LONDRES
BAILLIÈnE, TINDALL AND COX Kiuo Williams Slreet.
blADRID
CARLOS DAILLY-B\ILLI;nË l'iaia Sanla-iiia, 10.
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La vie est le grand fait qui se pose incessamment devant le physiologiste et le médecin. Notre science s'appelle la science de la vie, de la vie saine ou troublée. La notion du sujet est, en toute science, la notion première à déterminer; toutes les autres notions sont marquées à l'empreinte de cette première. Savoir ce qu'est la vie, dans les limites où toute connaissance humaine est enfermée, ne doit-il pas être notre constante préoccupation? Pouvons-nous éloigner ce mot et l'idée qu'il exprime^ comme on éloigne un mot et une idée sur lesquels toute explication est inutile, ou est impossible? non; il ne saurait être inutile de s'entendre sur l'idée directrice et constitutive d'une science; si toute entente était impossible sur cette idée, la science disparaîtrait, car la science suppose la notion de son objet.
Cependant les problèmes généraux de la vie sont
presque délaissés. Les uns les regardent comme n'intéressant pas la pratique; il en est effectivement ainsi s'il s'agit d'une pratique purement empirique; si la pratique veut se rattacher à la science, elle remonte nécessairement à l'idée de vie, origine et raison de toute la science. D'autres, moins hostiles, sont surtout indifférents; pour eux, ces problèmes se traduisent en vagues aperçus, et ne sauraient fournir l'objet d'une démonstration étendue; vérités banales et de sentiment, plus que physiologiques et positives; vérités dangereuses à poursuivre, car elles ouvrent des voies mal tracées, où l'esprit se dirige au hasard, et s'égare; formules synthétiques, respectables peut-être, mais vieillies, usées, impuissantes, dont il n'y a pas à tenir compte dans la suite des déductions et acquisitions scientifiques. On court, donc, aux faits particuliers, et l'on délaisse les vérités générales, comme si celles-ci ne jouaient aucun rôle dans l'intelligence de ces faits; et l'on arrive, sur cette pente, à perdre la connaissance scientifique de la vie. Ce n'est plus une science; c'est une collection de faits et de théories changeantes, dont les liens sont brisés, dont l'ensemble est détruit et dispersé. On voudrait, en vain, faire passer pour de la sagesse cet abandon des plus hautes questions de la physiologie; cette prétendue sagesse n'est que faiblesse; elle serait mortelle, si elle régnait sans partage.
Les enseignements de biologie générale que je poursuis dans ces études, sont exclusivement d'ordre orga-
nique et vital. Ils touchent, néanmoins, à toutes les questions philosophiques, s'y mêlent, les pénètrent et leur communiquent ainsi un caractère substantiel que l'abstraction métaphysique ne fournit pas toujours suffisamment. C'est une vérité sur laquelle je reviens souvent, que toutes les notions fondamentales de la biologie reparaissent, notions fondamentales en métaphysique. Les notions de l'Unité de l'être vivant, de sa spontanéité, de sa finalité, de sa puissance génératrice, appartiennent à l'ordre biologique, comme à l'ordre métaphysique; il n'y a de changé que le point de vue; l'objet considéré est le môme. Si on nie l'unité de l'être en tant que vivant, on nie le moi métaphysique, et la personne humaine s'anéantit. Si on nie la spontanéité vivante, on nie la spontanéité morale, on supprime la liberté humaine, on soumet l'homme aux seules lois du mouvement physique. Si on nie la finalité vivante, on arrache l'homme à ses destinées supérieures ; on lui fait une vie morale sans but, comme sa vie organique; on efface toute règle de ses actions, et celles-ci, livrées aux seules nécessités organiques, ne sont ni bonnes, ni mauvaises, mais indifférentes et purement brutales. Si, enfin, on méconnaît la puissance génératrice de l'être, si on ne la sent pas au fond de toutes les actions vitales, si on n'en fait pas la loi permanente de la vie organique, des relations animales avec les milieux extérieurs, on ignore le caractère vrai de la naissance et du développement de l'être, et l'on méconnaît l'image incarnée de
son innéilé comme de son activité intellectuelle et morale. L'accroissement métaphysique de l'être et son accroissement physiologique, se rattachent, tous deux, à une fécondation et h une génération continues; la conception est d'ordre physiologique, comme d'ordre intellectuel ; le mode seul en varie de l'un à l'autre.
