‹ La vie privée des anciens (volume 2)Chapitre 17 sur 42 · SC · texte numérisé non relu

SC

Fig. 217. — La Harpe.

elles, mais dont aucune ne ressemble à celle des Grecs et des Romains. Voici, figure 218, une épée très richement décorée et dont la lame, assez

Fig. 218. — Epée égyptienne.

évasée à la base, va s'amincissant en ligne droite jusque vers l'extrémité qui devient extrêmement fine. Le fourreau qui est représenté sur la

^^^lîM^

Fig. ".iiy. — Arme egyplieuûe.

figure 219 implique, au contraire, une épée dont la lame a une égale largeur sur toute son étendue. Ces armes, qui sont peintes sur les mo-

Fig. 820. — .4rme égyptienne.

numents égyptiens et qu'on ne peut pas manier puisqu'elles n'existent pas en nature, sont quelquefois d'un usage difficile à expliquer. On ne comprend pas trop comment on employait celle qui est représentée sur la figure 220 et qui est pourvue d'un manche à tête d'animal.

Les épées égyptiennes sont généralement assez courteset quelquesunes mériteraient plutôt le nom de poignards. Au reste, il y avait aussi

LES ARMES

de véritables poignards; on s"en servait en appuyant le pommeau sur la paume de la main fermée et en laissant passer la lame entre l'index et le médium.

Les poignards égyptiens sont quelquefois de la plus grande richesse. Le musée de Boulaq en possède un dont le catalogue donne la description suivante : « Un poignard d'or et un fourreau également en or. Monu-

Fig. 221. — Arme égyptienne.

ment sans égal pour la grâce et l'harmonie des formes. Quatre têtes de femmes en feuilles d'or repoussées sur le bois forment le pommeau.

Fig. 222. — Arme égyptienne.

La poignée est décorée de semis de triangles or, lapis, cornaline et feldspath, arrangés en damier. La soudure de la lame au manche est

Fig. 223. — Arme égyptienne.

artistement cachée par une tête d'Apis renversée. La lame est la partie la plus remarquable de ce magnifique monument. Le pourtour est en or massif. Une bande d'un métal noirâtre occupe le centre. Sur cette bande sont des figures obtenues par une sorte de damasquinure. D'un côté est l'inscription : Le dieu bienfaisant, seigneur des deux pays, Ra-neb-pehli, vérificateur comme le soleil à toujours. Cette inscription est suivie par une représentation très-rare qui n'est pas e.xemptc d'une certaine influence asiatique, celle d'un lion se précipitant sur un taureau. Quatre sauterelles qui vont en s'amincissant jusqu'à l'extrémité IV 29

LA GUERRE

de la lame terminent la scène. De l'autre cûté, on lit près de la poignée: Le fils du soleil et de son flanc, Ahmis-Nakht, vérificateur comme le soleil à toujours. Quinze jolies fleurs épanouies, qui, comme sur l'autre face, se perdent vers la pointe, complètent l'ornementation.

On voit quelquefois aux mains des rois d'Egypte une sorte de poignard recourbé. Cette arme, qui est un emblème de vaillance, avait reçu à cause de sa forme le nom de khopesh, nom égyptien de la cuisse de bœuf. C'est une arme qu'on voit fréquemment dans la main des officiers et jamais dans celle des soldats. Nous en voyons divers exemples sur les figures 221, 222, 223. En général, on trouve dans les armées orientales des armes plus ou moins recourbées, tandis que l'épée droite domine à peu près exclusivement dans les armées de la Grèce et de Rome.

L\ LANCE ET LE JAVELOT. — La lancc dcs tgyptiens est d'une

Fig. 224. — Un pharaon armé de la laoce. (Bas-rchef do Karnak.)

longueur moyenne et ne parait pas avoir été d'un usage aussi commun

LES ARMES

que l'arc et la flèche. Néanmoins elle apparaît sur plusieurs monuments et même dans les mains d'un pharaun (fig. 224). Le héros foule aux pieds un ennemi vaincu et en saisit par le bras un autre dont les genoux flcchissent déjà et qu'il va transpercer de sa lance. Le costume et l'air de tète du héros le font assez reconnaître pour Égyptien, tandis que la barbe et le costume des guerriers vahicus font reconnaître qu'ils sont d'origine asiatique. Ces guerriers sont probablement des rois, ou tout au moins de très-grands personnages, car leur stature

Fig. '225. — Le javelot grec. (D'après une ijeinture de vase.)

est la même que celle du roi d'Egypte, et l'artiste n'aurait pas manqué de les représenter beaucoup plus petits, s'il avait voulu montrer des ennemis ordinaires. Le personnage qui va être frappé par la lance du pharaon tient en main un arc dont l'exigu'ité est tout à fait remarquable.

