‹ La vie politique à l'étrangerChapitre 32 sur 70 · livre, soit 73 millions de francs à peu près, et du chef · texte numérisé non relu

livre, soit 73 millions de francs à peu près, et du chef

des augmentations du nombre des pensions militaires,

soit encore une centaine de millions, on voit que les

excédents existant des dernières années pourraient

bien, si l'on n'y prenait pas garde, se transformer assez

rapidement en déficit.

Pendant l'exercice clos le 30 juin 1890, les chiflfres du commerce extérieur se sont élevés à 4,223 millions à l'importation, et à 4,422 millions à l'exportation, soit, pour ce dernier chiffre, 133 millions de plus que l'année précédente. Les principaux articles d'exportation sont le colon (1,453 millions), les céréales (638 millions), les viandes (691 millions), les pétroles. Les expéditions nettes de métaux précieux ont dépassé : pour l'or, 340 millions, et, pour l'argent, 362 millions de francs.

Il est arrivé, durant le même exercice, 533,546 émigrés, 104,000 de plus que l'année précédente.

Le 1*' septembre, a eu lieu le remboursement de la Dette 4 1/2 p. 100. Dans les deux années précédentes, 560 millions de francs de cette dette avaient déjà été remboursés avec les excédents budgétaires; il restait

un stock de 250 millions. Comme le Trésor ne disposait pas de celle somme, le minisire des finances, M. Poster, a imaginé de créer un titre de rente 2 p. 100 rachetable à vue qu'il espérait faire accepter des banques d'émission, car aucune de ces banques ne peut émettre des billets de banque sans déposer préalablement de la rente publique comme garantie du rachat ultérieur des billets. Celte sorte de conversion a produit le résultat désiré, et le Trésor a eu à débourser en réalité moins de cent millions en or. La Dette publique qui, en 1865, époque de son maximum, atteignait le chilFre élevé de 13 milliards "82 millions de l'rancs, Sf trouve, à la suite des rachats annuels ou des remboursements aux échéances, ramenée au chiffre modeste d>'

3 milliards de francs, dont 2 milliards 798 millions en

4 p. 100 remboursables en 1907, et 122 millions on 2 p. 100 remboursables à vue. La richesse du pays \\r paraît pas avoir souffert de cet amortissement rapidr. Bien au contraire. Un bulletin récent du service du recensement fixe à 121 milliards de francs la valeur imposable de la fortune du pays. Mais comme la valeur matricielle des hiens est deux fois et demi inférieure à leur valeur réelle, la fortune publique approcherait de 300 milliards, ce qui représente une moyenne de 5,000 francs par habitant, soit 750 francs de plu? qu'en 1880.

De 1880 à 1890, l'ensemble de la Dette des États est descendu de 1,451 millions de francs à 1,116 millions. La Dette des comtés est passée, durant celle période, de 020 à 709 millions de francs. Les différentes Dettes de l'Union, des États et des comtés, totalisées, représentent 102 fr. 30 c. par télé, dont 17 fr. 80 c. au compte des États et 11 fr. 35 c. au compte des comtés.

Les effets du Silver bill voté en juillet 1890 n'ont pas été favorables. En vertu de cette loi, le Trésor avait acheté jusqu'au milieu d'octobre 1891 62 millions d'onces d'argent pour 320 millions de francs au cours moyen de 1 dollar 03 l'once; le cours étant tombé à la

achetée par le Trésor ne valait par conséquent plus que 290 millions, soit une perte nette de 30 millions. Le secrétaire des (inances a bien prétendu qu'en frappant pour 135 millions de pièces d'argent, le Trésor a ^agné 23 millions à l'émission de ces pièces. Mais, comme tout le stock d'argent du Trésor ne peut être frappé, la circulation ne voulant pas des dollars blancs et lourds, il n'en reste pas moins acquis que la loi du lo juillet 1890 a été défavorable au gouvernement.

