Conservée aujourd'hui au .Musée de Laval
2. Ancien consul de France à Rosette en Egypte, négociant blanchisseur, marié en 1757 à Catherine Gaultier de Yancenav. inhumé en 1771 dans l'église de Saint- Vénérand.
3. Il existait alors à Laval une fabrique de siamoises rayées, appartenant au sieur Hervé.
dans la vulgarisation du papier peint qui se généralise à la lin du xviii8 siècle, à mesure que des procédés de pins en plus ingénieux permettent d'imiter sur cette fragile matière le dessin et le coloris des étolFes, tout en rendant les prix plus accessibles aux petites bourses. On trouve dans un inventaire de 1786 une tenture de papier, mentionnée comme l'aurait été une tenture d'étoffe '.
Les salles et les chambres sont encore éclairées — au temps de Louis XIII — par ces fenêtres à meneaux de pierre ou de bois, qui laissent passer la lumière du jour à travers des vitres verdàtres serties de plomb ou resserrées dans des châssis de bois aux multiples compartiments ; aussi la mention de rideaux est-elle rare dans les inventaires du xvne siècle 2 : nul besoin de se garantir de l'ardeur du soleil. Les plus anciens rideaux sont faits de toile ou de coton : « un devant de fenestre de toile de coton blanche (1672) ; deux rideaux de toile devant les fenestres avec leurs vergettes et boucles (1705). » Au xvme siècle, leur usage devient de plus en pins fréquent, jusqu'au jour où la mode leur donne une place définitive dans l'ameublement d'un salon : rideaux verts de serge de Caen, chez le doyen de Saint-Tugal (1702) ; de toile ouvrée dans la salle de la dame de Reclesne (1705) ; de crépon rouge, chez Jean Salmon L736 : d'étoffe rouge assortie au mobilier, chez Marest de Saint-Brice L755 ; de toile blanche avec des portières de même, de siamoise blanche au nombre de trois un par fenêtre), chez François Delaporte (1771). Ces
1. Un document signale une « tapisserie de cuir doré » dans le salon de René Moraine, écuyer, en 1761 ; elle est estimée -5 livres ; je n'en ai pas rencontré d'autre.
'-. Henri Havard (Dict. du Mobilier) cite plusieurs mentions de rideaux antérieurs à ceux des inventaires lava] lois : ce sont des objets de luxe, on des maisons riches où les fenêtres étaient sans doute iléjà éclairées par des vitres grandes et bien transparentes. Nous mentionnons seulement ce que nous avons constaté à Laval.
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rideaux, que l'on trouve seulement dans les habitations opulentes, paraissent avoir eu pour destination moins de tempérer l'excès de lumière qwe d'encadrer les ouvertures «les fenêtres et d'ajouter à l'ornementation de l'appartement.
Dans la salle du XVIIe siècle, comme aux âges précédents, se trouve encore un lil : les inventaires le décrivent : ils distinguent le châlit ou charlit. ce que nous appelons le bois de lit ou plus sommairement le lit. les pièces de couchage : paillasses, matelas, traversins, oreillers, et les courtines, rideaux, pentes, ciel et dossier.
Le couchage n'a guère varié jusqu'à l'invention dt^ sommiers : paillasses remplies de paille ou de guinche, matelas embourrés de laine, couettes, traversins, oreillers de plume, draps longs et larges de toiles diverses dont les piles s'entassent dans les armoires sous la main soigneuse Ap< ménagères lavalloises, couvertur mantes de laine, de coton, d'étoffe assortie aux rideaux du lit. Le charlit a souvent de vastes dimensions, surtout aux temps anciens où le lit reçoit une partie de la famille, et quelquefois des botes amis. Il se complète par i\a> colonnes qui supportent le ciel du lit: plus tard. ce ciel, privé de ses supports, est attaché au plafond et réduit a un châssis destiné à la suspension des rideaux.
Au temps du roi Louis XIII, c'est encore le vaste lit a colonnes, torses ou fuselées, avec ciel, dossier et pentes. avec rideaux glissant sur des tringles : il est et reste essentiellement le lit de la salle, lit de famille et lit de parade, alors que les lits de dimensions moindres sont installés dans la salle ou dans les chambres de la maison. Les notaires notent dans leurs inventaires les lits dont les noms et les formes sont en usage a Laval : lits a colonnes, lits a quenouilles, qui ne diffèrent que par la forme des quatre supports : lits en housse dont les rideaux ne sont pas suspendus par dc> anneaux mobiles et dont on trouve un riche exemplaire en 1057, chez
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Jeanne Cazet, veuve de Jean Lasnier, sieur de Monter- Qaull ' ; lits à l'ange, qui apparaissent à la fin du xvii" siècle ; lils à baldaquin : lits à l'impériale, recherchés surtout
dans la seconde moitié du xvme siècle.
