SES DISCOURS ET SES ÉCRITS
Sans raconter l'histoire de la famille de M. Royer- Gollardy sans pénétrer dans sa vie domestique qui, selon son expression, doit rester murée, il est nécessaire de dire quelles circonstances exercèrent sur lui, dès son enfance, une influence qui fut ineffaçable. Il naquit, en 1763, à Sompuis, en Champagne. Ce village, situé à quelques lieues de Yitry, avait été pendant beaucoup d'années, sous la direction d*un saint prêtre appartenant à une famille respectable du pays, et qui, grâce à lui, était devenu un lieu d'édification. Paul Collard y avait transporté les sentiments et les pratiques de Port-Royal.
On eût dit une communauté de la primitive Église : les plus sévères austérités y étaient observées avec zèle, l'instruction religieuse avait pénétré dans toutes les classes. Chaque famille y vivait sans rechercher le bienêtre de Taisance, et pratiquait la pauvreté évangélique.
C'était le jansénisme dans toute sa rigueur et sa morale consciencieuse.
La famille CoUard était en intimes relations avec la famille Royer^ le père de H. Royer avait épousé Angélique GoUard. Jamais il ne parlait de sa mère qu avec un profond respect, et il rendait une sorte de culte à sa mémoire, n aimait à raconter sa grave et rigide piété, et sa tendresse sévère pour ses enfants. La simplicité de mœurs à laquelle il fut accoutumé dès son enfance lui donna, pour sa vie entière, la répugnance pour le luxe et le sybaritisme.
Il attribuait la direction de sou esprit, son goût exclusif pour les études sérieuses, son habitude de méditer longtemps sur ce qu'il venait de lire, à la manière dont il avait reçu instruction classique. Après avoir suivi ses classes au collège de Ghaumont, dont le frère de sa mère était Supérieur, et où il obtint de grands succès, il fut placé au collège de Saint-Omer chez les Itères de la Doctrine chrètientie. « Vous voilà bieù préparé pour apprendre, ^ lui avait dit son oncle, quand il le quitta. Fidèle à Cette recommandation, il rô« commença, pôur ainsi dire, ses études et acquit l'intek* ligence complète et réfléchie des Connaissances, qui n'a^^ vaient d'abord pris place que dans sa mémoire. Il eut d'abord uû goût excessif pour les sciences exactes, et fut même, dans la dernière année de son séjour à Sainte Omer, chargé de professer les mathématiques. Peut-être se destina-t-il pendant quelque temps à la carrière de renseignement; il fût un moment professeur au collège
de Moulins. Puis il vint à Paris, où il reçut d*abord rhospitalité chez les Pères de la Doctrine chrétienne.
n se décida alors à suivre la carrière du barreau, et se plaça chez un de ses parents, du même nom que lui, procureur au Parlement : il fit des études de droit, et s'instruisit à la pratique des affaires. En 1787, sous les auspices de Gerbier, il plaida sa première cause devant la grand'chambre du Parlement. Il se plaisait à raconter combien lui avait paru imposant Taspect de cette ma^ gistrature, honorée par tant de témoignages historiques, par les vertus héréditaires des familles parlementaires, et qui semblait la représentation vivante de la loi ; car il aimait à respecter et à admirer.
Deux ans après, la Révolution avait éclaté. Dès lors, il n'y avait plus pour lui, pour personne, ni môme pour la France, aucune route tracée, aucun but déterminé à atteindre. Toutefois, il ne regrettait rien du passé qui s'écroulait : il partagea les espérances et les illusions des hommes les plus honorables et les plus sensés. Ses opinions n'avaient rien d'excessif, et n'allaient pas plus loin que l'égalité devant la loi et l'intervention d'une représentation de la nation dans le vote de l'impôt. Aucun sentiment d'envie n'influait sur ses pensées, mais il ne voulait point de privilèges.
Lorsque les sections de Paris furent appelées à élire les membres d'un nombreux conseil municipal ou, pour parler le langage nouveau, du conseil de la Commune, M. Royer-GoUard fut nommé par la section de l'tle Saint-Louis où il habitaité Déjà, dans les assemblées de
section, sorte de club qui avait ses discussions et ses orateurs, il s'était fait remarquer par le talent de la parole. Sans flatter les passions populaires, il avait acquis beaucoup d'influence dans ce quartier isolé et séparé des sections plus peuplées et plus agitées. Â Tbôtel de ville il se trouva sur les mêmes bancs que Camille Desmoulins, Manuel et Danton , son compatriote champenois, qu*il connaissait déjà, et qui le traitait avec une certaine familiarité de supérieur.
Le 10 août arriva, et M. Royer-Ck)llard quitta Vinfàme conseil de la Commune, où siégeait et régnait Marat, où fut délibéré et voté le massacre de Septembre. Il ne fut ni menacé, ni inquiété dans son tranquille quartier de nie Saint-Louis, et continua à y avoir beaucoup de crédit. Un grand nombre de bateliers et de gens de rivière y habitaient*, il s'attacha à leur plaire, à converser avec eux, à leur inculquer des opinions modérées et raisonnables. Il aurait pu les conduire à une émeute^ et il réussissait à les en détourner.
Au mois de mai ITOS, au moment où les Girondins avaient regagné la majorité et institué une commission des Douze, qui aurait pu exercer un pouvoir qu'elle n'osa point saisir, sous la présidence dlsnard, lorsque Fopinion publique des départements et même de Paris se déclarait contre Marat, Robespierre et les Montagnards, M. Royer-CoUard, à la tête d'une députation de la section de la Fraternité, qui avait quitté le nom de Saint-Louis, présenta à la barre de la Convention une adresse votée i Tunanimité dans sa section. Les