I.NSTITLITIONS HELIGIEUSES
second taureau dont nous voyons la tête basse et couronnée de fleurs. Le victhuaire placé prés de lui est en train de le frapper. Ces victimaires portent une espèce de jupon court bordé de franges {limus) et serré au corps par trois bandes de cuir. A droite sont deux camilles, jeunes desservants des autels, dont l'un vient d'ouvrir Vacerra, ou boîte à parfums, tandis que l'autre tient une torche allumée, faite de bois résineux ou d'épines blanches. .\u second plan, nous voyons des magistrats et un licteur tenant son faisceau dont on aperçoit la hache. Tous les personnages ont la tête ceinte d'une couronne de laurier. La
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Fig. 694. — Sacrifice romain.
( D'après un bas-relief anticiue. )
scène se passe devant un temple, et à droite, en face des camilles, on voit une partie de l'autel (fig. 693).
Une scène du même genre est représentée sur la figure 094, où le victimaire frappe le taureau, à côté du trépied où brûle la flamme sacrée. Dans les deux figures qu'on vient de voir, l'animal immolé a la tête baissée et rapprochée du sol, ce qui semble indiquer que la victime est sacrifiée soit aux divinités de la terre, soit aux divinités infernales. Une miniature du Virgile du Vatican montre un bélier qu'on égorge en lui relevant la tête au lieu de l'abaisser : les sacrifices de ce genre ne pouvaient être offerts qu'aux dieux du ciel.
On donnait le nom de suovctauriUa à des sacrifices comprenant à la fois un taureau, un bélier et un porc. Un beau bas-relief du Louvre nous montre le suovetaurile (fig. 695). Le taureau, le bélier et le
LES PliATlQUES DU CULTE.
porc, sont amenés dans un cortège religieux, devant deux autels ornés de guirlandes. Le prêtre, la tête un peu baissée et recouverte par les
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Fig. Cyô. — Sacnlice du suùvelaurile.
( D'après un bas-relief du Louvre. )
plis de sa toge, répand les parfums sur les autels où sont placés les fruits : à ses côtés est le Camille qui tient l'acerra. Onze personnages.
ïri- liUiî. Tauroljoli's. Fig. ffj-,.
( D'après un monument trouvé près de Ljon .)
vêtus de la toge et la plupart couronnés de laurier, marchent à sa suite. On remarque parmi eux le pope ou \ictimaire, qui tient sa hache, mais n'a pas le haut du corps nu comme on le voit habituelle-
INSTITUTIONS UELIGIECSES.
ment. Le dos du taureau est orné d'une de ces larges bandes brodées dont on parait les victimes.
On donnait le nom de taurobok à un sacrifice expiatoire d'un caractère tout à fait spécial, et qui parait avoir été pratiqué surtout à partir de Marc-Aurèle. On creusait en terre une fosse profonde, dans laquelle se plaçait celui qui offrait le sacrilicc et on égorgeait le taureau sur une planche à claire-voie placée au-dessus de la fosse. Le sacrifiant receviiit ainsi sur lui tout le sang de l'animal, et ce baptême sanglant était considéré comme une régénération mystique, qu'il fallait renouveler au bout de vingt ans.
Les figures G96 et 697 représentent un autel sur les faces duquel sont le couteau et la tête de taureau, qui servaient pour le sacrifice du
Fig. 698. — Sacrilicc à Sj-lvain.
(D'après une peinture de Pompéi.)
taurobole. Ce monument a été découvert au commencement du siècle dernier sur la montagne de Fourvières.
Les sacrifices aux divinités champêtres présentent chez les Romains un caractère tout particulier, dont on peut se faire une idée d'après la figure 698, qui représente un sacrifice à Sylvain. Près d'un autel rond, dont le socle est entouré de plantes agrestes, une prêtresse, tenant dans la main gauche une sorte de corne d'abondance, verse sur la flamme la liqueur contenue dans une patère d'or. Elle est couverte d'une large draperie blanche qui lui recouvre la tête cl a près d'elle un tout jeune enfant, un Camille couronné de rameaux verts et vêtu d'une tunique relevée par une ceinture. Cet enfant porte d'une main une guirlande de feuillage et de l'autre un plat chargé de fruits. De l'autre côté de l'autel, un joueur de flûte est suivi d'un autre enfant, qui a la poitrine nue comme les victimaires, et qui conduit vers l'autel un porc, dont le
LES PRATIQI'ES DU CULTE
corps est ceint d'une bande d'étoITe rouge à raies noires. Deux pocillateurs, couronnés de feuillage et vêtus de blanc, occupent symétriquement chaque extrémité du tableau et tiennent un rliyton à tète de cerf
Fig. 699. — ChaprHc étrusque. (D'après une peinture de Pompéi.)
dont la liqueur va tomber dans un petit vase qu'ils portent avec l'autre main. Tous ces personnages sont chaussés de brodequins noirs, qui, suivant les archéologues, dénotent un rite étrusque.
