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ASIE CENTRALE ET ASIE RUSSE

L'émir a ordonné le recensement de son royaume et a organisé dans les différentes tribus une milice territoriale. Son armée, à qui le gouvernement britannique a offert les armes et les munitions qui lui ont assuré en 1888 la victoire sur Ishak-Khan, offre de bons éléments mais manque de discipline. Âbdul-Rhaman se préoccupe aussi de donner à l'industrie tout le développement possible; il a appelé chez lui des ingénieurs, des chimistes, des géologues anglais. Les établissements fondés à Caboul par M, Pyne depuis 1887 sont très prospères : il a installé des fabriques de bougie et de savon, une Monnaie, une manufacture d'armes, et une cartoucherie qui peut produire par jour plusieurs milliers de cartouches Martini-Henry.

Eyoub-Khan a conduit quelques intrigues, à Pétersbourg d'abord, puis à Téhéran, par l'entremise du cheikh Djamal-Eddin. Moyennant finances, il se faisait fort de renverser Abdul-Rhaman. C'était une simple manœuvre de besogneux; elle fut découverte, et Djamal-Eddin fut éconduit partout où il se présenta.

Les progrès des Russes dans le Pamir menacent les prétentions de l'émir dans cette région (V. Pamir) et, d'autre part, l'Angleterre ne lui permet pas d'étendre sa domination sur les tribus montagnardes qui ont,

autrefois, plus ou moins reconnu la suzeraineté de l'Afghanistan : elle s'efforce de les gagner à sa cause par le double prestige de ses armes et de son or et d'exercer, autant que possible, quelque influence dans leKafiristan, le Dardistan méridional, le Yaghestan, etc. Une tentative d'intervention de l'émir dans les pays de Bajour et de Swat a failli amener des difficultés entre lui et le gouvernement britannique. Au commencement de l'année 1891, une coalition fut formée contre Umra, khan de Jandol, par deux vassaux d'Abdul-Rhaman, Akbar, khan de Lalpoura, et Safder, khan de Naouagi, ainsi que par Mohammed-Cherif, khan dépossédé de Dir, par les Kohistanis et par les Swatis. Umra-Khan ayant repoussé victorieusement ses ennemis, l'émir fut tenté un moment de prendre en main leur cause ; il y renonça sur les avis pressants venus de Calcutta. Mais l'attitude du gouverneur afghan de Djellalabad a paru suspecte aux agents anglais, qui ont récemment obtenu son remplacement. On annonce cependant qu'au mois de décembre dernier, le général afghan Gholam Haïdar, un des favoris de l'émir, serait parti en campagne contre Umra-Khan, à la tête de trois régiments réguliers et de 4,000 auxiliaires indigènes (Chinwaris et Khagianis).

De Pechaver à Quettah, le gouvernement britannique surveille l'Afghanistan ; il a eu soin de s'y réserver un accès facile; dans le nouveau système de défense qui a été adopté, Caboul et Kandahar doivent être les bastions de la frontière indienne, depuis que l'Angleterre s'est résignée à laisser les Russes prendre Merv (1884) et dominer à Meched, c'est-à-dire commander les routes de Hérat et de l'Afghanistan septentrional. Le chemin de fer transcaspien permet d'amener d'Europe une armée sur la ligne de la Caspienne à Samarcande, et il sera sans doute prolongé jusqu'à Tachkend, ce qui facilitera la concentration des troupes de la Transcaspienne, du Turkestan et même de la Sibérie occidentale. La frontière russo-afghane, déterminée par l'accord de juillet 1887, n'a pas de valeur stratégique; de Duchak, les Russes

peuvent, par Seraks, Pul-i-Khatoun et Zulfikar, qui leur appartiennent, gagner Hérat: on sait, depuis les voyages de Lessar, qu'aucune montagne importante ne défend, au Nord, Hérat : cette ville a de bonnes fortifications, mais ne résisterait pas indéfiniment. De Tcharjoui, station du chemin de fer transcaspien et port sur l'Oxus, une route conduit à Balkh par Kerki et Kelif ; on a projeté d'unir par une voie ferrée Tcharjoui à Kerki, occupé par les Russes depuis mai 1887. Une fois mai très de Hérat et de Balkh, les Russes iraient, d'une part, à Kandahar sans grandes difficultés; de l'autre, par le col de Bamian, (jui n'est infranchissable qu'en hiver, à Caboul ; une route unit, en outre, Caboul à Kandahar par Ghazni. Or, c'est de Caboul, de Ghazni et de Kandahar que partent les routes conduisant de l'Afghanistan dans l'Inde. L'Angleterre a résolu de reporter sa ligne de défense sur le versant occidental des montagnes, et de relier, par des voies ferrées, au réseau indien Kandahar et Caboul. Un chemin de fer va jusqu'à Pechaver; des forts gardent l'entrée de toutes les gorges; la voie ferrée doit être prolongée d'abord jusqu'au fort Djamroud, à l'entrée du col de Khayber, et ensuite, sans doute, dans la direction de Caboul : « On pourrait ainsi, a dit dans un livre récent, M. George Curzon, qui a été nommé cette année secrétaire d'État pour l'Inde et dont les idées méritent une considération particulière, on pourrait ainsi concentrer rapidement les troupes destinées à occuper Caboul. » Il recommande aussi de prolonger jusqu'à Kohat, et de là par la vallée de la Kouram, l'embranchement de Rawul-Pindi à Kouchalgarh. Cette seconde voie permettrait l'occupation de Ghazni et faciliterait l'accès de Caboul. Toutes les tribus montagnardes limitrophes de l'Inde sont indépendantes de l'Afghanistan, et graduellement deviennent vassales de l'Angleterre ; elles recherchent ses subsides, et s'engagent à entretenir les routes et à convoyer ses caravanes qu'elles pillaient autrefois. Tels sont les Afridi, qui dominent la voie de Pechaver à Kohat, les Touri, à

