Souvenirs, t. I. p. 11 Les <'ntiit<'s recommandent de ne
pas trop se faire prier, de m pas souligner par gestes l<
Mais les convives étaient d'assez bonne éducation pour les encourager et les applaudir.
( Je sont là divertissements de famille, qui se passent à la maison ; mais on aimait la promenade jadis : on sort volontiers le dimanche pour goûter les charmes du soleil ou de l'ombrage, selon la saison, et aussi pour avoir une occasion de « s'habiller. »
La campagne lavalloise est charmante, que l'on se rende par exemple au sanctuaire d'Avénières par le Bourg-Hersent et la Phlippotière, ou en longeant la Mayenne par les prairies de la Croix, d'où l'on pouvait voir sur l'autre rive les toiles de Laval étalées sur les prés des blanchisseries. On sait d'ailleurs où l'on rencontrera sa « société », où l'on pourra rire et potiner à son aise assis sur ces bancs massifs peints en vert céladon, fixés à demeure sur les promenades. On a planté le Gast, la petite place d'Avénières, les abords de la Chiffolière : mais on recherche surtout au xvin8 siècle l'ancien boulevard delà porte Beucheresse ' que le maire Hardy de Lévaré a transformé en promenade et planté de tilleuls ; c'est là que se peuvent grouper les familles habitant les rues mal ensoleillées du quartier de la Trinité, et bien d'autres : on -peut regretter qu'il ne se suit pas trouvé à Laval un Debucourt pour reproduire au pinceau les physionomies, les allures, les toilettes des lavallois et lavalloises de ce temps.
Les fêtes publiques, religieuses ou profanes, sont fréquentes. Le cycle liturgique ramène chaque année le retour des grandes solennités religieuses, et parmi cellesci les processions de la Fête-Dieu si belles et si populaires a Laval. On les a décrites plus d une fois ; on a pu
sur lesquels ou veut attirer les louanges, « et surtout il ne faut ni tousser, ni cracher, ni être trop long à accorder sa guitare ou son luth.
1. Dans une assemblée de la Maison de la Ville (1731), il est décidé de continuer le « pavé de la ville, vers Cossé » et, de ne plus avoir de « portes fermantes » à la porte Beucheresse.
«lire combien était pittoresque et touchant ce long défilé sous les toiles tendues (rime maison à l'autre1, dans les nies jonchées de Meurs, entre les maisons décorées de feuillages, de tapisseries, de draps ingénieusement ornés ; tous les corps de la cité y prenaient part, les communautés des métiers et les confréries avec leurs bannières, leurs guidons 2, leurs musiciens, chacun portant à la main un bouquet de fleurs ; le nombreux clergé des paroisses et des maisons religieuses, les magistrats de l'hôtel de ville et des divers sièges, en toge et précédés de leurs sergents. Nos chroniqueurs notent avec soin les incidents qui se sont produits, le mauvais temps qui les a contrariées, la présence de personnages de marque, les querelles de préséance entre tous ces corps jaloux de leur dignité, de leur rang minutieusement réglementé par le juge de police! l'uis ce sont les grandes processions occasionnées par les missions, par la canonisation des saints des ordres de saint Dominique et de saint François, les jubilés, ou quelqu'autre de ces fêtés religieuses qui produisent toujours \[in^ impression de saine et pieuse émotion.
De temps à autre, c'est une fête profane qui vient divertir les lavallois ; elle comprend habituellement nue prière, messe solennelle ou Te Deum, pour la célébration d'un heureux événement dont il est juste de remercier Dieu, et elle se poursuit par des divertissements.
On fête nue victoire des années du roi ou la conclusion de la paix, la naissance d'un dauphin, un mariage ou quelque événement heureux dans la famille royale
1. La dernière rue tendue à ciel a été celle des Orfèvres en 1880 ou 1881. Les processions de la Fête-Dieu, qui occupaient une bouue partie de la journée, amenaient l'exhibition îles toilettes <l été el 'l<' petites réunions, où Ton offrait vins el gâteaux, dans les maisons situées sur le passage du cortège.