La petite chapelle, représentée sur la ligure 699, d'après une IV. 82
INSTlTUTlOiNS RELIGIEUSES.
peinture de Ponipéi, est dédiée à une divinité cliampêtre ; les cymbales et les tympanons y sont suspendus. Un prêtre, qu'on voit au premier plan, porte d'une main un lympanon avec des grelots, et de l'autre il retient un panier posé sur sa tête couronnée de pampres.
Les présages. — Nous avons parlé plus haut de la pythie de Delphes et de la manière dont se rendaient les oracles d'Apollon (p. 505). Les sibylles romaines étaient, comme la pythie de Delphes, des fem-
Fig. ^00. — Quindécemvir.
mes inspirées de l'esprit prophétique qu'Apollon leur avait communiqué. 11 y en avait dans plusieurs endroits, mais en Italie la sibylle de Cumes était particulièrement célèbre. Une sibylle de Cumes vendit à Tanjuin les Livres sibyllins, recueil d'oracles réputés contenir les destinées de Rome et qui furent conservés au Capitule.
Le personnage représenté sur la figure 700 est un quindécemvir. On donnait ce nom à un collège de prêtres romains, cliargés de conserver les livres sibyllins, et voués spécialement au culte d'Apollon. Ce prêtre, qui porte le costume grec, est en train de répandre des parfums sur la flamme d'un autel. Sa tète est ceinte d"une couronne de
LES PRATIQUES DU CULTE
laurier dont les bandelettes retombent sur ses épaules. Des lauriers s'élèvent de chaque côté et le corbeau, oiseau prophétique, est perché sur l'un d'eux.
Les augures étaient des prèlres étrusques qui prédisaient l'avenir d'après le vol ou le chant des oiseaux et qui jouirent ii Rome d'un très grand crédit. Pour faire leurs observations, les augures montaient sur une tour, en se tournant vers l'Orient, de manière à avoir le nord à gauche et le midi à droite. Ils partageaient alors le ciel en quatre régions avec le lilincs, bâlon recourbé qui est leur insigne, et sacrifiaiciil ensuite aux dieux en s'enveloppant la tête dans leurs vêtements.
Les augures formaient à Rome un collège spécial : l'emblème qui, sur les monuments, sert à les disiinguer des autres prêtres, est le lituus qu'ils tiennent à la main; ce bâton recourbé a quelque ressemblance avec la crosse de nos évêques. La figure 701, tirée d'une médaille de Marc-Aurcle, représente un augure tenant en main le lituus. Consultés par Romulus, les augures devinrent avec Numa une institution permanente.
« Dès son arrivée, dit Tite-Live, ù l'exemple de Romulus, qui avait pris les augures pour arbitres de sa souveraineté et de la fondation de Rome, Numa voulut qu'ils fussent également consultés sur son élection. Un augure, qui depuis fut établi par l'État pour exercer à perpétuité ce sacerdoce honorable, conduisit Numa au Capitole; il le fit asseoir sur une pierre, la face tournée au midi ; l'augure à sa gauche, la tête couverte, prit place, tenant à la droite un bâton sans nœuds, recourbé par un bout, c'est ce qu'on appelle le liluus. Après avoir arrêté tous ses points de vue sur la ville et sur la campagne, adressé sa prière aux dieux, déterminé tout l'espace depuis le levant jusqu'au couchant, en plaçant la droite du côté du midi et la gauche du côié du nord, et désigné de même un point fixe en face, aussi loin que sa vue pouvait s'étendre, alors il passe le lituus dans ia main gauche, et mettant la droite sur la tête de Numa, il prononce cette prière : « Jupiter, si telle est ta volonté que Numa, de qui je tiens la tête, règne sur les Romains, fais-nous le connaître par des signes certains, dans l'enceinte que j'ai fixée. » Il spécifie ensuite à haute voix la nature des auspices qu'il demande; ces auspices paraissent et Numa, déclaré roi, quitte l'enceinte augurale. »
Fis. TOI. — Augure.
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
Outre leurs observations sur le vol des oiseaux dans le ciel, les augures tiraient des présages avec des poulets sacrés qu'on entretenait h cet effet (Og. 702). S'ils dévoraient avidement le grain qu'on mettait devant eux, le présage était réputé favorable, mais si les poulets refusaient la nourriture ou ne semblaient la prendre qu'avec répugnance, l'auspice était mauvais, et on renonçait généralement à l'entreprise pour laquelle on avait consulté. Cependant il y eut quelquefois des incrédules : un général romain, Claudius Pulcher, ayant pris des dispositions qu'il croyait bonnes pour une bataille qu'il voulait livrer, consulta, selon l'habitude, les poulets, qui refusèrent la nourriture. Le
Fig. "702. — Les poulets sacrés.
général, furieux, les fit jeter à la mer, en disant que puisqu'ils ne voulaient pas manger, il saurait bien les forcer à boire. Mais comme il perdit la bataille, on attribua sa défaite à son impiété et le crédit des poulets s'en augmenta d'autant plus.