A côté de ces grands lits on en signale d'autres, petits et portatifs, sous les noms de lits de camp, de lits de sangle2, de couchettes roulantes3, de lits de repos. Ce ne sont d'abord que des lits supplémentaires auprès du grand lit de famille ; niais celui-ci se démode, « lit à l'antique » écrivent les tabellions ; le temps a fait son œuvre et l'a mis en disgrâce : avec les années, il se transforme ou disparaît.
De nombreux textes gardent la trace de couchettes pour les servantes4, de berceaux, de petits lits pour les enfants ; il v a « bers et bersoire », berceaux de clisse OU de bois. « couchette de clisse pour coucher deux enfans garnie d'un pavillon » (1644); petit lit à enfants à quatre quenouilles tournées (J697) ; petits promenoirs pour enfants, dont l'usage s'est conservé dans nos campagnes.
Sauf de rares exceptions, comme les lits de repos et les couchettes roulantes, tout lit a des rideaux : les règles bygéniques du temps ne les proscrivent pas, et l'usage les impose, fondé sur les convenances, l'esthétique, la nécessité de se garantir du froid dans les vastes pièces d'autan. Leur étoffe varie ; la serge est le tissu le plus communément employé ; souvent elle est rehaussée de galons plats d'une couleur différente du fond, ou ornée
1. 11 se compose de trois rideaux, quatre bonnes grâces, couvertures des quenouilles eu drap violet avec broderie de soie, courtepointe piquée de taffetas jaune, tond de même taffetas, le tout estimé 250 livres (1607).
'-.'. Couchette de sangle ployante- (1673). On s'en servait encore au xiv siècle avant la vulgarisation des lils de ter.
•'!. lui' couchette roulouère de bois de noyer (1660) ; une couchette roulante (1646, I<>7"2| ; deux petites couchettes roulantes avec trois rideaux de serge drapée rouge ( 1704).
\. Presque toujours il y eu a dans la cuisine-.
de franges de laine; sa couleur est verte ou rouge, quelquefois jaune. Des gens très riches emploient des draps de plus haute valeur, de velours même ou de soie ; au xvme siècle, on adopta des étoiles plus claires et plus légères, les samites, les indiennes, les cotonnades.
Les inventaires abondent en descriptions de ces lits ; il est facile d'y glaner quelques types empruntés à des temps et des milieux différents : « garniture de lit composée de deux pentes de velours gris, estolfées de galon et frange d'argent et soie, avec les rideaux de pareille étoffe et façon » (Renée Débonnaire, 1659) ; garniture de lit composée de 2 pentes et 5 rideaux, en serge drapée rouge, ornée de frange, soie et laine, rouge et jaune, 25 livres ; une autre composée de 4 pentes de drap escarlate avec broderies à fleurs de velours noir, de 6 rideaux et une couverte, avec la couverture des quenouilles, le tout de serge rouge cramoisie avec passements, chef et mollet ' de soie et de laine, 60 livres ; autre en housse, de serge grise, composée de 6 rideaux, garnie de frange de laine, rouge et jaune, 14 livres [Sébastien Frin du Guibouttier, J661): lits de serge drapée et de toile ouvrée (François Collet, marchand tissier, 1695 ; lits garnis de serge de Gaen, couleur de quenelle, avec galons de laine verte Jean Paumard, marchand tissier, 1719 : deux châlits à lange avec matelas, couettes, etc., les rideaux de drap vert borde d'un galon de soie couleur d'or, le dossier et l'impériale de taffetas de Florence pique, avec courtepointe de mesme taffetas Hardy de Lévaré, 1722 : un grand lit a l'impériale avec le platfond de taffetas piqué, couleur d'or, une courtepointe de même couleur, rideaux de demi drap vert, bordé d'un ruban vert Marie Guays. femme de l'ichot de la Graverie, 17 1 1 .
1. Mole, motet, est une petite frange, sorte de galon que l'on pose à plat, tandis que la frange est posée en bordure pour laisser pendre ses Ills.
