‹ La vie privée des anciensChapitre 4 sur 30 · L.\ CULTURE · texte numérisé non relu

L.\ CULTURE

Les ciiAnnuES. — Le nnoinAGE. — Les semailles. — La moisson.

Le battage et le vannage. — L'emmagasinage.

— Les céréales. — Le papyris — Le li\.

Les charrues. — En Egypte, les charrues se faisaient généralement en bois dur, sans armature de métal, car le bois suffisait pour cultiver

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le Icgor limon du Nil, ot il était inutile do creuser bien profondément dans le sol. iSous avons an musée égyptien du Louvre (salle civile, armoire E) des lioyaux en bois d'ébène jaune. Le musée possède aussi plusieurs peintures représentant des scènes agricoles où on voit des charrues; mais les tombeaux égyptiens renferment des décorations sur des sujets analogues, et, comme elles sont beaucoup plus anciennes, c'est la qu'il faut éiudier les formes primitives de la charrue.

Deux groupes d'hommes tiennent à la main une houe avec laquelle ils travaillent la terre. Cette houe est composée de deux pierres inégalement asscml)lées par leurs extrémités, de manière à former un angle aigu. La pluscourte des deux pièces tient lieu de manche; l'autre, légèrement

Fig. 41. — Charrue éj'yptiunno.

recourbée en dedans et aiguisée par le bout, forme le bec de 1 "instrument et sert à déchirer la terre. Une traverse assujettit l'un h l'autre les deux membres de l'instrument. Des machines de ce genre apparaissent fréquemment sur les monuments, mais nous y voyons aussi les perfectionnements qu'elles ont subies. Ainsi, le bec de la houe formant le soc, on a allongé le manche en timon pour faciliter l'attelage et donner les moyens de maîtriser la direction. Il a fallu alors, près du sommet do l'angle, ajuster une pièce de bois sur laqu(>lle un homme pèse avec sa main pour enfoncer le soc dans la triiv. La pression est le seul effet que cet homme puisse produire, car il n'a encore aucun moyen d'inlUier sur la direction de la machine, dont le soin paraît appartenir aux hommes placés près du timon. Mais, quand au lieu d'atteler des hommes, on a employé des bœufs, il a fallu ajouter encore un perfeclionnement. On imagina alors de placer à la partie antérieure de la pièce de bois sur laquelle s'exerqait la pression un trou annulaire, ou plutôt une anse; le laboureur, en tenant fortement cette anse, pouvait

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enfoncer le soc et être en même temps assez maître de sa machine pour empêcher les mouvements irréguliers produits par les inégalités du terrain. Divers monuments montrent cette espèce de charrue; mais on peut voir, à la figure 41, un autre système dont la construction a encore subi un nouveau perfectionnement. Ici on a placé, à la partie postérieure de l'instrument, deux cornes écartées l'une de l'autre et faisant, par un assemblage solide, un même corps avec le soc. Nous avons donc ici une véritable charrue, qui toutefois est dépourvue de

Fig. 42. — Charrue étrusque. (D'après un bronze trouvé à Arczzo )

roues, car on n'en rencontre pas dans les instruments aratoires des Égyptiens.

La figure /i2 représente une charrue étrusque, et on peut se convaincre en la voyant que les Italiens de l'époque primitive n'étaient pas encore bien avancés en agriculture. Il en était de même pour les Grecs de l'âge héroïque. Hésiode, dans les Travaux et les Jours, conseille au laboureur de construire deux charrues : « Construis dans ta demeure deux charrues, l'une d'une seule pièce, l'autre de bois d'assemblage ; rien n'est plus utile, puisque, si tu brises l'une, tu pourras atteler tes bœufs à l'autre; c'est le laurier ou l'orme qui forment les timons les plus forts ; que le dental soit de chêne, et le manche d'yeuse » (fig. 43).

Le vieux poëte donne ensuite quelques conseils sur la manière de se servir de la charrue : « Dès que le temp« du labourage est venu pour

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les mortels, hâte-toi, pars le matin avec tes esclaves, travaille dans la saison le sol humide et sec pour rendre le champ fertile, défriche la terre dans le printemps, laboure-Ia encore pendant l'été; elle no trompera point ton espérance... Lorsque, commençant le labour et prenant dans ta main l'extrémité du manche, tu frappes de l'aiguillon le dos de tes bœufs qui traînent le timon à l'aide des courroies, qu'un jeune serviteur te suive armé d'un boyau et donne du mal aux oiseaux en recouvrant la semence. »

Dans les Géorgiques, Virgile nous décrit la charrue romaine, qui est d'une construction beaucoup plus perfectionnée que celles que nous avons vues tout à l'heure : « Dans la forêt qui l'a vu naître, on courbe

Fig. 43.

Fig. 41.

Charrues ;inliqucs.

Fig. 43.

avec de grands efforts un jeune ormeau, pour le disposer à prendre la forme d'une charrue ; on y adapte un timon qui s'étend de huit pieds on avant, et entre deux oreillons on fixe un double soc. U faut aussi couper d'avance le tilleul et le hêtre léger destinés à former, l'un le joug, l'autre le manche qui doit, par derrière, tourner à volonté la charrue ; on laisse la fumée du foyer, où ces bois sont suspendus, les éprouver et les durcir. »

Un bas-relief, découvert dans la presqu'île de Magnésie, montre une charrue où l'on voit toutes les parties essentielles décrites par les auteurs: la tige recourbée en queue dont l'extrémité formait le timon, la pièce de bois où s'enclavait le soc, les oreilles et le manche avec lequel le laboureur dirigeait la charrue (fig. kh)- Une autre charrue antique, pourvue de roues, est re|)résentée sur la figure /|5. Ce genre do charrue paraît avoir été usité surtout en Gaule.

Le labourage. — Une peinture du Louvre nous montre une charrue égyptienne tirée par quatre esclaves, tandis que d'autres fouillent la terre avec le boyau. Des scènes identiques se retrouvent dans d'autres endroits. Cependant on voit beaucoup plus souvent et dans les m. 7

Joug étrusque.

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époques les pU:s reculées des attelages de bœufs, jamais de chevaux. Le joug égyptien se place habituellement sur l'os frontal des deux bœufs et est fixé aux cornes ^u moyen de courroies. Cependant on voit quelquefois des bœufs qui sont attelés au moyen d'un collier et non pas d'un joug. Plusieurs scènes de labourage sont représentées dans les peintures des tombeaux égyptiens ; les hypogées de Boni-Hassan en ont une très-complète qu'on a vue plus haut (fig. 41)- La charrue est traînée par deux bœufs attelés au joug : le conducteur se tient près deux avec un fouet à manche court. Derrière lui un ouvrier maintient la charrue dont il tient les deux manches,

La figure Zi6 représente un joug étrusque dont nous avons montré plus haut l'attelage (fig. 42). Les agronomes romains se préoccupent

beaucoup de la manière dont les bœufs devront travailler.

(1 D'abord, ditColumelle, les bœufs seront accouplés au jong, étroitement serrés, afin qu'ils marchent d'un pas grave et imposant, le corps droit, la tête levée, que leur cou soit moins fatigué et que le joug se trouve bien posé sur leurs épaules. Ce mode d'attelage est généralement adopté. Quant à celui qui est usité dans quelques provinces, et qui consiste à attacher les bœufs au joug par les cornes, il est avec raison condamné par tous ceux qui ont écrit sur l'agriculture. » On voit que les anciens Romains avaient sur la manière d'atteler les bœufs des idées toutes différentes de celles qui ont cours en France aujourd'hui.

Plus loin, Columelle reprend en ces termes : « Le laboureur gouvernera ses bœufs par la voix plutôt que par les coups, qui ne doivent être que sa dernière ressource. Il ne se servira jamais d'un aiguillon, ce qui rendrait l'animal rétif et le ferait ruer. 11 n'arrêtera jamais ses bœufs au milieu d'une ligne; ce n'est qu'au bout du sillon qu'il les laissera se reposer, afin qu'ils aient plus d'ardeur au travail et qu'ils parcourent plus vite la longueur du sillon. »

Les semailles. — En Egypte, les monuments montrent les semeurs tenant de la main gauche une poche à bretelles dans laquelle ils puisent des poignées de graines pour les lancer à la volée. Le mouvement du semeur n'est pas tout à fait le même que dans nos pays et devait fatiguer davantage l'ouvrier-, car il lève le bras en l'air, de façon que

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la main so trouve un pou plus haut que la tète. Le peintre montre la semence s'échappaiit do là pour aller tomber à l'endroit voulu en jets nettement dessinés et avec une régularité mathématique. Le semeur suit généralement la charrue, mais souvent aussi on le voit placé à côté des bœufs.

Hérodote rapporte qu'aussitôt que la terre est ensemencée on y lâche des animaux qui piétinent le sol de manière que la semence étant ainsi retournée et enterrée, il n'y ait plus ensuite qu'à attendre la moisson. Ce curieux usage est pleinement confirmé par les monuments. En effet, dans les peintures qui décorent les tombeaux de Giseh, on voit des chèvres occupées à ce travail. Elles foulent aux pieds le grain déposé dans la terre récemment enrichie par le limon du Nil, et des hommes, tenant

Fig. -n. — La terre foulée aux pieds.

(D'après udo peinluro égyptiODUO dans un tombeau des pyramides.)

en main des sacs de grains destinés à Pensemencement, les excitent à piétiner en les mcnar,ant de leurs bâtons (fig. /|7.)

Les peintures des hypogées de lieni-llassan montrent la même coutume, mais d'une manière encore plus explicite ; des hommes armés de fouets frappent, en les poussant dans des directions opposées, des troupeaux de béliers et do moutons qu'ils veulent mettre on mouvement pour les forcer de piétiner la terre, et les terrains où ils doivent agir est circonscrit par des gardiens chargés de les y maintenir.

Pour ce qui concerne les nrecs et les Romains, nous avons peu de choses à ajouter. Les écrivains abondent en renseignements, mais les monuments sont assez rares. Rappelons seulement le précepte d'Hésiode, reproduit par Virgile : « Sois toujours nu quand tu sémos, nu quand lu laboures, nu quand tu moissonnes », c'est-à-dire exécute ces travaux en autumno et en été, (juand on peut se vêtir Irùs-légérement.

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La moisson. — Varron nous fournit des renseignements très-précis sur le travail de la moisson dans Tantiquité : « On moissonne les grains de trois manières. La première, usitée dans l'Ombrie, consiste à couper le tuyau à ras de terre et à lier sur place au fur et à mesure. Quand on a formé un certain nombre de javelles, on les reprend une à une pour séparer l'épi de sa tige. On réunit tous les épis dans un panier que l'on porte à l'aire. La paille qu'on a laissée se met ensuite on tas. Pour la seconde manière, en usage dans le Picenum, on se sert d'un instrument de bois recourbé à l'extrémité duquel est adaptée une petite scie de fer. Cet instrument réunit en faisceaux les épis qu'il hache sur

Fig. 48.

Fig. 40.

Faui et fciucilles antiques.

pied, laissant la paille debout, pour être sciée plus tard. La troisième manière, qui se pratique aux environs de Rome et dans beaucoup d'autres contrées, est celle-ci : on coupe la paille par le milieu en tenant la tige par le bout de la main gauche. On coupe ensuite le chaume ou la partie qui se trouvait au-dessous de la main, et qui tient encore à la terre par sa racine. Quant à la paille adhérente à l'épi, on la met dans des paniers et on la porte à l'aire. »

Les outils aratoires employés pour couper l'herbe ne différent pas essentiellement de ceux dont nous nous servons aujourd'hui. La ligure /)8 montre une faux à long manche, telle qu'elle figure sur plusieurs monuments, et la figure 49 est une faucille destinée à moissonner le blé, et trouvée à Pompéi. On se servait aussi quelquefois, mais beaucoup plus rarement, de la faucille, représentée sur la figure 50.

