URUGUAY
Le colonel La Torre, dont le gouvernement fut pourtant loin de répandre sur la République tous les bienfaits désirables, n'a pas accepté avec résignation l'élévation au pouvoir du colonel Herrera y Obes. De sa retraite de Buenos-Ayres, il a organisé contre le président actuel une conspiration qui n'a, d'ailleurs, pas abouti. Elle s'est révélée, au mois de novembre; quelques membres de la junte, guidés, dit-on, par l'ancien ministre de la justice, M. Jerra, ont tenté un coup de main contre les casernes. Mais l'armée est restée fidèle; et, bien qu'il y ail eu des coups de fusils et plusieurs morts, l'ordre n'a pas été troublé sérieusement.
Le 5 mars, un nouveau Cabinet a été constitué; le
général Callorda est à la guerre, le général Ferez à l'intérieur, le D"" Ramirez aux finances, le D"" Castellan» au foinenlo, le D"" Herrero y Espinosa aux relations extérieures.
En 1890, les importations = 174,741,380 francs (184 millions en 1889) ; et les exportations, 150,706,536 francs (129 millions en 1889); les revenus des douanes : 33,183,109 francs. La diminution des importations est encore plus sensible en 1891 ; pour le premier semestre, elles s'élèvent à 48 millions seulement, au lieu de 90 millions pendant la même période de 1890.
Le budget de 1891-189-2 présentait, suivant l'estimation officielle, 77,047,500 francs aux recettes, et 70,230,875 francs aux dépenses. Mais les revenus des douanes, tels qu'ils s'annoncent, n'atteindront pas la somme à laquelle ils ont été évalués ; il faut, d'un autre côté, ajouter aux dépenses 3.0 millions pour le nouvel emprunt fait au Hrésil. Déduction faite des frais administratifs et du service de la dette intérieure, il ne reste que 20,050,000 francs pour faire face aux obligations provenant de la dette extérieure et des garanties de chemins de fer, qui exigent annuellement 34 millions de francs.
La dette publique consolidée s'élevait au 1" janvier 1890 à 443 millions de francs. Malgré les économies réalisées (une loi du 30 janvier réduit les appointements du président et de tous les fonctionnaires), le déficit annuel moyen depuis 1883 est de 13 millions de francs. La conversion de la dette peut seule soulager l'État; les obligataires étrangers réunis à Londres ont présenté un projet dans ce sens (août). Us ont demandé que les emprunts 5p. 100 unifié 1883, Op. 100 1888 et 1890 fussent convertis en obligations 3 1/2 p. 100, dont on émettrait au maximum pour 512.5 millions de francs et qui seraient garanties par 45 p. 100 des recettes des douanes, versés chaque jour entre les mains d'agents spéciaux aux gages des bondholders. Les Chambres ont approuvé (octobre) le principe de la conversion, mais
€n faisant renlrer dans les 5i2.o millions de francs les intérêts de la dette jusqu'au 31 janvier 1892 et les garanties dues aux chemins de fer jusqu'au l^' janvier 1892. Cette consolidation diminue d'autant la part des obligataires. De plus l'intervention dans la perception des recettes n'a pas été admise.
La Banque nationale, qui avait suspendu le 5 juillet 1890 la conversion de ses billets, et à laquelle une loi avait accordé un rnoratorlinn d'un an, prorogé pour plusieurs mois, a dû être liquidée en octobre, malgré les 15 millions prêtés par la Banque populaire de Rio. Un décembre, une autre banque a été constituée, au capital de 40 millions de francs, sous le nom de « Banco del Uruguay ».
Il y a l,5o7 kilomètres de chemins de fer, dont 677 construits en 1890. Presque tous sont garantis, grevant, en 1891, le budget de 6 millions de francs (660,000 francs seulement en 1889).
L'Uruguay a reçu 9,000 immigrants en 1890 (25,000 en 1889).