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ruban, et un porte-ouvrage de toile orné de broderie : ce sont choses communes en ce temps.
C'est à peu près la même garde-robe que Ton retrouve quelques années plus tard chez Louise Foureau, mariée en 1762 à Joseph Matagrin 1 ; sa lingerie est particulièrement abondante, mouchoirs de col de mousseline, d'indienne, manchettes, « manches en amadis », coiffures laitières, coiffures suzons, etc., toutes fantaisies que nous montrent les tableaux de Greuze et les estampes consacrées aux scènes de la vie privée. En 1771, Louise Foureau mourait veuve, laissant quatre filles en bas âge ; sa garde-robe, comme son mobilier, fut dispersée dans une vente publique annoncée au prône de Saint- Vénérand, sa paroisse ; les dames de Laval se pressèrent aux enchères, les poussèrent, et généralement payèrent audessus du prix d'estimation les épaves de la défunte.
Nous avons constaté la même faveur accordée aux ventes où sont dispersés les vestiaires des hommes : ce sont d'ailleurs les seules circonstances où l'on achète des vêtements tout faits : le règne de la confection n'est pas pas encore venu. En ce temps-là on achète l'étoffe et ses garnitures, on confie le tout au tailleur 2 ou à la couturière, qui travaille à son atelier ou au domicile du client, surtout lorsqu'il s'agit d'habiller les femmes et les enfants 3.
1. Riche négociant, originaire de Troyes, demeurant rue du Hameau.
2. Il existait à Laval des tailleurs pour dames (Voir chap. artisans).
'6. Jusqu'au milieu du xixe siècle on trouvait à Laval des maîtresses couturières « allant en journée » avec leurs ouvrières, excellentes personnes, peu exigeantes pour le salaire et la nourriture, généralement dévotes et bavardes, chanlaut des cantiques et des romances sentimentales, contant aux enfants des histoires de revenants e1 de fées, tout en faisant courir leur aiguille sur la tâche qui leur était confiée. Cet usage subsiste encore dans nos campagnes, où les couturières se rendent en bandes avec leurs lougs ciseaux pendus à la ceinture.
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Les inventaires ne mentionnent pas les vêtements des enfants : sans doute ils étaient regardés comme leur appartenant en propre, et la Coutume ne permettait pas de les en dépouiller. Les estampes familiales nous oni gardé L'image de ces habillements enfantins ; le fourreau i est leur vêtement habituel jusqu'au moment où l'on donne aux fillettes un jupon et un corps ; jusqu'à l'âge, plus tardif peut-être, où l'on met les garçons à la culotte et à la blouse.
L'habillement comporte des accessoires dont les inventaires nous ont conservé la mention. Les perruques ne paraissent pas avoir rencontré grande faveur auprès des dames de Laval, bien qu'elles fassent usage de la poudre z. An xvne siècle, époque où les parfums sont à la mode, elles ont des sachets parfumés 3, puis vient la vogue des boites à pondre, des boîtes à mouches, des petites pelottes de damas ou de broderie, des petits miroirs de poche, devenus indispensables pour rectifier discrètement la position d'une mouche ou d'un ruban. Mais ces petits objets, avec les tabatières, ont plutôt leur place parmi les bijoux, et c'est dans cet article des inventaires qu'on en trouve d'habitude la sommaire indication.
Très répandu est, au xvme siècle surtout, l'usage des cannes et badines, et l'on ne se ligure guère un bourgeois de ce temps qui ne soit accompagné de sa longue canne à pommeau d'ivoire, d'argent, d'or quelquefois. L'usage des hauts talons avait, dit-on, impose aux femmes chaussées à la mode la nécessite de cet appui pour
1. Le fourreau était, au dire d'Yves Bernard qui l'avait longtemps porté, « un jupon attaché à un corset ». Plusieurs fourreaux sont inscrits au livre de comptes d'une famille lavalloise (1788-89 déjà cité.
2. Chez Mme Mat a grin nu noie une livre île poudre à poudrer (1771).
'■'>. Deux sachets de satin incarnat : deux autres de satin bleu avec broderie d'or |16
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maintenir leur équilibre 1 ; Hardv de Lévaré en envoie une à sa femme en 1729. Mais les inventaires n'inscrivent ces objets qu'en raison de leur valeur : canne à poignée d'argent chez François Renusson (1724) ; deux cannes à pomme d'or chez Duehemin de la Bourdonnière, blanchisseur au Fresne ; ces poignées en métal précieux les font classer parmi les bijoux, avec les boucles, les crochets, autres accessoires du costume.
La canne est pour le dehors ; à l'intérieur les dames élégantes du xvme siècle font usage de l'éventail ; à Laval on en trouve la mention dans quelques inventaires et l'on peut s'en procurer chez les merciers, mais ils ne sont jamais estimés comme objets de valeur et leur usage ne devait être ni fréquent ni répandu ; on peut supposer <pie nos ménagères lavalloises se servaient davantage de leur aiguille, ce qui ne nuisait nullement à leurs causeries '-'.
