ÉVOLUTION DYNAMIQUE DE LA CONSCIENCE IQÔ
dont elle venait de montrer la foncière absurdité. Mais, en cela, elle ne faisait que céder, comme les spiritualistes, à une illusion d'optique : elle supposait que l'individualité est suffisamment exprimée par l'image qui en est artificiellement produite, quitte à opposer à cette conception, des anomalies qui n'avaient pris un sens que par elle. Nous nous sommes efforcés de rompre avec cette illusion. Si ce n'est plus une abstraction de la science et de la réflexion qui compose la personne, une large place sera faite désormais en elle aux simultanéités contradictoires, et Ton ne craindra plus de trouver, à l'origine du moi, les accidents et la fluctuation de la vie. Ces accidents entreront même dans une explication filiale ; en dehors d'une réflexion prévenue, ils composent les phases normales de notre histoire : nous ne sommes pas donnés primitivement et d'un seul coup ; nous nous faisons au jour le jour. On comprendrait aussi que, livré à sa naturelle mobilité, le moi pût engendrer des désordres qui se révèlent par la réalisation successive des contraires et par l'afl&rmation incohérente des possibilités de toute nature. Ce n'est encore là pourtant qu'une première puissance du moi, puisque si vous la considérez en elle-même, elle vous apparaîtra comme une multiplicité pure, incapable d'effectuer sa propre synthèse ; d'un autre côté, ces obscures vicissitudes ne peuvent être comprises que si elles se réfléchissent dans un sujet capable de les juger, et l'on ne parlerait plus de désordres, si l'on n'avait l'idée d'une appropriation des phénomènes à un sujet normal. Le jugement d'attribution dont nous avonS' analysé les éléments recouvre donc un procès réel : le sujet — non la puissance, mais l'activité vive et éveillée — est le terme conscient de cette évolution ; il se dégage péniblement parfois, parfois avec de brusques retours, de ces tentatives et de ces efforts : il est le terme supérieur que tend à constituer une conscience dynamique. La résolution correspond désormais à la copule dans le discours : elle marque le rapport synthétique du sujet réel à ses actes, comme l'indécision, qui accompagne le désir, marque le rapport inverse d'un attribut à un sujet qui a cessé de le dominer. Reste à savoir en quoi le sujet
igô l'individualité
individuel consiste véritablement. Dans le chapitre qui va suivre, nous ne le considérerons plus dans son rapport avec les phénomènes, mais en lui-même. Pour le moment, il nous suffira d'avoir montré ses affinités avec la liberté, en même temps que sa lente préparation dans une conscience concrète, conçue comme un génie personnel. Vivre, et dans une acception plus haute du mot, vouloir, c'est composer notre être d'actes émanés de nous. Dès lors, il n'est pas de mouvement de Ifit vie personnelle qui ne soit à priori inexplicable, puisque nulle de ces synthèses n'est logiquement donnée, puisque, encore, chacune de ces synthèses implique une contradiction avec le principe logique de l'identité universelle. On ne pourra donc plus prétendre que la vie individuelle soit simplement en accord avec une existence possible dont nous prendrions insensiblement conscience et dont nous accepterions la nécessité. D'autre part, il est impossible d'affirmer (jue nous n'ajoutions rien à l'essence indéterminée d'homme, impossible d'accepter comme quantité négligeable la vie, Faction, la bonne volonté. L'existence individuelle n'est donc pas donnée dans l'être possible, ni avec l'essence indéterminée ; elle s'y ajoute d'elle-même ; elle ne procède pas par analyse, elle se développe par synthèse ; elle n'est pas simplement, elle est libre.
Il semble donc qu'il y ait dualité dans les formes de la conscience, et que le jugement d'attribution exprime en même temps que la synthèse de ces deux termes le passage incessant de l'un à l'autre. Au sein de la sphère indistincte qui l'enferme à Toriginc dans l'harmonie d'une demi-conscience, le moi concret tend à produire les variations de l'existence ; il est ainsi pensée mobile et vivante, il est devenir. Ces hétérogénéités, pour peu d'ailleurs que l'entendement les souligne, se convertissent en des termes opposés ; elles s'excluent logiquement. C'est l'ère transitoire des désordres intérieurs, des passions et de la folie. Mais, comme on a montré que notre individualité n'a pas de contenu inconditionné, de telles oppositions ne réussissent pas à cacher l'unité profonde qui tend à se constituer : elles ne sont que les degrés inférieurs