De façon générale on peut constater cette double tendance : recherche de l'uniformité dans le mobilier, qui
tend à assortir les tentures du lit et celles des meubles, comme cela si; voit chez les Cazet et en plusieurs logis; recherche des étoffes légères et de couleur claire : siamoises rayées, toiles à carreaux, toiles de Jonv, cotonnades blanches, qui sont en harmonie avec les boiseries blanches et les meubles laqués, adoptés par la mode '. De bonne heure, la séparation s'est faite dans la maison aisée entre la salle et la chambre; on ne couche pins guère dans la salle : (die reste le lieu de réunion pour les repas, les causeries, les réceptions, les veillées en famille ; le lit de repos alors remplace le grand lit des ancêtres, il est assorti à l'ameublement, tel ce « petit lit de repos garni de drap rouge avec six chaises de noyer garnies du même drap » que Ton voit dès 1070 chez l'avocat Mathurin Martin. Puis ce lit de repos se transforme au <j;vv de la mode ; il devient la chaise longue,
1. Lors du décès de Jean de Launay, sieur de la Laizerie, grenetier au grenier à sel, demeurant au Val-de-Mayenne, le notaire Beaugrand insère cette description d'un lit luxueux (1707) : « le bois de lit de noyer étant dans la chambre du milieu sur la salle, avec carie de bois, garni d une paillasse, de o vergeltes, de \ rideaux de damas à fleurs de couleur changeante, tirant sur le vert de nier, bordés d'une frange de soie et ralongés par le bas d'une broderie de soie laite à l'aiguille, haute d'un demi pied : d'une pente faisant le tour dudit lit, divisée en bandes partie d'un satin de mesme couleur, dont les unes sont relevées des armes des Delauuay et les autres de lettres de velours couleur d'or entrelacées, et party de la mesme broderie de soie à 1 aiguille, ladite pente bordée en liant d'une petite frange de soie violette, rehaussée par dessus d'une grande crespine de soie couleur d'or el doublée de toile, et par dessus d'un taffetas violet, d'un ciel et d'un dossier de taffetas gris de perle, doublés de toile ; d'une courtepointe piquée faite d'un salin verl de mer doublée <le toile verte: de '» pommelles à bandes comme la susdite pente étoffées de soie; 80 livres tournois. » — Dans la chambre de Marguerite Cazet, femme de Jean de Reclesne, seigneur de Martillac, morl en 1705, la garniture du lit esi faite de velours et de salin rouge avec franges d'or, et la même étoile garnit
6 chaises el \ I almurel s ; on noie aussi « un lapis de toilette de même couleur, un miroir et nu coffre de toilette garni de velours étoffé de galons d'or et d'argent » ; ce mobilier vaut lJÛ0 livres.
composée de deux ou trois morceaux ', couverte d'étoffe ou de jonc avec coussins ; il devient le sofa, sorte de lit de repos à deux dossiers, disent les auteurs du Dictionnaire de Trévoux : sa vogue se répand rapidement, on en voit dès le milieu du xvme siècle chez Renée Pichot, veuve de François Marest, chez Marguerite Renusson, veuve de Périer de la Girardière 2 : c'était encore une nouveauté en France.
Au commencement du xvne siècle, on trouve encore un marchepied fermant à clef : il sert à la fois de coffre et de montoir pour atteindre le lit ; son usage ne [tarait pas avoir été très répandu à Laval, et il disparait de bonne heure des inventaires.
Les repas se prenant dans la salle, la table y est un meuble nécessaire. Elle est grande au xvne siècle, de forme rectangulaire, supportée par des « colonnes » en nombre variable, fréquemment neuf, quelquefois onze, « tirante des deux bouts » comme nos tables rurales ; elle est accompagnée de bancelles, puis de tabourets que l'on parait préférer aux chaises. Un temps vient où ces longues tables disparaissent des salles et passent à la cuisine qui s'est agrandie ; dans la seconde moitié du xvne siècle, les notaires les disent « faites à l'antique » et leur opposent les tables « à la moderne » ; celles-ci sont rondes ou ovales. A la même époque paraît la mention des « tables pliantes 3 » : François Portier possède une table de ce genre en 1644, tout en conservant dans la salle sa grande table à onze colonnes, et ce type devient d'un usage si commun qu'au siècle suivant, le
1. Deux fauteuils, celui de tète ayant le dossier plus élevé; entre les deux, une sorte de banquette.