme du premier gentilhomme de la chambre, dont le salon était fréquenté par des savants, des hommes politujues et des littéialcurs, Cuvier, Huuiboldt, Tallovraud, ^lolé, de
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Viilèle, de Barante,ViUemain, Chateaubriand, etc., publia en 182/i un roman, Oiirika (1). Ce livre eut un succès tout à fait supérieur à son mérite, qui était mince. Il donna son nom à des bonnets, à des slialls, à des chapeaux, à des robes, à une couleur, un gris foncé, et en effet ce roman était plutôt gris. Les amies de la duchesse de Duras, que le succès de son ouvrage gênait un peu, essayèrent de s'en venger en appelant ses trois filles Oiiriha, Bourika et Boiirgeonika.
Heureuse de reprendre les traditions du dixhuitième siècle, de redonner à l'esprit sa place dans le monde, et de goûter, comme autrefois, le charme de la causerie, la Société, moins mêlée que sous l'Empire, se retrouvait chez la duchesse de Guiches, la duchesse delaTrêmouille, la duchesse de Dino, la duchesse de Laval, la comtesse du Cayla, la comtesse de Rumfords,la comtesse Merlin — qui mourut au mois de mars 1816, ^ chez Mlle de Mirbel, chez le duc Pasquier et le duc de Broglie, chez le peintre Isabey; chez Cuvier, au Jardin des Plantes; chez Casimir Delavigne, dans son pelit appartement du boulevard Poissonnière.
Chérubini ouvrait son salon le hindi, surtout à des artistes. Ingres était un des habitués. Lors-
(1) Paris, Impriinciie royale, sans nom d'auteur.
qu'il devait venir on prévenait le violoniste Baillot, et le maître de la maison exécutait avec eux et un autre de ses invités des quatuors très appréciés.
Chez le peintre Gérard on arrivait à minuit. Les plus assidus à ces réunions étaient Talma, Mlle Mars, le comte de Lowenliielm, Mérimée, le père de Fécrivain, Jacquemont, Mme Ancelot, Mlle Delphine Gay, Henri Beyle qui n'était pas encore Stendhal.
On lisait beaucoup sous la Restauration (1), on lisait de mauvais romans, peut-être parce qu'il n'en paraissait pas de bons, à quelques exceptions près. Les femmes étaient délicieusement émues et attendries par des livres dont les titres révèlent l'extraordinaire stupidité : la Chaumière d'Uphémie (sic), rOrphelin aux prises avec le crime, rOrphelin du Val des Glaciers, Mulvina ou la Guérite mystérieuse, Podalire et Cirphé ou le Triomphe de C amour pur.
Jamais il n'y eut dans le roman autant d'orphelins et de jeunes filles honnêtes et malheureuses,
(1) r.es principaux cabinets de lecture étaient ceux de liosa, daiid la cour du Palais-Royal; de la Tente, tenu par un ancien officier, (îauthier, au Palais-Royal également; de Girardin,. au n° 156 de la Galerie de Pierie, de Galignani, rue Vivienne, de Zoppi, successeur de Procope, rue de l'Ancienne-Coniédie. Un des plus iniiiorlanls était celui de la rue de Granimont, où l'abonnement coûtait 6 francs par mois.
et jamais ils ne furent aussi ennuyeux. Jamais on n'abusa avec une aussi regrettable obstination des vieux châteaux et des précipices, au fond desquels se jetaient ou étaient jetées de pauvres femmes, peu habituées à ce genre d'exercice, et des forêts mystérieuses, où retentissait parfois le son du cor, et des cimetières de campagne, que baignait un mélancolique rayon de lune. Les larmes étaient très bien portées. Plus un livre en faisait verser, plus il était apprécié par les lectrices. Chaque roman usait deux ou trois mouchoirs.
La littérature était devenue, dans les salons, un des sujets préférés, celui qui permettait à tout le monde de donner son opinion, bonne ou mauvaise.
La bourgeoisie, les journaux libéraux, et surtout celui (|Lii avait le plus dabonnés (1), le Consliliilionnel^ soutenaient les classiques, dont le théâtre déclamatoire et poncif rappelait ceux de la Révolution et de l'Empire. La société élégante bâillait aux tragédies et toutes ses préférences allaient aux romantiques, qui se piquaient d'être royalistes et de chanter, sur des rythmes nouveaux, tout ce qui avait fiùt la grandeur et la beauté de l'ancienne France. Lors(|u'a l'Académie, le 2 dé-
fi) Il avait, en 1823, 16.250 abonnés, chilTre très élevé pour l'épo<iue.
