‹ La vie politique de M. Royer-CollardChapitre 26 sur 27 · PÉTITIONS DES ÉLÈVES DE L'ÉCOLE DE DROIT · texte numérisé non relu

PÉTITIONS DES ÉLÈVES DE L'ÉCOLE DE DROIT

très-imprévue d'un suppléant, imprudence contre laquelle il était impossible d'être en garde après treize années d'une conduite qui n'avait attiré aucun reproche. Je le souhaite, dis-je, et je n'ai en ce moment aucune raison de penser le contraire. Mais, quoi qu'il en soit, par cela seul que la première école du royaume était violemment troublée, la commission se retrouvait en présence de cet esprit de révolte qui venait de parcourir les établissements les plus florissants de l'instruction publique; cet esprit éclatait sur un plus grand théâtre ; les circonstances étaient plus graves. Ce n'était pas seulement la discipline intérieure d'une école qui était en péril , c'était l'ordre public. On avait appelé des décisions de l'autorité à la force et à la multitude, et nul exemple de cet appel révolutionnaire ne pouvait être plus dangereux. La commission pouvait-elle hésiter un moment à prendre des mesures décisives ? Non, Messieurs, non ; la faiblesse eût été trahison. Dans l'application de ces mesures, le nombre seul eût rendu le discernement impossible ; je ne crains pas d'ajouter que le discernement eût été imprudent, parce qu'il eût offensé un sentiment qu'il faut respecter dans la jeunesse, lors même qu'il l'égaré.

« Après, long-temps après que la discipline et le calme seront rétablis, nous démêlerons volontiers et nous serons heureux de reconnaître dans les fautes que nous avons punies les sentiments honnêtes et généreux qui ont pu s'y mêler, et qui les ont peut-être aggravées. Ce n'est pas encore le moment. Les chefs de l'instruction publique sont les amis de la jeunesse, ils ne sont pas ses flatteurs. Ils doivent lui apprendre qu'en cette occasion elle a manqué au premier de ses devoirs, et donné un déplorable exemple. Bientôt l'enseignement plus élevé, que la sagesse du Roi prépare, lui apprendra combien

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sont abjectes et méprisables les doctrines qu'on luî offte pour la séduire.

« Le mal est grand, Messieurs, et il n'atteste que trop la présence des partis, soit qu'ils l'aient produit, soît qu'ils s'en emparent. Si vous voulez remonter à la cause, c'est là, et là seulement que vous la trouverez. Personne n'appelle la loi de l'instruction publique avec plus d'impatience que l'autorité à qui elle est si nécessaire, et que son absence accable; mais cette loi, quelque parfaite qu'on la snppose, n'espérez pas qu'elle suffise pour détruire ou désarmer les partis. Le remède est ailleurs; il faut le chercher à une plus grande profondeur. Que la nation soit pacifiée, et les écoles seront paisibles et laborieuses. Jusque-là, cependant, que l'anarchie sache bien que, de quelque part qu'elle vienne et sous quelque forme qu'elle se présente, elle sera réprimée et vaincue. »

La discussion fut longue et animée, l'extrême gauche attachait une grande importance à cette question, non point par l'espérance d'obtenir la majorité, mais il fallait se montrer défenseurs zélés des auteurs du désordre. H. Benjamin Constant, M. Manuel, M. de Chauvelin parlèrent successivement. M. Decazes, M. de Serre, M. Latné appuyèrent la proposition de la commission. Elle fut adoptée presqu'à l'unanimité.

Cette séance fut une des dernières de la session; elle avait commencé sous de fâcheux auspices. La retraite de M. de Richelieu, la pénible formation du nouveau ministère, le schisme qui avait divisé le parti ministériel en deux fractions presque ennemies, avaient diminué la consistance et l'autorité du gouvernement. Tou-

DISTRIBUTION DES PRIX, SfÛ3

tefoîsle talent et le caractère des ministres, leur attitude, leurs succès de tribune, la confiance que le Roi accordait à M, Decazes, sa popularité parmi les modérés, avaient, de jour en jour, affermi la situation du cabinet. Il avait eu à la Chambre des députés l'appui des orateurs les plus distingués, et la session se terminait plus hea^ reusement qu'on ne pouvait l'espérer. Mais il fallait remarquer que, pour avoir la majorité^ on avait eu bo« soin tantôt des votes de l'extrême gauche contre It droite, tantôt des suffrages de la gauche contre les ultraroyalistes. Tout allait donc dépendre des élections de la troisième série, qui feraient pencher la balance d'un côté ou de l'autre.