Aussi la politique métallique du Cabinet a-t-elle été très vivement discutée. Les partisans de la frappe illimitée de l'argent ont tu recours à toutes les ruses pour faire passer le bill qu'ils avaient soumis au Sénat en 1890; mais ils ont échoué. Ils n'ont pas même réussi à faire adopter un petit crédit qu'ils avaient glissé dans le bill des dépenses diverses, afin de faire reconnaître subrepticement le principe de l'ouverture des Hôtels de monnaies au métal blanc. Dans le cours de l'été, les chefs de l'Alliance agricole ont fait une campagne en faveur de la frappe libre, comme moyen de permettre à l'Etat de faire des avances à 2 0/0 sur les blés, le cheptel elles terres; pour se procurer l'argent nécessaire, il aurait fallu élever de 120 à 250 fr. par tête la circulation qui comporte aujourd'hui seulement 1,935 millions d'or, 1,705 millions de billets d'État, 885 millions de billets de banque et 2,335 millions de certificats métalliques de dépôt. Forts de l'appui des fermiers et des mineurs de l'Ouest, les silvern,en n'ont rien négligé pour préparer le vote de la frappe libre parle 52^ Congrès; mais ils ont rencontré des contradicteurs redoutables qui n'ont pas eu de peine à montrer que, afin de favoriser l'écoulement des produits de certaines mines et de flatter les fermiers, on risquait de voir tout l'or sortir des États-Unis, et les titres américains renvoyés de l'élranger, où ils servent de gage, en raison de l'éventualité de leur remboursement en un métal déprécié.

Les fermiers d'ailleurs, favorisés par une récolte exceptionnellement belle, la plus belle qui ail jamais été faite aux États-Unis, n'ont plus été aussi ardents à réclamer la frappe libre. Ils ont rentré 215 millions 1/2 d'hectolitres de blé : la consommation en absorbera 108 millions, les semailles 20 millions; il en restera donc 87 millions disponibles pour l'Europe. On a récolté 726 millions d'hectolitres de maïs et 200 millions d'hectolitres d'avoine. Le coton, dans les États du Sud, a donné des résultats désespérants par leur exagération : à la suite de deux excellentes récoltes, les prix du textile sont tombés si basque les planteurs, réunis en meeting, ont décidé de réduire à l'avenir leurs plantations. Le sucre n'a pas été aussi favorisé; mais la prime payée par le gouvernement fédéral, à raison de 2 sous par livre produite, a été une compensation fort appréciée.

Grâce à la bonne récolte, les paysans contents ont cessé de se remuer et le parti des fermiers qui s'était créé l'année précédente, avec tant de bruit, s'est presque évanoui dans le silence. Ses quelques candidats ont échoué presque partout dans la proportion de 8 sur 9. La question sociale a donc été tranchée, pour cette année, avec le cultivateur. Elle ne l'a pas été avec le mineur; une des grandes causes de plainte de celuici est, dans certains Etats, la concurrence du travail pénitentiaire. En Tennessee, les ouvriers libres ont décidé d'en finir avec le travail servile. A Briceville, au nombre de 2,000 ils sont allés, un soir du commencement de novembre, à l'attaque du campement des prisonniers employés dans les mines. En quelques instants, ils rendaient aux prisonniers une liberté plus ou moins désirée. Plusieurs de ceux-ci ont profité de l'occasion pour fuir dans l'État voisin, le Kentucky, en faisant main basse sur tout ce qu'ils trouvaient de bon à prendre; d'autres se sont simplement représentés aux autorités. Mais les mineurs libres n'ont plus voulu les revoir à la mine et ils ont marché sur d'autres exploi-

talions pour mettre violemment fin à un régime qui, s'il est avantageux pour la régie de l'État, est désastreux pour les salaires et pour les ouvriers honnêtes en quête de travail et d'emploi. L'ordre a fini pourtant par être rétabli tant bien que mal.

Le l®' mai s'est passé tranquillement. Il y a bien eu quelques grèves partielles, comme il arrive tous les ans, mais la grève générale n'a pas été à craindre un instant. Le seul fait intéressant à signaler dans cet ordre d'idées est la propagande entreprise au mois d'avril par Samuel Gompers, le pi'ésident de la Fédération américaine du travail, le grand apôtre américain de l'Internationale. Le programme de Gompers était le suivant : chaque année, au 1" mai, un corps de métier se mettra en grève pour obtenir la journée de huit heures avec un salaire suffisant; ces grévistes devront être soutenus jusqu'à ce qu'ils triomphent; l'année suivante, ce sera le tour d'une autre corporation et ainsi de suite. En

1890, cette tactique avait réussi aux charpentiers. En

1891, aucun autre corps de métier n'y a eu recours, malgré les excitations de Gompers,

Politique extérieure.