(i Les repas des poulets, dit Pline, sont des présages solennels : ce sont eux qui, chaque jour, règlent la conduite de nos magistrats, et leur ouvrent ou leur ferment leurs propres maisons. Ce sont eux qui prescrivent le repos ou le mouvement aux faisceaux romains, qui ordonnent ou défendent les batailles. Les coqs ont annoncé toutes les victoires remportées dans tout l'univers. En un mot, ils commandent aux maîtres du monde. Leurs entrailles même et leurs fibres ne sont pus moins agréables aux dieux que les plus riches victimes. Leurs chants, entendus le soir et à des heures extraordinaires, forment des
LES PRATIQUES DC CULTE
présages. En chantant tOLile la nuit, ils annoncèrent aux Béotiens cette fameuse victoire remportée sur les Lacédémoniens. Les devins l'interprétèrent ainsi, parce que cet oiseau ne clianie point quand il est vaincu. »
Ce n'est pas d'après le vol ou la nourritui c des oiseaux que les aruspices tiraient leurs présages, mais d'après l'inspection des entrailles de la victime. Ces prêtres, institués par Romulus, devaient examnier si la victime était amenée de force à l'autel, ou si elle s'y rendait de
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Fig. "03. — Aruspicc.
( D'après un bas-rclief du Louvre. )
bonne grâce, si elle mugissait ou bondissait au moment du sacrifice, ce qui était un mauvais présage. Si les entrailles présentaient un caractère maladif ou une difformité quelconque, le présage était considéré comme sinistre. Il fallait aussi que la flamme montât en pyramide sans s'écarter à droite ou à gauche, et qu'elle consumât tout ce qui devait être brûlé sans en rien laisser subsister.
La science des aruspices, qui avait tant d'importance chez les Romains, venait des Étrusques. Un bus-relief du Louvre, d'autant plus intéressant que ce sujet est de la plus grande rareté, nous montre comment la cérémonie se pratiquail. Un taureau, qui vient de tomber sous la hache, est couché sur le dos et un victimaire retire les intestins de l'animal qu'il a éventré. Un autre victimaire, debout et à demi-nu,
65i Ii\STlTUTIONS RELIGIEUSES.
tient la hache sur son épaule, et dans la main gauche un petit vase qui contient le sang de la victime. Ces personnages portent une couronne de laurier que n'ont pas les deux aruspices, dont un semble annoncer au magistrat placé en face de lui le résultat de rinspeclion des entrailles. L'aruspice porte une torche ou un léger faisceau de baguettes, beaucoup plus mince que n'étaient les faisceaux des licteurs : celui qui est placé derrière et dont on ne voit guère que la tête est pourvu des mêmes insignes. Ils sont vêius d'un manteau qui n'est pas très-ample et est fixé au milieu de la poitrine par une forte fibule. Mais la fibule que le magistrat porte fur l'épaule gauche est une restauration moderne, et probablement erronée, car la toge n'avait rien de semblable (fig. 703).
Nous avons vu que les augures et les aruspices étaient des prêtres chargés d'interpréter certains signes que l'on considérait comme une manifestation extérieure des intentions de la divinité, ce qui les rendait aptes à connaître et à prédire les événements futurs. Mais une foule de faits venant à se produire fortuitement étaient considérés comme des avertissements donnés par la divinité à un particulier, au sujet d'accidents qui pouvaient l'intéresser personnellement. C'est ce (ju'on nommait les présages ; il n'y avait pas à leur sujet de théories bien déterminées, et chacun pouvait les interpréter à sa façon, mais l'usage avait fait prévaloir certaines idées d'après lesquelles on donnait une signification particulière à certains signes.
Tout le monde croyait aux songes et les considérait comme un avertissement du ciel. Mais les songes étant d'une nature très-variée, l'interprétation qu'on en pouvait donner dépendait de la sagacité de chacun. On considérait aussi comme un présage les paroles fortuites ou les petits mouvements nerveux qui se produisent involontairement. Un battement de cœur subit indiquait la trahison d'un ami, un tintement d'oreille prouvait qu'on parlait de vous en ce moment, le tressaillement de l'œil était un signe favorable, et l'engourdissement du petit doigt était au contraire un signe défavorable. L'éternument était considéré comme un présage à double sens et c'est pour lui donner un sens favorable que l'usage est venu de saluer la personne qui éternue en faisant des vœux pour elle.
Une chute était toujours considérée comme un mauvais présage, et un Romain qui, en sortant cie chez lui, faisait un faux pas, rentrait aussitôt dans sa maison et y demeurait prudemment enfermé tout le reste du jour. La renconire de certains animaux, comme les abeilles, était
Lt;S PRATIQUES DU CULTE.
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un bon présage, mais il y en a d'autres, comme le renard, dont la rencontre était considérée comme très défavorable. L'observation de la lumière de la lampe et de ses vacillations donnait également lieu à une foule de présages.
On avait certains moyens pour empêcher l'accomplissement des mauvais présages. Si la chose était de peu d'importance, il suflisait quelquefois de cracher promptement par terre. Une foule immense de superstitions bizarres, qui subsistent encore dans nos campagnes, ne sont que des souvenirs inconscients des vieilles traditions païennes, d'après lesquelles le moindre accident était considéré comme résultant d'une intervention immédiate de la divinité.
Les cérémonies. — L'altitude de la prière n'était pas la même
Fig. "0-1, — Aiioranto païenne.
