‹ La vie personelle: étude sur quelques illusions de la perception intérieureChapitre 75 sur 92 · LA PLURALITÉ CONSCIENTE · texte numérisé non relu

LA PLURALITÉ CONSCIENTE

retrouver le moi au principe de son expansion et de sa vie ? De ce point de vue, tous les traits que nous avons signalés jusqu'ici se disposent, comme autour d'un centre, pour former le personnage intérieur. Nous comprenons cette mobilité extrême de nos pensées, l'inquiétude de l'âme et ce qu'elle trahit : la discontinuité du fond sous l'agitation de la surface. Nous comprenons surtout, après des engourdissements passagers, cette aptitude à la vie spirituelle et cet empressement qui nous la fait accueillir. La plupart des hommes, s'ils faisaient sérieusement attention à ce qui se passe en eux, accepteraient ou provoqueraient cette multiplication interne du principe de la vie : les révélations de l'art et celles des hautes consciences seraient comme un appel émouvant adressé au plus intime de leur être et capable de l'éveiller insensiblement. Ils y démêleraient l'écho d'âmes qui auraient vécu pendant que la nôtre était plongée dans la torpeur*.

Mais cette tendance à la vie libre et cette possibilité de la produire immédiatement n'est pas seulement l'idéal de la personnalité ; elle en fait le fond et la substance. Toutes les fois que la psychologie rompt avec les explications conventionnelles et entreprend d'explorer la réalité elle-même, elle touche à ce monde si mouvant et si divers, éblouissant d'un grand luxe de surprises et de variétés. Un philosophe hardi et paradoxal, insistant sur les conquêtes de la réflexion mise en présence de la nature, sans qu'elle ait à recourir à des concepts intermédiaires, écrit : « Nous jouissons ainsi de tout ce qu'il y a, en des lieux cachés, de pousse naturelle, de végétation primitive, de floraison sauvage, de beauté miraculeuse et d'irrégularité gigantesque*. » Nous pouvons prétendre, à notre tour, que tout un côté inconnu du monde intérieur a été conquis par la réflexion, ce côté original, singulier de la vie personnelle, primitivement extérieur à la conscience

1 . Voir à ce propos, dans George Eliot, le Moulin sur la Floss, le chapitre intitulé : Une voix dupasse.

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