La faucille dentelée se voit (fig. 51) sur quelques monuments égyptiens. En général, on employait en Egypte la faucille à manche court,

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et on s'en servait suivant une des méthodes que Vairon signale comme étant encore usitée de son temps. Sur les monuments, on voit les moissonneurs, munis de cette faucille, saisir des poignées de blé qu'ils coupent directement au-dessous de l'épi et sans avoir besoin de se baisser, car le blé est aussi haut qu'un homme. Des hommes ou des femmes, placés derrière, recueillaient les épis ainsi coupés et les mettaient dans des sacs ou dans des paniers. Ce sont le plus ordinairement des femmes ou des enfants qui sont chargés de cette besogne.

Un usage fort curieux à noter est celui des rafraîchissements placés de distance en distance pour le besoin des moissonneurs. On voit, en effet, sur plusieurs peintures des petits échafaudages ayant à peu prés la forme d'un trépied et supportant des jarres contenant de l'eau du Nil pour désaltérer les travailleurs. La glace n'existait pas en Egypte, mais on y connaissait dès une haute anti(iuité l'usage des vases de terre destinés à rafraîchir l'eau. On voit sur une peinture un homme qui tient un éventail

Fig. 51.

Muissonoeur égyptien.

l'ig. M. — Uafralclijs.sumoLts pour lus nijissonnour».

pour aider à ce rafraîchissement (fig. 52). Sur une autre, on voit un moissonneur qui boit dans une coupe, et un glaneur placé prés de lui semble retenir la coupe pour s'en servir dés que l'autre aura fini. Dans un antre undrnii, un moissonneur boit dans une outre suspendue après un arbre.

54 L'AGRlCULTtaE.

Sur une peinture de Tlièbes, on voit les moissonneurs qui mettent le blé en gerbes; ceux-ci n'ont pas de sacs comme les précédents. Ils apportent les poignées de blé, toujours coupées assez court au-dessous de l'épi, et les arrangent ensuite en grosses gerbes qu'ils disposent avec une très-grande symétrie les unes au-dessus des autres.

Dans un autre endroit, on voit un homme agiter une palme en signe de triomphe, comme s'il se réjouissait de l'heureuse récolte. Il est précédé par deux autres hommes qui portent un panier large et profond, rempli d'épis et suspendu à une perche dont leurs épaules soutiennent les extrémités. Ils plient sous le poids et s'avancent vers le lieu où on doit battre les épis. Deux autres hommes en reviennent après s'être déchargés de leur fardeau ; l'un rapporte le panier vide, l'autre la perche.

Les scènes de moisson sont souvent accompagnées de glaneurs ; mais un trait bien caractéristique des mœurs de l'ancienne Egypte, c'est la présence du scribe qui inscrit les mesures de blé. L'Egypte est le pays des écritures bien tenues ; partout, et dans toutes les occasions, on voit le scribe à l'ouvrage. Quelquefois il y en a deux, un qui écrit les mesures pour le compte du propriétaire, et un autre qui travaille pour le compte de l'État et la perception régulière des impôts.

Le blé de l'Egypte était fort renommé; nos collections en renferment des échantillons trouvés dans les tombeaux, et on a débité sur ce sujet diverses fables. « Le blé antique, dit !\L Pierrel {Dictionnaire d'archéologie, égyptienne) offrait les mêmes variétés que celui qui se récolte actuellement en Egypte. Tout ce qui a été dit sur la germination des grains recueillis dans les hypogées est absolument faux ; tous les essais tentés dans les conditions voulues de sincérité scientifique ont avorté. Ce blé, semé dans la terre humide, s'amollit, s'enlle, se décompose et, au bout de neuf jours, est entièrement détruit. »

Le battage et le vannage. — C'est encore à Varron que nous aurons recours pour savoir comment on battait le blé : « C'est dans l'aire qu'on sépare le grain de l'épi, ce qui s'opère au moyen d'un traîni^au qu'on fait tirer par des bêles de somme. Le traîneau est formé d'une planche garnie en dessous de fer ou de pierres pointues, laquelle supporte le conducteur ou quelque poids équivalent. Cette machine, qui se promène sur les épis, en détache le grain qu'ils contiennent. Le traîneau consiste quelquefois en une réunion de soliveaux et de roulettes. C'est alors ce qu'on appelle le chariot à la carthaginoise. Cette

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forme comporte de môme un conducteur assis et un attelage de bêtes de somme. Elle est usitée dans l'Espagne citérieure, et autres lieux. Quelques-uns se contentent de faire fouler les épis par leurs bêtes qu'ils poussent à coups de gaule, et dont le trépignement produit le même

V\g. 03. — X.0 batla(,-u du blâ en Eyyple. (l'umtuiu du Tli6bt::>.)

oITice. Quand le blé est battu, on le vanne, en ayant soin de choisir pour cette opération un moment où le vent n'ait qu'assez de force pour emporter les parties légères, en sorte que le Jroment reste par l'effet de son poids et arrive à la corbeille épuré. ><

Pour faire jaillir le grain de l'épi, les Égyptiens le faisaient fouler aux pieds par des bœufs. Les peintures nous montrent ce mode de battage, qui existait encore au temps des Romains, puisque Varron le signale. Sur un monument de Thèbes, on voit un homme armé du fouet (fig. 53) qui tient les bœufs en haleine, tandis qu'un enfant ramasse avec un balai les épis dispersés par le pied des bœufs. Le propriétaire, reconnaissable à la grande canne qu'il a à la main, assiste au bat-

tage de ses blés. Des ânes ont amené

Fi(j. 51. — Les viinDeurs égyptiens.

les épis dans des panirrs ([ue l'on

vide, et un honnnc, muni d'une fourche, les étale parterre avant qu'ils soient piétines par les bœufs. Il paraît qu'on employait également les pourceaux pour le battage des grains, mais les monuments nous montrent seulement des bœufs affectés à cet usage.

Le vannage vient ensuite. Un laisse tomber le grain au travers d'un courant d'air qui emporte au loin la balle et la poussière, pendant que le grain plus pesant retombe à terre, débarrassé des impuretés qui le F.ouillaii'nt. Les v;iimeurs exécutent cette manceuvre au moyen d'une calebasse évidée (lig. 5/i). <iui a été divisée, suivant sa plus grande di-

56 L'AGRICULTURE

mension, en deux parties égales; chaque main en tient une moitié qu'elle saisit avec aisance, au moyen de l'étranglement qui se trouve naturellement à cette sorte de courge. Un ouvrier s'est baissé pour prendre du blé au tas; il a écarté les deux parties de la calebasse. Lorsqu'elles seront remplies, il les serrera l'une contre l'autre et se redressera pour laisser tomber le blé, comme font ses deux compagnons; la charge de rassembler les grains éparpillés par l'opération est donnée à un quatrième ouvrier, qui s'en acquitte au moyen de deux rameaux de palmier.

L'emmagasinage. — Quand la moisson est faite, il faut emmagasiner le blé qu'on a récolté. Écoutons à ce sujet le précepte de Varron : « Pour le blé, dit-il, il faut le serrer dans de hauts greniers, où les vents soufflent du nord et de l'est, et où l'humidité ne peut pénétrer d'aucun côté. Que les murailles et le sol soient revêtus d'un mastic composé de marbre pilé, ou du moins de glaise mêlée à de la paille de froment et du marc d'huile. Cet enduit préserve les greniers des rats ou des vers, et contribue en même temps à donner au grain de la consistance et de la fermeté. Certains cultivateurs ont des greniers souterrains ou caveaux, comme on en voit en Cappadoce ou en Thrace ; ailleurs on se sert de puits ou silos, comme dans l'Espagne citérieure et aux environs d'Osca et de Carthage. Le sol au fond de ces puits est couvert de paille ; aucune humidité n'y pénètre, car on ne les ouvre jamais; ni même un soufQe d'air, si ce n'est lorsqu'il y a nécessité de recourir à la réserve. L'air en étant exclu, il n'est pas à craindre que le charan(;on s'y mette. Le blé, dans les puits, se conserve cinquante ans, et le millet pourrait même s'y garder plus d'un siècle. »

L'histoire de Joseph nous montre l'importance que les greniers d'abondance ont eu en Egypte dés la plus haute antiquité. En mettant de côté les exagérations qu'on trouve toujours dans les récits primitifs, il résulte de cette histoire que le pharaon avait à sa disposition des magasins immenses, où l'on resserrait le blé. Il était d'ailleurs indispensable d'avoir toujours de grands approvisionnements pour l'entretien de l'armée, qui n'était pas payée en numéraire, mais en nature. Aussi l'emmagasinage du blé était, en Egypte, une affaire très-importante.

Les peintures qui retracent les scènes relatives à la moisson ne manquent pas de représenter ce qui concerne l'emmagasinage. Quand le grain est vanné, on commence par le réunir en tas, puis on le met dans des sacs pour le porter à la maison, où il y a déjà beaucoup do blé. On y aperçoit deux hommes, l'un vide un sac, l'autre, après avoir

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vidé le sien, se dispose à sortir pour aller prendre une nouvelle charge. A côté des grains qu'on vient de rentrer, deux scribes montés sur des échelles tiennent un stylet avec lequel ils enregistrent les mesures (le blé emmagasinées (fig. 55). Plus loin des hommes aident à remplir des sacs, et l'un d'eux se retourne vers le scribe, comme pour lui

Fig. 50. — Grcuior à graiu, ^Fragmeot de pciuiuro ugypuunne.)

adresser la pnrolc. Ces peintures prouvent le soin que les Égyptiens mettaient dans leurs comptes pour tous les travaux domestiques.

Les céréales. — Pline nous apprend que l'orge a été très-anciennement employée pour la nourriture de l'homme: «Ceux qui veulent la conserver longtemps, dit-il, renferment dans des vases de terre neufs la farine et le son tout ensemble. En Italie, on réduit en farine trésline l'orge qu'on fait rôtir sans la mouiller. Les hommes ont renoncé au pain d'orge un usagi> ciicz les anciens. 11 n'y a plus guère que les bestiaux ((ue l'on nourrisse de ce grain. »

Le froment était cultivé à peu près partout au temps d'Auguste. D'après Pline, la Bétique, la Sicile, et surtout l'Kgypie, rendaient jus- ((u'à cent pour un. Le millet de la Campanie était particulièrement renommé.

« Commence la moisson, dit Hésiode, quand les Pléiades, fdies d'Atlas, se lèvent dans les cieux, et le labourage quand elles disparaissent; elles demeurent cachées quarante jours et quarante nuits, et se montrent de nouveau lorsque l'année est révolue, à l'époque où s'aiguise le tranchant de fer. Telle est la loi générale des campagnes pour les colons qui habitent le bord de la mer ou qui, loin de celte mer orageuse, cultivent un sol fertile dans les gorges des profondes vallées. » III. 8

sa L'AGRICULTURE.

Varron dit qu'eu Italie les cultivateurs font la moisson pendant la quatrième période du solstice d'été à la canicule, parce qu'ils prétendent que le blé, pour obtenir la consistance de la maturité, doitrester quinze jours dans sa halle, quinze jours en fleurs et quinze jours en graines.

