Très beau drap à la marque de Rouen
pour se rendre de leur maison au palais où les appelaient leurs fonctions. Le noir, adopté parles magistrats, est aussi couleur de deuil ' : Christophe Mouteau, veuf de Renée Hoisnard, possède « un crespe à mettre au chapeau » (1666) ; il était élu en l'élection de Laval, et ne dédaignait pas l'usage des vêtements retournés, encore qu'il pût se couvrir d'un beau manteau de drap d'Espagne « couleur de rose seiche, doublé de panne ».
Dans la seconde moitié du xvnc siècle, la casaque disparaît peu à peu des inventaires, et la veste apparaît à Laval vers 1680 ; dès lors elle est la compagne obligée du justaucorps a longues basques ouvert sur elle; elle tombe au-dessous de la ceinture, garnie de boutons, de passements, de poches, différente du gilet qui se porte dans la première moitié du xvme siècle et s'arrête à la ceinture. On peut remarquer le grand nombre de manteaux inscrits alors aux inventaires ; François Marest (1662) en a sept, en drap de Hollande, en taffetas, en étamine, en moire, en serge commune, en serge de Rouen, en drap d'Espagne, tous de couleur noire ; Christophe Mouteau en a quatre, longs ou courts, en camelot de Hollande, en bouracan, un en drap d'Espagne « couleur de Roi », doublé de peluche ; Pierre Le Clerc de la Galorière, receveur des tailles, en a six, dont un est fait de drap du sceau (1672). Ce sont, il est vrai, de riches lavallois. Beaucoup de bourgeois ont leur robe de chambre : robe de velours noir doublée de baguette (François Marest, 1662) ; robe violette doublée de sarge verte (Christophe Mouteau, 1669) ; de toile peinte (Mathieu Martin, 1693) ; de toile indienne doublée de même
1. Dans leur testament du 30 janvier 1606, Pierre Ouvrard, marchand, et Louise Rousseau, sa felnme. veulent que les serviteurs « qui seront à leur logis » soient habillés de noir, « soit de viels ou neufs habits ». — Catherine I.ebreton. femme d'Alain Jouet, sieur de rilomnieau, marchand, lègue à son amie. Mathuriue Ernoul, divers objets de lingerie et « son habit noir de crespon pour porter le deuil de la testatrice » ( 1680).
l'habillement 81
1 laniel Le Hirbec, 1 7 I J ; de calmande ' doublée de toile ;i carreaux Olivier Renusson, 172.") ; chez l'avocat fiscal Jean Salmon L736 , on en compte cinq : en toile doublet; de flanelle, en satin, en gros de Tours ? ; chez François Delaporte 1771), trois : en ras à ileur doublé de llanelle, en satin rayédoublé de toile verte, en calmande doublée aussi de llanelle. Les estampes du XVIIIe siècle reproduisent souvent cette tenue d'intérieur un peu démodée aujourd'hui, fort en faveur alors. Les lavallois font grand usage de bonnets ; ils les portent aussi bien dehors que dans la maison, car la perruque est coiffure d'apparat, sans doute peu agréable en la chaude saison. Il y a les bonnets de bonnetier, dont la fabrication est particulièrement florissante à Troyes, il y a des bonnets de drap, de velours ; Ambroise Blanchet, marchand de vins, se coiffe d'un bonnet de drap brun garni de castor (1695) ; François Bignon, d'un bonnet dit tapador3 de
1. Plus exactement callemandre, étoffe de laine lustrée « dout on fait des robes de chambre, des jupons et autres habillements communs » [Dict. de Trévoux).
