L ENTENDEMENT ET LA CONSCIENCE
naux interviennent, avancés à priori et indémontrables, parce qu'ils correspondent, dans les profondeurs de la pensée, à des affirmations ou à des actes. Ainsi, le mouvement de la pensée active, qui a déjà produit la certitude, imite et reproduit à sa manière l'action spontanée de l'esprit qui passe de l'identité pure, où il se dissipe, à la synthèse, où il se ressaisit.
Cependant la connaissance pourrait encore se produire à priori en vertu d'une nécessité inhérente au mécanisme de la pensée. Il faudrait alors supposer que l'entendement nous est donné en lui-même, avant tout autre élément de conscience : en est-il ainsi? D'abord, l'entendement réduit à lui seul ne saurait établir une connaissance complète, ni servir d'objet à une connaissance déjà établie. Même dans l'ordre logique, la pensée continue, uniforme ne suffit pas; il faut lui restituer une activité primordiale, des mouvements qui l'actualisent dans la suite variable de ses concepts, et qui soient comme autant de reprises dans sa marche. Bref, nous avons besoin tout à la fois de retrouver en nous, à côté d'elle, un principe agissant qui s'en distingue, et une matière vivante qui la réalise. Dira-t-on qu'une pareille intervention n'est point requise, puisque l'entendement développe ses conséquences en une nécessité toute mécanique? Maison prend on qu'il eh soit ainsi, alors que le syllogisme lui-même implique, comme nous l'avons montré, un acte synthétique de la pensée et que d'ailleurs ce mécanisme, auquel on voudrait confier la garantie suprême de la vérité, est à peine capable d'en établir les conditions les plus extérieures ? Quant à la vérité à laquelle il nous conduit, elle n'est qu'une vérité logique qui marque uniquement pour une affirmation la nécessité de se produire, si nous voulons compléter celles qui précèdent et expliquer celles qui suivent. Notre science ne serait donc plus un système qui retrouve par un vigoureux effort d'analyse le système de la nature ; elle ne serait que l'écho lointain de représentations fictives, qu'une suite de phénomènes qui se communiquent une superficielle clarté et qui doivent en appeler des uns aux autres, indéfiniment,