(D'après une statue antique.)
Fig. 10Ô. — Adorante chrétienne.
(D'après une peinture des catacombes.)
dans l'antiquité que de nos jours. Au lieu de joindre les mains pour invo([uer la divinité, on tenait les bras écartés avec les mains ouvertes, comme le montre la ligure 70/i, qui représente une adorante païenne.
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
Ce geste s'est même conservé pendant les premiers temps du clirisdanisme et il est reproduit sur les peintures chrétiemies des catacombes
(fig. 705).
Les cérémonies du culte consistaient en sacrifices, en processions
Fig, 700. — Cérémonie religieuse.
(D'après une peinture antique.)
et en fêtes en l'honneur des divinités. On a quelques représentations concernant les cérémonies religieuses et notamment une peinture antique que reproduisent les figures 706 et 707.
Fig. '01. — cérémonie religieuse.
'D'après une peinture antique.)
La marche s'ouvre par une jeune fille jouant de la double flûte : ensuite une femme porte une corbeille dans une main et dans l'autre \eguUus ou guttulus, vase destiné aux libations et qui laissait échapper la liqueur goutte à goutte. La troisième figure tient sur son épaule Varche sacrée, contenant les symboles mystérieux de Bacchus. Le directeur de la cérémonie est assis et parle avec une femme appuyée sur une colonne (fig. 706).
LES PRATIQUES DU CULTE
Sur la figure 707 une prêtresse, de celles dites géraires, est assise sur un tabouret garni d'un coussin. Ses cheveux sont enveloppés d'un linge {mitra) ; elle tient dans une main une patère et dans l'autre une feuille (nymphée) servant d'aspersoir, dans les cérémonies religieuses. C'est également la forme qu'on donnait aux éventails {flabellaj avec
Fig. "OS. — Procession étrusque.
lesquels on excitait le feu sacré. Une joueuse de lyre est debout devant la prêtresse. Un vieillard, faisant les fonctions de Silène, joue du tynipanon, et une joueuse de crotales danse devant une femme assise qui tient la double flûte. Les trois musiciennes ont des tuniques à franges
Fig. 709. — Procession étrusque.
et les pieds nus. La prêtresse seule est chaussée. Cette peinture a été trouvée dans les fouilles de Portici.
Les figures 708 et 709 représentent une procession étrusque dans laquelle on voit des personnages portant des offrandes et des guerriers dont un danse une sorte de pyrrhique. Les rites étrusques sont en général peu connus, quoiqu'on en ait des représentations assez nombreuses, par la raison qu'on manque de textes pour les expliquer. Mais en général, dans l'antiquité grecque ou romaine, les cérémonies les plus importantes étaient celles qui se rattachaient au culte d'une divinité spéciale.
Tels étaient, par exemple, les mystères d'Eleusis, qui se célébraient en l'honneur de Démêler (ou Cérès).
rv. 83
658 INSTITUTIONS RELIGIEUSES
Les fêtes de Démèter à Eleusis duraient neuf jours et se renouvelaient de quatre en quatre années, pendant le mois d'août. Pendant les trois premiers jours, on offrait des sacrifices aux deux déesses, et on faisait des cérémonies préparatoires. C'était le quatrième jour, vers le soir, que se faisait la procession de la corbeille mystérieuse, qui était ' couverte d'un voile de pourpre et portée sur un char traîné par des bœufs. Les dames athéniennes suivaient le char à pas lents, et en portant de petites corbeilles couvertes, qui symbolisaient celle où Proserpine avait mis les fleurs qu'elle venait de cueillir lorsqu'elle fut enlevée par Pluton. La course aux flambeaux avait lieu le cinquième jour. En souvenir de Cérès qui, tenant en main le flambeau qu'elle avait allumé au mont Etna, errait de tous côtés en cherchant sa fille, les hommes et les femmes, dès que la nuit était venue, parcouraient la campagne d'Eleusis en agitant des flambeaux. Le sixième jour était consacré à Jacchus, c'est-à-dire Bacchus, considéré comme fils deZeuset Dèmèlor.
La statue du dieu, couronné de myrte, était escortée d'une immense procession c|ui partait du Céramique, faubourg d'Athènes, passait par les principales places de la ville et se rendait à Eleusis. Cette procession, qui comptait jusqu'à trente mille personnes, était extrêmement bruyante. Les hymnes religieux étaient accompagnées de danses bachiques, exécutées au son des trompettes et autres instruments sonores. Le septième jour était desiiné aux jeux et aux combats gymniques : pendant le huitième et le neuvième, on accomplissait diverses cérémonies spéciales en l'honneur des déesses.
Les rites de l'initiation connus sous le nom de mystères d'Eleusis comprenaient des scènes mimiques et symboliques, où les prêtres et les initiés figuraient dans une sorte de drame religieux toute la légende de Cérès et de Proserpine, le rapt de la jeune fille, le deuil et la douleur de Cérès.