En Egypte, le travail de la culture commençait dès que le Nil était rentré dans son lit. « Les Égyptiens, dit Hérodote, particulièrement audessous de Memphis, sont les hommes qui recueillent avec le moins de travail les fruits les plus abondants ; ils n'ont point à creuser inutilement les sillons avec la charrue ; ils n'ont ni la fatigue de retourner la terre, ni celle de la bêcher. Ils ne sont assujettis à aucun des travaux auxquels les hommes sont condamnés pour récolter; le fleuve se répandant de lui-même dans les champs et se retirant après les avoir arrosés. » Ce récit d'Hérodote ne doit pas être pris absolument à la lettre, car, si l'extrême fécondité du sol et les avantages immenses dus à l'inondation du Nil récompensaient le travailleur de ses peines, elles ne l'en dispensaient que dans une certaine mesure. Les outils de labourage recueillis dans nos collections, et les peintures qui nous montrent la manière dont on s'en servait, témoignent d'un travail sinon très-pénible, au moins assez actif.

La plaine de Babylone est une terre conquise par la civilisation, et arrachée en quelque sorte aux débordements du fleuve. Le Tigre est naturellement encaissé dans son lit, mais il a fallu une barrière artificielle pour enfermer l'Euphrate dans le sien. L'attribution à Sémiramis de ces immenses travaux est légendaire, comme ceux qu'on attribuait en France à la reine Brunehaut, mais elle prouve leur haute antiquité. Des canaux furent creusés sur un sol aride, des machines in ventées pour répandre l'eau dans les champs, et ce travail immense porta de tels fruits, qu'au temps d'Hérodote le blé des bords de l'Euphrate rapportait deux cents pour un et que toute la contrée était couverte d'arbres fruitiers. La vigne et l'olivier étaient néanmoins étrangers au pays; on y buvait du vin de palmier et on y brûlait de l'huile de sésame. Après la conquête persane, une mauvaise administration laissa s'obstruer les canaux, et le pays était déjà bien déchu au temps d'Alexandre le Grand. Aujourd'hui tonte cette contrée ne contient que des steppes briilées ou des marais fétides.

Les prairies. — La physionomie des terrains cultivés en prairies devait être peu différente de ce qu'elle est aujourd hui dans les mêmes

LA CLLTUUE.

contrées. « Il convient, dit Caton, de pianter des saules dans les terres aquatiques, humides, ombragées, et près des rivières. Examinez si vous en avez besoin chez vous ou si vous les destinés à la vent^ . Si vous avez de l'eau, attachez-vous surtout aux prairies arrosées. Si vous n'avez pas d'eau, faites encore des prairies sèches autant que vous pourrez ; c'est le meilleur usage que vous puissiez faire de votre domaine.»

Les anciens connaissaient l'art des irrigations. Une miniature du Virgile du Vatican montre un petit canal artificiel portant l'eau d'un endioit à un autre et servant, dans le cas particulier, d'abreuvoir à deux chèvres {fig. 50).

La fenaison ne différait en rien de ce qu'elle est aujourd'hui. «Dans les prairies basses, l'herbe doit être fauchée au moment où elle com-

l-'ig jij. — Abreuvoir.

niencc à se sécher. On la retourne avec la fourche jusqu'à complète dessiccation. 11 faut alors la botteler avant de la transporter à la forme. puis on passe le râteau sur le pré pour ramasser l'herbe qui sera restée à terre, que l'on ajoute aux meules de foin. » (Varron.)

Lf PAPvnus. — (i Le cijpcrua pajtyrus, dit M. l'aul l'ierret {Dlclio7inaire d'nrchhlo'jic àjuplimnc) croissait et était cultivé dans le bas Delta, particulièrement dans le nome Sébennytc ; aussi servait-il, dans les hiéroglyphns, à désigner l'Kgypie du nord. lîosellini a trouvé clans un tombeau, il kouui-el-Alimar, la ropréseniatioii de la récolte du pnpyrus; deux hommes portent les liges de cette plante, l'un dans ses bras, l'autre sur ses épaules, au bout d'un bàlon ; les tiges, d'une longueurconsidérahlc, sont renversées la tèto en bas; elles ont été coupées et non déracinées; le vêtement des porteurs est retroussé, pour indiquer sans

L'AGRICULTGRE

doute qu'ils viennent de sortir de l'eau. Le cypcriis papyrus, originaire d'Egypte, y est fort rare aujourd'liui; on ne le rencontre plus guère qu'autour du lac Menzaieh, auprès de Damiette. en Abyssinie, et dans quelques localités marécageuses de la Syrie. Encore ne pouvons-nous affirmer que ce papyrus soit bien celui avec lequel les Égyptiens fabriquaient leur papier. Les anciens employaient, en effet, à différents usages plusieurs autres cypéracées que les auteurs ont souvent confondues avec le cypcnis papyrus. Le papyrus était beaucoup trop cher pour qu'on pût le faire servir à la confection d'objets vulgaires, et Strabon nous apprend qu'il existait deux variétés de papu'us, dont l'une, de qualité inférieure, était distincte du bybliis hici'aticus, destiné à la fabrication du papier. Les usages auxquels on employait ces variétés de papyrus é.taient fort nombreux. Les racines servaient de combustible et on en faisait divers ustensiles de ménage. La partie inférieure de la plante fournissait une substance alimentaire aromatique et sucrée, et les Egyptiens la mâchaient, crue ou bouillie, afin d'en absorber seulement le jus. Avec les pellicules qui formaient l'écorcc de cette plante, on faisait des voiles, des nattes, des sandales, des vêtements, des couvertures, des cordes, etc. ; avec la moelle, des mèches pour les flambeaux. »

Le lin. — Le lin était en Egypte l'objet d'une culture extrêmement importante; les peintures des tombeaux en retracent tous les détails

Fig. 57. — Les porteurs du gerbes.

avec une grande précision. Nous voyons (fig. 57) la manière d'emporter les gerbes. C'est sur le dos que la gerbe est posée; la graine est en bas, du côté de la terre, et il semble que la racine a été coupée.

La manière dont on détache la graine sans abîmer la tige mérite de fixer l'attention. Dans la figure 58, un travailleur porte du lin à un autre qui est assis à l'ombre d'un arbre et a pour mission de l'égrener.

LEGUMES ET FRUITS

Gl

Il se sert pour cela d'un instrument dont les dents sont assez espacées pour recevoir dans leurs intervalles la tige de lin, mais trop serrées pour donner passage à la graine. Le talon du peigne porte sur le sol; le coté des dents est relevé par un support; l'ouvrier consolide le tout et le

l-ib*. 06. — L'd graïuu stparcu du Sd Ui

maintient en place avec son pied. 11 prend une poignée de lin, et, tenant le sommet de la plante où est la graine tourné vers le bas, il engage le lin entre les dents du peigne et le retire à lui. La graine ne pouvant passer dans les intervalles des dents se sépare do la tige sans

que celle-ci soit endommagée.

LÉGUMES ET FRUITS

Les I. é r. u m n s . — Les o c t i i. s i> r j \ ii d i n a (. k . — [.a v i c; n r , L' 0 1. 1 V 1 1 n . — 1. 1: s v k n <; t ii s . — La i; n i: k f k d k s a n b n e s.

Les légumes. — « Les vergers et les potagers, dit Columollc, devront èlre entourés de haies et se trouver à |)cu de distance de la métairie, et placés de telle sorte qu'ils puissent recevoir récoulcmcnt des

LAGRICULTURE.

égouts de la cour, des bains, ainsi que la lie de l'huile qui s'échappe du pressoir, car ces substances sont également proDtables aux arbres et aux légumes, »

La basse Egypte était spécialement propre à la culture des oignons, qui se plaisent particulièrement dans un sol d'aliuvion. Les. oignons d'Egypte étaient d'ailleurs très-différents de ceux de nos pays, qui excitent le larmoiement et ont une saveur irritante; ils sont au contraire d'une douceur remarquable. Ces oignons, beaucoup plus gros que les nôtres, formaient une partie de la nourriture du peuple, et on

se rappelle combien les Hébreux regrettaient dans le désert les oignons d'Egypte. Juvénal se moque des Égyptiens qui, dit-il, cultivaient leurs dieux, l'oignon et le poireau, dans leurs jardins. Les melons d'eau, les pastèques, étaient aussi très-cultivés.

La figure 59 représente des jardiniers égyptiens qui transportent des plantes d'un point à un autre. D'après le costume qu'ils portent, ces personnages doivent être des hommes de journée travaillant pour le compte de quelque propriétaire aisé.

Au reste, la profession de jardinier devait être très-répandue dans l'antiquité, car toutes les grandes villes, et notamment Rome, étaient entourées de jardins où la culture des légumes se faisait sur une trèsgrande échelle. Les lettrés avaient tous la prétention de s'y connaître dans cette partie de l'agriculture. C'est ainsi qu'Horace nous dit sentencieusement :« Sachez aussi que le chou cultivé avec trop de soin et trop souvent arrosé ne vaut pas un chou rustique, haletant dans un terrain sec. »

Les Romains faisaient une grande consommation do. champignons; nous voyons même, par une épigramme de Martial, que quelquefois leur goût pour ce mets était poussé jusqu'à la gloutonnerie. « Dis-moi, quelle est cette fureur? En présence des nombreux convives que tu as invités, Cécilianus, tu dévores à toi seul tous les champignons. Que puis-je te souhaiter qui soit digne d'un ventre si glouton et d'une telle

Fig. 59. — Jardiaiers égyptiens.

LÉGUMES ET FRUITS 03

voracité? que tu avales un champignon comme celui qu'avala Claude. »

Les outils du jardinage. — Dans une petite pièce de l'Anthologie, un jardinier énumère, dans une offrande à l'riapc, les instruineni3 qu'il emploie : « Le lioyau qui retourne les plates-bandes arrosées, la serpette dont le fer recourbé abat les tiges exubérantes, le manteau troué, protecteur de la pluie, des chaussures inusables en cuir de bœuf, le plantoir qui s'enfonce droit dans le sol pour qu'il reçoive de jeunes choux, l'arrosoir qui, dans les chaleurs de l'été, rafraîchit incessamment le poireau altéré; tout cela,Potamon te le consacre, ô Priape protecteur des jardins, en reconnaissance de la richesse qu'il doit au jardinage. I)

Quelques instruments de jardinage fort anciens ont été retrouvés, mais ils sont en somme peu nombreux. On a découvert dans des fouilles, aux environs de Bologne, en 1871, un certain nombre d'ustensiles de fabrication étrusque. On y voyait entre autres une serpe d'une forme assez grossière, que reproduit notre figure 60.

Fig. co.

Scrpc 6lrusquo.

Fig. Ul. Fig. 02. Fig. 03.

lotlrumonb do ragriculluni.

Fig. Ul.

En général, c'est principalement sur les monuments figurés qu'on voit la forme des instruments aratoires. La bêche que reproduit la figure 61 est tirée d'un tombeau ; elle est munie d'une barre traus-

64 L'AGRICULTURE

versale sur laquelle le laboureur posait son pied. Voici ensuite (fig. 62) un outil qui servait aux vignerons pour débarrasser la vigne du bois mort, ou pour dégager la terre autour des racines {dolahella). Les bûcherons se servaient plus spécialement d'un outil représenté sur la colonne Trajane, et que les soldats romains employaient pour faire des barricades (fig. 63, dolabra). Enfin, pour les terrassements, on avait un instrument de la même nature, quoiqu'un peu différent dans sa forme (fig. 6lj). Celui que nous reproduisons est dans les mains d'un fossoyeur, peint dans uaà décoration des catacombes de Rome.