Donc,les grandes vérités biologiques et métaphysiques se correspondent et se répètent. La notion et la culture de ces alliances traduisent le progrès le plus réel de la philosophie moderne. L'étude de l'âme reliée à l'étude de la vie a trouvé, dans cette dernière, un développement et des forces nouvelles. L'homme réel a été ainsi mieux connu et mieux jugé; et connaître l'homme est le but de la philosophie. Les philosophes contemporains ont interrogé curieusement la physiologie; ils se sont faits physiologistes, autant qu'ils l'ont pu. Ils ont descendu des hauteurs immuables dans le déterminisme mobile des faits, et leurs jugement? ont été mieux compris. Il serait bon que, en retour, les physiologistes aspirassent à monter, à dépasser la fonction transitoire et isolée, pour voir en face ce qui est permanent, et approcher de la raison des choses. C'est là, peut-être, ce qui vaudra quelque intérêt à ces études de biologie générale; elles pourront servir k l'étude philosophique de l'homme. Elles s'appuyent incessamment sur la physiologie, mais sans demeurer étrangères aux enseignements métaphysiques. Elles n'en professent pas
le dédain; sans être consacrées à la métaphysique, elles ne paraissent pas l'ignorer; elles en usent parfois, quoique toujours discrètement. Elles s'éclairent aux lumières de la pensée réfléchie qui a aperçu toutes les vérités constitutives de la science de l'homme, et qui, souvent, saisit mieux l'être réel que ne le lait une physiologie dédaigneuse qui, de parti pris, se limite à l'analyse des organes, et des fonctions partielles et subordonnées.
L'auteur de ces études aime sincèrement la science contemporaine, et tous les efforts d'analyse auxquels elle se livre avec une si noble ardeur. Ces efforts n'ont pas eu, et n'auront pas pour résultat de briser toute alliance entre le présent et la tradition. Loin de- là; l'alliance en ressortira plus fermement établie. Je ne sais pas de meilleure confirmation des vérités traditionnelles de la biologie, qae les acquisitions de la physiologie moderne. La physiologie de la cellule, la fécondadation de l'ovule, le développement de l'embryon, l'évolution de l'être, les actes nutritifs, les phénomènes de sensibilité générale et spéciale, la théorie des actions réflexes, les actions vaso-motrices et leur influence sur la circulation des humeurs, tout cela contient et confirme, sous une réalisation visible, les vérités générales, pressenties ou devinées, plutôt que vues et démontrées, par une science naissante. L'autonomie de l'être vivant, son unité et sa spontanéité, la finalité qui gouverne et établit toutes ses fonctions, son incessante activité géné-
iO . INTRODUCTION.
ratrice, tous ces grands faits de doctrine, non-seulement ne sont pas démentis par les démonstrations physiologiques que nous venons de citer, mais trouvent, dans ces démonstrations, une rénovation inattendue.
Les vérités premières de la biologie ne sont pas condamnées à demeurer immobiles et à garder, comme une figure hiératique, la forme primitive et insuffisante léguée par la tradition. Non; les vérités générales de la biologie sont vivantes comme les autres, et en voie d'évolution et de progrès. Les transformations et les accroissements de ces vérités sont lents, et peuvent échapper à un esprit inattentif; ils n'en existent pas moins. Celui qui les conteste est celui qui ne sait les voir, qui ignore le sens et la philosophie de l'histoire compliquée de nos systèmes. Le nombre de ces ignorants est considérable, et il semble s'accroître en proportion du nombre de ceux qui se croient initiés aux connaissances biologiques. Aussi reproche-t-on trop souvent à ces vérités le caractère incomplet qu'elles avaient dans le passé et la part d'erreur à laquelle elles étaient associées. On ne veut pas voir leur évolution, leur progrès corrélatif avec les autres progrès scientifiques. C'est un grand tort : les enseignements traditionnels qui subsistent dépouillent peu à peu les formes étroites du passé, les accessoires d'erreur qui les enveloppaient; ils montent plus haut vers les régions du vrai, s'y éclairent, descendent ensuite, se mêlent plus intimement à tous les
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faits d'observation, et gagnent ainsi une force d'expansion qu'ils ne connaissaient pas.