2. Son inventaire, dressé par le notaire Pierre Noury, comprend : une robe de palais, d'étamine noire ; une autre de ras de Saint-Maur, 5 habits (plusieurs avec veste et culotte) de drap brun à boutons d or, de drap gris, de velours noir, de camelot noir, de camelot couleur feuille morte, nue culotte de drap brun, une autre de peau d élan, trois « surlouls » (écarta te avec boutons d'or, camelot gris, peluche blanche). 5 robes de chambre (énumérées ci-doune culotte et une veste de toile grise, 2 capuchons (un deSégovie,
" l'autre de camelot), 1 chapeau, 1 bonnet de taffetas, 2 bonnets de velours, 1 bonnet de nuit de Ségovie, 1 bonnet carré. 5 perruques, 4 paires de gants (dont 2 de cuir), 5 paires de bas de soie noire ou brune, 'i de laine noire, 1 de Ségovie, 1 de Saint-Mexeut . 1 paire de souliers, I d'escarpins, 1 de boites. 2 de bottines, des pantoufles.
2 paires de guêtres de ratine et «le demi-drap, 28 paires de chaussons, 10 autres d.- lil. 20 pairesde chaussettes, 34 coiffes de bonnet de toile, 1 mouchoirs r autres de toile à Heurs. ;i de mousseline à fleurs rouges, '■'• pièces de bazin a mettre devant l'eslomac », chemises. « tours de col » de toile de colon, de mon Une, o 2 bretelles de lil collets, :; gilets et -J votes ,1e bazin.
3. Tapador, bonnet à l'anglaise, qui sert le jour et la nuit, dout on rabat les bords sur les épaules pour se garantir du vent [Dict. de
velours noir ; l'avocat Julien Martin, d'un bonnet de velours orné d'un galon doré (1672) ; cela sans exclure les bonnets carrés et les bonnets de palais qui font partie du costume professionnel.
Le développement de la richesse et du luxe a tout naturellement sa répercussion sur l'habillement ; les négociants nouvellement enrichis commencent à rechercher les couleurs claires et les ornements brillants que l'usage et des édits réservaient à la noblesse. En même temps le vestiaire devient plus abondant ; à la fin du xviie siècle, un bourgeois cossu a facilement quatre ou cinq habits complets, composés de justaucorps, veste, haut de chausses '. Jacques Le Courtois est receveur général des fermes du roi, récemment enrichi et anobli ; à la mort de sa femme, Jacquine Chariot, en 1692, on inscrit à son inventaire un habit couleur de café avec la veste garnie de galons d'argent, quatre justaucorps de drap rayé, de drap bleu, brun, gris de fer, plusieurs culottes de couleurs variées, des vestes de damas avec galons d'or, de soie amarante à fleurs rouges, de brocard à fleurs d'or et d'argent, de drap rouge, etc., une robe de chambre à l'aies bleues, une autre de couleur aurore à fleurs blanches et noires, des cravates de mousseline, de dentelle, de point d'Angleterre : on le voit une fois de plus, les fermes du roi sont d'un bon rapport pour les traitants.
Mais le vieux bourgeois reste fidèle pendant une bonne partie du xvmc siècle à ses habits de couleur sombre ; il les égayé seulement par une veste parée de broderies ou de galons dorés.
Hardy de Lévaré, juge au comté, laisse à sa mort
Trévoux). — Cette description le fait ressemblera notre bonnet de police, dont il serait l'ancêtre.
1. A cette époque, le mot habit désigne 1 ensemble des trois picces principales du costume, justaucorps, veste, culotte ; parfois aussi le seul justaucorps.
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L723 «m vestiaire modeste : habit, veste et culotte de drap noir retournés : habit, veste et culotte de drap marron ; un habillement d'étamine noire ; un autre de drap couleur feuille morte ; une veste de cuir a boutons d'argent, une autre de camelot brun, une autre de toile. Plus riche était la garde-robe de son frère, Jean-Baptiste Hardy, lieutenant déjuge, décédé en L709 ; on y comptail sept habits en draps de diverses provenances, couleur café, gris-blanc, noir, brun, des vestes d'écarlate, de toile, de taffetas noir a fleurs, avec boutons d'or ou d'argent (1709) ».