Pendant l'accomplissement du mystère des instruments d'airain imitaient les clameurs et la voix gémissante de la déesse, qu'on appelait la mère des douleurs. Les scènes d'allégresse succédaient aux gémissements quand Proserpine était retrouvée. Les initiés, obligés de décrire de pénibles circiiils dans les ténèbres, en proie à des terreurs que produisaient des voix confuses, se retrouvaient ensuite au milieu des plus splendides clartés, au milieu des choeurs de danses et des harmonies sacrées. Ces changements à vue, ces soudaines transitions de l'obscurité à la lumière, de la douleur à l'allégresse, figuraient pour les initiés le passage du sombre Tartare aux béatitudes de l'Elysée, et
LES PRATIQUES DU CULTE. 65!l
devenaient ainsi un symbole de l'immortalilé de l'âme et du bonheur promis aux justes.
Les mystères d'Eleusis étaient extrêmement célèbres. Les récompenses promises aux initiés après leur mort attiraient le peuple en foule à ces cérémonies oîi tout était mystérieux. C'était un devoir de se faire initier au moins avant la mort. Les homicides, même involontaires, les débauchés et tous ceux qui avaient eu une tache dans leur vie, ne pouvaient obtenir l'initiation; on examinait scrupuleusement la vie et les mœurs de ceux qui venaient la demander. La grande initiation n'avait lieu qu'à Eleusis, dans une cérémonie qui revenait tous les cinq ans. L'hiérophante ou grand prêtre devait être citoyen d"Athènes, d'une existence irréprochable, et pratiquer le plus austère célibat. Les aspirants à l'initiation avaient droit, après plusieurs jours de purification, au titre de novice. Quand ^éron alla en Grèce, il n'osa pas vi^^iter Athènes, parce qu'il aurait été obligé de se faire initier, et que l'initiation lui était interdite comme parricide.
Par une association d'idées très-familière aux anciens, la jeune déesse enlevée par le roi des morts et rendue plus lard à sa mère représentai.! non-seulement la graine ensevelie sous la terre à l'automne, mais aussi l'âme humaine passant par le tombeau pour arriver à la vie bienheureuse. Ce rapprochement se présentait d'autant plus facilement à l'esprit des Grecs, que deux mots presque semblables exprimaient dans leur langue l'idée de la mort et celle de l'initiation. (( Mourir, dit Plutarque, c'est être initié aux grands mystères, et le rapport existe entre les mots comme entre les choses. D'abord des circuits, des courses, des fatigues, et dans les ténèbres, des marclu'S incertaines et sans issue ; puis en approchant du terme, le frisson et l'horreur, et la sueur et l'épouvante. Mais après tout cela, une merveilleuse lumière, et dans de fraîches prairies, la musique et les chœurs de danse, et les discours sacrés et les visions saintes; parfait maintenant et délivré, maître de lui-même et couronné de myrte, l'initié célèbre les orgies en compagnie des saints et des purs, et regarde d'en haut la foule non purifiée, non initiée des vivants, qui s'agite et se presse dans la fange et le brouillard, attachée à ses maux par la crainte de la mort et l'ignorance du bonheur qui est au delà. »
(i II y avait, dit Creuzer, pour la célébration des mystères, un rituel en forme, qui était attribué à l'antique Orphée, et qui, à en juger par quelques fragments, n'était peut-être pas mjins détaillé que les prescriptions de Mo'ise aux lévites. Nous devons au savant Macrobe un de
660 INSTITUTIONS RELIGIEUSES
ces fragments, dans lequel est déterminé la manière dont Dionysos
Fig. 710. — La ceinture mystique.
(D'après une peinture de vase.)
OU Bacchus) doit être représenté en qualité de démiurge. Il y est
Fig. 111. Fig. 71-2.
Jeune lille tenant une ceinture. Jeune fille tenant une coupe.
(D'après dos peintures de vase.)
fait mention avant tout du poplum de pourpre, semblable au feu, et de la peau bigarrée du faon, figurant le ciel parsemé d'étoiles; ensuite
LES PRATIQUES DU CULTE
du baudrii^r d'nr, emblème du soleil levant et colorant le ciel des premiers feux de l'aurore; enfin de la ceinture, emblème de l'Océan qui entoure la terre. C'étaient là des instructions pour le costumier ou stoliste, comme les Grecs d'Egypte appelaient dans leur langue une des divisions de la caste sacerdotale de cette contrée. »
La ceinture mystique (fig. 710) est en efïet représentée sur de très-nombreux monuments et principalement sur des vases funèbres.
Fif;. 713. — Prêtresse. Fig. 714.
(D'après des peintures do vase.)
Prêtresse.
La figure 711, tirée d'un vase peint, montre une jeune fille tenant en main une grande ceinture. Nous croyons qu'on peut également rapporter au culte de Dèmèter les femmes tenant des corbeilles dont on voit si fréquemment la représentation (fig. 713 et 71/i). Ces corbeilles contenaient probablement des gâteaux d'orge et comme le culte de Bacchus était intimement lié à celui de Cérès, le gâteau sacré devait être accompagné de libations. La jeune fille représentéesur la figure 712 tient un vase et une coupe à libations.