Le 17 août 1819, M. Royer-Collard, en sa qualité de président du conseil de l'instruction publique, prononça le discours d'usage à la distribution des prix universitaires. Le public en était toujours curieux, comme d'un témoignage de la disposition d'esprit et de l'opinion actuelle de l'illustre orateur. Cette fois il était évident qu'il parlerait des troubles de l'École de droit.

a Messieurs,

« Les écdes publiques appartiennent â TÉtat ; c'est pourquoi leurs fêtes sont des fêtes publiques, où se coatracte Talliance de la génération naissante avec les générations qui l'ont précédée, et qui doivent revivre en elle. Les sociétés veulent transmettre la religion, les mœurs, les vérités et les connaissances qu'elles possèdeut : c'est par là qu'elles se perpétuent à travers les

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siècles. L'éducation publique est surtout chargée de cette transmission fîdèle, sous l'autorité du magbtrat suprême, et sous les yeux vigilants des citoyens.

a Voilà la tâche, voilà aussi la gloire de nos Écoles, et ce qui les distingue de celles qui s'élèvent dans d'autres desseins et pour un autre but. Elles doivent des enfants à la patrie, au Roi des sujets fidèles ; en même temps que, sous les auspices de la religion, elles cultivent les plus hautes facultés de la nature humaine. Un pays qui jouit de la liberté politique place ses Écoles au rang de ses institutions.

(( Dépositaire de ces nobles intérêts que le Roi daigne lui confier, l'Université en a fait l'objet de sa constante sollicitude : ils n'ont pas péri entre ses mains; ils régnent sans partage dans les Écoles par elle relevées et sans cesse agrandies; ils dirigent, ils animent toutes les études. Après l'approbation de Sa Majesté, la commission royale de l'instruction publique trouve sa plus digne récompense dans le droit qu'elle a de payer cet hommage au dévouement ainsi qu'aux travaux du corps enseignant. Jeté sans défense au milieu des discordes de l'opinion, il a montré qu'il avait ses forces en lui-même; il a subsisté de sa propre énergie, de son désintéressement, de l'estime qu'il a été impossible de lui refuser.

« Les collèges royaux n'ont désormais à redouter aucun parallèle. L'enseignement classique a franchi ses anciennes Umites ; il répondra aux nouveaux besoins des esprits, sans perdre de sa force et de sa pureté. Les sciences naturelles, la philosophie, l'histoire, n'énerveront pas l'éloquence, n'appauvriront pas la poésie, n'altéreront pas les modèles du beau et du vrai. L'ardeur du travail seconde ce progrès des études, et le succès couronne les épreuves tentées jusqu'à ce jour.

0 La discipline sera maintenue. Point d'éducation

sans discipline; point de discipline sans nne autorité .inviolable, insurmontable. L'autorité qui préside aux Écoles, image de Tautorité paternelle dont elle est empruntée, comme elle est indulgente, mais comme elle ' absolue. Les maîtres, comme les pères, sont la loi vivante. Sous Tempire de cette loi, jeunes Français, vous faites Tapprentissage de l'ordre ; vous vous exercez sans relâche à porter le joug salutaire de l'obéissance : à ce prix seulement, vous vous rendrez dignes des institutions qui vous attendent, et de la liberté qu'elles vous assurent. Déjà la vie morale a commencé pour vous, et le long combat des passions contre le devoir. La faiblesse de l'âge vous trahirait dans cette lutte inégale, si vous n'étiez secourus par la discipline toujours présente. Que l'ordre imprime en vous ses habitudes profondes, ineffaçables : c'est le vœu de la patrie, qui vous demande le repos dont elle a besoin après tant de fatigues. Une jeunesse turbulente agite les nations de pressentiments funestes ; nne jeunesse docile leur présage la paix et le bonheur. Telle la demandait Rome aux dieux pour sa gloire et pour la durée de l'empire, n

La session qui venait de finir laissait après elle, comme témoignage de ses travaux, la législation de la presse et le règlement du budget. Il avait été discuté avec détail et sans esprit de parti, de manière à régulariser la perception des impôts et surtout la comptabilité des recettes et des dépenses. — Mais plusieurs lois d'une haute importance devaient être revues et modifiées pour être mises en harmonie avec le texte et Tesprit de la Charte. Les ministres s'occupèrent, aussitôt rprès la clôture, à préparer la loi de Tadministration des

communes et des départements. M. Decazes forma une commission pour en rédiger le projet. M. Royer-Ck)}lard en faisait partie-, il fut aussi appelé par M. de Serre 4aDS li^ commission chargée de la rédaction 4'uq projet de loi sur la réforme du jury.