C'est la question des traités de commerce qui a été la principale préoccupation du Département d'État en 1891. Désireux de se procurer un succès personnel qui lui faciliterait la candidature à la présidence, au cas où il aurait l'intention de la poser, et de relever aux yeux des électeurs le prestige du parti républicain, M. Blaine a tout mis en œuvre pour faire tomber les barrières qui s'opposaient à l'exportation de certains produits américains. Il avait, pour négocier, une arme des plus utiles. Aux termes du bill Edmunds ou « bill de représailles » voté en 1890, le président est investi

du droit de suspendre pendant telle période qui lui plaira Timportation de tout produit alimentaire soupçonné dêtre nuisible à la santé du peuple, et du droit d'interdire lentrée aux États-Unis des produits, de quelque nature que ce soit, émanant des pays qui prohiberaient les produits américains. Le biil Mac kinley contenait aussi une disposition analogue (V. année 1800, p. 497).

C'est lAllemagne qui, la première des nations européennes, a cédé et a consenti à rouvrir son marché aux salaisons des Étals-Unis prohibées depuis 188ii sur le territoire de l'Empire. Les bills Mac Kinley avaient atteint la production allemande de la façon la plus cruelle ; les exportations de l'Empire aux États-Unis avaient diminué dans des proportions inquiétantes ; l'Allemagne n'a pas voulu s'exposer à voir M. Harrison user contre elle du droit de représailles dont il était investi et a levé l'interdiction à la demande de M. Blaine (septembre). Le Danemark a suivi cet expmple (septembre) ainsi que l'Italie; toutefois cette dernière puissance a exclu de la convention les animaux sur pied. Les négociations engagées avec ia France n'ont pas été menées à terme avant la fin de l'année, mais elles étaient en bonne voie. L'Espagne a conclu le 31 juillet un arrangement concernant spécialement ses possessions des Antilles (V. Cuba). Le 7 février, le Brésil a signé un arrangement, entré en vigueur le 1"' avril, aux termes duquel ses sucres, cafés et peaux doivent entrer en franchise aux Étals-Unis en échange de l'admission au Brésil de certains produits américains : céréales, salaisons, houilles, résines, machines agricoles, etc., avec remise soit d'un quart, soit de l'intégralité des droits.

M. Blaine a conclu également un arrangement du même genre avec la République de Saint-Domingue. Enfin il a tranché avec Hawaï, à la fin de l'année, le différend survenu à la suite de l'octroi de franchise accordé par les Étals-Unis aux pays producteurs de sucre : les

îles Hawaï jouissaient d"une sorte de monopole de la vente en franchise du sucre aux Élats-lnis en vertu d'un traité de 1875; frappées dans leurs intérêts et leurs droits par le nouveau régime des sucres américains, elles avaient parlé un iustant d'expulser les Américains de la baie de la Perle qu'ils occupent à titre temporaire ; un bâtiment de guerre des États-Unis était parti pour llonolulu.

Rien n"a été terminé avec le Mexique. Le Mexique avait été atteint par le bill Mac Kinley. Mais, sans perdre de temps, il vota un tarif de représailles qui est entré en vigueur le 1" novembre et qui touche vivement le commerce des États-Unis. Grâce à cette machine de guerre qu'il s'est donnée, il est à croire qu'il obtiendra de larges concessions dans les négociations en cours à Mexico . entre M. Limautour, son représentant, et M. Ryan, le ministre des États-Unis. Notons encore au sujet du Mexique, qu'au mois de décembre, M. Quay, l'ancien chef du parti républicain, a déposé au Sénat de Washington une proposition de loi tendant à ouvrir des négociations avec la République voisine pour l'achat de ses trois provinces du Nord, la Sonora, le Chihuahua et le Coahuila.

Avec le "Venezuela, un traité de réciprocité avait été signé à Washington. Mais le Congrès vénézuélien l'a trouvé trop onéreux et a refusé de le ratifier.

Un sort analogue a frappé une convention commerciale conclue avec Terre-Neuve. C'est le gouvernement britannique qui a refusé de sanctionner l'acte passé par sa colonie, sur les réclamations du Canada dont les intérêts se trouvaient lésés ; Terre-Neuve accordait en effet aux pêcheurs des État-Unis des faveurs ruineuses pour les pêcheurs canadiens.