La lance des Grecs est représentée sur la figure 225, où l'on voit un héros poursuivant un cavalier qui semble demander grâce en fuyant devant son ennemi. Cette lance est à proprement parler un javelot qu'on lançait contre son adversaire. Ce javelot était extrêmement léger, et hs guerriers en portaient généralement deux avec eux; mais ils n'employaient le second que s'ils avaient manqué le but en lançant le premier.

LA GUERRE

Le javelot romain (hasta) se composait de trois parties distinctes : la tête, en bronze ou en fer, le manche, qui était généralement en bois de

Fig. 22G. — Soldat romain lanr ant son javelot. {D'après une miniature de Virgile du Vatican.)

frêne, et le bout, qui était formé d'une pointe de métal. Une minia-

z=:ti=

Fig. HT, 22S et 329. — Armes romaines.

ture du Virgile du Vatican montre un guerrier lançant son javelot contre des soldats ou défendent un rempart (fig. 226).

Le pilum est uut. arme lomaine dont on peut voir la représentation sur les figures 227, 228 et 229. Ces armes ont été trouvées aux environs d'Alise.

L'arc. — Les Égyptiens étaient excellents archers. L'arc se tenait dans la main gauche et à pleine main ; quand on le tirait on tendait la corde avec la main droite, mais sans faire toucher le coude au corps. 11 y a des arcs de forme très-différente (fig. 230, 231, 232) : quelquefois ils sont tout à fait droits, et flexibles seulement à leurs extrémités;

LES ARMES

ils sont garnis d"unc corde de boyau ou de cuir. Cette corde se plaçait sur un petit bout encore pourvu à chaque extrémité d'une rainure dans laquelle on l'insérait; quelquefois c'est un simple nœud. Pour attacher le cordon, on fixait en terre le bas de l'arc, et alors, l'archer, debout ou assis, pressait avec le genou la partie inférieure de Tare, et en le courbant d'une main, on passait le cordon avec l'autre main dans la rainure. Quelquefois aussi l'arc égyptien présente une double courbure.

Fig. 230. — Aie égyptien.

Pour protéger le poignet, on pinçait sur le bras gauche une garde qui empêchait le cordon de heurter la main en se détendant. Cette

Fig. 231. — Arc égj'ptien.

garde était fixée autour du poignet et maintenue par une courroie qui venait se rattacher au coude (fig. 233).

Fig. 232. — Arc égyptien.

Pour ajuster, le bout de la flèche devait se trouver un peu au-dessous de l'œil. Les flèches étaient faites en bois ou en roseau : la pointe était quelquefois en bronze et généralement triangulaire. Quelquefois les pointes sont garnies de lames collées à distance égale et aboutissant à un point commun. La pointe est souvent aussi en silex, et quelquefois c'est une pointe de bois fixée sur un roseau : mais ces flèches étaient trop légères pour servir à la guerre et on les employait presque exclu-

LA GUERRE

sivemeiit pour la chasse. Du côté opposé à la pointe, on fixait généralement trois plumes pour diriger le mouvement de la flèche. On peut

Fig. 233. — Archer égyptien.

voir au musée égyptien du Louvre (salle civile, armoire H et vitrine U) une collection de pointes de flèches. Quelques-unes sont formées d'une

Fig. a34. — Lo tir de Tare.

triple pointe en silex, ajustée dans la fente du bois, ou fixée au moyen d'un mastic noir.

