I. Cf. Villiam James: Psycholoijy
SYMBOLISME DE LA PERCEPTION INTÉRIEURE [\^j
d'un moi identique et un soit une œuvre de la réflexion, de même quels représentation d'un objet extérieur est un produit laborieux de l'intelligence. La notion du moi exige un travail de construction par lequel nous conférons à la pluralité de nos états la forme d'une unité fixe, et ce travail suppose à son tour une faculté de remarquer les similitudes et d'immobiliser le devenir, qui est le propre de l'entendement. Il semble donc bien que nous ne débutions pas par la conception du moi, mais par une sensation illimitée de notre existence, par un sentiment confus de la multiplicité intérieure, bref par la conscience vague des changements survenus ou des différences les plus saillantes qui se marquent en nos états. Sur ce champ mobile et indéfini nous décrirons bientôt, artificiellement, des cercles concentriques embrassant des surfaces toujours plus restreintes ; il nous arrivera même de fixer celui d'entre eux auquel notre perception aura accordé une sorte de prépondérance. C'est donc que la perception intérieure transforme en réalité substantielle ce qui n'est au fond qu'un jeu d'illusions : le moi n'est que cette illusion d'optique solidifiée.
Mais ici, comme dans la perception extérieure, il arrive que ce monde d'images immobiles, toutes construites, cesse de nous offrir un point d'appui, et qu'il révèle souvent par sa dissolution spontanée la loi de sa formation. Nous voyons bien alors que cette fixité n'était qu'apparente et qu'elle se bornait à refléter l'invariabilité de nos besoins ou le caractère automatique de nos prévisions. C'est ce que nous trouvons, par exemple, dans les sentiments. Ils nous présentent des éléments de pure conscience, sans alliage logique, se mouvant et s'organisant en dehors des cadres de la perception intérieure, où ils seront ensuite embrigadés, mais d'où l'on peut toujours réussir à les détacher. Une réflexion attentive arrive le plus souvent à saisir ces infiniment petits de la conscience et à nous les rendre sous une forme originale, de même que les appareils moteurs qui sont en notre corps savent recueillir les mouvements matériels extérieurs à nous et nous les offrir, sans traduction mécanique, sous la forme d'ébranlements
purs. Le rapprochement que nous venons de tenter entre le symbolisme de la perception extérieure et le symbolisme plus subtil de la conscience nous permet de comprendre la loi de ces groupements. Nous sommes en présence d'une conscience qui s'applique à saisir ses données et d'un entendement qui s'acharne à les construire. C'est bien le moi, l'intériorité, l'intensivité que ces deux facultés nous rendent, mais elles nous les rendent, comme on voit, sous des [ormes bien différentes. Comme le moi construit par l'entendement est plus communicable et mieux défini, l'élément mobile et vivant perçu par la conscience ne tarde pas à s'évanouir au cours de la perception intérieure, pâlissant et s'effaçant devant la netteté supérieure des constructions de l'entendement. Lorsque Maine de Biran célèbre les attributs du moi, il s'exerce sur cette idée qui représente justement l'inversion du réel et, par un étrange retour, sa métaphysique ne fait que reproduire et consacrer les artifices cachés d'une logique décevante. Mais l'idéalisme nous met en garde contre une telle confusion. La conscience n'a par elle-même nul soupçon de la substance ni de la cause : la notion du moi est une combinaison artificielle à laquelle la loi d';i-N>ciation sait donner l'apparence d'un fait ultime.
Toutefois, le compromis que nous venons de dénoncer n'aurait nulle chance de durer s'il ne se rattachait à quelque symbole permanent dans notre organisation physique. Un nouveau symbolisme, le symbolisme moteur, intervient pour régulariser le symbolisme conscient que nous avons analysé. On peut à la rigueur prétendre que les jugements portés sur notre permanence et notre identité résultent d'une intervention hâtive de l'entendement. Mais en va-t-il ainsi pour la causalité? Et n'avons nous pas là un retranchement qu'on n'a point forcé:' Au dire de penseurs accrédités, ce n'est pas l'effet d'un raisonnement compliqué, si nous affirmons notre pouvoir de causation : c'est par sentiment intérieur. Que la substance soit conclue et qu'elle demeureen elle-même incognoscible, on raccorde. Mais cha-