La vign'e. — « Les anciens, dit Pline le Naturaliste, ont avec raison placé la vigne au rang des arbres, même relativement à sa grandeur. Nous voyons à Populoniuni une statue de Jupiter faite d'un cep unique : elle dure depuis plusieurs siècles. Marseille conserve une patère du même bois. A Métaponte, le temple de Junon était soutenu sur des colonnes de vigne. On monte encore aujourd'hui au haut du temple de la Diane d'Éphèse par un escalier fait, dit-on, d'une seule vigne de Chypre : c'est le pays où elles parviennent à la grosseur !a plus extraordinaire. Nul bois ne dure plus longtemps. Au reste, je suis porté à 'croire que ces ouvrages étaient faits de vignes sauvages. Les nôtres, taillées tous les ans, ne peuvent prendre le même accroissement. On attire toute la sève dans les branches à fruit, et si l'on permet à l'arbre de s'étendre en différentes manières, selon le climat et la qualité du terroir, ce n'est que pour avoir du vin. Dans la Campanie, les vignes se marient au peuplier. S'attachant à cet époux et le pressant de leurs bras, elles montent le long des branches, auxquelles elles se nouent et parviennent jusqu'à la tige. »

11 y a, suivant Varron, plusieurs espèces de vignobles : « L'espèce rampante, qui n'a pas besoin d'échalas et qu'on rencontre en Espagne; et l'espèce à haute tige, si commune en Italie, et dont les ceps sont isolés et maintenus en direction verticale par des échalas, ou assujettis ensemble par le haut à l'aide de traverses. C'est ce qu'on appelle marier la vigne. On emploie comme traverses, ou des perches, ou des roseaux, ou des cordes, ou la vigne elle-même. Le premier de ces moyens est en usage à Falerne, le second à Arpinum, le troisième à IJrindes et le quatrième à Milan. On |)rocède à cette opération par lignes directes ou par lignes croisées. Cette dernière manière est la plus ordinaire en Italie. ))

LÉGUMES ET FRUITS

es

Les agronomes anciens s'étendent longuement sur la vendange et les soins qu'elle réclame. « Quand tu auras cueilli tous les rai-

Sig=?-^' m ^lfK«P*.v

Fig. 65. — Treille disposée en berceau.

sin'î, (lit lo vieil llùsiùdc, apporte-les dans la domourc ; expose-les uu soleil dix juurs et dix nuits. Conserve-les à l'onibrc pendant cinq

Fig. 66. — Corbeilles portée» au pressoir.

jours, et le sixième, renferme dans les vases les présents du joyeux Baccluis. »

Caton s'inquièle surtout des préparalils: « Au nioineiU do la vendange, dit-il, prenez toutes les dispositions nécessaires : faites laver les iti. 0

L'AGRICULTURE

vases, enduire de poix les fûts et autres ustensiles; pendant les jours pluvieux, on pi-éparera et on raccommodera les corbeilles. Coupez les raisins demi-mûrs pour faire du vin précoce, qui servira de boisson aux ouvriers lorsque le moment en sera venu. Distribuez dans les futailles tout le raisin intact et sec que vous aurez coupé chaque jour. »

Fig. 61- — Faunes apportant le raisin.

Varron donne aussi quelques détails sur le même sujet : « On doit commencer, dit-il, par le côté du vignoble le plus exposé au soleil. On fait ensuite un triage du raisin à manger en grappe et de celui dont on fait du vin. Le premier choix va droit au pressoir et de là au tonneau.

Le raisin de table est mis à part dans des paniers, puis renfermé dans des vases de terre qu'on dépose au fond d'une futaille oi^i le marc est resté. On le garde aussi dans des amphores enduites de poix, que Ton descend au fond d'un réservoir d'eau ; ou bien on le fait sécher dans l'aire avant qu'il entre au garde-manger. »

Hérodote dit que les Egyptiens boivent un vin qu'ils fabriquent avec de l'orge, car, ajoute-t-ii, il n'y a point de vigne dans cette contrée. Cette assertion de l'historien grec concerne seulement la partie de l'Egypte qu'il avait visitée, car les monuments figurés prouvent que la vigne a été cultivée dès la plus haute antiquité dans la haute et la moyenne Egypte. La figure 65 représente une treille disposée en berceau.

Quand le raisin était cueilli, on portait au pressoir les corbeilles où on l'avait déposé (fig. CG et G7). Plusieurs monuments montrent

Fig. 68. — Vignerons.

LÉGUMES ET FRUITS

(les faunes vignerons piétinant des grappes de raisin dans une cuve (fig. 68). Le procédé qui consiste à fouler le raisin avec les pieds est celui qui paraît avoir été le plus usité dans l'antiquité. C'est celui qu'on employait en Grèce et en Italie.

Les monuments égyptiens nous fournissent quelques détails plus circonstanciés sur la fabrication du vin. Dans la Thébaïde, par exemple, à mesure que les paniers ét;iicnt remplis de raisiu, on les portait vers une auge plate dans la(|uelle était rassemblé le produit de la vendange. Des hommes disposés par groupes se tenaient debout dans l'auge pour fouler le

raisin, dont ils exprimaient le jus en faisant avec leurs pieds des mouvements vifs et fréquents. Pour faciliter cette opération, les vi-

Fig. G9. — - Fabrication du vm Jans la Tliébaîdo.

Fig. 10. — Fabrication du vin.

gncrons se tenaient à des cordes pendantes d'une traverse horizontale placée au-dessus de leurs têtes. Cette traverse était soutenue soit par des arbres comme nous le voyons dans la figure 69, soit par deux poteaux terminés en fourche, soit enfin par un système particulier, qu'on coui[u\'nJra aisément un jetant un coup d'œil sur la ligure 70. Aussitôt

L'AGRICULTURE

que le vin avait exprimé tout son jus, on le plaçait dans les amphores. Dans d'autres parties de l'Egypte, on se servait d'un procédé plus

Flg. 71. — Pressoir à vin. (D'après une peinture ét'yplieime.)

bizarre, qui est figuré dans les hypogées de Beni-Hassan. Le raisin, placé dans un sac, était pressé au moyen de deu.x bâtons fi.\és ans. extrémiiés

Fig. 72. — Pressoir. (Peinture cie Pompéi.)

et tournés en sens contraire ; un vase placé au-dessous du sac recevait le jus qui en tombait, comme on le voit sur la figure 71.

Une peinture de Pompéi (fig. 72) nous montre aussi un pressoir à vin d'une espèce toute particulière, qui était probablement employé

LÉGUMES ET FRUITS

dans la Campanie. Ce pressoir est formé de deux piliers perpendiculaires et de deux traverses horizontales placées à la base et à lextrémité supérieure, formant une espèce de cadre dans lequel sont trois autres traverses, dont la plus basse écrase le raisin. Des coins de bois sont mis entre chaque traverse mobile, et leur extrémité la plus grosse se trouve alternativement portée d'un côté ou de l'autre. Sur chacun des côtés un petit génie frappe à grands coups de maillet sur la tête des coins qui avancent ainsi entre les traverses et les forcent à presser les grappes placées au-dessous. Le vin coule à grands flots dans un vase, et un autre petit génie placé à côté fait cuire le vin, selon l'usage antique, en le remuant avec une spatule en bois.

Quand le raisin était écrasé, il fallait porter quelque part le vin qu'on en avait extrait. Nous avons vu un peu plus haut, sur la figure 70,

l']g. "3. — Transport des amphores.

que les l'igypticns le mettaient aussitôt dans des amphores. Il fallait alors transporter les amphores à la maison, et ce transport s'effectuait par le procédé que nous voyons employé dans la figure 73.

Avant de mettre le vin dans les amphores, les Romains le mettaient dans un récipient d'une espèce particulière, qui était placé sur un charriol et qui est représenté sur une peinture de l'ompéi. La figure 7/j montre en elïet une outre immense posée sur un brancard et sup-

L'AGRICULTURE

portée par quatre roues. La voiture est sans doute arrivée à destination, car deux hommes sont occupés à transporter dans des amphores le vin contenu dans la grande outre ; il s'écoule par un tuyau de cuir garni d"un robinet et qui est placé derrière la grande outre, dont il forme comme la queue. Sur le devant, le haut de l'outre se relève en forme de col allongé et fermé par une ligature : c'est par cet orifice que le vin avait été introduit. Pendant ce temps-là, les chevaux, à demi dételés.

^'^^^fsy

Fig. 74. — Outre do transport. (Peinture de Pompéi.)

attendent paisiblement la fin de lopération pour s'atteler de nouveau à l'outre devenue légère.

Horace nous indique comment il faut en user avec la précieuse 'liqueur: (i Puisque j'ai parlé de vin, sachez comment il faut le traiter. Un bon vin de Massique, exposé la nuit au vent frais d'un ciel serein, se dépouille admirablement de toute odeur irritante... Honte et malheur sur le mal-appris qui se sert encore de la chausse, oubliant que la maudite laine emporte à la fois et la lie et le bouquet de ce vin déshonoré.

(( Plus d'un dégustateur habile ajoute au gros vin de Sorrenle un résidu des vins de Falerne ; il jette en même temps dans l'amphore, pour la clarifier, un jaune d'œuf de pigeon qui entraîne aussitôt le résidu au fond du vase et le dégage de toutes ses impuretés. »

« Quel plaisir trouves-tu donc, Tucca, à mêler de la piquette au

LÉGUMES ET FRUITS

vifiux Falcrne? dit aussi Martial. Quel bien t'ont donc fait les vins les plus détestables? ou quel mal t'ont fait les meilleurs? On te pardonnerait de nous assassiner, mais assassiner ce Falerne et joindre un cruel poison au vin de la Canipanie, c'est un abominable forfait. Tes convives ont pu mériter la mort, mais une si précieuse amphore ne la méritait pas.»

L'olivier. — La mythologie nous enseigne que ce fut Minerve qui enseigna aux Athéniens l'art de cultiver l'olivier; on peut en conclure

Fig. lô. — Les olives cueillies à la rnaio. (D'après un vaso grec.)

que cette culture était fort ancienne en Attique. Voici ce que Pline le Naturaliste nous apprend au sujet de l'olivier : k Tliéophraste, dit-il, l'un des plus célèbres auteurs de la Grèce, a écrit, vers l'an HO de Rome, que l'olivier ne croissait pas au delà de quarante milles de la mer. Fénestella, de sou coté, assure que, sous le règne de Tarquin l'Ancien, l'an de Rome 173, cet arbre n'existait ni en Italie, ni en Espagne, ni en Afrique. Aujourd'hui, l'olivier a franchi môme les Alpes; il est parvenu jusqu'au centre des Gaules et des Espagne?. Il est certain que l'an 505, sous le consulat de L. Junius et d'Appius Claudius, petit-Iils de Caïus, les douze livres d'huile se vendaient un as. L'an 680, M. Seins, fils de Lucius, édile ciirulo, fournit au peuple romain les dix livres d'huile à un as pciid.inl toute l'année. On en sera moins étonné quand on saura que, vingt-deux ans après, sous le troisième consulat de l'ompée, les provinces furent approvisionnées d'huile par l'Italie. Hésiode, qui plaidait l'agriculture au premier rang des sciences utiles, affirme que jamais l'homme qui a planté un olivier n'en a recueilli le fruit, tant cet arbre est lent à croître ! Aujourd'hui, nous formons dcs'pépinièrcs

L'AGRICULTURE

d'oliviers, et les plants qu'on 011 tire produisent dès la seconde année. » Varron nous apprend que quand l'olive se trouve à portée et qu'on peut y atteindre sans le secours d'une échelle, il vaut mieux la cueillir que la gauler, parce que, dit-il, l'olive froissée se dessèche et rend moins d'huile. Nous voyons néanmoins, par les monuments, qu'on employait indistinctement les deux procédés, car la figure 75 représente la cueillette des olives faite par deux personnages assis qui prennent

Fig. 76. — Récolte des olives avec des gaubs, (D'après un vase peint.)

le fruit avec leurs mains, tandis que sur la figure 76 nous voyons deux cultivateurs qui font tomber avec la gaule les fruits qu'un troisième ramasse quand ils sont à terre.

