‹ La vie personnelleChapitre 54 sur 155 · CONCEPTION STATIQUE DU CARACTERE · texte numérisé non relu

CONCEPTION STATIQUE DU CARACTERE

Il semble résulter de ce qui précède que ce n'est pas la volonté considérée en elle-même qui est pour nous le caractère : c'est la volonté s'actualisant au cours de la vie, se manifestant par un enchaînement régulier d'actes et de volitions qui paraissent obéir à une loi distributive, variable avec chaque individu. Mais c'est ici précisément que les difficultés commencent. Quel rapport établir entre cette volonté qui s'affirme comme une synthèse primitive, comme une unité indécomposable, et ce système d'actes qui nous la révèle progressivement? Quelle est la loi des transformations de la volonté en actions et en mouvements ? Tel est le problème que Kant a posé avec sa clairvoyance ordinaire et dont il n'a pas cherché à atténuer les difficultés. Il y aurait d'abord un moyen assez simple de le résoudre : ce serait de le rendre susceptible d'une étude et d'une solution scientifiques en éliminant du caractère toute donnée variable ou personnelle, en comptant les ressorts sans les faire jouer, en décrivant les effets sans les produire. Ainsi, on isole et on immobilise les faits qui traduisent la diversité des caractères humains ; on en écarte les causes de variation et de trouble : on se prépare à les contempler dans leur généralité, à les saisir dans leurs lois constitutives et éternelles. Mais il est vrai aussi qu'on passe brusquement de la dynamique à la statique, puisque l'on considère la volonté au repos, plutôt que le mouvement qui l'engendre, le cadre où elle évolue, plutôt que son histoire particulière. Toutefois, comme cette conception s'est produite par une secrète connivence de l'entendement, elle prendra bientôt la valeur d'une explication scientifique. La science exclut de sa considération le particulier, le concret, la vie enfin ; réduite à fixer des rapports de quantité, des relations de position, elle ne laisse pas d'appliquer cette méthode d'élimination aux formes concrètes que la vie intérieure lui présente. Elle achèvera donc de vider le caractère do tout élémenl sensible el réel, pour le convertir en un système intelligible dont les détails soient voués à la loi de la nécessité. Et comme l'élément métaphysique ou supra sensible est chose que la science écarte soigneusement de ses

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formules, on se trouve bientôl en présence du caractère tel que Kanl le concevait, savoir : une série d'événements logiqui ment déterminés sans aucune Ar> particularités dont s'en veloppe l'existence, sans aucune relation assignable avec la mystérieuse énergie qui la fail apparaître; si bien qu'à chaque précision nouvelle le caractère, rendu plus clair. e>t aussi plus éloigné de ressembler à ce qui se produit dans la volonté et à ce que la conscience découvre.

11 esl vrai que le psychologue n'aura pas de peine à un m lier que si l'on prétend construire ainsi le caractère, c'est qu'on l'a supposé préalablement en dehors de la conscience et qu'on a traité les états qui le composent comme des signes de la réalité, non comme la réalité même. Il établira donc facilement l'inanité de cette conception. Mai» »'i! essaie, à sDii tour, d'expliquer le caractère par le détail des événements qu'il y d (''couvre, il fait retour lui aussi à l'idée de succession historique, et il donne encore une l'ois raison aux parti-an- de la nécessité : car il oublie de dire comment s'est effectuée la synthèse de cette diversité, et force lui sera d'accepter une loi de liaison, distincte de ses éléments, mais capable d'en maintenir l'unité. Il expliquera donc le caractère en imaginant, avec Taine, la suprématie de certains instincts cm de certaines affections capables de déterminer toute la série, c'est-à-dire en le recomposant après coup ; ou bien, avec la psychologie du criticisme, il découvrira dans ce phénomène un ensemble de relations commandées par une loi individuelle et il s'appliquera à développer les destinées particulières renfermées dans une destinée générale. Mais dans le premier cas il y a fiction et non pas synthèse, on sort de la science pour entrer dans la poésie : et dans le second cas c'est par la généralité pure qu'on explique la vie elle-même. Il ne nous sera pas difficile de montrer que c'est d'abord le type d'un mécanisme formel qui nous fait ériger les éléments du carie 1ère en lui nécessaire : puis, quand l'esprit d'abstraction a cédé la place aux renseignements de la conscience, c'est encore Tidée de vérité scientifique qui intervient dans l'évaluation du caractère pour la fausser radicalement. Ce n'est là toutefois

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