282 LA VIE PAHISIKNNE
cembre 18'2/i, Droz l'ut élu pnr 19 voix contre IG voix données n Lamartin{^ cl), les salons protestèrent contre C(^tto victoire du parti classique.
Cependant, le grand homme du romantisme, à cette époque, ce n'était ni Lamartine, ni Victor Hugo, c'était le vicomte d'Arlincourt, dont le roman, /e Solitaire, publié en 1821, avait eu une extraordinaire vogue. Le Solitaire avait donné son nom à des rub. as, à des bonnets, à des robes injposées par la mode. Il était devenu gravure^ devant de cheminée, et même, avec la complicité de Carafa et de Planard, opéra-comicpu?. 11 ne se contentait pas de parler, il chantait', et il n'en était que plus redoutable.
Réclamier de premier ordre — la chose ne date pas d'aujourd'hui — le vicomte d'Arlincourt avait trouvé dans sa femme un appui précieux :
« Elle aime si tendrement son mari, que, pour lui plaire, eile s'est résignée à charger sa mémoire de tout son bagage littc-rairc. La pauvre dame a pres(jue été victime de son dévouement. Elle en a fait une maladie.
«... Ce piano, celle harpe, que vous apercevez (hms l'appartement de la vicomtesse, n'ont jamais célébré ([ue ses pénales poétiques. Ces romances,
(1) lA'S.¥tV///r///();2.s avaient paru eij 181!) et avaient excilé le plus \ if cntlK usiasme dans les milieux royalistes et catholiques.
dont un JK^ireux désoi'dre vous montre les titres et les premières notes, lui furent inspirées par l'entlidusiasme conjugal. L air qa on respire céans est, tout imprégné de vapeurs (TArlincourliennes. L'air de la rue du Rocher tout entière est (TArtincourtien. Enfin, le charme sous lequel on se trouve est toi, que le patriarche du classicisme, M. Auger lui-même, se fTArlincoiiriiserait en franchissant le seuil de la porte. On a prétendu que, pour grossir ses succès, le vicomte en personne allait s'acheter chez Béchet M). C'est une horrible calomnie. Le vicomte croit à son succès comme à l'Evangile. La \4comtesse seule a de bonnes raisons pour ne point partager son aveuglement. Elle s'est ruinée en achetant les œuvres de son mari. Toutefois, ce dévouement n'a pas été sans récompense. Il a fait la fortune littéraire du vicomte. Son nom est devenu européen, et les grands de la terre font le pèlerinage de son château de Saint-Paër, comme ils faisaientjadis celui d'Ermenonville. La duchesse de Berry visita cette délicieuse retraite en 4825. Là, dans un parc vraiment romantique, parmi des bosquets enchantés, autour desquels serpente un ruisselet qu'on pouirait surnommer le Permesse,
(1) Bectiet aine, lil)iniro-éditeur, quai des Augustin^, n°57. Le vicomte d'Aiiinrourt a\ ;iil publié cliez lui en 1823, Ipsiboë; en 182.5, l'Élranf/ùre. Ctiacun dé ces ouvrages, en deux volumes se vendait, 10 francs.
une nacelle pavoisée reçut la princesse, que les dames de Gisors et des Andelys, sous le costume de bergè]*es, conduisirent avec des chaînes de fleurs vers une charmante pelouse, où s'élevait, dans un temple grec, le buste de l'auguste hôtesse. Sous ce buste on lisait des vers dignes du sujet et de l'auteur. De très jolis couplets furent aussi chantés par Mlle d'Arlincourt, tandis que six cents bergers qui bordaient les rives agitaient leurs bannières fleurdelisées. Enfin, musique militaire, repas somptueux, illuminations, bal, feu d'artifice, rien ne manqua à cette fête romantique s'il en fut jamais. La princesse partit émerveillée, laissant à l'aimable vicomtesse une «nagnifique boîte ornée de son portrait (1; .. »
Le livre le plus intéressant ne vaut pas, pour une jeune femme, une valse ou un quadrilk . Après les années 1814 et 1815, pendant lesquelles dans les salons les dames passaient leur temps à faire de la charpie (2), on recommença à danser.