Le vieux Caton fait au sujet de la récolte des olives quelques recommandations : Il Cueillez l'olive aussitôt qu'elle est mûre et ne la laissez que le moins possible sur la terre et sur le plancher, car elle y pourrit. Ceux qui font la récolte désirent qu'il y ait beaucoup d'olives tombées, afin d'aller plus vite en besogne. Les pressureurs souhaitent qu'elles séjournent longtemps sur le plancher, afin qu'elles blétissent et s'expriment avec plus de facilité L'olive qui a séjourné longtemps sur la terre

ou sur le plancher donne une huile moins abondante et moins délicate. »

Quand l'huile était sortie du pressoir, on employait pour la mettre dans les amphores le même procédé qu'on employait pour le vin

LÉGUMES ET FRUITS. 73

(fig. 77). Toutefois les amphores à huile que nous voyons sur les monuments égyptiens n'ont pas tout à fait la même forme que celles qui

Fig. n. — Huile miso dans les amphores.

contenaient du vin; elles étaient assez généralement aplaties à la base

(fig. 78, 79 et 80).

Fia. 18. FiK'. "U. Fig- 80.

Amphores X Imilo. (D'aprîs les nioiiumonls (^gyptioai.)

Notons également que riuiile dont se servaient les Égyptiens n'était pas la même ([ue celle (ureiiipioN aient les Grecs et h's Romniris, atlemlu qu'elle n'était pas laite avec des olives ; il n'est même pas certain que m. 10

74 L'AGRICULTURE

l'olivier ait jamais été cultivé en Egypte. Hérodote nous donne quelques détails sur la plante dont on se servait pour avoir de riuiiie : « Les Égyptiens qui habitent dans les marais se servent d'une huile exprimée du fruit du sillicyprion ; ils l'appellent kiki. Voici comment ils la font : ils sèment sur les bords des différentes branches du fleuve et sur ceux des étangs du sillicyprion. En Grèce, cette plante vient d'elle-même et sans culture; en ÉgNpte, on la sème, et elle porte une grande quantité de fruits d'une odeur forte. Lorsqu'on les a recueillis, les uns les broient et en retirent l'huile par expression, les autres les font bouillir après les avoir fait rôtir; l'huile se détache et on la ramasse. C'est une liqueur grasse qui n'est pas moins bonne pour les lampes que l'huile d'olive ; mais elle a une odeur forte et désagréable. »

Les vergers. — Columelle donne des renseignements assez précis sur la culture des arbres fruitiers dans l'antiquité: « Faites des fossés, dit-il, un an avant de disposer les arbres fruitiers ; plus vous les ferez larges et ouverts, plus les fruits que vous recueillerez seront beaux et abondants. Ces fossés auront la forme des fours, dont le fond est plus large que l'ouverture, afin que les racines puissent s'étendre davantage et que l'ouverture étant étroite, le froid de l'hiver et la chaleur de l'été y pénètrent plus difficilement. Plantez les arbres à de grands intervalles, afin qu'en grandissant ils trouvent un espace suffisant pour étendre leurs rameaux. En effet, si vous les plantez trop près les uns des autres, vous ne pourrez rien semer au-dessous, et ces arbres eux-mêmes ne seront guère productifs, à moins que vous ne les éclaircissiez. »

La plupart des arbres fruitiers que nous cultivons aujourd'hui étaient connus des anciens. Le cerisier, le pêcher, le pommier, le poirier, mais surtout le figuier, le grenadier, l'amandier, etc., ont occupé tour à tour les agronomes anciens, qui ont donné sur la culture de ces arbres une foule de détails qui ne peuvent trouver leur place ici. La figure 81 représente la récolte des fruits dans un verger.

Les hommes de l'âge héroique ne connaissaient pas ce que nous appelons aujourd'hui les jardins d'agrément. Un jardin était toujours planté d'arbres fruitiers. Homère nous a donné dans VOdyssic une description du jardin d'Alcinoiis. « Non loin de la cour et des portes du palais, dit-il, est un jardin entouré d'une haie vive. Là s'élèvent de grands arbres d'une végétation vigoureuse, des poiriers, des grenadiers, des orangers, des figuiers d'une rare espèce et des oliviers toujours verts. Ces arbres ne manquent jamais de donner des fruits, ni l'hi-

LKGL'MES ET FRUITS

ver, ni l'été. Sans cesse au souille du zéphir, quand les uns commencent à pousser les autres sont déjà mûrs. La poire est remplacée par une poire nouvelle, l'orange succède à l'orange, la grappe fait place à d'autrfs grappes et la figue nouvelle parait à côté de la figue qu'on va cueillir. Dans une même vigne chargée de raisins, les uns mûrissent aux rayons du soleil, on vendange les autres, d'autres sont foulés dans le pressoir. On voit des grappes en fleurs près de celles qui sont déjà remplies d'un jus délicieux. A la suite de celte vigne, un potager soigneusement cultivé fournit chaque saison des légumes de toute espèce.

Fig. 81. — Koculto dus fruits dans un vtTjj-or.

Là sont aussi deux fontaines ; l'une, par mille canaux, arrose le verger, et l'autre répand ses eaux prés des portes du palais, dans un bassin spacieux où viennent puiser les citoyens de la ville. »

Si le poëte fait régner en ce lieu un printempsperpétucl, on n'en peut pas in<iins conclure de sa descri|)lion ([iio c'est principalement au point de vue du rapport et de l'utililé ([u'on faisait les jardins à celle éiioiiue.

Une petite invocati(ui à Pria[)e, le dieu des jardins, puisée dans l'Anthologie grecque, donne une énuméralion des fruits qu'on cultivait le plus généralement : » Une grenade avec son enveloppe dorée, des ligues dont la peau se ride, une grappe de raisin aux grains rosés, une pomme parfumée avec son léger duvet, une noix sortant de son écale verte, un concombre velouté couché à terre sur des feuilles, une olive presque déjà mûre dans sa tunique d'or, voilà ce que t'offre, ù l'riape.

7e L'AGRICULTURE.

le jardinier Lamon, en invoquant, pour ses arbres et pour lui, la force et la santé. »

Quand les fruits étaient cueillis, on les déposait dans le fruitier, dont Varron explique la disposition : « Quand on veut faire construire un fruitier, il faut avoir soin d'en ouvTir les fenêtres au nord et de laisser un libre accès aux vents qui soufflent de ce côté. Il importe toutefois de les garnir de volets, car le vent continu finit par ôter aux fruits leur suc et les rendre insipides. Pour plus de fraîcheur encore, on recouvre en stuc les voûtes, les murailles et même les planchers de ces fruiteries. »

La greffe des arbres. — Columelle donne les renseignements suivants sur l'emploi de la greffe dans les métairies romaines : « On peut greffer tel rejeton qu'on veut sur quelque arbre que ce soit, pourvu que l'écorce du rejeton ne soit pas différente de celle de l'arbre; on peut le faire sans scrupule, si l'espèce à laquelle appartient le rejeton produit des fruits dans le même temps que l'arbre greffé. Les anciens nous ont enseigné trois espèces de greffe : l'une par laquelle l'arbre étant coupé et fendu reçoit dans l'intérieur de son bois des scions coupes sur un autre arbre ; la seconde, par laquelle l'arbre reçoit la greffe entre son écorce et son bois : ces deux sortes de greffe se font dans le printemps. La troisième est celle par laquelle l'arbre à greffer reçoit entre l'écorce et le bois des bourgeons avec une petite partie de leur écorce. Cette façon de greffer, que les cultivateurs appellent enter en écusson (emplastration) se fait en été.

Les métayers. — La MÉTAiniE. — Les bâtiments accessoires.

Les PEiTS. — Les chariots. — Les basses-coers. — Les poelets.

Les oies et les canards. — Le colombier. — Les abeilles.

Les métayers. — L'agriculture formait la principale richesse des Égyptiens, qui apportaient dans cette branche du travail humain l'esprit positif que nous trouvons dans tous leurs actes. Ils tenaient à connaître le compte exact de leurs biens. Les maîtres ou les intendants

examinaient tout avec un soin méticuleux pour se rendre compte de l'accroissement ou du dépérissement des troupeaux. A des époques régulières, tous les bestiaux étaient passés en revue, et toute une armée de scribes était sans cesse occupée d'un bout à l'autre de l'Éj^yptc à enregistrer jusqu'aux moindres détails de la richesse agricole. Il y a là une organisation complète où cliacun a sa fonction déterminée.

Nous sommes loin de trouver une organisation aussi complète dans l'Italie primitive. Dans les premiers siècles de Rome, tout le monde cultivait son champ. « Les généraux eux-mêmes, dit Pline, étaient laboureurs... Mais aujourd'hui, ces mêmes champs sont abandonnés à des esclaves enchaînés, à des malfaiteurs condamnés au travail et flétris d'un fer chaud. » Ces mots renferment en quelque sorte le premier et le dernier mot de l'agriculture romaine. On peut distinguer chez elle trois époques caractéristiques : Antérieurement aux guerres puniques, tout citoyen, sans aucune distinction, travaille à la terre; c'est l'indice d'une société laborieuse, mais grossière. Car, dans une république bien organisée, un homme d'état ou un général peut mieux passer son temps qu'en labourant. Pendant la période brillante de l'histoire romaine, nous voyons des Iiommes instruits et illustres s'occuper avec passion de l'agriculture et apporter aux travaux des champs, non pas le secours de leurs bras, mais l'appoint de leur intelligence. C'est l'époque où écrivent fir. 82. Varron, Virgile et Columelle. C'est aussi l'époque Laboureur esciavo, où l'agriculture atteint son plus haut développement. Mais la société antique était rongée par une plaie qui devait un jour la tuer : l'esclavage. La figure 82, tirée d'une pierre gravée, montre un laboureur enchaîné qui s'appuie sur son instrument de travail; cet huMinio est un esclave.

Columelle signale déjà les inconvénients d'un fait qu'il oonsidèro surtout en moraliste: « En général, les esclaves enchaînés doivent être de la part du maître l'objet d'une surveillance particulière, 11 s'assurera par lui-même s'ils ne sont privés ni de vêtements, ni des autres choses qui leur sont nécessaires, il doit y veiller d'autant plus scrupuleusement que ces malheureux, étant soumis à plusieurs supérieurs, au métayer, aux chefs d'atelier et aux geôliers, sont plus que les autres exposés à souffrir toutes sortes d'injustices. »

Ce que Columelle ne pouvait prévoir, c'est que la substitution du travail esciavo au travail libre devait un jour ruiner l'agriculinre. Les

78 L'AGKlCULTL'liE.

petits propriétaires indépendants ne pouvaient supporter la concurrence des troupes d'esclaves que les hommes opulents avaient à leur service, et leur nombre diminuait tous les jours. Les ouvriers des champs, ne trouvant plus d'ouvrage dans les métairies, parce qu'on n'y employait que des esclaves, accouraient dans les villes et désertaient la campagne. A la fin de l'empire, les métayers sont tous des affranchis peu soucieux des intérêts de leurs maîtres; ils ont tous sous leurs ordres des esclaves qui n'ont aucun intérêt à ce que la terre rapporte.

