Voir sur ce vin le chapitre de 1 tlimentation
•'!. Maucourt de Bourjolly. Mémoire chronologique sur lu ville de Laval, t. IL p. 190. Bourjolly décril ces frics, particulièrement celles des 25 juin 1713 pour- la paix d'Utrecht, du -" mai 1714 pour le traité de Rastadt, du 6 janvier 1715 pour la paix avec l'Empereur ; il mentionne les statues mythologiques <pii ornent la eharibaude : en 1715, il ajoute que ces statues. « ayant des fusées et des saucissons de poudre mêlés parmi leurs accoutremens, tirent un bruit agréable, agrémenté de celui des tambours, <lcs trompettes el du tonnerre des canons. En 1785, un feu de joie à l'occasion de la naissance d un lils de Louis XVI fut allumé sur le (iast.
La charibaude était ceci : un grand mât planté en terre sur lequel étaient enfilés et superposés des tonneaux défoncés à leurs extrémités el remplis de bourrées, de matières inflammables mêlées de pétards, feux de couleur et autres artifices, le tout orné de lauriers et de guirlandes de feuillage ; le tonneau inférieur repo-
nette fonction d'honneur est exercée par les mieux qualifiés, aux applaudissements de la foule.
lue fête populaire n'est pas complète si l'on n'y mange et si l'on n'y danse : les hommes de la milice, si on les a convoqués pour ces services d'honneur, out un banquet ; la foule se régale de vin clairet et danse dans les rues ; tous chantent et échangent leurs joyeux lazzis, tous ont la vue et la joie des illuminations et des feux d'artifice.
Au château, et souvent chez les plus notables, il y a réunion, festin, danse, spectacle. En 1623, « leurs Altesses donnent un magnifique repas dans la grande salle du château » ; lors dune réception de 1693, le duc d'Orléans offre des oranges aux dames de Laval et galamment en présente une à Mme Duchemin de Bléré, comme à la plus belle, raconte Bourjolly. Une autre fois, en 1730, à l'occasion de la paix conclue entre les lavallois et le duc de la Trémoille, celui-ci fait venir au château une troupe de comédiens de passage à Laval et, dans la belle salle construite par ses ancêtres du xive siècle, il offre le spectacle à ses invites : « après la comédie il y eut un feu d'artifice sur la place, un souper et un concert au château. » Les chroniqueurs mentionnent encore en 1766 un bal au château, de six heures à dix heures du soir '.
sait sur des appuis eulre lesquels étaieul disposés 'les fagots auxquels les magistrats ou les personnes auxquelles on réservait cet honneur mettaient le feu avec une torche de cire blanche dont le payement ûgure chaque année aux comptes de 1 hôtel de ville. — J'ai encore vu une charibaude allumée sur la place de Hercé lors des fêtes données à l'occasion de la première exposition de 1 industrie en 1852.
1. Bourjolly, passim. En 170f). pendant son séjour à Vitré pour les Etats de Bretagne, le comte de Laval fait venir de Laval le maître de danse Triboulet, sieur de Villeneuve, et deux joueurs de violon i dompte du receveur général du comté, communique par M. L. damier). — Bal au château en novembre 1715 (Registre de Me René Duchemin du Tertre, in Bulletin de la Commission hist. de la Mayenne, t. XII, p. 23).
A Tune de ces réceptions, le sieur Marest de la Bouchefollière donne en sa maison de la rue de Chapelle « un splendide repas » à la jeune duchesse de la Trémoille * ; c'était un « gentilhomme fort accompli » que les soixante-dix cavaliers volontaires fournis par la jeunesse lavalloise avaient choisi pour leur chef '-'. Les maires de Laval savaient recevoir. Apres un Te Deum chanté à l'occasion de la paix en 1749, Hardy de Lévaré donne un repas de vingt-cinq personnes, « à cinq services : o le dimanche L2 février L760, son successeur, Léon Foureau, inaugure l'hôtel de ville nouvellement édifié sur la Chiffolière : Guittel de la llonllerie rapporte qu'il v eut « compagnie générale pour les dames et pour la jeunesse, grand rafraîchissement, la danse et un souper » ; quelques années pins tard, an carnaval de 1766, il donna un repas de soixante couverts suivi d'un bal qui dura « jusqu'au lendemain, ou il y eut beaucoup démasques, » écrit Mme delà Jourdonnière, ajoutant qu'il en fut blâme parce que cette fête avait lieu la surveille du service célèbre pour le Dauphin, père de Louis XVI '.
Chaque année. i\>>s représentations sont données au
1. Marie-Madeleine de la Fayette, duchesse de la Trémoille, morte en 1717. âgée de vingt-cinq ans .< cette occasion elle remit à Marest une « belle tabatière d'or ».