qui le gouvernement britannique a remis en 1879 la garde de la vallée de la Kouram, cédée par l'Afghanistan, et qui réclament, paraît-il, l'occupation anglaise, et les peuplades voisines du col de Gomoul. Mais les troupes britanniques doivent, de temps en temps, infliger une leçon à ces indociles alliés : aux mois d'avril et mai, sir W. Lockhart a dirigé une campagne contre deux tribus Afridi, les Orakzai et les Miranzai ; il a fait lever la vallée de la Kurmana et commencer la construction d'une route. Plus au Sud, sir G. Withe a soumis, dans les vallées de Kandar et de Gomoul, les Kidarzais et les Cherani (novembre 1890-février 1891).

Une importante route de l'Afghanistan est maintenant parcourue par les locomotives; du chemin de fer du ' Sindh qui, suivant la vallée de l'Indus, unit Moultan au port de Kurachi, part une voie qui, par Chikurpour, Sibi et le col de Harnaï gagne Quettah; une belle route, carrossable unit aussi cette ville à Sibi par la fameuse passe de Bolan. Au delà de Quettah, la ligne ferrée a été prolongée, par le col de Gwadja, au delà des monts Khodja Amran, jusqu'à Chaman. Quettah, qui appartient nominalement au khan de Belouchistan, est occupé par une garnison anglaise; on la dit imprenable. Le pays compris entre Quettah et Chaman, le Pachang ou Pichin, fournirait en abondance des approvisionnements aux armées anglaises, et Chaman est seulement f à trois jours de marche facile de Kandahar,

A la Chambre des communes, le 5 avril, M. Mae Lean a demandé que le réseau indien fût poussé jusqu'à Kandahar. Sir John Gorst a répondu que l'état des relations avec l'émir ne nécessitait pas une telle mesure^ à laquelle ce prince accorderait difficilement son con-sentement.

Si on en juge par les idées émises par M. Curzon dans son livre, à qui nous avons emprunté les principaux traits de cet exposé de la politique anglaise sur la frontière afghane, il est probable que le programme du nouveau secrétaire d'État pour l'Inde comprend le

prolongement, dans la mesure possible, des voies ferrées qui permettraient à l'Angleterre de porter ses armées à Caboul et à Kandahar : mais il estime que l'occupation permanente de ces villes ne présenterait pas d'avantages.

BELOUCHISTAN

Le Belouchistan n'est, au fond, qu'une province de rinde Britannique. Le khan de Kélat, qui reçoit une pension de 230,000 francs, écoute docilement les conseil? du résident anglais, et, comme nous venons de le dire. Quettah est occupée par une garnison anglaise. La partie maritime ou Mekran est à peu près indépendant' du khan : elle est traversée par la grande ligne télégraphique internationale des Indes. L'Angleterre songe a utiliser pour le commerce indien les routes qui du Mekran conduisent dans la Perse orientale. Sir R. Sandeman, agent du gouverneur général dans le Belouchistan, s'est rendu de Kurachi, par Bêla, à Panjgour, en vue d'étudier la situation politique et commerciale du pays; le chef de Bcla a cinquante cavaliers et trois cents fantassins armés de sniders; ses troupes portent l'uniforme du bataillon beloutche au service britannique. Panjgour est le point de jonction de plusieurs routes; sir R. Sandeman a trouvé le pays plus fertile qu'il ne s'y attendait; il est revenu à la côte par Kedj; il a découvert un bon port à Kalmat (décembre 1890février 1891). D'autres officiers anglais travaillent à la triangulation du Belouchistan oriental et de la région voisine des chemins de fer et de la route de Bolan. Deux régiments ont été recrutés chez les montagnards afghans pour tenir garnison dans le Belouchistan : l'un d'eux occupera Quettah. — Le major Muir, agent politique anglais dans le sud-est du Belouchistan, a été assassiné par un shadah indigène, qu'il avait déclaré

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