La métairie. — « Nos ancêtres, dit \arron dans son ouvrage de Re rustica, donnaient à leurs villas une étendue relative à la quantité de fruits et de productions de la terre ; aujourd'hui, on ne voit que profusion. Ils donnaient plus d'étendue aux bâtiments d'exploitation qu'aux habitations ; aujourd'hui, on fait le contraire. Autrefois, on faisait l'éloge d'une villa lorsqu'il y avait une bonne cuisine, de grandes écuries et des magasins assez vastes pour conserver l'huile et le vin ; aujourd'hui, les villas de Métellus et de LucuUus surpassent de beaucoup celles qui sont destinées à un usage utile. Ces hommes n'ont d'autre soin que de donner une exposition fraîche aux salles à manger d'été, d'exposer au contraire au soleil les appartements destinés à être habités en hiver; au lieu que nos ancêtres songeaient plutôt à l'exposition qu'il convenait de donner aux lieux destinés à y conserver le via et l'huile. »

Le même auteur indique un peu plus loin les conditions les plus avantageuses pour l'établissement d'une métairie : « Pour vos constructions, choisissez de préférence le pied d'un coteau boisé, riche en pâturages, et l'exposition la plus saine. La meilleure de toutes est le levant d'équinoxe, car on y a de l'ombre en été et du soleil en hiver. Êtes-vous forcé de bâtir au bord d'un fleuve?Ouvrez vos jours de l'autre côté, sans quoi les habitations seraient froides pendant l'hiver et peu saines pendant l'été. »

Le vieux Caton prescrit, avec sa concision ordinaire, les éléments qui composent une métairie qu'on veut élever : « Clauses à proposer à un architecte pour bâtir une maison de campagne. — Si vous faites bâtir à forfait une campagne entièrement neuve, voici les obligations de l'entrepreneur : Conformément au désir, il construira toutes les murailles en moellons unis avec de la chaux, les piliers en pierres solides, les poutres qui sont nécessaires, les seuils, les jambages de porte, les linteaux, les lambourdes, les étais, les étables d'hiver pour les bœufs, les râteliers pour l'été, l'écurie, les chambrettcs pour les esclaves, trois

t,'arde-manger, une table ronde, deux chaudières, dix toits à porcs, un foyer, une porte cochère et une autre à la disposition du maître, les fenêtres, dix barreaux de dix pieds pour les grandes fenêtres, et pour les petites six lucarnes, trois bancs, cinq chaises, deux niéliers de tisserand, six carreaux transparents, un petit mortier à piler le grain, un métier de foulon, les chambranles, deux pressoirs. Le propriétaire fournira les matériaux, les objets nécessaires à la main-dœuvre; il fera tailler et polir, il sera tenu de fournir une scie et un cordeau, cependant il n'est tenu qu'à couper et travailler les matériaux. C'est l'cnire-

Fig H.'i, — Cour de fermo.

preneur qui fournit la pierre, la chaux, le sable, l'eau, la paille et la terre employée au mortier. »

On peut se faire une idée des britiuients accessoires d'une fermo d'après une miniature du Virgile du Vatican, qui représente la cour où étaient retenus les compagnons d'Ulysse, lorsque la magicienne Circé les eut métamorphosés en porcs. La figure 83 montre les bâtiments de cette cour.

Les BATIMENTS ACCESSOiRES. — Varroo décrit ainsi une cour:<(On devra ménager dans la cour des remises spacieuses pour les charrettes et les autres ustensiles, afin ([u'ils soient à couvert de la pluie. Dans les grandes exploitations, il est \wn d'avoir deux cours, l'une intérieure, l'autre extérieure. Dans la cour intérieure on devra ménager un bassin destiné à recevoir les eaux pluviales qui, en passant près des slj lobâtes et coulant sur un plan incliné, formeront un abreuvoir où les bœufs, revenant des champs, pourront boire et se baigner pendant l'été, ainsi que les oies et les porcs lorsqu'ils reviendront des pAturages. il en faut un également dans la cour extérieure pour faire tremper les lupins et

L'AGRICULTURE

autres gi'aines dont remploi exige un séjour sous l'eau. Cette cour, étant continuellement joncliée de litière et de paille que les bestiaux foulent sous leurs pieds, devient comme une fabrique d'engrais pour les champs. » Les agronomes anciens entrent dans de grands détails sur l'aménagement des étables, des hangars et des celliers. Mais comme ces bàti-

Fig. S-l. — Etable à bœufs.

ments ne diffèrent pas essentiellement des nôtres, il n'est pas utile d'insister sur ce point. Nous avons déjà montré, figure 33, la disposition d'une écurie pour les chevaux. On verra celle d'une étable à bœufs sur la ligure Sh, tirée d'une miniature du Virgile du Vatican.

Les puits. — Toute métairie devait être pourvue d'un ou de plusieurs puits ; la construction de ces puits présente une certaine variété.

Fig. 85.

Fig. 86.

Puits rustiques.

La figure 85, tirée d'une peinture antique, représente un puits composé d'une longue perche posée en équilibre sur un massif en ma-

çonnerie et percé d'une lucarne ; une corde et un seau sont suspendus à la perche; deux hommes font marcher le levier.

On voit une autre espèce de puits sur un sarcophage romain (fig. 80). 11 se compose de deux bâtons en fourche sur lesquels repose un cylindre; la corde qui porte le seau s'enroule autour du cylindre {axis).

11 y a au Musée britannique un croc antique en bronze, assez semblable à ceux dont nous nous servons pour retirer un seau du puits.

Ce crochet (harpaga) devait avoir dans l'antiquité un usage assez analogue; il est disposé d(3 manière à recevoir un manche de bois qui était sans doute de longueur différente suivant l'usage pour lequel on employait ce crochet (fig. 87).

Harpaga.

Les chariots. — « L'homme riche en imagination, dit Hésiode, parle de construire un chariot; l'insensé! il ignore que pour un chariot il faut cent pièces de bois; il aurait dû y songer plus tôt et .se munir de matériaux nécessaires. » Il est permis de penser, malgré l'autorité

yig. bu. — Chanul Jôs Tukans. (l'ciuluro Uu Thùijus.)

d'Hésiode, que dans les temps primilifs la construction d"im chariot ne comportait pas autant de pièces de bois qu'il i'anirme,à moins qu'il ne veuille compter comme telles les bâtons qui lorment la partie supérieure de quehiues charrettes.

Les chariots égyptiens représentés sur la figure 88 sont d'uno conception assez grossière; ils ont des roues pleines. Les chars égyptiens ont, au contraire, dos roues èvidées, et il est probable qu'on employait les roues pleines pour les véhicules grossiers. Les chars, dcsti- III. I I

L'AGRICULTURE

nés à porter des guerriers doivent aller rapidement, tandis que les chariots agricoles, traînés par des bœufs, et destinés à porter de lourds fardeaux, pouvaient être construits dans des conditions différentes.

Un fait assez remarquable, c'est que les chariots que l'on voit sur les monuments assyriens ont les roues évidées, même dans les représentations rustiques; celui que montre la figure 89 est d'ailleurs assez

■ii'Vi'i[;|i,v,!ii,'i'

'.Mlll'Ml.'vr,

Fig. 89. — Chariot assyrien.

grossier. Il a la forme d'un coffre carré, et son ouverlure est par devant. 11 est bon de rappeler que dans l'antiquité les chars de guerre, et en général tous les chars à course rapide, ont leur ouverture par derrière et sont arrondis sur leur surface antérieure.

Fig. 90 •- Clianol du Lauuui.

Le char primitil dont se servaient les paysans du Latium consistait en une plate-forme en planche supportée par deux roues ; on plaçait le chargement soit directement sur la plate-forme, soit dans un grand panier qu'elle supportait. Quelquefois la plate-forme était pourvue d'un rebord. Les roues de ces chariots n'avaient généralement pas de rayons; elles étaient pleines et formées d'un gros morceau de bois de forme ronde auquel était adapté l'essieu. La roue ne tournait pas au-

tour de l'essieu, auquel clic était fixée, elle n'était pas' mobile et il tournait en même temps qu'elle (fig. 90).

Le même genre de chariot, mais plus perfectionné puisqu'il a

Fig. 91. — Cbanut aijncolo.

des rebords, est représenté sur la figure 91, tirée d'une peinture de Pompéi.

Les monuments romains de la Gaule nous offrent plusieurs modèles de chariots. Sur un bas-relief trouvé près de Dijon, on voit un chariot

Fig. 92. — Chariot gallo-romain.

à quatre roues, de forme rectangulaire, et qui paraît ôlre en osier (fig. 92). Une voilure d'un autre caractère, et qui est surtout remar- (luable par le iianinclieiiieiit du cheval, se voit sur un bas-relief en marbre du musée dAvigiion ; il formait la décoration d'un tombeau de Vaison (fig. 93).

Un chariot gaulois du musée de Saint-Germain est représenté sur

L'AGRICLLTUBE.

la figure 94. 11 est à deux roues et fuit en bois. L'ouverture de ce chariot se trouve placée par derrière, à la façon des chars antiques ; mais des

bas-reliefs gallo-romains nous montrent des véhicules à deux roues comme celuici et dans lesquels on devait monter par les côtés, en avant de la roue, de la même manière que pour le tilbury de nos jours. « Certains bas-reliefs, écrit A. de Caumont dans son Abécédaire ou Rudiment d'archéologie, nous montrent les véhicules les plus ordinaires pour aller de la campagne à la ville et pour les voyages : tel est le cisium, qui ressemble beaucoup à notre cabriolet moderne. II y en avait à un, à deux, à trois chevaux. » Rich, dans son Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, dit du cisium que c'était « une voiture légère à deux roues qui servait chez les Romains de voiture publique ou particulière, quand il fallait arriver au plus vite. Elle contenait deux personnes, en y comprenant le conducteur, était ouverte par devant et

Fig. 93. — Chariot gallo-romain.

Fig. 94. — Chariot gaulois.

munie de timons. On y attelait à l'occasion un ou quelquefois deux chevaux de volée, comme on le pratique encore maintenant à Naples. » Un bas-relief d'igel montre un de ces véhicules.

Les basses-cours. — L'élevage des volailles avait une grande importance dans l'économie d'une ferme. En Egypte, notamment, le soin des basses-cours était confié à una catégorie particulière de domestiques, et on estimait beaucoup les éleveurs d'oiseaux, surtout ceux qui savaient élever et faire multiplier les oiseaux sauvages pris à la chasse. C'est un de ces éleveurs qui est représenté sur la figure 95.

La Grèce, l'Italie et la Gaule ont été pourvues de basses-cours trèsriches, au fur et à mesure que l'agriculture y est devenue florissante, mais c'est toujours à l'Égypto qu'il faut recourir pour trouver les méthodes les plus anciennes et en même temps les plus perfectionnées.