Les Égyptiens passaient pour être des archers fort habiles, et

LES ARMES

l'exercice de Turc était un des plus estimes. La figure 23/i montre des archers tirant ensemble avec une symétrie de mouvements qui montre des hommes très-exercés. Sur la figure 235, on voit un jeune homme qui apprend à tirer de l'arc : un homme placé derrière semble lui donner des conseils et veille à la précision de ses mouvements.

Les flèches étaient contenues dans un carquois qui présentait généralement la forme d'un étui. Ce carquois était quelquefois, parmi les Égyptiens surtout, d'une grande richesse décorative (lig 236, 237).

L'arc primitif des Grecs paraît avoir consisté en deux cornes jointes ensemble par une pièce droite placée au milieu de l'arme. Cette lorme

Fi^. 235. — L'exercice de l'arc.

d'arc a persisté très-longtemps, bien que les cornes aient été par lu suite remplacées par deux morceaux de bois légèrement recourbés. On peut en voir un exemple sur la figure 238. 11 y a aussi une autre espèce d'arc qui. lorsqu'il était détendu, présentait une forme demi-circulaire (fig 239). C'est cette ressemblance de l'arc avec le croissant de la lune qui l'a fait donner pour attribut à Artémis ou Diane, la déesse lunaire. Les arcs de ce genre apparaissent fréquemment sur les représentations d'amazones.

En dehors de l'époque homérique, les Grecs ne paraissent pas avoir employé beaucoup l'arc comme arme de guerre, au moins dans leurs armées régulières. L'usage en était généralement restreint à la chasse, exercice dans lequel les jeunes gens étaient extrêmement adroits. C'est au même titre que l'arc nous apparaît chez les Romains, car jamais cette

LA GUERRE

arme ne fut introduite dans leurs armées, si ce n"est par des troupes auxiliaires.

L'arc nous apparaît au contraire chez la plupart des peuples barbares

Fig. 237.

Carquois égyptiens.

avec lesquels les Grecs ou les Romains se sont trouvés en lutte. Nous

Fig. 239.

le voyons chez les Scythes et chez tous les peuples de la haute Asie. Les Parthes furent de très-habiles archers et c'est avec l'arc, leur arme de prédilection, qu'ils causèrent aux Romains de si grands désastres. Mais il faut remarquer que les Parthes étaient des cavaliers qui com-

LES ARMES. 233

battaient en fuyant, et il en a été de même pour la plupart des peuples dont l'arc était l'arme principale. Les Numides, qui après avoir été les implacables ennemis de Rome devinrent seS fidèles alliés, combattaient avec les mêmes méthodes.

La fronde. — La fronde est un instrument de guerre très-primitif qu'on trouve au début de toutes les civilisations, et dont les sauvages se servent encore aujourd'hui. Il n'est donc pas étonnant que la fronde figure parmi les armes égyptiennes : ou la trouve en effet sur les peintures de Thèbes et de Beni-Hassan. La fronde égyptienne consiste en une lanière de cuir ou de corde tressée. Elle est large dans le milieu, se rattache à la main par une boutonnière et se termine par une mèche qui s'échappe du doigt au moment où on lance la pierre.

Les Grecs et les Romains se sont aussi quelquefois servis de la fronde, néanmoins c'est surtout chez les barbares que cette arme a eu de l'importance, parce que sa fabrication n'exigeait pas une industrie bien avancée. Les balles que lançait le frondeur étaient quelquefois en plomb, mais la plupart du temps, elles consistaient simplement en pierres ramassées dans les chemins ou sur les champs de bataille. Les Romains se servaient de lingots de plomb dont quelques-uns portaient des inscriptions, telles que : « frappe avec force »; — ou bien: « lance », etc. D'autres portaient le numéro de la légion.

Le casque. — Le casque égyptien présente plusieurs formes différentes, mais il n'a pas la grande aigrette qui donne une si belle tour-

Sis.-ao. Fig. 2-il.

Casques égyptiens.

nure aux casques grecs (fig. 240, 241). Quelquefois les casques égyptiens sont coniques; d'autres sont sphériques et se nouent par de petits cordons attachés sous le menton. Il y en a que décorent de petites bandes métalliques. La plupart descendent assez bas pour pro- IV. 30

tij;. m.

