‹ La vie personelle: étude sur quelques illusions de la perception intérieureChapitre 11 sur 92 · I. Gourd, Le phénomène (Paris, F. Alcan · texte numérisé non relu

I. Gourd, Le phénomène (Paris, F. Alcan

LE t>ROBLEME DE LA PERSONNALITE 29

reste, à remarquer que le besoin d'unité y autorise ce recours : on est choqué du caractère fragmenté, non systématique, qui marque le devenir intérieur; on tente de réduire ces états difierents, on les organise, on les traite par la logique ; on transforme les oppositions en contradictions, et on les exclut. L'unité y gagne, la réalité y perd. Le tort de l'intellectualisme vulgaire est de se placer au point de vue de l'entendement, en négligeant cette matière mobile et variable qui est le premier et, peut-être, le seul objet de la perception intérieure. II poursuivra donc la définition du moi à l'aide d'une faculté réduite au rôle d'instrument logique. Mais comment cette pensée abstraite, encore dominée par des symboles matériels, incomplète, séparée de soi, pourrait-elle prétendre à l'expression de ce qui est en nous réel et vivant ? De là, pour elle, la nécessité d'analyser cette existence et de la résoudre en une multiplicité d'éléments imaginaires avec lesquels elle tentera bien vainement ensuite de la recomposer. Nous avons essayé d'établir, nous établirons mieux par la suite que cette difficulté disparaît, si l'on a soin de dégager des uniformités hâtives de l'entendement le rythme original de la conscience. La vérité est que la conscience a horreur du continu, alors que l'entendement en est la source unique et qu'il se borne à réaliser une unité tout abstraite au sein de la pluralité qu'elle perçoit en elle ; la vérité est que le monde de la continuité et de la nécessité logique, produit par un jeu de concepts, est un monde tout fictif si ou le rapproche du monde particulier du sentiment. Il n'y a de réalité vraie que la conscience, et de primitivement donné que l'ordre discontinu des individualités. On ne saurait, dès lors, superposer l'entendement à la conscience, la notion du moi à la réalité du moi, pas plus que l'espace ne se superpose exactement à l'extension concrète, et la grandeur numérique à la grandeur réelle. Dans le chapitre qui va suivre nous nous attacherons à montrer qu'une telle superposition est, en effet, impossible. Nous ne considérerons pas encore la personne en elle-même ; nous examinerons l'idée qui s'en produit justement sous l'influence de l'intelligence abstraite, et qui prêle à la plus

3o l'entendement et la conscience

tenace des illusions dont la perception intérieure soit le jouet. Nous espérons pouvoir montrer que, sans échapper d'ailleurs aux raisons psychologiques et morales, la personnalité est supérieure à son schème et d'une autre nature que lui. Cette critique préalable nous permettra de comprendre le moi véritable, le moi de la pensée pure, et de le saisir, sans cesx artifices qui le divisent ou ces constructions qui l'altèrent, dans l'intégrité de son être et dans la liberté de son action.

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