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CHAPITRE II

Le Mobilier.

Tentures et Tapisseries. Meubles, Luminaire.

Reportons-nous au temps du roi Louis XIII et entrons dans la maison d'un bourgeois de Laval. Après avoir frappé le heurtoir et franchi l'épaisse porte de chêne, on se trouve dans la salle; c'est la pièce principale du logis; la cuisine, si elle en est distincte, la laverie, la boutique ou l'étude, quand elles existent, n'en sont alors que les annexes. A cette époque, et longtemps après, surtout chez les gens de petite fortune, la salle est le lieu où se concentre la vie de famille : on y prépare les repas, on y mange, on v travaille, on y converse, on y prie, on y repose ; elle est l'âme de l'habitation, elle est en toute réalité le foyer familial. Deux avocats d'Aix, rappelant les souvenirs de leur jeunesse contemporaine du roi Louis XIII, rapportaient qu'alors les magistrats « vivoient chez eux en si grande simplicité, qu'au feu de la cuisine, quand le mouton tournoit à la broche, le mari se préparoit pour le rapport d'un procès et la femme a voit la quenouille '. »

1. Cité par Ch. de Ribbe : Les familles et la société en France. — C'est aussi en sa cuisine que M. de Goubeiville, habitant son manoir de Mesuil-au-Val, en Normandie, prend ses repas, tait ses

LE M0I5ILIEH

Plus tard, à la lin du XVIIIe siècle, La Réveillère- Lepeaux note en ses mémoires les réunions auxquelles il assistait chez les botanistes Thouin, « l'hiver dans leur cuisine enfumée, l'été sur la terrasse devant les serres du Jardin des plantes)... Le contraste de ces conversations avec la modeste cuisine dans laquelle elles se tenaient leur prêtait encore un nouvel agrément. C'est dans cette cuisine, où la famille avait reçu souvent J.-J. Rousseau, que le vénérable Malesherbes, garde «1,-s sceaux, débarrassé de sa simarre, venait converser, assis sur une huche, pendant des heures entières1. »

La même simplicité régnait certainement à Laval au xvne siècle. La cuisine n'y était pas encore en tout logis séparée de la salle ; la laverie la remplaçait pour les besognes de propreté et le dépôt des ustensiles nécessaires à la préparation des repas ; si tous les habitants de la maison ne couchaient pas dans la salle, tous y vivaient alors les heures où leurs occupations ne les appelaient pas a louvroir, à l'étude, a la boutique ou au dehors.

Toute salle a sa cheminée : c'est encore, an commencement du xvne siècle, la cheminée du moyen âge, hante el large sons son manteau de granit ou de bois amorti en plan incliné ou en tronc de cône, porté par deux consoles (jne soutiennent des pilastres ou des colonnettes de même matière ; elle est accompagnée d'un tournebroche a contrepoids de pierre ; elle a en son foyer une taque de tonte'' historiée ou armoriée, sa crémaillère,

écritures, passe ses veillées; quand il est malade, il note en son Journal, publié par 1 abbé Tollemer, que. se trouvant mieux, il est « redescendu à la cuisine. »

1. Les inventaires descriptifs des habitations ne mentionnent pas de cuisine, mais un.- salle el mie laverie chez Jean Delaporte et Guillaume Cornuau, marchands 1 1644), chez Julien Martin et Fran- - Boulain, avocats (16461; au milieu du xvne siècle, la cuisine existe clic/, les Cazel et 1res rapidement est adoptée par tous les bourgeois, magistrats et commerçants.

s taques de fonte, produits des forges du Port-Rrillet et de Chailland, représentent des sujets variés empruntés à l'Histoire

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hauts landiers ; mois quand le cuisinage s'opère en une pièce spéciale, la cheminée de la salle perd de ses dimensions : elle? se fait « à la moderne », comme on disait alors, avec jambages de plus en plus bas de tufîeau ou de brique, recouverts de bois et surtout de marbre, avec une tablette en faible saillie dont le bord est droit ou contourné selon le goût de l'époque.

Quand la froide saison est passée, on ferme cette cbeminée, quelquefois avec des vantaux de bois comme un placard, le plus souvent avec un cbâssis de bois sur lequel est tendue une étoffe : c'est le « devant de cheminée, » qui garantit du vent s'engouffrant dans le foyer et contribue à l'ameublement de la salle ; il se fait d'une étoffe assortie aux tentures du lit ou des meubles, d'autres fois d'une tapisserie1 au métier ou à l'aiguille : on en trouve de toile peinte « a la destrempre » (1670), et plus tard, de toile cirée (1775) et de papier peint. Sous la tablette existe souvent un « tour de cheminée » destiné à empêcher la fumée de se répandre dans la pièce ; l'usage s'en est conservé dans nos campagnes et dans les maisons de plus en plus rares où les grandes cheminées de cuisine sont encore utilisées.