2. J.-.M. Richard, Les Torches des communauté:; lavallois es aux processions de la Fête-Dieu.
ou dans celle des comtes de Laval'. Telle est la nouvelle tant désirée de l'abjuration du prince deTarente". A peine est-elle parvenue à Laval qu'on s'assemble à l'hôtel de ville ; on y décide de célébrer ce retour du comte de Laval à la religion catholique : le dimanche suivant on chante un Te Deum à Saint-Tugal ; le soir on allume un grand feu sur la place pnhliqne et les particuliers illuminent leurs maisons au signal donne par la cloche populaire la Luanne. Telles sont encore les fêtes données à l'occasion de la paix de ( ira vélines 1644), des traités de paix d'Utrecht et de Rastadt, copieusement décrites par Bourjolly.
Les séjours des seigneurs de Laval dans leur château donnent lieu à des réjouissances publiques. On met sous les armes la milice lavalloise, ses deux compagnies de pied, compagnie rouge et compagnie bleue, qui attendent à l'entrée de la ville les nobles hôtes ; on fait monter à cheval, brillamment costumée, la jeunesse riche : elle s'en va quérir à quelque distance, parfois jusqu'à Vitré comme en 1716 , les seigneurs attendus et les escorte jusqu'en ville. Là on leur offre des présents, des liqueurs, des confitures, diverses friandises, le tout présenté sur un plat d'argent. Les rues sont décorées ; on y installe des arcs de triomphe, des reposoirs où sont figurées, souvent en tableaux vivants, des allégories ou Ai'^ mvthologies dont la Renaissance et l'influence italienne ont amené le goût en France. En 1627. la princesse de Tarente est saluée à son entrée en ville par six belles
1. lîii septembre 1729, réjouissances à 1 occasion de la naissance du Dauphin : Te Deum, messe solennelle, feu d'artifice, illuminations, pétards jetés par les fenêtres, charibaude de deux cents fagots, soupers, bal. distribution de vin au public, etc. — Le 17 février 1737, pour la naissance d'un fils de la duchesse de la Trémoille, « après une longue stérilité », programme analogue, graud diner chez Sajmon, avocat fiscal et receveur du comté.
. Le 3 septembre 1670, entre les mains d Arnauld, évêque d Angers.
Égyptiennes parées de pierreries, captives conduites par un cortège de Turcs et de sauvasres ; elles la haranguent et lui demandent leur liberté, à quoi la princesse se prête de la meilleure grâce du monde en rompant 1rs liens dores qui les tenaient enchaînées '. Aux arcs-detriomphe sont attachées des ligures allégoriques avec des devises : Amor flammas «lit. lisait-on en 1766 lors de la réception de la duchesse de la Trémoille. Une autre l'ois, c'est une Renommée qui surmonte la charibaude, un Bacchus « au nez bien boutonné, » juché sur une fontaine dont le bassin esl rempli du « pins excellent vin clairet que le terroir lavallois produit '-' ». Ou l'ait tonner les coulevrines de la ville, on allume le l'eu de joie qui brûle sur la place publique, puis sur ta Ghiffolière en I7f>7, après la construction de l'hôtel de ville, et prolonge dans la nuit les joies e1 les amusements de la journée. Là charibaude est le ronronnement de la fête lavalloise 3 ; les invités ou 1rs autorités)' niellent le feu :
1. Bourjolly (t. II. |>. 128) nous à conservé Les noms de ces belles demoiselles choisies dans les familles notables de Laval. L'érudit Ed. l'iain (li- la Gaulai rie a donné !<• détail 'If l'entrée a Vitré, le 18 juin 1Ô17. d'Anne de Montmorency, femme de l>n\ XVI; cette description peut être appliquée aux entrées solennelles a Laval [Cent ans </'• vie vitréenne, p. 209 ,