Aussi toutes les pauvres réfutations, constamment reproduites par les auteurs contemporains, ne sont-elles plus de saison. Elles demeurent sans prise sur ces vérités transformées et en perpétuel rajeunissement. Je n'ai nullement la prétention d'émettre une nouvelle doctrine; Dieu m'en garde! Je proclame, au contraire, mon adhésion aux doctrines traditionnelles de la science de l'homme vivant; mais je crois, en même temps, avoir donné à ces doctrines un accent et des développements nouveaux. Je crois, surtout, les avoir dégagées de tous les alliages laissés par la domination successive, et toujours corruptrice des systèmes; et, en les présentant épurées et comme assainies, je crois leur avoir donné une vigueur plus sûre, une vie plus expansive, l'harmonie et l'entente avec la science moderne. C'est là le progrès que j'ai cherché à réaliser. Si je l'ai atteint en partie, je puis dire que toutes les objections dirigées contre la vieille métaphysique vitaliste ne sauraient atteindre les doctrines biologiques réformées.
J'espère donc que l'on ne viendra plus nous accuser de superposer à l'organisme une entité métaphysique, surnaturelle, comme on le dit en langage positiviste. Cette façon de condamner tout un grand ensemble de doctrines est surannée. Elle ne porte pas seulement à faux; en ce qui nous concerne, elle est directement opposée aux enseignements que nous nous efforçons de
propager. Nous sommes plus ennemis de ce genre de uperposition que nos adversaires eux-mêmes; car ces entités superposées sont la négation absolue de la cause vivante telle que nous la comprenons. Peut-on nous accuser d'erreurs que chacune de nos paroles combat? Et suffit-il que l'animisme stalilien ait existé, pour repousser à jamais toute notion d'autonomie et d'unité vivante? Nous ne soutenons ni l'animisme systématique de Stahl, ni le double dynamisme de Barthez et de Lordat. Nous avons écarté ces ombres du passé, pour adopter et défendre les réalités vivantes. Ce sont cellesci sur lesquelles nous voulons être jugés. Notre prétention est d'arriver à la possession entière des faits organiques et vitaux, et non à une possession incomplète et vaine, partage de ceux qui prennent les conditions phénoménales de ces faits pour leurs causes. Les phénomènes ne sont compris que dans leurs causes réelles; toute notre doctrine se réduit à comprendre les phénomènes vitaux par et dans la cause vivante. Cette seule notion transforme la science analytique de la vie.
Qu'on ne croie pas, en effet, que les notions générales soient indifférentes pour l'intelligence des faits particuliers. On ne comprend ceux-ci que par celles-là. On voit vrai ou on voit faux, suivant que l'on contemple les choses particulières à la lueur de ces notions, ou que l'on dédaigne les clartés qui en viennent. Que devient, par exemple, l'analyse d'une fonction, si on sépare
la fonclion de la vie et de l'unilé? Quel est l'acte vital que ses conditions physiques suffisent légitimement à expliquer? Les vérités premières peuvent être appelées les vérités nécessaires; on ne saurait s'en passer sans tomber dans les illusions des systèmes. Aussi, chacun de nous subit-il l'action des vérités nécessaires, même ceux qui prétendent les repousser et fonder la science sans elles. Sans en avoir conscience, les plus systématiques les confessent, et ils couvrent l'erreur de lambeaux de vérités-; ils marchent dans une incessante contradiction. S'ils se maintenaient dans l'erreur permanente, absolue, intransigeante, ils révolteraient les intelligences qu'ils veulent attirer, et eux-mêmes se révolteraient contre leurs propres conceptions. Mais ils atténuent et dissimulent leur système d'erreurs en y introduisant un parti de vérités, lesquelles, quoique mutilées et affaiblies dans toutes leurs expressions, suffisent à projeter une image confuse et trompeuse des réalités.
