‹ La Vie Pastorale dans les Monts DoresChapitre 14 sur 20 · PEN + VE · texte numérisé non relu

PEN + VE

Les animaux dans les montagnes vivent au grand air. Les jeunes en liberté continuent leur développement, améliorent leurs formes. Ils s’emplissent les poumons d’un air vivifiant et pur, qui les aidera, sans aucun doute, à mieux supporter la claustration hivernale.

Il existe dans les Alpes un procédé qui consiste à faucher les prairies hautes et à transporter le foin dans Pexploitation. Ces prés, jamais fumés, ne peuvent que s’appauvrir. Bien supérieur est le procédé de l’estivage qui permet de consommer l’herbe sur place, et de régénérer le gazon par la fumade.

Les inconvénients, les maladies

La vie pastorale dans nos montagnes ne va pas sans inconvénients.

Il en est qui intéressent l’animal lui-même en tant qu'individu, d’autres intéressent la collectivité et, non seulement les animaux de la montagne elle-même, mais encore ceux des régions voisines. Enfin, il en est qui intéressent l’avenir de la race.

C’est une obligation pour le propriétaire de la montagne de placer dans le troupeau un ou plusieurs taureaux. Le taureau féconde les génisses en liberté. Malheureusement, le mobile économique seul, le plus souvent, guide le propriétaire dans le choix de ce taureau. La race, la forme, le poids, l’âge même ne lui importent guère. Aussi peut-on voir très souvent dans nos montagnes un taureau étique avec un cornage

Les animaux s’éveillent

Tu

défectueux, une queue en crosse, une poitrine plate, des articulations grossières. Les produits se ressentent de ce géniteur déplorable et, comme il arrive que la vache se refuse à donner son lait si son veau n’est point présent à la traite, le propriétaire est tenu de conserver le jeune animal qui viendra grossir le nombre de ces sujets mal formés, mal typés que l’on voit trop souvent dans les exploitations de la région.

Il va sans dire que le propriétaire soucieux de ses animaux ne confie à la montagne que des bêtes pleines dont il à soigneusement surveillé la saillie.

La vie en commun, en liberté, provoque les blessures les plus diverses, dues aux coups de cornes, coups de pieds, morsures de chien, ainsi qu'aux fils de fer de clôture. On rencontre des ruptures des pectoraux des bêtes en rut, des arthrites du boulet et du jarret, des lésions des tendons, les fractures les plus variées : fracture de la queue avec parfois chute de l’extrémité, par sphacèle, fracture des os frontaux, évulsions de la

Corne, etc.

On peut trouver ces hémiplégies si caractérisques dues à la compression du nerf facial avec le bout du nez tourné de côté, la langue hors de la bouche, l'oreille pendante, l’œil larmoyant, etc.

Toutefois ces divers accidents sont relativement rares. Contrairement à ce qui se passe dans l’espèce humaine, les animaux vivant ensemble sont calmes et entretiennent de bons rapports. Seuls les animaux introduits dans la montagne au cours de l’estivage ont à souffrir des autres. Aussi le propriétaire, qui connaît

Pro

ces inconvénients, se garde-t-il bien de manquer le jour de la montée.

On rencontre sur les animaux des montagnes toute la gamme des affections des voies respiratoires : angine, pleurite, bronchite, pneumonie, broncho-pneumonie. Le bâttier appelle cela un « coup d’eau ». C’est en effet souvent l’ingestion de grande quantité d’eau froide qui provoque le refroidissement de l’organisme, ouvrant la porte à l'infection. Au fond, cette dénomunation n’est point si ridicule. C’est la cause pour l'effet. N’avons-nous pas longuement décrit, dans nos manuels de pathologie chirurgicale, une affection appelée « clou de rue » ?

Le bâttier opère lui-même une saignée à l’artère et aux veines coccygiennes et place une « cheville » au poitrail (antithermie et dérivation).

On peut voir encore des lymphangites simples, des lymphangites gangréneuses. Ces dernières simulent le charbon symptomatique. Elles sont redoutées du propriétaire qui les nomme la « loubade ». Et puis, cette maladie si curieuse appelée | « araignée » ou encore le « souffle » et qui se traite victorieusement par des mouchetures des naseaux. Tout se passe comme si on avait affaire à une vaso-dilatation intense qui inonde littéralement le tissu conjonctif lâche. Les mouchetures, la saignée très légère provoquent la disparition des œdèmes aussi rapidement qu’ils ont apparu. De loin en loin, on constate quelques cas d’actinomycose, linguale et surtout maxillaire, du tournis (bêtes lourdes), de la piraplasmose dont certaines formes ont des évolutions très rapides.

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