On dansait la Gavotte, la Cosaque, la Moniferrine, le Pas russe, la Boulangère, V Ecossaise, Y Anglaise, la Galopade, qui fut à la mode en 1828. On dansait des valses de Gourtin ou de Bourle. A
(1) Biographie des dames de la cour (la vicomtesse d'Arlincourt)... p. 23.
(2) Paris en 1814... Journal de T.-R. Undenvood, Pai-is,
Julien et à Gallois avaient succédé, comme fournisseurs des bals les plus élégants, Gollinet, Berton fils, Dejolimont.
L'année 1817 vit naître les carnets de bal, et Ragueneau note cette invention dans sa Chronique indiscrète (1) :
« Parlons, dit-il, de l'utile inutilité imaginée par Mlle ^I. de G... Elle s'était vue jusqu'à présent l'objet des hommages et de l'empressement de toute la jeunesse dansante des bals dont elle a fait si longtemps rornement, et souvent sa mémoire lui avait refusé son secours, lorsque, invitée pour douze contredanses, il fallait se rappeler tous ceux à qui elle avait donné parole. Elle a donc fait exécuter un éventail en peau d'âne, dont les parois sont destinées à recevoir le nom de chaque danseur, écrit avec un crayon pratiqué dans un des coins de cet éventail. Elle en tenta le premier essai chez Mme de ***. Malheureusement, les violons n'étaient pas encore arrivés lorsqu'elle expliqua son ingénieuse découverte, et croirait-on que dès lors personne ne fut plus tenté de se voir figurer sur la peau d'âne de Mlle de G... Elle resta toute la soirée aux cotés de sa mère... »
Malgré ce premier insuccès, lïdée était lancée. Elle fit son chemin.
(1) P. TZl.
286 LA VIE PAïaSIENNE
On dansait presque autant que sous l' Empire, mais on dansait moins bien. Les hommes ne cherchaient pas à passer pour d'impeccables valseurs, £t beaucoup d'entre eux, à la plus jolie fdle du monde, préféraient la dame de pique.
« Dans un bal, un roui, écrivait Horace Raisson en 1829(1), ce ne sont plus aujourd'hui les grand"mamans qui se relèguent au fond de la chambre à coucher pour faire un boston ou un whist ; nos dandys s'étouffent autour des tables d'écarté; nos dames ne reçoivent Ihommage que de quelques rares cavaliers; nos salons ressemblent à la Bourse. » et tout le monde y joue, préférant l'argent au plaisii-.
Lesur avait fait la même remartjue pour Tannée 1S21, tout en constatant le grand nombre des bals à cette époque et avec quelle facilité dans la plupart des cas on y était admis :
« Les bals particuliers sont très multipliés; ils ont pris cette année un aspect nouveau : jadis ou invitait à passer la soirée autant d'amis, ou du moins autant de personnes de connaissance qu'un appartement pouvait en recevoir, et le maître d'une maison pouvait encore au besoin appeler parleur nom tous ceux qui se trouvaient chez lui. Aujourd'hui il n'en est pas ainsi : lorsqu'un salon peut contenir cent personnes, on en invite deux cents, dont la nmitié est tout à fait inconnue à
(1) Code civil. Manuel complet de la politesse, p. 61.
l'ampliYtrion. On entre maintenant dans une maison particulière avec aussi peu de cérémonie que dans un café : on essaye, mais souvent en vain, de parvenir jusqu'à la maîtresse de maison; puis, sans s'inquiéter d'avoir rempli cette formalité, on cherche à rejoindre quelqu'un de la société; on se pousse, on se coudoie, on marche sur les piods de son voisin, et nos réunions françaises sont transformées en rouis d'Angleterre.
(( Après avoir regardé danser une contredanse, on se rend dans la salle de jeu. La foule entoure la table di^ creps ou d'écarté; il est impossible d'en ap[)r()(']u'r : on prie ceux qui sont le plus près de l'auttd de placer l'argent, et ce n'est qu'en voyant un des adversaires abandonner la place que l'on sait si l'on a perdu ou gagné. Le jeu est aujourd'hui la passion générale; hommes ou femmes, jeunes ou vieux, pauvres ou riches, tout le monde joue; enfin les choses en sont venues au point que l'on ne va plus dans le monde pour jouir des agréments d'un ci^rclc choisi, mais uniquement pour risquer une partie de son revenu sur une carte, sans songer aux obligations contractées la veilh; et aux besoins i]u ieiuleni.'tin fl). »
[l) .Annuaire de Lksuiî, armée 1S21, à la date du 1" mars. — « L'insipide écarté, écrivait le Journal de Parix dans son numéro du 24 janvier 182*, nos! plus exclusivcniiMiI aiiui,-, l'impériale a rcpiis favcui-, lo wlii- I sérioux a mémo osé- se
Deux OU trois ans après, les bals étaient si nombreux quon ne trouvait plus de musiciens. Il fallait se contenter d'un piano, et une jeune fille de b mne volonté formait à elle seule tout l'orchestre.