Quant au Canada lui-même, il n'a pas réussi à tomber d'accord avec les États-Unis. Les conférences des délégués des deux pays ont été successivement ajournées sous divers prétextes, faute de trouver un terrain d'entente. Ni M. Harrison, ni M, Blaine ne voulaient rabattre

quoi que ce fut des conditions léonines qu'ils posaient . ouverture absolue du nuirclié canadien à tous les produits agricoles ou manufacturés des États-Unis, fermeture du marché canadien à tous les produits anglais et étrangers dans les termes mêmes du tarif Mac Kinley. Les Canadiens, de leur côté, voulaient limiter l'Union douanière au lil)ro-échange, entre les deux pays, des produits agricoles. Les divergences étaient trop grandes. En attendant une solution, les États-Unis ont déclaré suspect le bétail canadien et lui ont interdit d'entrer sur le territoire de l'Union, dans la région du Saint- Laurent, par un autre point que le bureau de douane de Saint-Albans, dans le Yermont; le secrétaire de l'agriculture s'est montré disposé à revenir sur cette mesure dès que le bétail américain cessera d'être soumis à l'abattage, dès son arrivée en Angleterre.

Aux Antilles, la politique de M. Blaine a été assez active. Le secrétaire d'État aurait voulu acquérir une station navale. Il songea tout d'abord à se faire céder le môle Saint-Mcolas par Haïti. Mais il a échoué. Son ministre à Haiti, un nègre, M. Frédéric Douglas, a dû donner sa démission. D'après un article publié par M. Douglas dans la Norlh amerxcan Revieiv, ce n'est pas lui, mais l'amiral Gherardi, qui a été chargé, au mois de janvier, par M. Blaine, de réclamer du gouvernement haïtien la remise du môle Saint-Nicolas, comme prix des bons services que l'administration américaine avait rendus au Président Hippolyte pendant la lutte contre le général Légitime. L'amiral Gherardi voulut bien dire un mot de sa mission spéciale au représentant officiel des États-Unis et même solliciter son concours. M. Douglas, un peu humilié de voir ainsi un officier de marine empiéter par ordre sur son propre terrain, songea à donner sa démission. Mais, par patriotisme, dit-il, sachant que la tâche de l'amiral était difficile, il consentit à travailler à lœuvre commune en usant de moyens persuasifs. « Voyons, disait-il, à M. Firmin, vous ne « pouvez faire moins que de nous donner le môle ; faites

« acte de bon voisinage ; il s'agit du progrès de la civi- « lisation, ne l'oubliez pas. Nous respecterons votre « autonomie ; qui en doute ? » L'amiral usait de moyens comminatoires, il réclamait le môle comme un droit. Le Président Hippolyte et M. Firmin, son ministre des aflaires étrangères, se montrèrent dégoûtés, dit M. Douglas, d'une telle manière d'agir, et les pourparlers comminatoires ou conciliants en demeurèrent là.

Faute du môle Saint-Mcolas, M. Blaine se retourna vers la baie de Samana, qui appartient à Saint-Domingue; il ne réussit toutefois pas davantage. Il songea aussi, dit-on, à acheter au Danemark l'île de Saint- Thomas qui offre un port admirable et commande les Antilles et la route du futur canal de Nicaragua. Mais on ne sait rien de précis à ce sujet.

Au Nicaragua, M. Blaine n'aurait pas demandé mieux

que de mettre, directement ou indirectement, la main

sur le canal qu'une Compagnie américaine a entrepris

de creuser. Au mois de janvier, le sénateur Sherman

déposa un projet de loi qui attribuait aux États-Unis

70 p. 100 des actions de la Compagnie du canal, soit

70 millions de dollars, en échange de la garantie que le

Trésor fédéral assurerait aux 500 millions d'obligations

à émettre. Le Sénat refusa de donner cette garantie.

Il ne pouvait guère faire autrement, quelque désir qu'il

en eût. En etl'et, l'article 1®'' du traité Clayton-Buhver,

du 19 avril 1830, au sujet d'un canal interocéanique à

percer dans l'Amérique centrale, porte que l'Angleterre

et les États-Unis s'interdisent d'acquérir et de conserver

le contrôle exclusif de tout canal qui viendrait à être

ouvert dans l'isthme. Il eût été difficile de concilier le

traité Clayton-Buhver avec la proposition du sénateur

Sherman. Déjà en 188-4, un traité secret avait été conclu

entre les États-Unis et le Nicaragua pour la possession

commune du canal dont il s'agit. Mais ce traité n'avait

pas été soumis à la ratification du Sénat et était resté

lettre niorte.

