‹ La vie personnelleChapitre 41 sur 155 · LE SI V| |\]| M · texte numérisé non relu

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normale les éprouve, et ces mêmes états considérés en etM seuls, dans leur généralité ou, si l'on veut, dans leurabstrac tion. A notre réveil, ou quand nous sortons du néant psj chologique remarqué pendant la syncope, nous avons des sensations « stupides », c'est à dire « des sensations qui jus tenient parce qu'elles restent isolées ne peuvent pas être connues1 ». C'est donc qu'une sensation normalecst une sensation intégrale liée à des sensations complémentaires. La différence qui distingue d'une sensation réelle la sensation réduite ainsi à elle-même se retrouve dans nos émotions. Limitée à son objet seul, une émotion ne nous offrirait qu'une représenta tion appauvrie de sa vraie nature. Le secret de sa richesse ou, si l'on veut, de son individualité réside dans ses relations subtiles avec notre passé et dans la conscience vague de ces rapports. Si l'on pouvait réaliser une hypothèse impossible et supposer que ce plan obscur d'impressions vînt à se dérober tandis que se dérouleraient en nous des sentiments précis, de tels états, accompagnés de nul écho, renfermés dans le peu qu'ils donnent, seraient certainement privés de toute force émotive. C'est donc cet élément original, qui vienl de ce que le passé ne leur est pas fermé, qui constitue leur être réel, et le caractère imprévisible qu'on s'accorde a leur reconnaître tient à l'indétermination même de ce pas>é. Mais on voit également qu'en communiquant à chacun d'eux un indice de réfraction à peu près semblable, ce phénomène initial pourrait être à la longue connu et fixé, si les cirçon stances changeantes de la vie n'en multipliaient Pindétermi nation et si des phénomènes affectifs ne se produisaient qui n'ont avec lui aucun rapport assignable.

Les sentiments tendres nous offrent des exemples dje ces mutations morales. Considérons le plus simple d'entre eux, la sympathie. Historiquement c'est un phénomène spontané, il semble naître de rien comme un m» unie. L ne douleur vive ressentie et partagée, un trait d'aimable bonté qui nous vienl quand nous nous croyions isolés ou abandonnés, suffisent à

l. Uerzen, le cerveau ei l'activité cérébrale, p

LA SYNTHESE INDIVIDUELLE n-

nous révéler ce lien de fraternité aimante qui relie les âmes. Pourtant ce n'est encore qu'une tendance assez vague à sortir de soi et à s'oublier. Mais, comme l'égoïsme vient de ce que l'on s'éprend d'un bien-être passager et qu'on désire le voir durer à l'exclusion de tout autre, la sympathie se traduit bientôt par un désir de mobilité qui change, au contraire, et diversifie à l'infini les positions de notre être. Sous cet aspect on s'apercevrait, croyons-nous, qu'elle ressemble à l'espérance qui implique, comme on sait, un détachement effectif à l'égard du présent et une orientation de nos idées vers un avenir indéterminé encore. Si nous sommes capables de pitié, c'est que l'arrangement actuel de notre existence n'est point à nos yeux si fixe ni si achevé que nous ne puissions nous en détacher pour concevoir comme désirable un état sensiblement autre, et si nous éprouvons un plaisir souvent très vif à plaindre ou à sympathiser, c'est que, idéalement, par une sorte de rythme, nous allons de notre état présent, à cette position possible rendue présente à son tour par notre sympathie ou nos espérances ; nous changeons donc, en un sens, et nous aspirons à revêtir des formes autres. La joie qui accompagne alors de tels états vient de ce que, au lieu de révéler en nous une inertie fondamentale, ils annoncent et préparent tout ensemble une position possible de notre existence, accroissement léger qui se devine à peine, mais qui nous charme à la seule promesse d'un renouvellement où notre volonté n'aura point de part. Maintenant, comme cette position préformée par nos désirs aspire à être, se réalise même pour peu que nous l'accueillions, la base de notre existence émotionnelle ne cesse de s'étendre'. Tant qu'il en est ainsi, notre être moral se forme, indétermination réelle, cl. malgré toute notre volonté, nous sommes souvent dirigés par des dispositions subites qu'il était impossible de prévoir, encore moins de calculer. >ion seulement celte indétermi nation pénètre dans le phénomène initial de la vie qu'elle accroît et qu'elle transforme, mais encore elle entre comme

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