Les Romains avaient aussi des fêtes importantes en l'honneur de
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
Gérés. La procession des Ambarvales, qui se faisaii tous les ans au mois de mai, parcourait les terres ensemencées, pour demander à la déesse la fertilité des campagnes. La fête des céréales, consacrée à la même divinité, ressemblait davantage aux cérémonies d'Eleusis, d'où elles tiraient leur origine. Au mois d'avril, les dames ro naines, vêtues de blanc et portant des llambeauv, figuraient par leurs processions les
■ Prêtresse de Gérés
voyages de Cérès à la recherche de Proserpine, et jeûnaient tout un jour en commémoration du jeûne que s'imposa Cérès jusqu'à ce qu'elle eût retrouvé sa fille. Plusieurs statues qu'on désignait autrefois sons le nom de Cérès sont aujourd'hui regardéjs comme représentant simplement des prêtresses de cette divinité (fig. 715). Il y avait d'ailleurs des personnes d'un rang élevé qui se faisaient représenter avec les attributs de la déesse des moissons. C'est ainsi qu'une jolie statue du musée du Louvre nous montre Julie en Cérès.
LES Pr.ATlQLliS DU CULTE.
Nous avons décrit page 555 les cérémonies et les grandes processions que les Grecs accomplissaient en l'honneur de Bacchus. Les bacchanales romaines étaient à l'origine peu différentes de celles des Grecs. Les femmes seules y étaient admises et elles élisaient entre elles les prêtresses qui devaient présider à la cérémonie, qui avait lieu tous les mois. Quand plus tard les hommes furent admis à célé-
Fig. IIG. — Vase panatlii-naîque.
brer ces fêtes conjointement avec les femmes, il s'y introduisit des désordres tellement graves qu'on défendit au\ personnes âgées de iniijnsde vingt ans de s'y mêler en aucune façon. Néanmoins les sujets de plainte étant devenus de plus en plus nombreux, le sénat finit par les interdire tout à fait.
La fête des Panathénées, dédiée à Athènè, avait une très-grande importance dans l'antiquité. On y recevait tous les peuples de l'Attique
664 INSTITUTIONS RELIGIEUSES
afin de les habituer à considérer Athènes comme la patrie commune. Ou conduisait en grande pompe le voile de la déesse, brodé par les jeunes filles d'Athènes, et chaque colonie amenait un bœuf sous forme de tribut à Pallas Atliénè. Les bœufs servaient ensuite au repas qui suivait la procession. 11 y avait des jeux en l'honneur de la déesse. Ils étaient de trois espèces : course équestre et aux flambeaux, combats gymniques entre les athlètes et lutte pour la poésie et la musique. Les poètes faisaient représenter leurs pièces et les meilleurs musiciens de toute la Grèce accouraient pour ces luttes. Le prix était une couronne d'olivier et un vase d'huile, car on n'oubliait pas que la déesse avait fait germer le premier olivier qui ait poussé dans l'Atlique et la culture de cet arbre était devenue une source inépuisable de richesses pour le pays. Ces vases donnés en prix portaient le nom de vases panathénaïques (fig. 716). Plusieurs ont été conservés et on peut en voir un fort beau au musée du Louvre. Pallas Athènè est toujours figurée sur l'un des côtés et le revers représente ordinairement l'exercice pour lequel le prix a été décerné. On y voit aussi quelquefois le nom des archontes en fonctions. Pendant la procession, tous les assistants, hommes et femmes, tenaient en main un rameau d'olivier.
Les bas-reliefs sculptés sur la cella du Parthénon représentent les rites sacrés de la fête des Panathénées. On y voit la scène qui se passait dans le sanctuaire de l'Érechthéion, où le peuple irentrait pas. Le but religieux de la fête était de couvrir la déesse d'un voile nouveau en remplacement de celui qui avait fait son temps. Mais le but politique était tout autre : il s'agissait de montrer que Minerve était Athénienne par le cœur, et qu'on ne pouvait invoquer sa protection si l'on n'était l'ami d'Athènes. On voit la prêtresse qui reçoit de deux jeunes vierges les objets mystérieux qu'elles lui apportent. Ces jeunes filles sont des enfants, car, d'après les rites, elles ne pouvaient avoir moins de sept ans ni plus de onze. « Pendant la nuit qui précède la fête, dit Pausanias, elles prennent sur leur tête ce que la prêtresse leur donne à porter. Elles ignorent ce qu'on leur remet; celle qui le leur donne l'ignore aussi. 11 y a dans la ville, près de la Vénus des jardins, une enceinte où se trouve un chemin souterrain creusé par la nature. Les jeunes filles descendent par là, déposent leur fardeau, et en reçoivent un nouveau soigneusement couvert. » Ce fardeau précieux contenait le vieux vêtement, et celui qu'elles rapportaient renfermait le nouveau. Comme la scène se passait la nuit, l'une d'elles tient un flambeau allumé. Pendant que la prétresse reçoit la nouvelle parure de la déesse, le
LES PRATIQUES DU CULTE
grand prêtre, assisté d'un jeune garçon, est occupé à plier l'ancien péplum.
