CHAPITRE IV
Les améliorations au régime pastoral
Ainsi, la vie pastorale n’est point parfaite, et des améliorations pourraient, croyons-nous, y être apportées.
Le taureau, puisque sa présence dans la montagne est considérée par beaucoup comme indispensable, devrait être l’objet, de la part de personnalités compétentes, d’un examen attentif et d’une sélection rigoureuse.
À ce point de vue, nous estimons regrettable que soit toujours en suspens la loi réglementant la monte publique des taureaux. Cette réglementation favoriserait beaucoup les progrès dans la production du lait et de la viande. La castration obligatoire ou la préparation précoce pour la boucherie seraient le lot des refusés.
L’étalon est bien soumis, dans l’espèce chevaline, à une surveillance étroite. Nous ne voyons pas pourquoi il n’en serait pas de même dans l’espèce bovine.
Nous savons bien que, pour l’espèce chevaline, le
propriétaire est libre de conserver un étalon chez Jui et de lui faire saillir ses juments comme bon lui semble. Mais en fait, du moins dans notre région, il n’use pas de cette faculté, et se trouve trop heureux de s'adresser aux étalons de l'Etat, qui sont pour lui une garantie de la perfection du produit.
Il importerait également de sélectionner les femelles, et d’interdire l’accès des montagnes aux malingres, aux débilitées, qui ne peuvent résister aux rigueurs du climat, particulièrement dur au début de l’estivage.
Bien entendu, les animaux devraient être vaccinés contre les maladies pour lesquelles il existe un vaccin efficace ; et cela, aussi bien pour éviter les pertes immédiates que pour empêcher dans Pavenir le retour de la maladie. |
Depuis longtemps, la question du sel dans la montagne a fait l’objet des préoccupations des usagers. Luquet note « que l’importance de la vie pastorale « dans les Monts-Dores au xv° siècle se traduit, par « la nécessité d’avoir du sel en abondance et à bon « marché. En 1453, une grande partie de la province « d'Auvergne se rédime à prix d’argent de la gabelle. « À cette date l’Auvergne reçoit, par le grenier à « sel de Maringues, 600.000 muids de sel et, jusqu’à « la Révolution, les hautes montagnes d'Auvergne à &« pacages jouissent du franc-salé ».
Le privilège du franc-salé subsiste encore de nos jours. Tout le monde connaît ici le sel rouge sur lequel l'Etat a fait à peu près abandon de tout droit, et dont la consommation augmente sans cesse.
. Le sel devrait être donné à tous les animaux des
montagnes, et en quantité suffisante. Une excellente manière consisterait à mettre à la disposition des animaux quelques-uns de ces blocs de sel comprimé, que lon trouve dans le commerce. Les animaux prendraient, de la sorte, tout le sel qui leur serait nécessaire, et le gaspillage serait évité.
On sait qu’une montagne surpeuplée est infailliblement vouée à la stérilité. De plus les animaux mal nourris maigrissent et deviennent indociles. Il y aurait lieu de surveiller étroitement le nombre des locataires de la montagne, et de ne jamais tolérer d’excédent.
Les précautions les plus sérieuses devraient être prises en cas de pertes. La méthode qui consiste dans Penlèvement du cadavre par l’équarrisseur est, sans contredit, la meilleure. Mais le clos d’équarrissage est souvent fort loin, et l’acès de la montagne bien difficile. Il y aurait lieu de prévoir un cimetière et d’en interdire l’approche.
Pourquoi ne pas améliorer la situation du bâttier lui-même ? La vie rude des montagnes n’est pas des plus agréables ; aussi, le nombre des bâttiers va sans cesse en diminuant. Déjà le propriétaire s’adresse parfois à des individus peu appropriés à ce genre de travail. Les animaux en souffrent, la montagne périclite.
Sanson, parlant des montagnes d'Auvergne, décrivait le buron : une construction en terre et sous terre, où logent le bâttier et sa famille, et où quelquefois on fabrique le fromage. |
Les burons de cette sorte ont disparu et ont fait place à des constructions un peu moins rudimentaires. Mais il n’est pas rare encore de voir des burons sans fenêtre,
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aux murs épais de pierre et de terre à demi-croûlants, au sol boueux, pourvus d’un lit infect, de mauvais tabourets boîteux et d’une table branlante. La cheminée tire mal, les yeux pleurent, il faut ouvrir la porte. Le buron devrait être gai. Il devrait avoir deux pièces, l’une pour dormir, l’autre pour manger ; des fenêtres, une bonne cheminée, ou mieux, un petit poêle, un sol dallé ou cimenté, un mobilier propre et confortable. Un appareil de T. S. F. lui-même n’y serait pas déplacé.
Enfin, le buron devrait être protégé contre le mauvais temps par un rideau d’arbres.
Le bois est rare, son transport difficile, et le bâttier est souvent contraint de manger froid. Mais, dans les montagnes, les tourbières abondent, et la tourbe est un excellent combustible. Pourquoi n’en généraliserait-on point l’emploi ? Le bâttier en retirerait grand avantage. | i
La propreté n’est pas en honneur dans la montagne. Le fromage et le beurre s’en ressentent. Il y aurait, sous ce rapport, beaucoup à faire. Mais sans doute l'amélioration du buron apporterait un remède à cet état de choses. Ce serait tout profit pour le consommateur.
L’étable devrait être plus vaste, et devrait pourvoir contenir tous les animaux malades. Son sol devrait être uni pour en faciliter le nettoyage.
La montagne, nous l’avons dit, se trouve entre 1.200 et 1.400 mètres d’altitude, mais au-dessus il y a d’immenses espaces qui restent encore improductifs. Ces hautes régions sont couvertes de plantes à la vérité peu
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digestives. On y trouve la calluna vulgaris, le vaccinium myrtillus aux fruits délicieux, la gentiane qui a fait l’objet d’une exploitation intensive, et surtout le nardus stricta ou « poil de bouc ». Mais il ne serait pas impossible de transformer tout cela M. Luquet note que « grâce au parcage judicieusement conduit, « le montagnard détruit les mauvaises espèces, et, « sans que le pâturage soit interrompu, transforme « des surfaces presque stériles en pelouses floris- « santes ».
Par des drainages, des irrigations et surtout par l'usage du parc, en exécutant des semis dans les fumades, on pourrait améliorer la montagne entière.
Enfin autour du buron on devrait, en des endroits choisis, transformer en prairies une partie de la montagne. Cela permettrait de constituer une petite réserve de fourrage si utile pour les animaux malades.
Conciusions
L’estivage dans le cadre splendide des Monts-Dores, survivance des rites anciens de la vie pastorale, est à protéger et à conserver. Il est une source de richesse,
contribue à augmenter notre cheptel, et surtout à lui
donner cette rusticité qui lui est indispensable pour vivre dans notre pays. Mais, pour qu’on en puisse tirer le maximum d’avantages, des améliorations devraient être apportées :
a) Choix plus judicieux et plus sévère des géniteurs mâles ;
b) Vaccinations contre les maladies contagieuses ;
c) Distribution plus régulière du sel ;
d) Surveillance attentive du nombre et de l’état des animaux ;
e) Enlèvement ou destruction complète des cadavres ;
f) Education du bîttier ;
g) Transformation du buron, hygiène, usage de la tourbe, écurie plus grande ;
b) Usage plus étendu et mieux compris du parc. drainage..., semis ;