2. En février 171»i. les cavaliers lavallois qui aval. -ni accompagné à Vitré la duchesse de la Trémoille furent invités à venir danser au château « en bottes ». et la duchesse « prit un grand plaisir qui ne se passa qu'avec la nuit, et elle nomma par gaieté cette dansele bal botté » (Bourjolly, ibid., t. Il, p. 218).
3. M. de la Beauluère a conserve l'original d'une invitation pour les fêtes de l'hôtel de ville qui était alors uue salle du château où habitait le juge du comté taisant fonctions de maire :
Les officiers de l'Hôtel-de -ville prient Monsieur Le Hirbecde la /truste, bourgeois et ancien receveur pour la veille des grains publies, de leur faire l honneur de venir souper demain au château.
A ÏH6tel-de-ville, ce 23 juin 1744.
De la Villaudray, R. de Lâunay, Duché m in-J a rossais.
2/1) LA VIE PRIVÉE DANS UNE PROVINCE DE I.'oUEST
collège de Laval à l'occasion de la distribution des prix, de certaines solennités, de la visite de hauts personnages. Ce sont des exercices de rhétorique, des comédies et proverbes, des à-propos de circonstance, en vers ou prose, en français ou en latin, dont l'argument avec le programme est distribué aux spectateurs ; ces exercices sont accompagnés de musique, de chants et de danses ' ; ils jouissent d'une vogue singulière et l'affluence v est telle que l'intervention de la police y devient parfois nécessaire et que l'on se voit obligé de donner une représentation spéciale pour les dames, « afin d'éviter la confusion et les désordres. »
Chaque année aussi ramène dans l'octave du Sacre l'exhibition des marionnettes dont le théâtre s'élevait dans la cour des Cordeliers et qui, dirigées par une main habile, représentaient diverses scènes de la vie de Notre-Seigneur : « la Mort-et-Passion, » comme on disait alors, réminiscence des mystères des xve et xvi" siècles 2.
1. Queruau-Lamerie, /.'Instruction publique à Laval avant le XIXe siècle. — La Bibl. de Laval conserve un certain nombre de ces programmes. Ces exercices sont donnés par des élèves selecti «les ehisses de rhétorique, d'humanités, grammaire, quatrième; les programmes, imprimés pour la plupart à Alencon, chez Malassis. étaient distribués aux spectateurs. En 1705, ceux-ci reçurent nu petit livret imprimé par Ambroise (avec les armes de Laval et de la Trémoiîle), très petit in-4° composé d'une couverture armoriée et de quatre pages de texte tiegnum Philippi I'. Hispanorum régis, victricibus Gallorum armis contra innumeras sociorum actes /irinand uni , et epico célébra ml u ni carminé, dabitur in thealro a
selectis collegii Lavallensis alumnis. In aula ejusdem collegii. Ad solemnen prsemiorum distributionem ex liber alitât e insignis capiluii S. Tugali, die /.''a An^usti lit)',, liorà ad vesperam 3*. Trois pages sont données à l'analyse en latin de ces trois actes . suivent les noms des personnages et des acteurs, énumération terminée paires mois : Chanteront Pierre Poisson et François Le /'ce//. La
musique est de In composition de Monsieur Monsinet. Au-dessous
on lit : On la représentera encore le jeudy a une heure après midy pour les Dames seulement, pour éviter la confusion et les désordres ■
'2. Le dernier metteur en scène de ces marionnettes a été, m'a-
Luis il v a les spectacles forains qui de toul temps ont eu un grand attrait pour les lavallois ; les comédiens nomades dressent leurs tentes sur la place puMique ', s'installent sous les halles on au jeu de paume.
(Testa l'autorité municipale qu'il appartient d'autoriser les spectacles donnes par les comédiens ; l'autorisation est généralement accordée sur la vue des bons certificats produits par les pétitionnaires, avec l'obligation d'observer la décence convenable et les règlements de police, de ne pas jouer pendant la nuit, tout au moins après dix heures, souvent même après liml heures ; quelquefois le prix des places est fixé par l'autorité et une représentation est exigée au profil des pauvres.
Outre les théâtres montes sur la place publique ou dans un jeu de paume, il existe a Laval une salle de spectacle construite c< avec l'agrément du juge de police » par un sieur .Nicolas l'auveau '-', « afin de procurer a ses concitoyens quelques délassements honnêtes et d'en tirer quelque avantage. » Le 2!' mars l77Sil adresses l'autorité une requête : comme depuis trois ans il n'a pu avoir sur son théâtre que deux troupes, il demande d'en faire venir une autre après la quinzaine de Pâques : ■ Si
i -on dii. le - père Gerbaull », Ce spectacle a disparu an milieu du \iv siècle. Vers 1820-1825, c étail André Graflard, maître il école, qui « ions les ans à la Fête-Dieu présidai! à la représentation des Ggures au bas de la cour des Cordeliers, souvenir des mystères représentés au xv siècle (Note manuscrite de M, Morin de la Beauluère).