Cependant, sachons voir le danger où court la science contemporaine. Le sens des vérités nécessaires s'y est singulièrement affaibh; et en même temps la. masse des faits particuliers s'y accroît en proportion indéfinie. Ce double courant pourrait devenir funeste. Sans l'intervention des vérités générales, l'accumulation des faits nous perdra; nous étoufferons sous leur poids; nous n'aurons plus de guide à travers ces régions où s'agite l'immense multitude des phénomènes. Les faits lutte-
ronl contre les fails; nous ne rencontrerons leur accord nulle part; l'expérience du jour démentira l'expérience de la veille; et, dans cette obscure mêlée, les esprits seront envahis par un incurable scepticisme. Nous ne serons sauvés de ce péril que par un retour aux vérités nécessaires; elles seules peuvent constituer en un tout les éléments dispersés des choses, que le travail moderne va dissociant de plus en plus. A côté de l'analyse continue il faut placer l'action fortifiante et supérieure de la synthèse; il faut que la synthèse, toujours présente et active, maintienne le rapprochement et les rapports naturels des phénomènes, les soumette et les fixe, les substantialise, en un mot. Sans elle, on poursuit les ombres et on n'atteint pas les choses. Et que d'ombres là où l'on croit voir les réalités! que d'ombres là où l'on croit saisir un fait! Et quelles ombres, mobiles et changeantes, ne laissant pas trace d'elles-mêmes, oubliées aussitôt que passées! Que deviennent les intelligences qui ne savent s'alimenter que de faits et d'ombres? Quel vide en elles! quels doutes sur toutes choses! quelle ignorance de ces vérités qui ne passent pas, qui remplissent l'esprit, lui fournissent les jugements en le nourrissant des causes !
Un retour aux vérités synthétiques est donc le premier besoin de ce temps-ci; j'ajoute que ce besoin est senti, et que ce retour se fait obscurément, inconsciemment, mais effectivement. On doutera peut-être de cette appréciation, et on lui trouvera un caractère d'illusion
et d'optimisme assez prononcé. On nous opposera ces formules bruyantes et acclamées qui sont la négation brutale de toutes les vérités nécessaires, auxquelles nous croyons que l'on revient en silence. Tout ce bruit du matérialisme contemporain ne nous effraye pas au delà de la mesure. Nous estimons que, en médecine, l'influence organicienne, qui était l'influence matérialiste, décline. L'intelligence de la vie et de la maladie est, aujourd'hui, bien supérieure à ce qu'elle était il y a quelques trente ou quarante ans. Qui soutient aujourd'hui le caractère primitif de la lésion? Qui nie les maladies générales, et prétend qu'il n'y a que des maladies locales? Qui nie les diathèses et leur action dominante sur l'ensemble des maladies chroniques? Qui conteste les transformations des maladies chroniques à travers les transmissions héréditaires? Qui voudrait nier l'autonomie de la vie, et ramener à un simple mécanisme les fonctions majeures de l'être? La circulation elle-même devient vivante, et les conditions physiques des phénomènes vitaux ne sont plus invariablement prises pour la cause même de ces phénomènes. Au-dessus de ces conditions passives on soupçonne ce qui est actif de soi. La vie est une création, a dit le plus illustre physiologiste de ce temps, M. Claude Bernard; on verra, dans ces Etiules, tout ce que recèle ce mot simple èt profond; n'est-il pas l'antithèse et le contraire du dogme cher aux organiciens : la vie est un résultat? Oui, la science de la vie retourne aux vérités synthétiques et
nécessaires; il s'opère là un travail secret, profond; et c'est là qu'est l'utilité cachée des études que nous poursuivons. La biologie générale ne reste pas lettre morte ou vaine dissertation; elle fournit la règle et la raison de tous les faits biologiques. Ces faits deviennent le témoignage continu de son action, naissent et se jugent à ses clartés, l'expriment ce qu'elle est, vont où elle les pousse.
Est-ce à dire que ce mouvement des faits biologiques suive une direction irréprochable, et traduise toujours et nettement les vérités générales de la science de la vie? Il s'en faut; ce mouvement est souvent confus, contradictoire; si le vrai l'anime en secret et dans son ensemble, l'erreur le trouble trop fréquemment, le fait dévier et l'entraîne à des affirmations systématiques bruyantes, devant lesquelles semble s'effacer l'action lente et latente du vrai. Et cependant celle-ci subsiste et triomphe en fin de compte. Celui qui s'attache aux démonstrations de la biologie générale semble souvent contredit par tout le monde; et, dans le fond, tout le monde retient quelque chose de sa parole; sa voix ne se perd pas dans le désert.
