DEVENIR PSYCHOLOGIQUE ET CONVERSION
mélange. En désertant le domaine de la psychologie théorique pour s'appliquer à un tel état, l'analyse y démêle tout d'abord une antinomie secrète, un conflit riche en souffrances actives et fécondes. Appelée à interpréter cette disposition étrange et paradoxale, elle y découvre bientôt, au lieu de l'angoisse physique de l'abandon et de l'impuissance, l'impression de la nature qui résiste. A partir de là — d'admirables peintures morales nous l'ont récemment montré * — elle ne peut que nous conduire de surprises en surprises. Il se trouve, en effet, que dans cet ordre si nouveau pour elle, les progrès se mesurent aux souff'rances, et celles-ci sont tellement le pressentiment d'une réalité supérieure qu'elles se font peu à peu joyeuses. L'effort que nous tentons pour créer en nous des dispositions nouvelles et pour « réduire ce cœur qui se refuse à obéir de lui-même » est bientôt suivi de la vraie lumière et de la vraie joie qui font éclater le néant de notre science et de nos plaisirs*. Mais l'espoir et comme le vœu profond de la conscience serait trompé, si cette suspension de l'âme et ce vide de la volonté étaient le terme où elle doit prétendre. Après ce renoncement entier à soi-même, elle sent ses résistances s'atténuer de plus en plus, « l'amour de Dieu refouler et remplacer l'amour de la créature», un déploiement d'énergie, un redoublement d'intensité, une progression croissante, un attachement à l'universel, qui sont comme autant d'étapes de son initiation à la vie spirituelle.
Ce tableau peut convenir à toutes les personnalités profondes, à celles qui ont été les inspiratrices de leur propre vie, de Lulher à Pascal ; pourtant, il est trop descriptif encore pour nous permettre de saisir la courbe de la vie personnelle. Interprétons-le : il nous laissera deviner la nature de celte synthèse dont nous cherchons à nous rendre compte, et
1. Boulroux, Pascal. Voir notamment le chapitre intitulé, Conversion déjinilh'e^ où la formation de la personnalité profonde, chez Pascal, est admirablement notée. C'est là, comme dirait M. Rauh, un cas « d'expérience morale » dont toute psychologie positive et concrète doit tenir le plus grand compte.