Le public n'assiste pas à la scène mystérieuse du sanctuaire, mais les dieux, spectateurs invisibles, sont figurés assis et disposés en groupes symétriques. Parmi eux, on voit l'androse, recouverte du voile
Fiy. "(17, — JcuuG fiUù à la ijruct;s:)iuii des ruiiulhLMit't;s. lU' après un bas-rcliol" du Louvro.)
symbolique qui caractérise le sacerdoce; elle montre au jeune Érechthée, accoudé sur ses genoux, la tèle de la procession qui s'avance vers le sanctuaire. C'est d'abord un groupe de vieillards à l'allure grave, qui sont enveloppés dans leurs manteaux et s'appuient presque tous sur leurs bâtons. Ils sont les gardiens des lois et des rites sacrés, car on en voit qui semblent donner des instructions aux jeunes vierges athéniennes qui défilent après eux. Celles-ci portent avec gravité le chandelier, la corbeille, les vases, les patères et tous les objets destinés au I V. 84
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culte. Elles défilent lentement et d'un pas rhytlimi; dont les grands plis tombants de leur draperie accentuent encore la calme tranquillité (fig. 717).
Fig. 718. — Cavaliers à la fêle des Panathénées. (D'après im b;is-relior du Mustjc Britannique.)
.Vprés les Alliénienncs viennent les filles des étrangers domiciliés
Fig. "719. — Cavaliers à la fête des Panathénées. (D'après un bas-relief du Musée Britannique.)
à Athènes. Elles nonl pas le droit de porter des objets aussi saints, mais elles tiennent en main les plianls qui serviront aux cauéphores. Viennent ensuite les Uérauts et les ordonnateurs de la fête, qui pre-
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cèdent \o% bœufs destinés au sacrifice, puis des enfants f[ui cnnduiseni un bélier. Des liommes les suivent, tenant des bassins et des outres pleines d'huile. Derrière ceux-ci. les musiciens jouent de la flùle ou de la lyre, et une suite de vieillards, qui tiennent tous en main un rameau d'olivier, terminent le cortège sacré. C'est alors que commencent à défder les chars à quatre chevaux et la longue suite des cavaliers. On se rappelait que Minerve avait appris aux hommes l'art de dompter les chevaux et de les atteler au joug, et des jeux équestres accompagnaient toujours sa fête. Une suite do jeunes hommes, dontlachlamydo flotte au vent derrière leurs épaules, domptent leurs chevaux thossalicns qui se cabrent en leur résistant.
Cette grande cavalcade du Parthénon (fig. 718, 719), si célèbre comme ouvrage de sculpture, montre l'épisode la plus caractéristique de la fête des Panathénées. Toute la jeunesse athénienne était là, faisant parade de son adresse en équitation devant une population fière de la regarder.
Les Lacédémoniens avaient aussi une grande fête en l'honneur de Diane, mais elle a toujours conservé un caractère extrêmement barbare. Elle consistait surtout en flagellations d'enfants qui s'exéculaii'iil devant l'autel de la déesse.
Les Adonies, fêtes on l'honneur du dieu Syrien Adonis, avaient lieu dans la plupart des villes grecques. Les femmes en grand deuil venaient pleurer devant l'image d'un jeune homme mort à la fleur de l'âge, comme avait péri Adonis, et après plusieurs jours passés àdonnertous les signes de la plus profonde aflliction, on faisait une grande procession en portant des rameaux et des fleurs printanières. Cette fête, qui répond pour l'époque à la Pâques des chrétiens, était un symbole de la nature, qui, cprés avoir vu mourir en hiver sa parure de végétation, assiste à sa résurrection dès que viennent les premiers jours du printemps.
Les Hécatéries étaient des fêtes en l'honneur d'Hécate, qui se célébraient aux nouvelles lunes : les gens riches faisaient dresser dans les carrefours des tables pleines de mets qu'ils offraient au peuple.
Les Saturnales, fêtos romaines en l'honneur de Saturne, se célébraient le dix-sept du mois de décembre et duraient trois jours, qui se passaient en réjouissances et en festins. Elles étaient destinées à rappeler l'égalité qui régnait au temps de Saturne, lorsque les hommes vivaient selon les lois de la nature et sans diversité de conditions. La statue de Saturne, qui était liée de bandelettes de laine pendant toute
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l'année, en était dégagée pendant sa fèlo, et dès que cette cérémonie était accomplie, les enfants se mettaient à courir par toute la ville en poussant les cris des saturnales. Alors la puissance des maîtres sur leurs esclaves était momentanément suspendue, les écoles étaient fermées, les tribunaux vaquaient, et on se faisait mutuellement des présents. Mais c'est surtout l'interruption des rapports habituels des esclaves avec leurs maîtres qui caractérisait ces fêtes. Ils changeaient entre eux de vêtements, et les esclaves étaient en quelque sorte maîtres de la maison pendant les trois jours que durait la fêie. Nonseulement ils avaient la liberté de dire et de faire impunément tout ce qui leur plaisait, mais ils mangeaient à la même table que leurs patrons à qui ils n'épargnaient pas les quolibets. La plupart des riches Romains quittaient leur domicile pendant ces jours-là et se rendaient à la campagne pour éviter le tapage et la familiarité gênante que ces fêtes entraînaient avec elles.