Si les murs n'apparaissent pas badigeonnés à la chaux ou à l'ocre jaune, ce qui est le cas le plus fréquent, ils sont recouverts d'une tenture et celle-ci varie avec la situation de fortune de l'habitant. L'étoffe le plus communément employée est la tapisserie de Bergame, la « bergame » comme on dit couramment, désignée aussi sous le nom de tapisserie de Rouen, cette ville étant le centre principal de cette fabrication en France; on trouve aussi la tapisserie de Hongrie, dont on connaît l'aspect

sainte le plus souvent : plusieurs portent les armes ou les initiales du propriétaire de la maison ; en quelques loyers anciens on voit encore une belle taque mesurant 1 m 05 sur 1 m 30 aux armes de la Trémoïlle : l'une d'elles a été recueillie au Musée de Laval.

I. Une vieille tapisserie à ramages et personnages servant de devant de cheminée (1672).

soyeux el le dessin f;iit de chevrons aux couleurs variées et chatoyantes.

Plus d'un lavallois possède des tapisseries il»' verdure, ou des tapisseries u personnages dites de hautelisse1, d'un prix ! > i < • 1 1 supérieur aux tentures de Bergame el de Hongrie. A la mort de François Gouesse, sieur îles Prés, mari de Jeanne Chariot (1604), on estime au prix de 100 livres les sepl pièces de hautelisse tendues dans sa chambre et 45 livres la tenture de sept pièces de bergame de la salle. Chez Simon Firmin, sieur d'Arsrouffes, huit pièces de bergame sont estimées 40 livres, dix pièces de hautelisse 350 livres (1674); chez Pierre Gigault, sieur du Châtellier, un ensemble de bergame compose de quatre grandes pièces, trois petites, un lapis, un devant de cheminée, vaut 66 livres L672) : Jacques Duchemin, sieur du Tertre, possède huit pièces de Hongrie estimées 80 livres (1705).

Plusieurs fois les notaires ont désigné le sujet représenté sur les tapisseries : l'histoire (h; Romulus et Remus, composée de huit pièces, estimées 500 livres en l'hôtel des Cazet L705); celle de Jephté en sept pièces, estimée au même prix à la mort de l'avocat fiscal Jean Salmon (1726); celle de Judith en cinq pièces, prisée 400 livres chez l'avocat Pichot de la Graverie 2' (1741) ; du même prix est celle de Paris en six pièces chez son gendre Coustard de Souvré, qui possède en outre six pièces de

0 pastorales » estimées à 1.000 livres et treize verdures de 600 livres 1744 : dans le même temps, l'histoire d'Alexandre, estimée iOO livres, tapisse la « salle d'entrée » du négociant Périer de la Girardière, et une tenture de verdure, de L50 livres, son salon: chez Amhroise

1. Le terme de hautelisse me paraît être opposé dans les inventaires lavallois à celui de verdure pour désigner les tapisseries à

|ieisouuages.

2. Peut-être s'agit-il de la tapisserie de Judith appartenant à

1 église de la Trinité, exposée chaque année au reposoir du Jeudi Saint.

Hardy de Lévaré (1747), on inscrit une « vieille tapisserie de l'histoire d'Abraham. » En 1654, Simonne Marest, femme de René Guillot de Montavallon, donne aux procureurs de l'église de la Trinité la suite des tapisseries de l'histoire d'Esther qui ornait sa salle et que déjà elle leur avait léguée par testament, mais qu'elle juge prudent de leur remettre de son vivant, « par la crainte qu'elle ne leur fust pas délivrée après son décès. »

Au milieu du xvine siècle, les tapisseries à grands personnages sont démodées ; on les conserve encore dans les salles qui n'ont pas été remaniées, mais on n'en achète plus, et il n'en est plus fabriqué ; on leur préfère les paysages et surtout les petits sujets champêtres ou mythologiques dont le presbytère de Notre-Dame possédait dans son salon une jolie suite ' encadrée de belles boiseries ; les sujets qui les animent sont alors galants ou joyeux : en même temps, on recherche les tentures plus légères, d'une note plus claire, d'un aspect plus gai ; la mode vient aux toiles peintes et aux indiennes comme h la peinture blanche ou légèrement teintée qui recouvre les boiseries.

Dans une des maisons les mieux accommodées au goût nouveau, celle de François Delaporte, à la blanchisserie du Dôme2, l'inventaire dressé après sa mort, en 1771, mentionne, avec des tapisseries de verdure, une tenture d'indienne doublée de canevas et une autre de toile peinte. Chez d'autres lavallois, l'indienne aux dessins variés est remplacée par la siamoise aux rayures alternées de diverses couleurs et, comme les bonnes étoffes de ce temps, d'une teinte inaltérable3.

Ces tissus ont eux-mêmes une concurrence redoutable

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