Les élections étaient attendues avec anxiété i elles devaient décider non pas seulement de Texistence du ministère, mais d'un changement complet dans la direo- |ion du gouvernement. Les journaux, les pamphlets, les correspon4ances, les instructions envoyées par ^n comité directeur, avaient depuis plusieurs mois préparé de puissantes cabales dans les départements de la troisième série : la faction révolutionnaire était devenue formidable et ne cachait ni le désir ni l'espoir de renverser la monarchie. Dans ce parti, plus que dans i^ucun autre, les chefs ne dirigeaient pas le mouvement; leur prévoyance, leurs conseils de prudence et de modération n'étaient pas écoutés. Pour conserver leur importance, pour que leur courage et Tardeur de leurs opinions ne fussent pas mis en doute, ils obéissaient au Keu de commander. Ainsi, sur les listes de candidats qu'ils envoyèrent dans les départements se trouvaient des hommes célèbres par la haine qu'ils professaient contre la Restauration, ou par les souvenirs révolutionnaires attachés à leur nom. Il fallut, par exemple, que M. de la Fayette et M. Constant consentissent à recommander M. Grégoire aux électeurs de Grenoble, tout en prévoyant que cette élection serait funeste à leur parti.

Le danger s'augmentait par la disposition du parti

dltrà-f oyaliste, qui, n'espérant pas aToir la majorité dan» les collèges électoraux, voulait du moins empëchei' rélection des canditats ministériels : — a Plutôt les ce jacobins que les ministériels, parce que les jacobins « amèneront une crise. » Tel était le mot d'ordre. Ce fut précisément par cette manœuvre que H. Grégoire fut élu.

En somme, les libéraux excessifs n'étaient point en majorité dans cette troisième série, et les ultra-toyalistes n'eurent que trois ou quatre nominations.

Si la France avait été dans une situation régulière et calme^ s'il n'y avait eu en jeu que le maintien d'un ministère, la question aurait été résolue par la compa* raison des nombres. Mais il n'en était pas ainsi : Félection d'un régicide, la marche audacieuse d'un parti qui se déclarait antipathique à la Restauration et dont la tactique était de réchauffer la Révolution, agitaient les esprits, exaspéraient les royalistes, effrayaient les modérés et semblaient donner raison à tous ceux qui, Tan* née précédente, avaient signalé les dangers de la loi électorale. Il importait aussi de rassurer le Roi^ à qui on avait fait espérer qu'elle aurait de tout autres ré^ sultats. La modifier de manière à créer une garantie contre les manœuvres des révolutionnaires était devenu une nécessité. M. Decazes en jugeait ainsi, et presque tout son entourage se résignait, non sans regret, à cette résolution.

Le général Dessoles, le maréchal Saint -Cyr et M. Louis, ne mettaient pas en doute le danger de la

situation ; ils étaient mécontents, autant que qui que ce fût, de l'élection de M, Grégoire : ils s'effrayaient de Tesprit révolutionnaire de l'extrême gauche, mais ils avaient encore plus d'antipathie contre les ultra-royalistes. Ils ne niaient pas absolument la nécessité de modifier la loi des élections-, toutefois il leur déplaisait d'en proposer la réforme, lorsque c'était précisément pour la maintenir intégralement qu'ils avaient été appelés au ministère. Aucun des trois n'avait d'ambition ni de goût pour le pouvoir. Ils n'avaient pas à espérer les succès de tribune qui donnent cœur aux luttes parlementaires \ nul sentiment de devoir ne leur imposait un tel sacrifice.

M. Decazes avait donc à composer un ministère. M. de Serre tenait plus encore que lui à changer la loi des élections et à déclarer guerre ouverte au parti révolutionnaire. M. Portai, ami de M. Laine, appartenait à l'opinion qui, lors de la retraite de M. de Richelieu, avait regretté que cette loi ne fût pas corrigée. M. Decazes auraitbien voulu remplacer les ministres qui se retiraient par des hommes du centre gauche. Il pensa d'abord à M. Royer-CoUard. Mais, hormis son dévouement sincère à la Restauration, il était à peu près dans la même disposition que les ministres qui se retiraient*, selon son caractère, il voulait surtout ne s'engager dans aucune responsabilité *, il avait même donné depuis deux mois sa démission de la présidence de l'instruction publique. Tout affligé qu'il était de l'élection de Grégoire et du progrès des opinions révolutionnaires, il blâmait bien