Caayuo a'uQ Pharaon.

téger la nuque. Les casques des soldais égyptiens sont généralement faits de joncs tressés.

Les rois portaient à la guerre un casque couvert d'une peau de

panthère et orné de l'urœus, petit serpent qui dresse la tête et qui est l'insigne des Pliaraons. Un large ruban accompagnait quelquefois le casque et pendait sur les épaules (fig. 2/.2).

Les casques grecs primitifs étaient faits avec des peaux d'animaux. Les héros aimaient à se coiffer avec la peau dure et hérissée des bêtes féroces qu'ils avaient tuées.

Il est même probable que ces peaux couvraient toute la personne, comme on le voit sur les casques d'ancien style où Hercule porte une peau de lion, et ce n'est que dans une époque postérieure que l'on songea à faire, pour préserver la tête, une armure spéciale. La peau du chien paraît avoir été fréquemment employée dans les temps primitifs, mais celle du taureau, qui offrait beaucoup de solidité, dut être préférée de bonne heure. Lorsqu'on commença à faire des casques véritables, quelquesuns furent encore recouverts avec la tête d'un animal, comme on le voit sur la figure 243, qui est tirée du fronton du temple d'Égine. Mais le casque ici représenté appartient à une époque à peu près contemporaine des guerres

médiques, et la tête d'animal qui en recouvre la partie antérieure n'est qu'un luxe décoratif.

Le casque des temps héro'iques, tel qu'on le voit représenté sur une multitude de vases, était pourvu d'un masque mobile qui s'adaptait entièrement au visage; des ouvertures étaient pratiquées dans ce masque pour voir et pour respirer. Au moment du combat on plaçait ce masque, qu'on remontait ensuite de manière que le bas couvrit seulement le front. La figure Ihh nous montre un casque grec de la forme

fig. -lis. — Casque.

LES ARMliS.

la plus ancienne. 11 est surmonté d'un cimier très-ôlevé portant une grande aigrette. Ces aigrettes étaient presque toujours faites en crins

Fig. 244. — Achille et Ajax. (D après uno peinture de vase.)

de cheval ; dans les casques de cette époque toute la queue retombe quelquefois par derrière.

ilg. 245. Flg. 246.

Casque grec Taisant saillie sur le front.

Les casques étaient souvent ornés d'ouvrages en relief, repoussés, ciselés ou rapportés en différents métaux. Le cimier était surmonté

236 LA GUERRE

d'un panache ou de crêtes fixées dans des rainures et faites ordi-

Flg. 247. i'ig. an

Casques grecs.

nairement de crins de cheval. Quelquefois il y avait deux ou trois

Fîg. 249. Fig. 250.

Casques grecs

de ces crêtes et celle du milieu se terminait par une lonsne touffe

Flg. 251.

Casques grecs.

de crins que le vent agitait. C'est ainsi que, dans Homère, le petit Astyanax est eiïrayé par la crinière du casque d'Hector. Les crêtes des

LES ARMES

Fiij. 253. — Casque Ihebaïu.

côtés étaient courtes, droites et raides; et quelquefois en fils d"or. Les panaches étaient souvent soutenus par des figures en relief, comme des sphinx, des chevaux, des griffons, ou d'autres monstres fantastiques. Quelquefois le panache est détaché du casque et supporté par une tige droite. Les casques avaient aussi des ailes ou des plumes élevées de chaque côté dans des coulisses, comme nos plumets. Ces ailes sont de diverses couleurs. On en voit au musée de Naples dans des peintures des tombeaux de Pœstum.

Les casques grecs sont quelquefois pourvus d'une visière faisant saillie sur le visage qu'elle est chargée de protéger, commeonle voitsurlesfigures245et2/i6.

Dans les moments où on n'était pas aux prises avec l'ennemi on rejetait la visière en arrière, oouime le montre la figure 2/i5, et lorsqu'on en venait aux mains, on la rabattait de manière à proléger les yeux.

Toutefois les monuments présentent des scènes de combat où la visière est relevée ou rabattue indistinctement (fig. 2/)5 à 252).

