LA VIE SUBCOXSCIEXTE IJ
nous arrive de voir s'élever des profondeurs de la vie affective des impressions qui s'étaient évanouies durant la veille; c'est l'écho de voix entendues, le souvenir de quelque vive jouissance. Ce souvenir est vague d'abord, inconsistant ; puis, c'est une vision : il a toute la fraîcheur d'une impression retrouvée. Il y a donc comme une absorption de notre existence actuelle dans cette habitude qui la remonte de couche en couche. Sans doute, par un acte de volonté, nous pourrions dissiper cette pensée rêveuse; nous le sentons vaguement ; cependant elle se continue, centre momentané d'une vie nouvelle. Parfois encore, dans la veille delà volonté, quand nous nous proposons d'écarter de nos souvenirs et de notre cœur une pensée qui nous a blessés, il arrive que cette pensée ne disparait pas ; nous la sentons se reformer silencieusement dans les dessous de la vie consciente. Il suffirait, à de tels moments, de l'intervention d'un opérateur très puissant ou de quelque magie delà nature pour que, l'éclat de cette profonde émotion arrivant à se fixer, un moi nouveau surgît dans la conscience inactive. C'est dire que, par delà le champ de la réflexion, des synthèses se produisent, envahissantes quelquefois, surtout quand le moi de la personnalité normale ne maintient plus sa vérité. Les maladies morales, caractérisées par un relâchement de la volonté, seraient ainsi de la même nature que les cas anormaux de désagrégation mentale; elles résulteraient de l'autonomie que tendent à prendre par delà le moi les synthèses de nos images, les inspirations de nos habitudes, et jusqu'aux centres nerveux désireux de vivre d'une vie propre. Dès lors, à chaque instant, en dehors du champ de vision de la conscience, on pourrait voir se former un foyer virtuel où quelques-unes de nos sensations convergent par la seule vertu des synthèses déjà produites; les passions, comme la folie, proviendraient de l'indépendance que prennent ces centres d'activité insu lites, tandis que la pensée claire ne sait <>u ne peut résistera leur irruption. Quoiqu'il en soit, dans tous ces cas que nous avons groupés à dessein, il n'y a pas deux moi qui s'excluraient à tour de rôle ; le moi secondaire est ainsi
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nommé par un artifice verbal, et certainement il ne se met en relief que grâce au mol spécial qui l'isole : nous le créons en le nommant. La vérité est que ce moi n'est qu'une syn thèse mobile de nos impressions affective ; si nous la sentons après coup, c'est qu'elle gardait avec notre conscience quelque vague et ineffable relation ; si, dans les cas d'extrême désordre, elle semble produire des actes inconnus du sujet lui-même, quoique consciemment ordonnés. c'est encore par une com munication de l'activité personnelle et grâce à quelque reflet de la lumière pâlissante qui en était dérivée.
\ppellerons-nous activité personnelle, ou traiterons-nous comme une fausse apparence cette multiplication du moi ? On n'a peut-être pas assez remarqué la réfraction mentale qui se produit ici et qui n'a d'égales, croyons-nous, que les illu sions les plus consistantes de la perception extérieure. G'< si qu'elle implique d'abord un phénomène de morcellement que notre habitude de vivre en dehors de nous ne non- p i met pas de découvrir aisément. On le sait : à mesure que nous nous éloignons de ce qui est en nous actif et libre, nos états de conscience tendent à vivre d'une vie propre et ils se grouperont, désormais, au hasard des représentations fixes qu'un opérateur aura suggérées ou que provoque la pression .de la nature. Or. à mesure que le moi revient à son état naturel et qu'au sein de cette poussière psychique s'efface l'indice de son action, l'axe de l'explication habituelle se renverse; désormais, c'est à ce groupe fortuit d'impressions, c'est aux états dominateurs qui l'envahissent que la conscience abusée accordera la dignité d'une existence distincte. L'activité du moi esl néanmoins toujours présente, présente aussi la personne : (nais, à ce moment de -on bis toire. elle esl en quelque sorte refoulée par cette poussée d'images, et l'espèce de sommeil qui en ralentit le cours ne lui permet plus d'opposer sa vive el agissante énergie aux groupements capricieux qui se jouent à la surface. Cependant, noire attention accaparée par ces apparences leur donne en les fixant un semblant de réalité, et cette vraisemblance se change pour elle en certitude lorsque,