Néanmoins, je le répète, les contradictions ne lui manquent pas; il semble parfois rejeté dans l'abandon et l'isolement stérile; on l'accuse même volontiers de lutter contre la science de son temps, de méconnaître les progrès qui font la gloire de la science moderne. Beaucoup, et surtout les jeunes, lui reprochent violem-
ment de ne pas partager les idées de négation et le mépris de la tradition où ils se complaisent. Quoi! en ce temps-ci, venir répéter ces mots usés de moi et d'unité vivante, alors que l'organisme n'est qu'un essaim de cellules, possédant chacune une vie propre; de spontanéité, alors que le mouvement et les transformations du mouvement sont les seules forces de la nature; de finalité, de force conservatrice et médicatrice, alors que l'organisme aveugle marche souvent de misère en misère, se dégrade de jour en jour, et que la mort, un peu plus tôt ou un peu plus tard, termine tout! Réveiller ces dogmes, n'est-ce pas décrier les progrès scientifiques les plus incontestés, et cela pour étayer le vieil édifice d'un passé dont, chaque jour, un débri s'écroule? Et comme ces contre-vérités biologiques, ardemment soutenues, se lient à beaucoup d'autres contre-vérités philosophiques et sociales, défendues avec non moins d'ardeur, il en suit que celui qui ose confesser les grandes doctrines de la biologie semble marcher à une impopularité qui enveloppera tout son enseignement.
Oui, telles sont les apparences. Au fond, cependant, il n'en est pas ainsi. On est écouté, quoique contredit; quelques paroles recueilhes demeurent et germent au fond des esprits; elles accomplissent leur travail mystérieux; et quand la fougue des années bruyantes et vouées à la vaine acclamation des systèmes est passée, ces paroles se font entendre de nouveau, et retrouvent peu à peu l'autorité qu'on leur avait déniée. Combien ai-je vu de
médecins qui, éclairés par l'expérience et robservalion, m'ont déclaré être revenus des entraînements irréfléchis de leurs débuts, et ont bien voulu me dire que quelquesuns de mes écrits avaient contribué à les éclairer! El parfois ce n'étaient pas les moins engagés dans les opinions contraires qui me revenaient ainsi. Que de faits j'aurais à raconter dans ce sens, qui m'ont été une récompense de faibles efforts et un encouragement que j'ai souvent profondément ressenti !
Et d'ailleurs, quand même la popularité fuirait de tels enseignements, nous ne resterions pas sans compensation. Nous garderions la satisfaction du devoir accompli, l'honneur de n'avoir pas déserté le drapeau des hautes vérités. On a le droit d'éprouver quelque fierté en se rendant témoignage que l'on n'a fait entendre que des vérités dont le caractère était fait pour relever les esprits, que l'on a défendu les impérissables notions dont l'humanité morale a vécu jusqu'ici. Nos paroles n'ont jamais été des paroles de trouble dans le présent, de dédain pour de glorieuses traditions, de danger pour l'avenir. Nous n'avons rien à dissimuler de nos modestes discours; ils sont reslés fidèles aux grandes causes. Hœc docuimus; ex nobis audienmt (i), pouvons-nous dire sans crainte et sans regret. Peut-être nous en sera-t-il tenu compte.
Cette publication se compose d'une suite d'articles
(1) Quinle-Curcc.
écrits dans un même but et avec la pensée de les réunir un jour. Les uns ont un caractère dogmatique et traitent ex-professo des questions fondamentales de la biologie. Tels sont ceux qui portent les titres suivants : Le moi et V unité vivante. — La spontanéité vivante et le mouvement. — Bela finalité dans les êtres vivants., et de la doctrine de l'évolution. — De la puissance génératrice dans l'âme et dans la vie. — Les autres sont des articles de critique biologique, écrits à l'occasion d'importants ouvrages scientifiques. Ces derniers articles, nous les portons en tète de ce recueil; ils forment une sorte d'initiation à la partie dogmatique dont nous venons de parler; ils préparent et affermissent le terrain sur lequel nous avons tenté d'asseoir les vérités générales de la science de la vie. Telles sont les études intitulées L'âme et la vie. — Les luttes actuelles de la philosophie et de la science. — De l'idée de vie, dans la physiologie contemporaine. — Enfin certaines conclusions et conséquences plus ou moins directes ou éloignées, sont particulièrement exposées dans les fragments intitulés Des vérités traditionnelles en médecine. — La science et l'ordre social.
J'ajouterai que la plupart de ces études ont été publiées dans le Correspondant, et je suis heureux de reconnaître ici la libérale hospitalité que cette revue a offerte à mes travaux de philosophie médicale. Relier les vérités traditionnelles et impérissables de la science de la vie aux progrès modernes de la physiologie expé-
rimentale, ranimer les unes au contact des autres, était une tentative que le Correspondant devait approuver, très-analogue à celle que lui-même poursuivait sur un autre terrain.