CHAPITRE PREMIER L'ENTENDEMENT ET LA CONSCIENCE
On admet d'ordinaire que les états de conscience, sentiments, pensées, volitions, tout en ayant leurs conditions les plus générales dans les lois de la nature humaine, dérivent pourtant d'un principe singulier d'action, qui est la personne ; la personne s'oppose ainsi à la nature comme une énergie éveillée et vive s'oppose à une essence indéterminée. On ajoute que la réalité personnelle, désignée très improprement du nom de moi, est l'objet d'une connaissance immédiate, au point qu'il ne saurait y avoir de difficulté sur l'idée qui nous représente à nous-mêmes. On accorde donc à Descartes qu'une telle connaissance est la seule qui soit d'abord en notre pouvoir puisqu'elle nous fournit les idées que nous pourrons ensuite transférer à toute chose, et on y voit, en même temps que le principe actif de la certitude, l'unique lumière qui éclaire tout le reste. La morale vient encore confirmer celte croyance instinctive: elle nous accorde la liberté que toute responsabilité implique; elle nous confère tout ensemble la dignité de la causalité et l'incomparable valeur de fin en soi. L'ordre social accepte ces vues, où il trouve un avantage, et il les consacre.
Cette confiance en la personnalité n'a d'égale, il est vrai, que l'extrême réserve que la personnalité inspire à la pensée réfléchie. D'abord, le rapport établi entre la nature humaine et la personne paraîtra toujours obscur : la personne dérive-
B/VZAILLAS. I