PARASITES
et les feuilles. Les Heurs produisent l'embryon, elles le portent et l'abritent comme dans un berceau.
Ainsi, l’étre végétal est une sorte de travailleur; il (ouille la terre pour y chercher sa nourriture, il aspire et expire sans cesse les gaz, il combine lui-inémc et en lui-même les matériaux qu il a rassemblés; il doit son accroissement à ces diverses besognes, et après qu’il a rendu service à une multitude d autres êtres, il emploie le surplus de ses forces et de sa substance à reproduire son espèce.
[160a] Mais il y a des plantes qui ne prennent point tant de peine et ne se donnent que de l'agrément. Elles ne vont point chercher péniblement leur subsistance dans la terre; la plupart même n’élaborent point les gaz : elles plongent simplement leurs suçoirs au pied ou dans les flancs des végétaux travailleurs, et là elles pompent, tout à leur aise, les sucs élaborés par les feuilles et les racines d’un autre.
Les espèces de ces végétaux sont peu nombreuses dans nos climats ; mais quoiqu’elles aient été fort mal étudiées (t mal comprises jusqu’à ce jour, il parait qu elles sont beaucoup plus répandues et plus variées dans les contrées chaudes.
Ces végétaux, en général, n’ont ni force, ni grandeur, ni beauté. Leurs tissus sont d’ordinaire mous et décolorés; beaucoup d’entre eux exhalent une odeur nauséabonde.
La plupart s’établissent sur les racines des autres vé-
VEGETATION
gétaux; leur tige est en général simple, et quand elles se ramifient, ce n’est que sous le sol. Telles sont :
Certaines espèces (balanopborées) qui croissent sur les racines baignées par l’eau de mer. Elles n’ont point de feuilles, seulement des écailles qu’elles portent en spirale comme les autres végétaux. Le système de leurs fleurs est assez simple, mais il forme presque toute la partie aérienne du végétal, c’est-à-dire qu’extérieurement elles se réduisent presque à une fleur.
Le cytims , qui croît sur les racines des cistes dans le midi de la France, est de même sans feuilles et se réduit extérieurement à un système floral assez simple, mais très-développé.
L'orobanche , qui croît sur les racines du chanvre, est de même sans feuilles et se réduit à une fleur dont le système se range parmi les plus perfectionnées, tandis que la fleur du pauvre chanvre est beaucoup plus simple. Or, quand vous saurez que les fleurs sont les lits d’amour des plantes, vous comprendrez ce qu'il y a d’abominablement symbolique dans ce fait profond et si général, que les parasites ont des fleurs beaucoup plus perfectionnées que la fleur du végétal qu’ils exploitent. — Nous reviendrons sur ce fait.
, L emonotropa croit sur les racines du chêne; il est sans feuilles et réduit à une fleur beaucoup plus perfectionnée que celle du chêne.
Le rufflesia , géant de ces espèces, qui croît à Sumatra et à Java sur les racines du cissus angnstifolia, n’a point
I'aiusites.
île feuilles ni de tige aérienne; c’est seulement une fleur qui atteint parfois plus d’un nictre de diamètre et peut peser de six à huit kilogrammes. Elle emploie trois mois à se développer et répand une odeur de cadavre.
Dans cette classe des parasites, la cuscute a des habitudes un peu différentes. Sa tige, mince comme un lil, s'enroide autour des liges du genêt, de la luzerne, etc., et y enfonce ses suçoirs. Elles ne porte que des folioles presque invisibles, et ses nombreuses Heurs se développent en groupes. Elle finit par tuer le végétal quelle suce.
Viennent ensuite d’autres espèces, un peu moins méprisables, qui se donnent du moins la peine de développer leurs feuilles et d’élaborer les gaz : tel est le gui que l’on trouve si souvent sur les tiges du peuplier, du , pommier, etc., et aussi quelquefois sur le chêne. Comme toujours chez les parasites, les fleurs dit gui sont beaucoup plus perfectionnées que celles des arbres sur lesquels il s’établit. Et son feuillage résiste à l’hiver qui fait tomber les feuilles des peupliers, des pommiers et des chênes.
Le lierre représente parmi les végétaux ces gens qui travaillent vigoureusement, mais auxquels tout est bon, et qui ne craignent point de voler et de mal faire pour se faire du bien. Il pousse des racines en terre et de nombreuses et belles feuilles aériennes. Or, sa tige est fort grêle, quoique ligneuse; et il aime l’air comme un honnête végétal. 11 grimpe donc le long des murs et s’y ac-
VÉGÉTATION
croche par des racines qu’il enfonce entre les pierres. Pousser des attaches qui sont des racines, c’est, à coup sûr, plus habile et plus spirituel que de s'entortiller simplement comme ferait un haricot, ou que de s’accrocher
par des vrilles comme ferait un pois; mais il monte aussi le long des arbres, enfonce dans leur écorce ses racines, dont l’action ne saurait être aussi innocente qu'on le prétend, et s’attache aux arbres, et les serre si bien qu'ils périssent. Voilà le méfait. Il va sans dire que ses fleurs sont très-perfectionnées, et, comme le gui, il conserve ses feuilles l’hiver.
[IGOûjNous pourrions parler encore des lichens, ces êtres rudimentaires qui s'attachent partout, même aux pierres; nous devrions peut-être parler des champignons, ces parasites de la pourriture qu’ils élaborent en poisons. Mais les mérites du lichen d’Islande, de la morille et de l'agaric comestible, prix Monthyon de ces espèces, ne nous arrêteront pas. Un a vu, au surplus [158f] que nous avons quelques doutes sur la véritable nature de ces êtres.
Ajoutons cependant que des champignons microscopiques, accompagnant toujours la maladie de la vigne, la maladie des pommes de terre et plusieurs affections des animaux et de l’homme, la teigne entre autres, sont accusés et convaincus d’en être cause.
Il est vrai que ces misérables, s’appuyant sur de récentes observations, peuvent essayer de soutenir à M. Raspailet à tous ceux qui, après lui, imposent une si grande