Les Terminales étaient des fêtes romaines en l'honneur du dieu Terme, qui avait son temple sur le mont Tarpéien. Le roi Numa avait établi cette fête pour éviter les discussions entre les propriétaires des biens : il avait fuit placer des bornes sur la limite des propriétés de chacun et décidé que celui qui enlèverait ces bornes pourrait être tu^ impunément et que sa tête serait vouée aux dieux infernaux. Aussi les fêtes du dieu Terme se célébraient dans les champs. On ne pouvait y sacrifier rien qui eût vie, parce que l'on aurait regardé comme un sacrilège d'ensanglanter ces bornes. Ces fêtes étaient accompagnées de danses et de festins où les gens de la campagne se rendaient en foule.
Les Lupercales, ou fêtes en l'honneur du dieu qui protège les bergers en chassant les loups, avaient un caractère tout particulier. On attribuait à ce dieu le pouvoir d'empêcher la stérilité et c'est à cette croyance qu'il faut attribuer les singulières cérémonies par lesquelles on Thonorait à Rome. Les jeunes gens qui, au mois de février, célébraient cette fête immolaient d'abord une chèvre à la divinité qu'ils voulaient honorer. Pendant le sacrifice ils se teignaient le front du sang de la victime, et s'essuyaient ensuite avec de la laine trempée dans du lait. Pendant la cérémonie ils n'avaient d'autres vêtements qu'une peau de bouc autour des reins, puis ils couraient à travers les rues dans cet état de nudité, frappant avec une sangle faite aussi avec la peau de l'animal toutes les femmes qu'ils rencontraient sur leur chemin. Les femmes romaines, surtout celles qui n'avaient pas eu
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d'enfants, s'approchaient avec empressement pour recevoir ces coups, que l'on croyait propres à préserver de la stérilité.
Les Fcbruales, fêtes romaines en l'honneur des morts, avaient été établies par Numa et se célébraient au mois de février, d'où elles ont pris leurs noms. Le culte des autres divinités cessait et leurs temples étaient fermés pendant ces fêtes qui consistaient à offrir des sacrifices sur les tombeaux à la lueur des torches, et pendant lesquelles on ne contractait pas de mariages, parce que ces jours étaient réputés malheureux. Les Lémurics, autre fête en l'honneur des morts, qui se célébrait dans le mois de mai, avaient surtout pour but d'empêcher les , ombres des décédés, ou les revenants, de quitter les enfers pour venir hanter la terre des vivants. Cette fête, très curieuse par les cérémonies superstitieuses qui s'y rattachaient, consistait surtout en petits présents que l'on faisait aux ombres pour les empêcher de gêner les vivants par leur présence. A minuit, chaque père de famille allait faire ses ablusions dans une fontaine voisine pour se purifier, et en s'en allant, il jetait par-dessus sa tête et sans se retourner des fèves qu'il avait dans la bouche et que l'ombre était censée ramasser. Ensuite, il frappait un coup sonore sur un vase d'airain en disant : <( ombre d'un tel, retirezvous », parole qu'il devait répéter neuf fois de suite.
La transformation chrétienne. — Le christianisme, malgré les persécutions qu'il a endurées, n'a été, vu le point où étaient arrivés les cultes antiques, qu'une transformation à peine sensible. Le monothéisme était établi partout et les philosophes païens le proclamaient aussi bien que les chrétiens. Les cultes mystiques de l'Orient avaient complètement altéré le vieux paganisme grec et romain, qui vers la fin de l'empire n'existait plus que dans quelques cérémonies surannées.
La doctrine chrétienne, qui, à l'origine, était empreinte d'un caractère asiatique très prononcé, s'enrichit promptementdes idées platoniciennes de la philosophie grecque, et le sacerdoce, dès qu'il put se constituer, chercha à adopter la savante organisation romaine, mais il ne parvint jamais à s'assimiler complètement à son modèle.
En olfet, le souverain pontife des Romains était le premier des magistrats civils en même temps que le chef de la religion. C'est pour cela que les empereurs adoptèrent ce titre qu'ils auraient sans doute gardé, si les barbares n'avaient envahi l'Italie. L'évêque de Rome se constitua forcément chef de la catholicité, parce qu'il ne pouvait être ni le subordonné de l'empereur d'Orient qui était incapable de le dé-
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INSTITUTIONS r. KIJGIEtîSES.
fendre, ni le sujet d'un chef barbare, qui, en lui imposant sa volonlé, aurait pu altérer le caractère de la doctrine. Le pape, ne pouvant être civilement au-dessus des autres souverains, le fut religieusement. C'est à cette circonstance spéciale que la doctrine callioliquo doit de s"être conservée intacte jusqu'à nos jours, niais c'est aussi à la même cause
Fig. 720. — Chaise de saint Pierre.
(Conservée à Sainl-Picrre de Rome.)
qu'il faut attribuer l'antagonisme, qui, depuis que la papauté est constituée, n'a cessé d'exister entre le pouvoir civil et le pouvoir religieux.
TABLE DES MATIÈRES