Les poulets. — Varron décrit ainsi le poulailler d'une forme de moyenne dimension : «Pour deux cents poules, il faut un lieu clos dans lequel on dispose deux cabanes l'une à côté de l'autre, toutes deux au soleil levant. Chacune aura dix pieds de longueur et à peu près autant en hauteur. Les fenêtres auront trois pieds de large sur quatre de haut et seront tissues à claires voies, de façon à laisser entrer beaucoup de jour sans livrer passage à aucune bête nuisible. On ménagera de plus entre ces cabanes un passage pour le gardien du poulailler. Dans chaque cabane se trouveront des perches en nombre suflisant pour servir de juchoir à toutes les poules; vis-à-vis de chaque perche on creusera dans le mur des trous pour servir de nids. »

Les éleveurs romains avaient des soins particuliers pour les poules pondeuses ; les œufs tenaient une très-grande place dans la cuisine romaine, et les lettrés se piquaient d'être professeurs en ce genre. « Apprenez, mortels, dit Horace, et ne l'oubliez jamais, que les œufs de forme allongée sont do beaucoup préférables aux œufs ronds, qui renferment presque toujours un poulet; la coque des premiers est moins dure et le blanc est plus laiteux ; le jaune en est aussi plus nourrissant. »

Les Égyptiens connaissaient l'art de faire éclore les œufs artilicicllinicnt, it une partie de l'occupation des éleveurs consistait à aller dénidier des œufs d'oiseaux sauvagi^s, qui! l'on s'efforrait ensuite d'élever dans les basses-cours. Diodore de Sicile dit en parlant des éleveurs de ce pays :

« Aux connaissances héritées de leurs pères, les Egyptiens ajoutent de nouveaux perfectionnements. Les nourrisscurs de poules et d'oies méritent sous ce rajjporl toute notre admiration, car, au lieu de se servir du moyen ordinaire pour la propagation de ces oiseaux, ils sont parvenus à les multiplier prodigieusement jiar un artifice qui leur est pro-

86 L'AGUICULTURH.

pre. Au lieu de faire couver les oiseaux, il les font éclorc conlrc toute

Fig. 95. — Un éleveur d'oiseaux en Egypte.

attente par une manœuvre artificielle et ingénieuse. » C'est ainsi que les oies, les canards, les pigeons, les sarcelles, les cailles et une foule

d'autres oiseaux paraissaient fréquemment sur la table des Égyptiens, et ceux qui ne pouvaient être élevés dans les basses-cours étaient salés et soigncuscmout conservùs dans des pots quand ils n'avaient pas été consommés frais.

Les oies et les canards. — Les oies, dont les Ég^'ptiens étaient extrêmement friands, étaient élevées par troupeaux considérables. Car non-seulement les particuliers en avaient pour le service de leurs tables, mais encore on en engraissait beaucoup pour les services publics. Les prêtres, les soldats et en général tous les fonctionnaires recevaient en payement des matières et étaient en quelque sorte nourris par le gouvernement. Aussi le dénombrement des oies avait une grande importance et nous le voyons représenté avec les détails les plus circonstanciés sur un monument du British-Muscum et qui provient des ruines de Thèbes. Les nourrisseurs d'oies arrivent suivis de leurs troupeaux qu'ils vont faire enregistrer. Quelques-uns tiennent des paniers d'oeufs ou bien d'autres paniers contenant des petites volailles, car tout devait être écrit jusque dans les plus petits détails.

Sans être poussé au même degré qu'en Egypte, l'élevage des oies et des canards avait une certaine importance dans l'agriculture romaine. Voici à cet égard les préceptes de Varron : « Quanii on veut élever des canards, il faut avant tout choisir, si lonpeut, un terrain de marécages; c'est celui qui leur convient le mieux. A défaut de cela, ayez un emplacement où se trouve un lac naturel, un étang ou un bassin fait de main d'homme avec des degrés par lesquels les canards puissent descendre. Le clos qui leur sert d'habitation doit être entouré d'un mur et n'avoir qu'une seule porte. Le long du mur régnera une suite de petites loges, couvertes do toits, construites uniformément et d'une largeur convenable. Chacune aura un vestibule pavé de briques dans toute son étendue. Le clos lui-même sera traversé dans toute sa longueur d'un canal toujours plein. C'est li qu'on dépose ce qu'ils mangent. Les murs seront recouverts d'un enduit bien poli pour empêcher les chats et autres animaux nuisibles de s'y introduire. On étendra en outre sur le clos un filet ;\ larges mailles, dans le double but d'empêcher l'aigle de fondre sur les canards et les canards de s'envoler au dehors, >.

Le coi.OMniF.n. — Pallndius, le dernier des écrivains latins qui se soit occupé d'économie rurale, décrit ainsi un colombier : « Le colombier peut être placé au haut d'une tourelle, dans le corps do logis du

88 L'AGRICULTURE

propriétaire. Les murailles en seront lisses et blanchies, et on y pratiquera, suivant l'usage, sur les quatre côtés de très-petites fenêtres par où les pigeons ne puissent entrer et sortir qu'un à un. Les nids seront façonnés sur les murs même dans rintéricur du colombier Au-dessous du colombier seront pratiquées deux cellules dont Tune, étroite et obscure, servira à loger des tourterelles; dans l'autre cellule on nourrira des grives. »

Les abeilles. — Le miel avait beaucoup )ilus d'importance dans l'antiquité qu'il n'en a de nos jours, par la raison qu'on était obligé de l'employer dans toutes les occasions où nous nous servons de sucre. En outre le vin était généralement mêlé avec du miel. C'est ce qui explique le développement qu'a pris presque partout l'élevage des abeilles. Le miel de l'Attique était regardé comme le meilleur.

Il y avait plusieurs manières de récolter le miel. En Arménie et en Médie on s'efforçait de prendre des essaims sauvages, et le miel qu'on en lirait passait pour avoir une saveur toute particulière. Dans les petites fermes de la Grèce et de l'Italie on se contenta de pratiquer des trous sous le toit des maisons en imitant ainsi les ruches naturelles. Mais on eut bientôt des ruches artificielles que Varron décrit ainsi : « Les ruches d'osier doivent être enduites en dedans et en dehors avec de la bouse de vache pour faire disparaître leurs aspérités qui rebuteraient les abeilles. On les assujettit par rangs le long des murs de façon qu'il n'y ait pas d'adhérence entre elles et qu'elles soient à l'abri de toute secousse. La même distance qui sépare le premier rang du second doit régner entre le second et le troisième. On pratique au milieu de chaque ruche de petits trous de droite et de gauche, pour que les abeilles puissent entrer et sortir, et on pose un couvercle qu'on peut lever à volonté lorsqu'on veut en retirer le miel. Les ruches en écorce sont les meilleures. >>

L'INDUSTRIE

La boulanceuie. — La i-ATissEniE. — Les BotcuEns.

Les pnÉPABAT Euns des volailles. — La pnÉPARATiox do poisson.

Les cuisiniehs. — La foire aux. cbisimeiis.

Les approvisionnements. — Les ustensiles de ciisine.

La boulangerie. — On se rappelle avoir vu, à rexposition universelle de 1867, dans le temple égyptien, des statues de femmes représentées dans l'action de pétrir du pain. Ces statues, qui remontent à la plus haule antiquité, provenaient du musée de Doulaq, au Caire (dg. 96).

Fig. 9G. — l'omino pétrissuiit du puin. (SUluo du mu56o du lluulaq.)

» On rencontre encore aujourd'hui, dit M. Mariette, à HIépliantine et en

ISubie, des femmes qui, la tûie ornée de la môme coilïure. prennent la

même pose et se servent des mêmes ustensiles pour accomplir la même

opération. Ici tout est funéraire ; les serviteurs du défunt préparent les pains qu'ils vont déposer dans le tombeau. » C'est en effet dans les nécropoles de l'ancienne Egypte que ces statues ont été découvertes.

On sait peu de chose sur la manière de confectionner le pain chez les Grecs, et avant la période macédonienne la boulangerie ne constituait point une industrie spéciale, car elle se rattachait à la cuisine où

Fig. 97. — Boi/laagerie, à Pompéi.

l'on faisait indistinctement tous les aliments. « 11 n'y a point eu de boulangers à Rome jusqu'à la guerre de Persée, dit Pline le Naturaliste, c'est-à-dire pendant plus de cinq cent quatre-vingts ans depuis sa fondation. Cliacun faisait son pain ; c'était l'ouvrage des femmes, comme ce l'est encore aujourd'hui chez la plupart des nations. Il est prouvé, par le témoignage d'Atéius Capiton, que les riches alors faisaient faire leur pain par les cuisiniers, et qu'on n'appelait boulangers (pistores) que ceux qui pilaient (pisebant) le blé. On n'avait point encore de cuisiniers parmi ses esclaves; on les louait au marché. Les Gaulois ont

inventé le crible de crin tic cheval ; les Kspagnols, les tamis et les bluteaux de fil de lin ; les Égyptiens, ceux de papyrus et de jonc. »

La figure 97 représente une boulangerie découverte à Pompéi, car à cette époque il y en avait dans toutes les villes. On y voit très-

Fig. 98. — Moule.

distinctement le four, au-dessus duquel s'élève le tuyau pour laisser échapper la fumée. Sur le devant sont des meules destinées à moudre le grain. Cette forme de meule est celle qu'on rencontre le plus communément. Sa construction est beaucoup plus visible sur la figure 99, que nous allons examiner, mais on en voit quelquefois d'une autre espèce (fi g. 98).

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(D'après utio poiiituro do Pompôi.)

Le moulin ordinaire se composait de doux compartiments, comme le montre la figure 99, qui représente des génies meuniers, d'après

92 L'INDUSTRIE

une peinture de Pompéi. Les deux ânes placés de chaque côté du ta-

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bleau montrent que cet animal était employé par les anciens pour tourner les moulins, usage qui est d'ailleurs conlirmé par do nombreux

INDUSTRIES ALIMENTAIHES.

passages des écrivains. L'un des petits génies est en train d'atteler l'âne qu'il va mener à son travail, tandis que les autres se reposent autour d'un disque sur lequel sont deux verres de vin.

L'atelier qui renfermait le four et les moulins s'appelait pistrinum; le tombeau du boulanger Eurysacôs, découvert à Rome en 1838, montre l)lusieurs scènes relatives à la fabrication du pain et comprenant à la fois la profession de meunier et celle de boulanger. Au centre de la figure 100, on voit deux moulins avec l'âne qui les fait tourner. A gauche, des ouvriers préparent les grains ou la farine dans des vases, et à droite, un homme assis devant une table et entouré de clients semble établir des comptes. Ensuite (fig. 101) des garçons boulangers, dont la poitrine et les bras sont nus, sont occupés à la pâte, et un ouvrier placé à gauche s'occupe de la cuisson. Enfin (fig. 102) les pains sont apportés dans des paniers, pesés sur une balance et livrés aux clients.

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||pjp:-:-ri:i W:"j.|

i'ig. 103. — Pains anciens.

(D'apris uno peinture de Pompéi.)

Dans la boulangerie découverte à Pompéi, et que nous avons vue plus haut, figure 97, on a trouvé de grandes amphores pleines de grains et de farine, et portant des inscriptions indicatrices; les unes avaient contenu de la farine de froment, les autres de la f;irine de pois cliiches. En 1802, on a découvert à Pompéi une autre boulangerie avec un four dont la bouche était fermée par une porte en fer miniic de deux poignées. Elle contenait une fournée de 82 pains ronds qui avaient dû peser chacun une livre environ. Ces pains, qui étaient passablement rassis comme on pense, ont été portés au musée. Enlin, une peinture de Pompéi (fig. 103) montre la forme ordinaire des pains romains, lorsqu'ils étaient frais et livrés à la consommation.

La PATISSERIE. — Il n'est pa3 démontré, en Egypte particulière-

L'INDUSTRIE

ment, que la boulangerie et la pâtisserie aient constitué des étals exercés par une catégorie particulière d'artisans. En général, tout ce qui touche à l'alimentation se faisait dans la famille, et, la seule chose qui distinguât les classes riches, c'est qu'elles avaient un nombreux per-

Fig. 10-1. — On pétrit la pMe. Fig. 105. — Porteur do pains.

(D'après une peinture du lombeau de Ramsùs XII, à Thèbes.)

sonnai de domestiques attachés à ce service. Le pain et les gâteaux étaient simplement une branche de ce service, dont les détails sont exprimés d'une manière fort explicite dans les peintures qui décorent

Fig. 106. — Préparation du pain, Fig. 107. — Fabric^iUuu des paies.