Les bals élégants exigeaient plus de mise en scène. On prenait soin de tenir grand ouvertes les portes de l'hôtel où il se donnait et d'éclairer avec des lampions la cour et l'escalier. Il y avait un vestiaire avec des numéros d'ordre en double, et c'était alors une chose toute nouvelle.
Le punch était servi dans des verres en cristal, taillés à facettes, qui avaient la forme d'un baril et étaient munis d'une anse. Les dernières danses, avant de se séparer, devaient être inévitablement une Boulangère, une Ecossaise et une Anglaise.
Deux de ces bals dépassèrent tous les autres en luxe et en éclat.
Le premier eut lieu chez le baron de Rothschild, le 3 mars 182L Ce fut un grand événement mondain. Quinze jours avant et quinze jours après, on ne parla guère que de cette fête dans tous les salons. Trois à quatre mille personnes avaient été invitées. Beaucoup d'entre elles ne purent pas entrer. Les autres furent pressées et bousculées, mais
monlrer. Dans quelques réunions nombreuses, où beaucoup d'étrangers sont reçus, j'ai vu jouer au creps, mais j'ai remarqué avec plaisir que nos compatriotes leur abandonnent ce jeu de dés qui n'aurait jamais dû sortir des salles de la banque des jeux. »
par des gens très élégants, ce qui leur parut une très suffisante compensation. Ce bal, qui coûta 50.000 écus, offrit cette particularité remarquable qu'il fut à peu près impossible d'y danser, mais on y distribua des fleurs rares et très chères, on y tira une loterie dont les gagnants reçurent des bijoux, l'orchestre y fut composé des meilleurs musiciens du temps, le diner fut excellent et les illuminations très réussies.
Le 20 février 1829, la duchesse de Berry donna un bal masqué qui fut une des plus magnifiques fête de la Restauration.
Il y avait liuit ou dix salons de danse et trois orchestres. Toutes les femmes étaient costumées^ mais la plupart des hommes portaient Thabit de cour ou l'uniforme.
jNIjVI. de Mornay étaient déguisés en compa-' gnons de Henri IV et leur sœur en belle Gabrielle, Mme de Caraman en Moscovite, l'ambassadrice d'Angleterre en Anne de Boulen, d'après le tableau d'Ilolbein.
Gomme dans les grands bals de rEm]»ire il y eut un quadrille historique, un quadrille persan.
Deux gardes, le vicomte de Noailles et le marquis de Bétisy s'avancèrent, vêtus d'un costume de velours bleu brode- d'argent, coilTés d'un turban, portant à la ceinture des armes damasquinées d'or et tenant à la m;iinunc hallebarde. Ils étaient
2!)0 LA VIE HAHISIHNNE
suivi (le jeunes pages — Mlles de Valence, de Pastoret, de Well, de Bendlcckam — vêtus ég-alementà la persane. Puis venaient, habillées, de soie bleue brodée d'argent et constellées de pierreries, des femmes de la cour de Perse, la duchesse de lîauzan et la duchesse d'I strie, qui furent ti'ès remarquées, la. duchesse deNoailles, la comtesse de Vogué, la comtesse d'Avaray, la maréchale Oudinot, et ^MUes Sucliet et de Beauvilliers, La duchesse de Berry et Mlle d'Orléans faisaient partie de ce groupe.
Quatre pages — le vicomte de Saint-Aldegonde, le comte de Chanaleille, le marquis de Crussol, le vicomte de Kernzarette — costumés comme les premiers, fermaient la marche.
Charles X assistait à cette fête. Chaque fois qu'il se levait et se mettait en marche, on annonçait à haute voix : le Roi! Il adressait quelques paroles aux personnes qui se trouvaient sur son chemin et saluait tout le monde, les journaux roj-alistes n'oublièrent pas de le constater, avec l'air le plus obligeant. Il se retira à 11 heures.
A minuit, le souper fut servi à plusieurs tables. Puis le bal recommença et il ne se tei'mina qu'à ô heures (hi matin.