Dans l'Amérique du Sud, un grave conflit a surgi avec

le Chili (V. Chili . Les dinicultés ne datent pas d'hier en ce qui concerne les rapi)orls entre les deux Républiques américaines. A hi suite de la guerre péruvienne, nombre d'Américains des États-Unis ont présenté des réclamations, exagérées comme toujours, mais néanmoins soutenues par le gouvernement, qui n'ont pu être acceptées par le Chili. Au cours des événements récents, la politique de M. Harrison s'était montrée plut! favorable au Président Balmaceda qu'aux congressistes, et les poursuites exercées contre Vltala aussi bien que la reprise de ce bâtiment chilien dans les eaux chiliennes par un vaisseau des Etats-Unis n'étaient pas de nature à plaire au parti aujourd'hui victorieux. Le ministre des États-Unis à Santiago a offert l'hospitalité de la légation à des membres influents du parti vaincu et Texercice de ce droit d'asile, compliqué d'une demande comminatoire de sauf-conduits pour ces malheureuses victimes des luttes politiques, était justement propre i\ exciter davantage les ressentiments chiliens. On s'explique mal, dans les conditions où se trouvait l'espnl public au Chili par suite de ces circonstances, que l" capitaine Schley, qui commandait le navire de guern des États-Unis le Ikillimore, ait permis à une assi / grande partie de son équipage de descendre à terre, 1 • 46 octobre. Un matelot a été tué à la suite d'une ri\>' de cabaret, plusieurs ont été blessés et trente-cinq autres ont été arrêtés par la police municipale de Valparaiso. Le Cabinet de Washington se fonda sur le fait qu'aucun Chilien n'avait été arrêté pour penser qu'il s'agissait d'une insulte spéciale, préméditée, contre le pavillon des États Unis. Il crut devoir prendre en conséquence — probablement surtout pour se faire de la popularité à bon marché à l'approche des élections présidentielles— une attitude rogue et hautaine à Santiago, exigeant une réparation éclatante sous peine de représailles immédiates. Dans les derniers jours de 1801, les relations entre les deux pays étaient des plus tendues.

Un traité d'extradition, conclu avec la Colombie, a été publié le 19 mars.

Nous avons exposé l'année dernière (V. p. 507) le différend survenu avec l'Angleterre au sujet des pêcheries de la mer de Behring, et analysé les deniùres propositions de M. Blaiiie. Le 21 février 1891, lord Salisbury répondit que l'Angleterre n'avait jamais renoncé à aucun des droits reconnus par le droit international et qu'elle continuait de soutenir que la mer de Behring faisait partie de l'Océan pacifique comme le goife de de Biscaye de l'océan Atlantique. Cela posé, il acceptait sans réserves les questions 1, 2, et 4, et la première partie des questions 3 et 5, telles qu'elles étaient posées par M. Blaine pour être soumises à l'arbitrage ; Préservait la question 6 et en soulevait une septième, celle des dommages causés par la saisie des bateaux pêcheurs britaniques. Le 24 avril, M. Blaine modifia sa rédaction première conformément aux désirs de lord Salisbury et accepta la septième question. Quelques jours auparavant, le 8 avril, le Président Harrison avait fait publier, comme les années précédentes, une proclamation interdisant l'accès des eaux de la mer de Behring rentrant dans la juridiction de l'Union à tous les pêcheurs de phoques.

Pendant cette première phase des négociations, il survint un incident qui souleva de vives controverses. Le propriétaire d'un bateau canadien, le Sawi/ard, saisi en 1887 par un croiseur des États-Unis et condamnés par la Cour du district de l'Alaska pour pêche illicite dans la mer de Behring, se pourvut devant la Cour suprême des États-Unis (12 janvier) avec l'approbation du gouvernement du Dominion et du ministre de Grande-Bretagne à "Washington (12 janvier) : il demandait qu'il fût interdit à la Cour de l'Alaska de prononcer la confiscation du bateau saisi et d'étendre sa juridiction au delà de 3 milles du rivage. La Cour suprême eut d'abord à décider si elle était compétente pour adresser cette interdiction à la Cour de l'Alaska ; elle se prononça le

2 février pour ralfirmalive. L'examen du fond du procès fut renvoyé à l'aulomne.