Les casques grecs sont en général bombés par derrière; cependant on en voit quelques-uns, comme celui qui est représenté sur la figure 251, qui sont complètement ronds et dépourvus du cimier. Mais cette dernière forme est beaucoup plus commune chez les Romains que chez les Grecs. La crinière, qui dans quelques-uns de ces casques descendait très-bas, n'était pas un simple ornement. Elle était destinée surtout à préserver le cou (fig. 252). La figure 253 montre un casque thébain de l'âge héroïque. Elle est tirée d'un vase peint et représente Cadmus. Ce casque, de forme conique, est d'ailleurs assez rare.

Le guerrier macédonien, dont la figure 25/j montre, la tête casquée à

Fig. 254. — Casque macédonion.

LA GUERRE

côté de celle d'un cheval, est tiré de la grande mosaïque de Pompéi et représente un des compagnons d'Alexandre. 11 est placé immédiatement derrière le roi; on peut facilement voir sur cette figure les détails du harnachement du cheval, dont la décoration est d'ailleurs très-sobre. Voici un casque dont la forme générale est celle d'un bonnet phrygien : le front est décoré d'une tête coiffée d'un masque de lion. Un lion ailé, d'un caractère asiatique, orne les ailerons qui garan-

Fig. 255. — Casque aniique.

tissent les oreilles, et le corps du casque est entouré d'un collier de perles, dont une petite tête occupe le centre. Un grand panache accompagnait probablement cette belle pièce dont le travail paraît appartenir à l'époque d'Alexandre (fig. 255).

Le casque reproduit sur la figure 256 est au musée du Louvre : il occupe une place d'honneur dans la salle des bijoux. 11 est difficile de dire à quelle nation il faut rattacher cette curieuse arme défensive qui a été trouvée dans la Grande Grèce, mais dont la forme n'est reproduite sur aucun monument connu. 11 a sans doute appartenu à un chef riche et puissant et il est aussi remarquable pnr la délicatesse du travail que

LES ARMES

par la bizarrerie do son aspect. Il est de forme conique et surmonté de deux ailerons de fer qui lui donnent un peu l'apparence d'une lyre. Une fourche à deux dents est plantée sur le sommet du casque dont la base est ceinte d'une couronne de .feuilles de laurier en or. La figure 257 se rapproche un peu de la précédente par sa forme conique et provient de la même contrée.

C'est encore au Louvre qu'on peut voir le casque représenté sur

fig. &■>.

Fis. -257.

Casques antiques.

la figure 258 : il faisait partie du musée Campana où il était catalogué comme étrusque. Sa forme générale le rapproche beaucoup du casque romain, mais la visière qui redescend en pointe pour garantir le nez rappellerait plutôt les casques grecs. Le front est décoré d'une tête de Méduse et la partie supérieure est surmontée d'ornements qui étaient probablement le support d'une aigrette.

Les casques, que portent les soldats sur les monuments romains, sont d'un caractère très-simple. Ils sont d'une forme généralement arrondie et n'ont pas d'aigrette (fig. 259 à 265). Ils ont généralement aussi des menlonnières, ou tout au moins des ailerons pour garantir les oreilles.

240 LA GUERRE

Les casques des centurions se distinguent parce qu'ils étaient munis

h'i-^. 'jÛjH, — Casque étrusq-ie du musée Campana.

d'un cimier qui était quelquefois plaqué d'argent et orné déplumes sombres.

Casques romains.

Fig. 260.

Il est difficile d'assigner une nationalité au casque représenté sur la figure 265 : il a la forme générale d'un casque romain, mais il est

LES ARMES

pourvu d'un appendice pour garantir le nez, détail qu'on remarque surtout dans les casques grecs. Mais ce qui fait la particulariié de ce casque, c'est l'aileron en forme de tête de bélier qui est rabattu sur l'oreille et qui, contrairement à l'usage, ne paraît pas mobile. Ce casque

Fig. 26i.

Casques romains.

ne semble pas disposé pour recevoir un panache, mais il est pourvu par derrière d'un appendice destiné à garantir le cou.

le médaillon que prô-

On a voulu voir un portrait d'Annibal dans sente la figure 266. Si l'authenticité du personnage peut être révoquée en doute, le casque n'en est pas moins curieux, parce qu'il montre le costume d'un chef carthaginois à l'époque des guerres puniques. Sa forme générale se rapproche du casque grec plus que du casque romain, quoiqu'il participe des deux.

