CHAPITRE III
L'Habillement.
Vêtements. Lingerie.
A l'aide des inventaires lavallois, on pourrait faire l'histoire de la mode en ce pays éloigné de Paris, mais subissant quand même son influence. On y retrouve en effet, un peu tardivement il est vrai, la plupart des noms parfois étranges qui indiquent une forme nouvelle, un ornement adopté à la cour, une couleur en vogue. La province suit Paris, comme l'étranger copie les poupées de Mlle Berlin. Lorsque quelque lavallois se rend dans la capitale, il est chargé de commissions à remplir par les dames de sa société : Hardy de Lévaré et Ducliemin de Mottejean témoignent dans leur correspondance de la bonne volonté qu'ils mettent à remplir ces discrètes et délicates missions.
Comme le mobilier, le vestiaire au temps de Louis XIII n'est pas encore abondant. Ce n'est pas que les lavallois aisés soient mal vêtus, mais ils ont peu de hardes inutiles à serrer dans leurs grands coffres et ne renouvellent pas souvent des vêtements dont la solide étoffe résiste à l'épreuve de l'usage et du temps ; cette bonne qualité permet de les « retourner » ou de les teindre, lorsque la couleur en est flétrie ; elle permet aussi de
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leur trouver des acquéreurs lors des ventes après décès, si fréquentes e1 si courues à Laval. Les acheteurs n'y sonl pas seulement les revendeurs et les fripières : les bourgeois v paie ni à beaux deniers les défroques de leurs
amis et s'en habillent à leur tour.
A la vente après décès de François Rebuffé, sieur des \'aleltes,un autre Rebuffé, avocat, achète pour L9 livres s;i robe de palais estimée 18 livres, et un petit justaucorps doublé de panne avec son haut de chausses, que les enchères poussent de 8 livres à 10 livres et 10 sous ; René Le Bouvier, autre avocat, se fait adjuger un petit manteau couleur « vert mer d'oye » et un petit pourpoint blanc de toile de coton ; Ainbroise Guays, un manteau de drap gris avec boutons d'argent, payé 19 livres, et, pour G deniers, deux petits rabats de toile (1644).
A cette époque, le costume des hommes fort élégants comprend un certain nombre de pièces dont les inventaires fournissent la nomenclature : pourpoint, casaque ', manteau sous des noms divers, haut et bas de clia nsses, à quoi il convient d'ajouter les chapeaux de castor et de laine, les bonnets, les rabats de toile et de b;i liste -, les canons de toile à garnir les bottes, le tout orne de galons, de nœuds, de dentelles, selon le goût et la richesse de l'habille. Les tableaux de ce temps nous ont gardé l'image de ces costumes, ces pourpoints tail-
1 La casaque diffère du pourpoint en ce qu'elle n'a que des fenles pour passer les bras, ou des manches flottantes cousues au bord de ces l'entes ; plus lard ces larges main lies furent Fermées au poignet.
J. M Guesnon (Bulletin hist. et philol., 1898) me parait avoir déterminé I origine cambrésienne de ce nom et de cette étoffe,
toile, toilette batiche », que I on prononçait bâtisse, toile battue, compacte, fortement serrée par le battant du métier. « Les toilettes de Cambrai, écrit-il, lurent de tout temps renommées par la blancheur et l'exceptionnelle ténuité de leur lil de lin. 11 j en avait de deux espèces : la première, sorte de linon clair, extrêmement I< g la seconde, d'égale liuesse, mais d'un tissu compact. 1res serré c est proprement la batisti
ladés, ces hauts de chausses, très courts au commencement du xvne siècle, puis s'allongeant jusqu'aux genoux et rejoignant la botte à revers et à canons dont la vogue dure pendant plusieurs années. L'habit se compose essentiellement du pourpoint et du haut de chausses, souvent faits d'une même étoffe, et parfois d'une casaque que l'on met par-dessus le pourpoint.
Très variable est l'habillement en quantité et en valeur. Chez quelques lavallois il atteint un véritable luxe. Guy Chardin, marié à Louise Eveillard, possède en 1620 trois pourpoints tailladés de talfetas noir, de sarge l brune, de ras de Milan brun, avec parements, tavelles, boutons, les hauts de chausses assortis, et un vieux pourpoint de cuir découpé avec des manches de camelot de soie : il a en outre un manteau de drap noir au collet galonné, doublé de sarge de Caen, des jarretières de taffetas noir garnies de dentelles, et parmi d'autres accessoires de l'habillement, « un bonnet de nuit de sarge rouge avec luisons de couleur pensée ». Jacques Le Mercier, sieur de Coibouc, marchand de draps de soie, outre des vêtements vulgaires de serge et de drap, pouvait endosser un pourpoint de satin garni de dentelle de soie, avec un haut de chausses de drap de Hollande, un bas de soie gris perle, des jarretières ornées de dentelle « à point de grâce », le tout estimé 40 livres lors de sa mort en 1638 ; il y pouvait ajouter un manteau de drap de Hollande doublé de panne et garni de dentelle de soie noire ou un autre de même drap « couleur de noisette » ; il avait un chapeau de castor noir avec cordon de soie, estimé 10 livres, des bonnets de velours, des caleçons de toile, des chaussettes et chaussons, et une vingtaine de rabats, « tant de Hollande que de batiste », dont deux étaient garnis de den-
1. A Laval, aux xvneet xvme siècles, on écrit et par conséquent on prononce sarge : le mot serge était cependant d'usage plus fréquent ailleurs dès le xvue siècle.
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telle ; le tabellion inscrit encore un nombre respectable d'autres habits, de casaques, de manteaux, l'un de taffetas noir, l'autre d'étamine noire, de hauts et bas de chausses, et quelques chemisettes de ratine et de baguette J que Ton pouvait entrevoir par l'ouverture du pourpoint. Jean Delaporte, négociant aussi, possède, en L644, des habits en drap de Hollande, en.pou-de- soie, en drap commun, un pourpoint de satin noir doublé de panne avec haut et bas de chausses de même couleur. Tous ces draps sont noirs, ou gris, ou de couleur minime '-'. Ce sont les couleurs généralement adoptées par les roturiers, qu'ils soient marchands, bourgeois ou gens de loi.
Les nobles recherchent au contraire les couleurs claires et brillantes. Louis Cazet du Plessis, écuyer, possède un manteau et un haut de chausses d'écarlate, des bas de soie couleur de feu, jaunes, verts, « bleu mourant », incarnadins. couleur de chair. Le noir et le gris sont les couleurs des vêtements de François Boulain, sieur du Griffon, riche bourgeois, mort en 1646, vêtements faits de bonnes étolfes, serges de Beauvais et de seigneur 3, draps de Hollande et d'Espagne, drap du sceau 4, taffetas et velours ; il a un « juste à corps » de drap gris doublé de velours et un manteau de même, un pourpoint de satin noir orné de dentelle et doublé de taffetas.
Chez les magistrats, comme chez les ecclésiastiques, on trouve la soutane ; François Marest de la Ragottière, juge civil, possède une soutane d'étamine noire, une autre de taffetas de même couleur (1662) ; François Bignon, commissaire au grenier à sel, une « soutane de palais » de serge noire (1676) : ils revêtaient ces robes
1. Etoffe de laine non croisée, qui se fabriquait en France el s exportait surtout en Espagne H en Portugal \I)ict. de Trévoux .