I. HABITATION
salons très riches, de tapisseries à petits personnages empruntés à la mythologie ou formant ces scènes champêtres si fort à la mode au XVIIIe siècle, ailleurs d'étoffes rayées, puis de papier peint imitant ces étoiles *.
En même temps le mobilier s'est transformé : il n'est plus formé de vastes sièges et de tapisseries : il est petit ei coquet, fait de bois laqué, garni de soieries, de cotonnades, de toiles <le la manufacture de Jouy : tout esl ainsi harmonisé, maison et mobilier, et dans cet ensemble toul s'accorde en une recherche continue de la lumière et de la symétrie.
Ainsi sont édifiées en cette seconde moitié du XVIIIe siècle les plus belles demeures des notables lavallois ; beaucoup, dans les quartiers neufs, ne sont plus bâties comme jadis directement sur la rue, mais sur une cour encadrée par les servitudes, et adossées a un jardin dessiné à la française avec ses arbustes régulièrement taillés, ses plates-bandes bordées de buis et son cadran solaire.
Ce sont là demeures des plus riches. Entre ces maisons transformées, ces hôtels luxueux et le modeste logement de l'artisan, la distance est grande et donne place a une infinie variété de demeures, tendant, autant • pu1 possible, a la satisfaction des habitudes nouvelles, mais avant tout proportionnées a la situation sociale et
1 . Pour transformer un vieux Logement eu appartement à la mode, on y ajoute «lf- boiseries sur la cheminée et des portes avec attiques. Après la morl <lu receveur îles aides Pourat de la Madeleine (1759), sa veuve est autorisée à vendre comme objets mobiliers, parce <|u elle les avait achetées et tait placer, « une cloison et une porte vitrée étant dans le milieu, laquelle sépare un retranchement de l'une «les chambres liantes de la maison (rue Renaise), deux châssis dormans qui contiennent deux petits tableaux posés et attachés au-dessus de deux portes d'une des chambres en forme d'altiques. et quelques boisures sur La cheminée d'une desdites chambres servant à orner ladite cheminée et en contenir Le trumeau qui la décore » : le tout est mis aux enchères et acheté par le juge Delaunav des Cepeaux (Dondeau, notaire). — Dans la salle de Coustard de Souvré, rue de Rivière, on estime au prix de 250 1. « le trumeau de dessus la cheminée en quatre pièces avec un cadre doré » (1748).
pécuniaire de leurs habitants. Beaucoup de lavallois, même parmi les plus à Taise, hommes de lois et négociants, restent attachés aux vieux quartiers ; ils y sont retenus par leurs traditions de famille, par leurs goûts, leur profession, leur fortune ; les marchands détaillants occupent les rues les plus fréquentées autour de la Place publique, de la Grande-Rue ; les hommes de métier sont logés dans les ruelles, dans les faubourgs, dans les vieilles maisons que les bourgeois ont délaissées ; si leur situation ne leur permet pas mieux — et le cas est fréquent — ils se contentent d'une ou deux chambres, ou d'un « bouge », comme on disait alors L'artisan se fixe d'ailleurs de préférence dans les quartiers où il trouve une plus grande facilité pour l'exercice de sa profession, les lavandiers près des prairies où blanchissent les toiles, les tissiers dans les faubourgs où des caves spéciales procurent à leurs métiers la fraîcheur nécessaire, les carreleurs de souliers aux abords des églises toujours très fréquentées ; en certaines rues se sont groupés les gens d'une même profession, dont elles portent le nom, rue des Orfèvres, des Serruriers, des Bouchers ; un certain nombre des tisserands occupent, à la Coconnière, les petites maisons que le riche et bienfaisant négociant Jean Delaporte leur a fait bâtir, fixant lui-même les dimensions et les dispositions de ces logements, véritable cité ouvrière, type de l'habitation des tisserands lavallois au xvne siècle.
Plusieurs documents indiquent les rues où demeuraient les notables lavallois. La rue de Chapelle, bien disgraciée de nos jours, était certainement encore au xviie siècle habitée par la haute bourgeoisie ; les Leclerc y possèdent plusieurs maisons : Pierre Leclerc de la Galorière, conseiller en l'élection, y meurt en 1672 ; il voisinait avec Guillaume Leclerc, mari de Marguerite Guays, avec l'avocat François Boulain ; au siècle sui-
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vaut on y trouve Ambroise Leclerc de Gemarcé ', Leclerc du Moulin, avocat, jurisconsulte estimé2; douanier de la Vivancière et Périer du Coudray \ négociants, Foucault de Marpalu, conseiller au parlemenl de Bretagne4, Duchemin des Etoyères, procureur du roi, René Courte, avocat, propriétaire de plusieurs maisons, le notaire Lemoine et autres bourgeois. En la Grande- Rue sont les Guays, Pichot de la Graverie, l'apothicaire Daniel Le Hirbec, en la maison « nommée les Trois pouleaux 5 » ; tout en haut, les Marest habitent la l>elle maison dite du Grand-Veneur, que Jacques Marest a fait construire et qui, le 11 août L659, est vendue a L'avocat François Le Breton, sieur de la Plaichardière 6. D'autres sont logés sur la Place publique, dans les rues voisines du Bourg-Chevreau, des Curés, de la Trinité, où les Cazet ont leur hôtel. Moraine de la Motte, Duchemin de la Brochardière, négociant, l'avocat Mathurin Gaultier, puis Gaultier de Vaucenay, contrôleur des guerres ; en la rue de Rivière, aujourd'hui détruite en partie7, Hamon, sieur de la Hâve, maître tanneur ; François Marest, seigneur de Saint-Brice, marié à Marie Pichot, Hardy de la Bellengerie.La rue Renaise, en grande partie rebâtie et modernisée, est particulièrement recherchée aux xvne et xvin" siècles; l'avocat Devernay y construit, en 1782, sur remplacement du Petit- Louvre, la maison qui lait l'angle de la rue Saint-André, et, parmi les habitants de cette rue, on peut citer les noms