haut chaque projet proposé pour arrêter le mal et mettre en sûreté la monarchie. Il semblait se complaire à montrer l'inefficacité de tout expédient proposé. Et quand on lui disait que, du moins, il ne pouvait nier le danger, il répondait : — «Eh bien, nous périrons> c'est « aussi une solution. » — Il eut plusieurs conversations avec M. Decazes, et ne se laissa point persuader. Lors même que pour répondre à ses refus, motivés sur la crainte de s'associer à la responsabilité d'un président et d'un ministre dirigeant, M. Decazes lui disait : — f< Soyez vous-même président et ministre dirigeant, et « choisissez vos collègues; » il répliquait : — « Vous « savez bien qu'il ne peut pas y en avoir un autre que « vous. » — Toutefois il finit par céder, lorsque M. Decazes lui apprit qu'il avait l'espérance de déterminer le duc de Richelieu à rentrer au ministère.

Cette combinaison décida aussi M. Pasquier, M. Roy, M. Mollien à céder aux propositions de M. Decazes. De grands efforts avaient été nécessaires pour obtenir le consentement du duc de Broglie -, le Roi lui fit savoir combien il désirait le voir entrer dans son conseil.

M. Decazes écrivit au duc de Richelieu, qui voyageait alors et qui était à la Haye. — « Nous ne pouvons a espérer de succès sans vous, » lui disait-il. — Le Roi lui avait aussi écrit en lui demandant cette nouvelle preuve de dévouement.

H. de Richelieu ne céda point à ces instances. Sa réponse est un noble témoignage de l'élévation de son caractère et de la connaissance qu'il avait de lui-même.

MO LA VIE DE M. IKITER-GOLLABD.

-^M En tn'étudiant depuis longtems, en réfléchissant sur k les qualités que je puis avoir et sur celles qui me man^ 4t quent, j'ai acquis la certitude que je ne possède pas « celleÉ( qui sont indispensables d«is le poste que vous « me proposez. Je crois^ eri mettant la main sur mon «( cosur^ en n'écoutant que la voix de ma consd^M^, « et en fmrknt au Roi, comme je parlerais à Dieti, que, « dans aucun cas, je ne veux, ni ne peux accepter le M poste que j'ai quitté, ni aucun autre semblable* )>

Il fallut donc se décider à composer un ministère du centre droit , puisque le centre gauche et les doctrinaires se refusaient, non pas absolument au changement de la loi électorale, mais à en prendre Tinitiative et à contracter d'avance aucun engagement.

Il était donc plus facile et aussi plus utile de donner au ministère la couleur de la portion de la Chambre qu'on appelait le centre droit ; c'était s'engager dans la route qu'aurait voulu suivre M. de Richetieu, s'il avait cédé aux instances du Roi et de M. Decazes. U importait surtout que M. Pasquier entrât au ministère^ Il était en relation constante avec M. Decazes. On lui savait du courage, de la sagesse et du talent* U était bien plus aisé de s'entendre avec lui qu'avec M. de Serre« U eut le portefeuille des affaires étrangères. M. Roy était tout indiqué pour les finances^ H. de Latour-Maubourg fut ministre de la guerre ^ il n'était d'aucun secours pour la tribune, ni pour les afifoires, mais il avait une belle réputation militaire et jouissait d'une CMÉldévatiM îaaéritée*

SESSION DE 1819. Mî

tA sessioû fut ouverte le 29 noyenibre. Le discours du trône annonçait formellement quelle était la missioû dtf nouveau ministère et dans quelle voie marcherait désormais le gouvernement ; jamais les ministres n'étaient fait parler au Roi Un langage aussi explicite cA aussi ferme. — « Vn& inquiétude vague mais réeLe « préoccupe tous les esprits^ Chacun demande au prèii sent des gages de sa durée... La natioù craint de se a voir arracher les bienfaits de la paix et du régime lé- « gai par la violence des factions; elle s'alarme de leur a aràeur pour la domination. Toutes les craintes, tous n les vœux indiquent la nécessité d'une garantie nou- « velle de repos et de stabilité. — Fondateur de cette k Charte à laquelle sont liées les destinées de mon a peuple et de ma famille, j'ai senti que s'il existe une «( amélioration qu'exigent ces grands intérêts , aussi « bien que le maintien de nos libertés, et qui ne ma- « difierait quelques formes de la Charte' que pour « mieux assurer sa puissance et son action, il m'ap- « partient de la proposer. — Le moment est venu de K fortifier la Chambre dés députés et de la soustraire à « Faction annuelle des partis. Je viens demander aux « Chambres les moyens de sauver de la licence les lice bertés publiques... La Providence m'a imposé le de- « voir de fermer Tablme des révolutions... Vous êtes a associés à ce devoir sacré. Comptez, Messieurs, sw «t mon inébranlable fermeté, comme je compte sur a votre concours. »

