Id.y ibid
qui constitue la réalité. C'est la vie personnelle qui se dégage lentement, un moi qui se reforme peu à peu contre un autre moi. Le moi vraiment supérieur, le moi de la personne, s'ébauche et commence à percer au milieu des incertitudes du moi naturel, et voilik expliquées ces alternatives de délices et de terreur que la description a démêlées au sein de l'énergie morale. Il y a quelque chose de symboliquement exact dans ces cas de conversion où des âmes touchées de la grâce se détachent du monde : il faut y avoir l'histoire psychologique de la personne passant de la réalité à l'idéalité, de l'état de développement spontané à celui d'organisation réfléchie. Les âmes où l'humanité s'est accomplie ont connu, presque toutes, ce moment décisif du déchirement intérieur suivi de joie pure, cette renonciation totale et douce. Qu'est-ce à dire ? Il y a eu apparition de ce qui était comprimé et qui, se manifestant enfin, a bouleversé le reste, voilà tout : la forme personnelle de la conscience s'est dégagée brusquement, exaspérée et quelquefois piquée au vif par les excès, les angoisses du moi naturel. Ce que la psychologie positive peut noter ici, c'est qu'il y a simultanément, dans une même conscience, les résistances de la chair et les orages de l'esprit, et finalement l'apparition d'un système d'idées qui ne cherche plus son point d'appui dans l'égoïsme, mais dans l'universel. Elle doit encore admettre que la nature humaine supérieure, comme dit Spinoza, était endormie, oubliée; elle s'est éveillée peu à peu sous la pression de ce moi naturel qui a fini par combler la mesure*. Un tel phénomène ressemble à ces exemples de commotion cérébrale dont Taine fait mention et qui, supprimant la connaissance des langues apprises, ne laisse dans le souvenir que la langue nationale : les idées superposées s'écroulent ; il ne reste que les vieux fondements. C'est ainsi que les associations conventionnelles du moi naturel disparaissent, découvrant tout à coup, dégagée et simplifiée, la forme personnelle qu'exprimaient à leur façon, en la déformant le plus souvent, nos