Les vestes sont souvent ornées : Olivier Renusson en possède plusieurs de taffetas à fleurs colorées ou à paillettes métalliques : beaucoup sont agrémentées de broderies dues aux doigts habiles d'une épouse ou d'une jeune fille '-'. Vers 1 7/î(), la redingote apparaît sous ce nom dans les inventaires lavallois, chez Olivier Le Jay
L742), chez le chirurgien Gabriel Moreau (1755) ; elle se fait en drap, parfois en bouracan :î : c'est alors un vêtement de dessus que Fou endosse pour se préserver de la pluie ou du froid.
Sous le règne de Louis XVI, le luxe apparaît de plus en plus dans l'habillement lavallois : aux jours de fête on peut voir les notables élégants vêtus d'habits en peluche ou en drap fin de couleur claire, avec des vestes écarlates en soie, en droguet, ornées de boutons dores. de broderies de soie, plusieurs « piquées blanche et
1. L'inventaire dressé en 1765 après le décès de François Marest, seigneur de Saint-Brice, marié à Renée Pichot, sœur de l'avocat, confirme ce que nous disons du goût îles gentilshommes pour les couleurs éclatantes ; deux de ses habits sonl d'écarlate rouge avec galons d'argent, culottes de panne rouge ; un autre habit est de drap gris doublé de taffetas blçu, un autre de drap gris de fer avec îles dauphins en or, un autre de camelot bleu.
''. Mlle Arthémise Boullier brode une veste pour son Irère.
3. Gros camelot dont on taisait, entre autres emplois, des manteaux de pluie.
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rose » ; d'autres arborent ces redingotes bleues ou vertes, que nous montrent les peintures de ce temps.
La garde-robe du riche blanchisseur du Dôme, François Delaporte, inventoriée en 1771, mérite d'être citée : habit, veste et culotte, de drap couleur olive, doublé de croisé de soie blanche, bordé d'or avec boutons d'or ; habit, veste et culotte, poil de chèvre, couleur gris perle, avec galons et boutons d'argent ; habit, veste et culotte de velours noir, autres de drap noir doublé de soie ; autres de drap bleu ; autres de ras cramoisi avec boutons jaunes ; antres de drap gris ; habit de voile rouge avec culotte de calmande de même couleur ; autre habit de peluche rouge ; des vestes de satin, drap d'or, poil de chèvre, siamoise blanche, brodées d'or et d'argent ; trois robes de chambre, des « camisoles » et gilets de siamoise, d'indienne, de basin, de finette, des guêtres de coutil, une housse d'écarlate, un ceinturon de velours, quatre chapeaux dont un de velours, des gants de chamois, six paires de souliers et pantoutles, et deux perruques. A quoi il faut ajouter sa lingerie : cent vingt-deux chemises, « tant unies que garnies », bonnes et mauvaises, treize « coiffes de bonnet », quarante-trois cols de mousseline, trois paires de bas de soie, deux de filoselle, treize de fil gris, quatre de laine noire, une douzaine de paires de chaussons et vingt-trois paires de chaussettes ; quarante mouchoirs de poche de toile de coton ; un manchon d'ourson ; un bonnet de laine et un bonnet de siamoise avec deux petites calottes de laine. A vrai dire, aucun lavallois ne paraît avoir poussé aussi loin le luxe de la toilette, et certainement François Delaporte pouvait se flatter d'être l'homme le plus élégant de Laval.
Les dernières lignes de cet inventaire donnent la nomenclature de sa lingerie ; cette partie de l'habillement a pris au milieu du XVIIe siècle un développement inconnu jusque-là ; les cols, les manchettes, les chemi-
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settes devenues visibles par l'ouverture du pourpoint, puis de la veste, un peu plus tard les cravates de toile fine, de mousseline ei de dentelle, tiennent une place importante dans le costume ' ; il v faut ajouter les luis de fil, de laine, quelquefois de soie, et une certaine quantité de chaussettes et chaussons que Fou met par-dessus 1rs bas pour se préserver «lu froid '-'.