1. Un jour de Fête-Dieu, leclergé change le parcours <!•• la procession pour ne pas passer au milieu des batelenrs installes sur la place. Plus tard, sous l'Empire el la Restauration, ils sonl sur la place Hardy, lui' curieuse aquarelle, dont la copie es( au musée, montre les spectacles forains installes devant la porte Beucheresse. entre 1820 et 1830. — « Ces deux jouis ont été deux jours il angevine, beaucoup de tentes sur la plaie Hardy, profusion de galettes et de cidre doux, grande danse, quatre violons jouaient, il y avait un monde infini » (Mlle A. Duchémin, lettre de- S et 9 septembre 1798).
2. Cette salle était annexée au jeu de paume que Kauveau avait acquis d'Aurat de la Chauvinière dans la rue dite du Jeu-de-1'aume.
278 LA VIE PRIVÉE DANS l NE PROVINCE DE i/oi EST
les temps sont durs, écrit-il, les fonds que les comédiens pourront tirer des particuliers aises seront consommés dans le pavs » : il ferait jouer telle troupe qu'il pourra trouver, troupe de tragédie, de comédie, d'opéra comique ou bouffon, qui donnerait d'ailleurs une représentation au profit des pauvres; l'autorisation est accordée.
Ces troupes rappellent la composition et l'odyssée de la troupe du Roman comique, et peut-être celle-ci a-t-elle fait séjour à Laval dans ses pérégrinations entre le Mans, la Flèche, Mayenne et les pays voisins '. Que ce soit elle ou d'autres, on y reconnaît, malgré le laconisme des documents, les types immortalisés par Scarron : même forfanterie, mêmes noms sonores et sans doute mêmes mœurs. Telle est cette « troupe de la Marine. » hébergée en septembre 1670 à l'hôtel de la Perle, dirigée par le comédien Scipion du Pille, qui traite avec un voiturier pour son transport à Ghâteau- Gontier avec « le bagage, équipage et autres choses de la dite comédie ': » : voyage de roman comique. Elle est bien de ce milieu, cette « dame de la Guillotière » qui joue la comédie à Laval en 1780, y accouche d'une fille baptisée à la Trinité comme enfant légitime de Jacques de Villeneuve et de Jeanne Galliot, de Nancy, la laisse en nourrice, envoie pendant quatorze mois de l'argent a la mère nourricière, puis demeure introuvable, abandonnant la fillette que recueille Marie Duchemin, « supérieure de l'école de charité des orphelins de cette ville. »
De Vitré, Mme de Sévigné écrit : >< Je fus encore à la comédie ; c'était Andromaque, qui me lit pleurer plus
1. Hypothèse <le M. Chardon : /.</ Troupe du roman comique dévoilée.
invention entre Scipion du Pille el Louis Lancelin qui s'en- .i transportera Château-Gontier le matériel <lr la troupe moyennant 26 1. t., payables par moitié 1<- jour <lu chargement et le jour de 1 arrivée : si les bagages font |>hi> de trois charretées «le [".500 livres chacune, le sieur <lu Pille paiera le surplus à proportion Ambroise Piau. notaire .
de six larmes : c'est assez pour une troupe de campagne ■» : quelques jours plus tôt Mine de Chaulnes avait donné à ses invités « la comédie de Tartufe, point trop mal jouée » ; un autre jour la marquise retourne encore à Vitré chez ces comédiens de campagne qui jouent « parfaitement bien le Médecin malgré lui : on en pense pâmer de rire '. » Ces troupes qu'attirait rassemblée des Etats de Bretagne étaient de celles qui séjournaient à Laval ; le répertoire était le même, et les lavallois, comme les vitréens, pouvaient à leur tour verser des larmes ou se pâmer de rire selon le caractère du spectacle.
Les quelques autorisai ions conservées dans les archives sont datées du XVIIIe siècle, mais elles l'ont suite évidemment à celles que la magistrature dut accorder au siècle précédent. En I7.'>i). Joseph Dupuis et ses associés sont admis à élever dans la salle du jeu de paume un théâtre pour y représenter des « pièces de comédie tant françaises qu'italiennes » ; en L750, on autorise Etienne Farcy, venu avec sa troupe dans le dessein de voltiger el danser sur la corde, niesuie de faire des feux d'artifice dont il se Halte que le public ne sera pas peu satisfait » : il s'agit la d'une troupe d'acrobates, peut-être installée sur la place publique : d'autres fois ce sont des montreurs de marionnettes, spectacle fort recherché jadis et très perfectionné, donl la vogue s'est continuée jusqu'au milieudu xixe siècle2 : Jean Leclerc,