Dans l'intervalle, les Cabinets de Londres et de Washington tombèrent d'accord pour établir un ynodus vivendi provisoire en attendant que le différend fût tranché par l'arbitrage. Aux termes de ce viodus vivendi^ publié le lo juin aux États-Unis, et approuvé le 11 juin par le Parlement anglais, les deux gouvernements interdisaient la pêche des phoques dans les eaux de lu mer de Behring, ainsi que sur les côtes et les îles d( l'Alaska; il était seulement permis à la Com/infjnie commerciale de l'Amérique du Aord, à qui le gouvernement a conféré le monopole de la pèche dans ces eaux, de prendre 7,500 jdioques; les contrevenants pouvaient être saisis par les croiseurs de l'une ou l'autre nation, mais ne pouvaient être jugés que par les tribunaux dr leur pays. A la fin de l'année. Sir Julian Pauncefote, ministre d'Angleterre à Washington, se plaignit que lu Compagnie de l' Amérique du iVord eût pris plus de 7,500 phoques.

Un incident d'une certaine gravité a surgi avec l'Italie. Le 14 mars, douze Italiens accusés d'avoir assassiné le chef de la police de la Nouvelle-Orléans, M. Heiinessy , ayant été acquittés par le jury, furent massacres par la foule exaspérée de leur acquittement. Le ministre d'Italie, le baron Fava, protesta aussitôt contre l'inertie des autorités de la Nouvelle-Orléans qui avaient laissé se commettre cet abominable crime au mépris des traités qui admettent les Italiens au bénéfice de lu protection des lois; il demanda en outre l'assurance officielle que les coupables seraient poursuivis en justice et qu'une indemnité serait accordée aux familles des victimes. La mise en mouvement de la justice dépendant des gouvernements des Étals particuliers et le gouvernement de la Louisiane, très fortement soutenu par l'opinion publique hostile aux Italiens, se refusant d'intenter des poursuites, M. Blaine ne put donner satisfaction. Le baron Fava reçut alors l'ordre de quitter

ÉTATS-UNIS DE L'AMEKIQUE DU NOKD 439

Washington, et laissa la légation à un chargé d'affaires, le marquis Imperiali. Dans une note du 14 avril, M. Blaine reconnut le principe du droit à une indemnité, mais seulement en cas de violation des droits consacrés parles traités; il atténua encore cette concession en déclarant que les États-Unis ne devaient aux Italiens que la protection assurée à ses propres nationaux; or, il était certain que le gouvernement fédéral n'avait aucun moyen d'intervenir dans les affaires judiciaires de la Louisiane relatives à des sujets de l'Union. Le gouvernement italien ne répondit pas à cette note; le marquis di Rudini écrivit seulement au marquis Impérial de laisser le gouvernement fédéral réfléchir sur les conséquences de son attitude et de n'entretenir avec lui que les rapports nécessaires pour l'expédition des affaires courantes. Le consul d'Italie à la Nouvelle-Orléans, M, Corti, quitta aussi son poste.

Avec la Chine, une légère difficulté sans conséquence s'est produite. M. Harrison ayant nommé ministre à Pékin M. Blair, qui s'était distingué autrefois par son ardeur à faire voter la loi prohibant l'immigration des Chinois, le gouvernement chinoisa déclaré M. Blair />e?*sona non i^raia et a refusé de le recevoir.

La Conférence interaméricaine des chemins de fer s'est réunie en janvier. Des rapports présentés par les membres qui la composent, il résulte que, sur une distance de 13,500 kilomètres, qui sépare New-York de Buenos-Ayres par l'isthme de Panama, il ne reste plus que 4,400 kilomètres à construire entre Oaxaca au sud du Mexique et Cuzco au Pérou. Les tracés sont assez bien fixés de Oaxaca au chemin de fer de Panama (1,000 kilomètres), et on estime que le kilomètre ne reviendrait pas à plus de 120,000 francs. La ligne passerait par Guatemala, San Salvador, la capitale du Nicaragua et San José de Costa-Rica. La partie encore vague du tracé est celle qui va de Panama au Pérou par la vallée du Cauca et par Quito pour redescendre dans le bassin

du Maranon et remontera Cuzco. Les difficultés, jus- (ju'ici, ne paraissent pas insurmontables.

Nécrologie.

n janvier : George Bancvofl, historien et diplomate. — 29 janvier : W. Windom, secrétaire de la Tréson^rie. — 1.3 février : amiral David I). Porter. — 14 février : le générai VV. T. Slierman. — 4 juillet : Ilanuihal Ilamlin, vice-président des États-Unis en 1861-18G;j. — 12 août : James Russell Lowelt, poète, ancien ministre à Madrid et à Londres.

Bibliographie.

Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord, par Auguste Moireau, les ileux premiers volumes (Paris). — Notes d'Amérique, par Max Leclerc (Paris). — La République américaine, par Carlier.

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