Au milieu du xviii8 siècle, le chapelier Hardy, demeurant au Carrefour-aux-Toiles, parait avoir eu la clientèle des notables lavallois3; l'inventaire de sa boutique montre qu'en 1756 il pouvait leur offrir plusieurs chapeaux de valeur : deux castors cotés 30 livres chacun, quatre autres à 17 livres 5 sols, huit à 15 livres 5 sols '*.
Ces beaux castors se portaient tout autant sous le bras que sur la tète ; la perruque était alors la coiffure habillée, et souvent on se contentait du bonnet dont nous avons constaté le continuel usage, mais elle est de mode obligée, et on la trouve mentionnée en tous les inventaires ; Jacques Le Courtois n'en possède pas moins de cinq ; Duchemin du Valbléré en a deux, l'une de crin, l'autre de cheveux. On en l'ait venir de Paris ; en 1669, l'avocat Mathurin Gaultier écrit a un ami de lui acheter pour le prix de 18 à 20 livres une perruque noire : « Tâchez de la faire bien choisir, et qu'elle soit de cheveux vifs et sans calotte ». D'autres, moins coûteuses,
1. Souvent le notaire estime cette lingerieen bloc : « une couplée de collets, cravates et manchettes, partie en broderie el dentelle, 12 1. t. », chez Pierre Martin de la Ligonnière (1669 .
2. Selon le Dict. de Trévoux, les chaussettes étaient de toile ci se mettaient sous le bas ; les chaussons, faits <le toile, de laine. d'ouatte, etc., se plaçaient suc le lias dans le soulier (ou le sabot).
•'!. Les clients ne le payaient pas toujours au comptant, car il lui était dû, « pour prix de chapeaux », 75 livres par Périer du Cou di-av, 51 livres par Duelieniin de la Vannerie, 36 livres par Letourneiirs de la Borde, de moindres sommes par beaucoup d'autres.
'i. A .Nantes, un magasin de chapellerie eue de la Poissonnerie) qui remonte, si je ne me trompe, à la fin du xviii' siècle porte encore celle enseigne Au vrai castor,
sont faites de crin, de laine, « perruques moutonnes de peau », dit un inventaire *.
Comme les vêtements, les perruques passent dans les ventes publiques, et les enchères les amènent sur d'autres tètes lavalloises. Parmi les objets de toilette inventoriés, il faut aussi citer les mandions, dont l'usage pour les hommes ne disparait qu'au xix" siècle, manchons de peau de chien, de loup, de renard, souvent accompagnés d'une agrafe d'argent 2.
Variable est le costume féminin entre les premières années du xvii" siècle et les dernières du règne de Louis XVI, mais un caractère commun semble dominer pendant ces deux siècles les fantaisies de la mode, c'est la recherche de l'ampleur des jupes, quelles soient soutenues par un vertugadin ou un panier, qu'elles s'ouvrent sur un tablier ou se drapent en vastes retroussis ; c'est en même temps l'effort continu vers l'amincissement et rallongement de la taille, déjà sensibles à l'époque des derniers Valois, puis obtenus par l'usage des corps piqués et des corps de baleine. Pendant ces deux siècles, la mode n'en a pas moins ses caprices et les manifeste en toutes choses, dans la coiffure, dans la coupe des corsages, des manches, des jupes, dans l'engouement pour la passementerie ou les dentelles, dans le choix des couleurs, dans une foule de choses aux agencements bizarres, aux noms plus bizarres encore. Des inventaires en gardent le souvenir : malgré leur concision, ils nous révèlent la composition du vestiaire et des trousseaux des lavalloises aux xvn° et xvm9 siècles : ils peuvent ainsi satisfaire les curieux du côté intime de notre histoire locale.
1. Avec la perruque son! les bois à porter perruques », les peignes et la poudre, les fers à friser et autres accessoires avec les étuis pour les ramasser : un melon de cuir servant à mettre perruques », chez Hardy de Lévaré 1767).
J. I ii manchon avec boucle et crochet d'argent, o livres 10 sols 1740).