Ce discours était destiné à produire un grand e£fot|

le ministère avait espéré que la volonté personnelle du Roi, exprimée en paroles imposantes, agirait fortement sur les esprits. Il n'en fut rien^ toute la responsabilité des intentions pompeusement annoncées par le Roi retomba sur le ministère, et comme il n'avait l'appui d^aucun parti .. il les mécontenta tous sans les effrayer. Ceux des doctrinaires qui restaient fidèles à M. Decazes et à M. de Serre s'attristaient et s'alarmaient de plus en plus de cette situation r

Dès la première séance, la vérification des pouvoirs suscita un scandaleux tumulte dans la Chambre des députés. Le parti royaliste et les modérés étaient résolus à ne pas admettre M. Grégoire. La gauche n'hésitait point à prendre sa défense. U advint qu'on reconnut une nullité dans son élection : la Charte prescrivait que la moitié au moins des députés élus dans un département devaient y avoir leur domicile politique. L*Isère avait quatre députés à nommer^ trois ne remplissaient pas cette condition^ M. Grégoire était le dernier élu : donc son élection était nulle. Ce fut ce que proposa M. Becquey dans son rapport *, mais il ajouta que son bureau l'avait chaîné de dire que la Chambre était ainsi dispensée de délibérer sur une question grave de morale politique, qui se rattachait à l'horrible attentat que la France expiait chaque année au pied des autels.

Ces paroles ne réussirent pas à prévenir une discussion que deux partis opposés étaient disposés à engager. En vain qp grand nombre de modérés, parmi les-

quels on remarquait M. Royer-Collard, s*écriaient qu'il fallait aller aux voix, le combat s'engagea avec une extrême violence. Les orateurs parlaient au milieu des interruptions et du vacarme. M. Ravez fit remarquer que la Chambre n'avait pas à motiver ses votes, et qif il fallait seulement mettre aux voix, si M. Grégoire serait admis. Au milieu du bruit, auquel les tribunes prenaient part, l'élection fut déclarée nulle à une grande majorité.

La grande question, celle qui devait décider le sort du ministère, c'était la loi électorale. Avant la formation du nouveau cabinet, et pendant qu'on cherchait à le composer, H. de Serre, qui ne prenait jamais une résolution à demi, voyant bien qu'il serait le premier athlète dans la grande lutte qui allait être engagée « avait conçu le projet de ne pas se borner à corriger la loi des élections. Il croyait que le succès serait plus facile, plus glorieux et plus efficace, si le ministère se présentait à la session avec un ensemble de projets de lois qui , en modifiant la Charte en quelques articles, donneraient au gouvernement un mécanisme et un ca* ractèreplus parlementaire, en même temps que des garanties nouvelles. En un mot, c'eût été une nouvelle Charte, ou un bill des droits, dont l'esprit eût été libéral et aristocratique.

M. de Serre était en conformité d'idées et en intimité avec les doctrinaires; plusieurs même étaient en relations habituelles avec lui plus qu'avec M. Decazes.

Le nouveau ministère n'avait pas encore examiné le vaste projet de M. de Serre, lorsque fut «irononcé le

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discours du Roi. M. de Serre ayait pris une grande part à sa rédaction. Ainsi le dessein de modifier la loi élec* torale et la Charte était annoncé.

Le projet présenté à la Chambre des députés avait été conçu et rédigé au moment où M. Decazes essayait de composer un cabinet où le éentre gauche, sous la prèsidetice de M. de Richelieu, aurait donné une forte msH jorité. Cette combinaison avait échoué, et le ministère inclinait vers le centre droit. La hardiesse des conceptions de M. de Serre, son absence, car il était parti pour ÎNice où il espérait se guérir d'une affection du larynx qui lui ôtait lu parole, la dispo^tion presque unanime du centre gauche, décidèrent H. Decazes et ses nouveaux collègues à ne point rendre diiBcile et Orageuse une discussion qui d'avance agitait les esprits; ih se bornaient à une réforme de la loi électorale. C'eût été aussi l'avis de M. de Richelieu, s'il eût accepté la présidetice du Conseil. Maison ne pouvait se dissimuler qu'en ce moment la majorité db centre gauche était contraire aux mesures annoncées par le discours du trône.

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