‹ La vie politique de M. Royer-CollardChapitre 1 sur 27 · DIDIER ET G", LIBRAIRES-ÉDITEURS · texte numérisé non relu

DIDIER ET G", LIBRAIRES-ÉDITEURS

85, OOAI SES IDODSTINS

ToiM droit! réserTés.

M. Royer-CoUard s'entretenait un jour avec moi des succès de tribune et de ia gloire décernée aux orateurs. Il disait que leur nom pouvait rester iilu^lft à^^ ^^ postérité , mais qu'elle acceptait sur parole les témoignages contemporains, et que leurs discours, détachés des circonstances où ils avaient été prononcés, de la vive impression qu'ils produisaient sur un public animé par les opinions et les passions contemporaines, ne pouvaient produire leur effet sur de froids lecteurs qui cherchaient seulement un plaisir littéraire. Il venait de relire les discours de son ami Camille Jordan et du général Foy, sans retrouver les émotions qu'il avait éprouvées en les entendant.

a Si on voulait, ajoutait-il, rendre la vie aux discours des orateurs politiques, il faudrait les encadrer dans un récit historique, dire quelle était la situation politique.

la direction du gouvernement, l'état des partis, leurs opinions et leurs principes ; il faudi*ait décrire le cours de la discussion, analyser les discours de leurs adversaires et rappeler l'effet qu'ils avaient produit. »

Ainsi il ne se souciait nullement qu'après lui on recueillît et qu'on publiât ses discours. L'idée me vint que c'était peut-être une sorte de recommandation qu'il adressait à mon amitié. J'ai toutefois hésité longtemps à me donner cette tâche. La mémoire de M. Royer- Collard est si unanimement honorée et respectée; les préjugés , les haines, les calomnies de l'esprit de parti ont tellement disparu; son désintéressement, son indépendance, l'austérité de sa vie lui ont valu une renommée si incontestée, que je me serais reproché de réveiller de vieilles querelles et de réchauffer des discordes maintenant étouffées parles mécomptes et le découragement des opinions, qui jadis se combattaient avec tant de vivacité.

Mais plusieurs écrits relatifs à la vie publique, et même à la vie privée, de M. Royer-CoUard ont paru récemment, et je crois qu'il convient de donner une connaissance plus exacte et plus complète du caractère, des sentiments et des opinions de l'homme illustre qui m'honorait de son amitié et de sa confiance.

M. Royer-Collard est tout entier dans ce qu'il a dit ou écrit. Il n'a jamais ambitionné aucune position qui lui donnât une autorité officielle. 11 ne craignait rien tant

que la responsabilité; il n'aimait ni à obéir, ni à commander. Persuader, affirmer, critiquer, approuver ou blâmer en toute liberté, telle était sa disposition d*esprît et de caractère. Il n'a pas été et n'a pas voulu être ministre, ni chef de parti. Ce n'est pas qu'il fût malhabile à faire réussir une chose à laquelle il prenait intérêt ; il avait une connaissance très-fine des hommes, et, dans une occasion donnée, il savait très-bien comment s'y prendre pour arriver honorablement au succès.

DE

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