Les trois plumes que nous voyons en avant se trouvent quelquefois sur les monuments qui représentent des Samnites, des Campaniens ou des Grecs de l'Italie méridionale. Le fait au surplus n'a rien de bien surprenant, puisque lesGarthaginoisétaient à l'époque des guerres puniques maîtres do la Sicile, et fortement mêlés aux habitants de la Grande Grèce. L'aileron que l'on voit sur le côté, et qui est destiné à protéger l'oreille, se retrouve quelquefois dans les casques italiens de cette époque.

La figure 267 nous montre un casque gaulois dont la forme diffère essentiellement de tout ce que nous avons vu jusqu'ici. Il ne faudrait IV. ■ 31

■ CasquQ romain.

LA GUERRE

pas en conclure toutefois que les armées gauloises avaient dans leur armement un uniforme très-rigoureusement observé. 11 est très-pro-

Fig. 204. — Casques lumains.

Fig. 2S5. — Casque bélier.

bable au contraire que les chefs gaulois s'habillaient un peu à leur

Fig. 266. — Casque carlhagÎDOis.

fantaisie et que nous avons ici une forme de casque particulière à un individu et non typique. Il en est de même du casque représenté sur la fisure 268. Sa forme, étrangère aux armées grecques et romaines,

LES ARMES

fait involontairement penser aux armes du moyen âge. Ce casque, qui a probablement servi à un soldat barbare d'une nationalité inconnue,

tJo'. 207, — Octsque ç'aulujs.

Fig. 26S. — Casquo barbare.

devait préserver entièrement le visage, mais comme il est d'une seule pièce et ne renferme aucune partie mobile, il devait être singulièrement incommoJe et d'une chaleur accablante en été.

L'armure. ;— Les Égyptiens se servaient de plusieurs espèces de

Fig. :

cuirasses; les plus communes étaient faites avec de la toile de lin, dont plusieurs pièces étaient collées l'une à l'autre à l'aide d'une prépa-

LA GUERRE

ration. On faisait aussi des cuirasses avec du cuir quon garnissait de bandes de métal. Quelques-unes de ces armures semblent même d'une construction assez remarquable (lig. 209, 270.)

Armures grecques.

La cuirasse de l'armure antique est un corselet fait tantôt de cuir, tantôt de métal uni ou bien formé d'écaillés ou de bandes métalliques.

Fig. 273. — Soldais romains.

Chez les Grecs, antérieurement aux guerres modiques, la cuirasse était quelquefois formée de deux pièces de métal distinctes qui affectaient

LES ARMES

de se modeler sur la forme du corps : une des deux pièces garantissait la poitrine et le ventre, l'autre servait à garantir le dos. Des fragments de cuirasses de ce genre ont été trouvés dans un tombeau de Pœstum. Les armures grecques présentent au surplus des types trèsdivers (fig. 271, 272).

Un autre genre de cuirasses, beaucoup plus compliquées et par conséquent plus coiJteuses, était formé de parties mobiles et reliées ensemble au moyen de charnières. Les cuirasses de ce genre n'étaient portées que par de très-grands personnages ou des officiers supérieurs.

Fig. -ill.

Soldat cuirassé d'ecaiUes.

La cuirasse des soldats romains était généralement en cuir avec des bandes de fer et ils portaient avec cela une- espèce de tunique à manclics courtes qui descendait jusqu'aux genoux et couvrait les hanches. On en voit un modèle très-complet sur la figure 273, qui représente dt'S soldats romains attaquant les Daces postés sur une colline. Quelquefois la cuirasse était garnie d'épaulettes pour garantir les épaules et se terminait par des bandelettes de cuir.

La colonne Trajane nous montre plusieurs exemples de cuirasses composées de petites pièces en forme d'écaillés semblables à celles d'un poisson, en ce sens que les écailles, circulaires dans leur extrémité inférieure, se recouvrent l'une l'autre d'après un système parfaitement régulier. Quelquefois ce sont les écailles d'un reptile qu'on a

246 LA GUERRE

voulu imiter et alors elles sont angulaires à leurs extrémités et forment

Fig. ira. — Soldat.

comme autant de losanges superposés dont l'angle est toujours dirigé

Fi„-. 2-6.