A ces accessoires on peut rattacher les parasols dont l'usage est fort ancien et les parapluies perfectionnés a diverses reprises, qui viennent s'ajouter aux capes et aux toiles cirées dont on se servait et dont on continue à se servir contre la pluie 3.
Les dames ont aussi une toilette 4. A l'origine, c'est
1. « Les femmes, dit Mercier {Tableau de Paris, t. I, p. 293), sortent et vont seules dans les rues et sur les boulevards, la canne à la main. Ce n'est pas pour elles un vain ornement, vu la bizarrerie de leurs hauts talons qui ne les exhaussent que pour leur ôter la faculté de marcher ». — Les Civilités enseignent la façon de tenir correctement la canne en promenade, en visite, etc.
'2. Eventail estimé 10 sols (invent. Busson, 1 T * i* i .
.'i. lue toile cirée et deux grands chapeaux ilG72| ; un garde chapeau de toile cirée (1760); Louise Foureau a deux parasols de taflélas \ ert ( 1771).
4. Ce mol désigne aussi une trousse : « une petite toilette couverte de taffetas à mettre des rasoirs » (Jacques Emond, 1689). — On peut rapprocher de ce changement de sens du mot toilette, celui du mot bureau, qui à 1 origine désigna le drap dont on recouvrait la table à écrire, puis, ce drap y étant maintenu à demeure, s'entendit de la table avec ses tiroirs et accessoires.
l'habillemeni lui
un carré d'étoffe dans lequel on enveloppe et sur lequel on étale ensuite les objets nécessaires aux soins de la toilette, comme nous disons aujourd'hui. Renée Débonnaire a une - toilette de velours gris doublée avec franges d'or et d'argent, pelotions, peignes, miroir, mulles de chambre » L659 : Marguerite Cazet, dame de Martillac, « un tapis de toilette de velours vert » 17').") ; .Marie Gazet, femme de Jean Delaporte, « une toilette de toile de coton avec une grande dentelle ; un miroir de toilette couvert de velours, la pelotte aussi de velours bleu et un tapis de toilette aussi bleu ; un miroir de toilette avec sa boite » (1710) ; JeanSalmon, avocat fiscal, « une toilette de moire argentée verte avec une frange d'argent » L72(> . Très souvent, au milieu du xvm' siècle, la toilette se l'ait d'étoffe légère : de toile de coton garnie de dentelle chez l'avocat l'iehot. de mousseline rayée chez Vincent Busson.
Puis un colfret accompagne cette enveloppe d'étoffe : « un petit eolfre de toilette garni d'un miroir, de liette, de boueste, de pelotte, serrure de cuivre avec poignée et clef», dit un inventaire de 1674. Un moment vient où le colTret fait corps avec la table sur laquelle on développait la housse de toilette ; il renferme les divers ustensiles nécessites par cette délicate opération. En 1736, Iîenée Martin, veuve de l'avocat fiscal Jean Salmon, réclame comme lui appartenant en propre la toilette de sa chambre comprenant « une table, un tapis, dvux mousselines, une brodée et l'autre rayée, deux carrés de bois de la Chine propres à recevoir les coiffures, un petit miroir avec son voile, deux petits flambeaux d'argent, deux boites à poudre, deux petites boites pour mettre le rouge et les mouches, un coffre en racine ou sont les bagues, boucles d'oreilles, lourde perles et petits couteaux, les deux plombs, la brosse a l'eau avec sa jatte. le tout d'argent ». Dans le même temps, l'inventaire de Marie Aoustin, femme de Vincent Busson, mentionne
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une « toilette composée d'un miroir avec ses deux carrés, deux boites à poudre, deux boites à mouches et un petit colïre de bois verni en façon de la Chine, estimée 60 livres » ; une autre « toilette rouge composée de deux carrés, deux boites à poudre, deux boites à mouches et un petit colïre, le tout de bois verni, et un miroir, du prix de 40 livres ».
En 1795, Mlle Arthémise Duchemin fait acheter à Paris, par son frère, une toilette et, toute joyeuse, elle lui écrit ! : « Elle est enfin arrivée, cette toilette ! Je la trouve fort belle, et tous ceux qui l'ont vue le disent aussi ; elle m'arriva avant-hier ; rien n'a été rompu; je tremblais pour le miroir : il était bien empaillé, je le trouve d'une belle grandeur. J'ai placé la dite belle dans ma chambre, qui par ce moyen se trouve très pleine : tu passeras désormais pour un homme de goût ».
Bijoux.
Beaucoup de familles lavalloises, même de condition modeste, possèdent quelques bijoux. Les femmes ont des bagues, des boucles d'oreilles, des bijoux de cou, quelques bracelets ; elles y ajoutent au xvin0 siècle des boucles de jarretières, de souliers, des boutons, des boites et tabatières, tous objets d'ornement ou de fantaisie, dont plusieurs figurent aussi dans la parure masculine ; mais la plupart de ces bijoux sont de petit prix.
Les bagues portent le nom de cercles, de joncs 2, anneaux, alliances 3 : on les fait en or. on argent, en laiton appelé tombac ; celles-ci ne sont pas inscrites aux in-