Fi'. 277.

Corselets.

en bas. La colonne Antonine montre des cuirasses dont les écailles reproduisant assez exactement celles de la vipère. Enfin on voit sur un

LES ARMES

bas-relief de l'arc de Trajan un corselet dont les écailles sont disposées en plumes d'oiseau. On voit que ces écailles présentaient une assez

Fig. 'ils. — Corselcl.

grande variété dans la forme, mais elles étaient toujours faites de corne ou de métal et cousues sur un fond de cuir ou de toile.

Fig. 'i~9. — Cuirasse gaulujse.

Le soldat représenté figure 21k est tiré de la colonne Antoniue. La cuirasse est formée par une succession d'écaillés.

LA GUERRE

C'est encore un soldat romain qui est représenté sur la figure 275. Sur la colonne Trajaiie, d'où il est tiré, 'ce soldat est parmi ceux qui conduisent les chevaux de l'état-major. 11 tient sa lance et son bouclier.

Un antre genre de cuirasses qu'on voit fréquemment représentées sur les statues d'empereurs ou de grands, sont en cuir, damasquinées et rehaussées d'ornements métalliques d'une grande richesse. Dans le corselet, sur la figure 276, une tête de Méduse est placée sur les pectoraux et des griffons ailés occupent le milieu de la poitrine. Dans la figure 277 des prisonniers accroupis dos à dos remplacent les griffons de l'armure précédente, et au lieu du masque de Méduse on voit une tête portée sur le croissant de la lune. La figure 278, qui est vue de

Fig. 280. Fig. 281.

Jambières.

profil, montre bien la couture placée sur le côté de la cuirasse, dont la décoration teiUrale est formée de figures ailées. On remarquera que les bandelettes de cuir qui terminent la partie inférieure de ces cuirasses sont souvent elles-mêmes très-chargées d'ornements.

La Gaule nous montre aussi des cuirasses très-bien conditionnées, mais qui appartiennent à l'époque romaine et qui ont probablement été fabriquées sinon en Italie, au moins dans laîSarbonnaise (fig. 279). Rien ne démontre en effet qu'au temps de Jules César, les Gaulois aient été bien avancés dans les arts métallurgiques.

Outre les cuirasses qui préservent la poitrine, les armures antiques présentent souvent des défenses pour garantir les bras et les jambes, mais ces armures n'ont jamais été aussi complètes dans l'antiquité que dans lemoyen âge. Les figures 280 et 281 montrent lesjambards dont ae servaient les guerriers grecs ou étrusques. Toutefois ces armes défensives n'ont jamais fait partie de l'équipement des soldats romains qui portent dhabitude des souliers ou des bottines.

LES ARMES

no

Le boucliet,. — L'arme défensive par excellence était le buuclier: sa hauteur habituelle était comme la moitié de la hauteur d"uii homme. Le bouclier égyptien couvrait la poitrine et la tête. Sa forme était carrée à la base et cintrée au sommet (fig. 282); il n'était pas entièrement plat, et sa légère enflure allait en augmentant vers sa partie supérieure, où Von trouvait en même temps une petite cavité circulaire dont Tusage n'a jamais été bien expliqué. Les boucliers étaient couverts en cuir de bœuf, le poil en dehors, cerclés de métal et cloués. L'intérieur était probablement en osier. Dans tous les cas, il est certain que le bouclier ordinaire des soldats égyptiens devait être extrêmement léger. Sur la ligure 283 on voit un guerrier qui porte un bouclier d'une forme un peu plus allongée que le précédent, mais qui est également arrondi dans sa partie supérieure.

Fig. iSi.

Bouclier égyptien.

Fig. 28.3. — Soldat ég3-ptien.

Dans les marches, les soldats portaient le bouclier sur leur dos,

au moyen d'une courroie fixée sur l'épaule, et une attache intérieure

permettait de le passer au bras gauche, tandis que la main droite

tenait la lance ou Tépéc. La courroie du bouclier était quelque-

Page 1