(D'après une peinture du tombeau de Ramsès III, à Thèbes.)

la tombe de Ramsès III, à Thèbes. On voit d'abord deux hommes qui pétrissent la pâte avec leurs pieds (fig. 104). Us ont un bâton à la main et semblent danser en piétinant un énorme morceau de pâte. La ligure 105 nous montre un porteur de pain qui apporte ses pâtes préparées à un boulanger ou pâtissier placé devant une table et occupé à donner à ses gâteaux la forme qu'ils doivent avoir (fig. 106). La plupart de ceux

J:\DUSTniES ALIMENTAIRES. 95

qu'on voit faits sont ronds et aplatis et ressemblent à des espèces de galettes. Mais il y en avait do plusieurs espèces; ainsi, à côté de gâteaux déjà confectionnés, on voit un pâtissier faisant un pain mêlé do

Fig. lus. — Moula à pJtisserio. (.Dccûinorl a Pumpéi.)

graines ou de grains de raisin, que le peintre a indiqués en faisant des petits points noirs sur le gâteau.

Pline dit que les pâtissiers employaient le cumin des prés pour

Fi(ç. 109. — Moulo \ pMisscrio.

mettre sur leurs gâteaux. On faisait aussi des gâteaux dans lesquels il entrait des fruits et d'autres ingrédients môles à la pâte. Les gâteaux avaient différentes formes, suivant la fantaisie du pâtissier; on en voit qui ont la forme d'un cœur, d'autres celle d'un bœuf couché.

On voit aussi fMl)ri([uer une espèce de macaroni; deux ouvriers s'occupent de cette confection. L'un lenuie la pâle avec une grande cuillère

96 L'INDUSTRIE

pointue, l'autre semble la manier avec deux petits bâtons (fig. 107). Un peu plus loin on voit préparer le four, déposer les gâteaux, etc.

On a retrouvé à Pompéi plusieurs moules à pâtisserie. Ils sont tous en bronze et travaillés avec une certaine élégance. La plupart di temps ils présentent la forme d'une coquille, comme le montre la figure 108. 11 \ en a un pourtant qui est pourvu de deux anses et décoré au milieu par une tête humaine. C'est d'ailleurs le seul parmi les moules à pâtisserie découverts jusqu'à ce jour qui présente ce genre de décoration ; nous le reproduisons figure 109.

On employait généralement des hommes pour faire la cuisine, mais les femmes s'occupaient du dessert et de la pâtisserie. Nous lisons dans une comédie perdue de Ménandre le passage suivant cité par Athénée : « Ma fille, que veux-tu? sans doute que tu es venue ici pour le service? — Oui certes ; c'est nous qui faisons toutes les pièces des desserts ; nous avons passé la nuit et il nous reste encore beaucoup de choses à faire. «

Les bouchers. — Tout le monde connaît au Louvre la jolie statuette connue sous le nom d'écorcheur rustique. Elle représente un homme déjà âgé et couvert d'une peau de bête comme on dit que les Scythes en portaient; il est occupé à écorcher un chevreuil suspendu à un tronc d'arbre par les pattes de derrière (fig. 110).

Quelques groupes analogues se voient aussi dans d'autres collections. Ainsi, un groupe du musée de Naples représente un homme écorchant un sanglier dans une chaudière, tandis qu'un jeune homme courbé près de lui attise et souille le feu sous la chaudière.

Martial, dans une épigrammc contre un de ses détracteurs, s'écrie, après avoir critiqué son adversaire: « Que je meure s'il n'y a pas plus de finesse et d'instinct dans la p(5corc dont un boucher sanglant traîne de rue en rue les intestins pendants, les pieds allongés et le vieux poumon putréfié, l'elTroi de tous les nez! » Un énorme chien accompagnait ces marchands de viande qui portaient des tripes pendantes après un grand cerceau au-dessus de leurs têtes.

Les héros d'Homère mangent 'presque toujours la viande rôtie ou grillée, mais les Égyptiens mangeaient aussi volontiers de la viande bouillie que de la viande rôtie; aussi nous voyons l'importance que prend la marmite dans une cuisine égyptienne. Pour chauffer l'eau et faire bouillir la viande on se servait ordinairement de fagots de bois, mais le charbon était préféré pour la viande rôtie.

On avait l'habitude de faire cuire la viande aussitôt que l'animal était

tué ; cet usage tenait sans doute de la difficulté qu'on avait pour garder la viande dans un climat aussi cliaud que l'Egypte. C'est ainsi que Joseph donne l'ordre de tuer les bêtes et de préparer les viandes pour

Fiif. 110. — Un boucher dans ranli(|uii<.' (D'aprôs uno statuollo du Louvro.)

le repas qu'il veut donner le jour môme à ses frères; en Egypte le principal repas se faisait à midi.

La figure 111 nous l'ait assister à la préparation des viandes dans une cuisine égyptienne. Dans le coin, un homme est en train do dépecer un bœuf dont il a soigneusement lié les jambes auparavant, selon l'usage égyptien. Les bouchers, en clïet, avaient l'habitude d'attacher III. 13

L'INDUSTRIE

les pieds de l'animal et de rétendre à terre avant de le frapper; on recueillait ensuite le sang dans des vases.

Aussitôt que l'animal était dépecé, les cuisiniers (on remarquera que les femmes ne sont jamais employées à la cuisine) se livrent à des occupations différentes, suivant leurs attributions. Mais il ne semble pas qu'il y ait eu des bouchers spéciaux pour apprêter les viandes, et l'animal était apporté tout entier à la cuisine. Nous voyons aussi qu'on recueillait le sang de l'animal pour l'utiliser, sans doute en en faisant des

Tig. 111. — Les cuisiniers égyptiens.

(D'après une peinture du tombeau do Ramsès III, à Thèbes.)

sauces; un ouvrier se livre à cette occupation. Un autre place la viande dans le chaudron qu"il va mettre sur le feu ; voici maintenant le chaudron sur le feu qu'un homme attise, tandis qu'un autre semble écumer la marmite, ou du moins remuer la viande qui est dedans avec un instrument qu'il lient à la main.

Les préparateurs des volailles. — Les Égyptiens étaient grands amateurs de volailles, et les oies du Nil, notamment, étaient un mets extrêmement recherché.

La décoration d'une tombe près des pyramides nous montre tous les détails de la préparation et de la cuisson des volailles. La figure 112 nous offre trois personnages; l'un est debout et apporte les volatiles qu'il a prises dans la basse-cour; le second, assis par terre, s'occupe de plumer l'animal, que le troisième est en train de vider et d'apprêter. Cette figure nous montre des oies déplumées accrochées par le cou à une longue perche posée sur deux espèces de fourches : ces oies, que

nous voyons ainsi rangées, ne sont pas destinées à être mangées sur-Ie-

Fi(ç. 112. — Préparation des volailles.

(PeiiUuro d'un tombeau près des pyramides.)

ciiamp; on en fera des conserves et elles seront alors empotées dans

l-'ife". lia. — Préparalioa des volailles.

(les vases qui sont disposés à la li le et posés sur une planche à côté des oies suspendues.

M^./rf^^s^

l'i(i. 111. — Cuisson do» vohulU'

Ln prépanition des volailles e.st représentée sur la fi;j;ure 113. In homme est en train dr plmuer la hèle, et un autre, qui tient un cou-

L'INDUSTRIE

teau, est probablement occupé à vider une autre volaille qui est posée sur une planche inclinée.

La cuisson des volailles fait le sujet de la figure 114. Un homme prépare une oie, tandis que le cuisinier en introduit une autre dans un

Fig. 115. — Cuisiniers préparaut le repas.

chaudron; près d'eux est une table sur laquelle sont placés deux chaudrons qui sont déjà remplis. Enfin, sur la figure 115, nous voyons deux cuisiniers, dont l'un fait rôtir une oie embrochée.

La préparation du poisson. — Le poisson qui venait d'être pris était aussitôt remis aux mains des porteurs qui devaient l'aller vendre à la ville. Les petits poissons étaient généralement enfermés dans

un panier qu'on portait suspendu à une perche, comme nous le voyons sur la figure 11 G.

Mais il y avait quelquefois de très-grosses pièces; celles-ci étaient portées à bras ou à dos d'homme, ou bien encore suspendues à une perche que deux hommes soutenaient sur leurs épaules, comme nous le voyons sur la figure 117.

Un pêcheur avait pris un turbot d'une grosseur si extraordinaire qu'on n'en avait jamais vu de pareil. 11 alla l'ofl'rir à Domitien. Le satirique Juvénal nous raconte comment l'empereur convoqua de suite les principaux personnages de Rome pour savoir comment on devait le faire cuire, car il n'y avait pas de plat assez grand pour le contenir. « Quel est votre avis? demande l'empereur; faut-il donc le couper en morceaux? — Gardons-nous, répond Montanus, de lui faire cet affi'ont ; que l'on fabrique un bassin assez profond et assez large pour le recevoir tout entier dans ses minces

Fig. 11 G. — Porteur do poissons.

parois. Ce grand œuvre exige l'art et l'activité d'un nouveau Prométliée. Que l'on prépare au plus tôt et la roue et l'argile. A compter d'aujourd'hui, César, des potiers suivront toujours ton cam[). »

Ainsi un aurait fabricjué un vase tout exprès pour ce monstrueux poisson. D'après lîrongniart, ce vase ne pouvait avoir moins de six à sept pieds de diamètre.

Une partie des poissons servait à la consommation journalière et était envoyée de suite dans les villes pour y être vendus frais. Une autre partie, destinée à faire des conserves, était habituellement

fis- U7

i'UClcUld au pui^auuâ.

Fîg. 118. — PrùparaliuD du puisbon.

salée ou sécliée, et cette opération fait encore le sujet de plusieurs représentations. La figure 118 représente des pécheurs apportant leurs

produits à un homme assis qui prend les poissons l'un après l'autre, les appuie contre une planche inclinée et les fend avec un instrument tranchant. Plus loin, on voit des poissons ou- JL verts ou vidés, qui sont étendus, l'ig. iiu. — i-ui>sumuors. soit pour rcccvoir la salaison,

soit pour être séchés au soleil.

Quelquefois les poissons sont coupés par la moitié et suspendus au grand air, ou bien le corps est simplement ouvert de la této

L'INDUSTRIE

à la queue. Ailleurs, on voit du poisson qu'on empile ou quon prépare.

L'Egypte était très-abondamment pourvue de poissons d'eau douce. Les poissons de mer remontaient même quelquefois les dilîérenles branches du Delta. Mais les poissons de mer trouvaient rarement place sur les tables égyptiennes, parce qu'ils étaient réputés impurs. Il se faisait en revanche une grande consommation de poissons du Isil. La figure 119 nous montre des poissonniers à leur travail.

Les cuisiniers. — Les cuisiniers égyptiens étaient fort estimés dans l'antiquité. Athénée rapporte à leur sujet l'histoire suivante : « Les

Fig. 120. — Une cuisine égyptienne avec le garde -manger. (D'après une peinture du tombeau de Ramsès m, à Thèbes.)

Égyptiens marchant armés contre Ochus, roi de Perse, furent vaincus et le roi d'Egypte fait prisonnier. Ochus, le traitant avec humanité, l'invita à souper; le roi d'Egypte se mit à rire des somptueux apprêts, trouvant que le roi de Perse vivait mesquinement. « Prince, lui dit-il, « si vous voulez savoir comment doivent se traiter des rois vraiment (1 heureux, permettez aux cuisiniers que j'avais ci-devant de vous pré- « parer un souper égyptien. » Ochus l'ayant permis, le repas fut préparé. Ochus, quoique très-satisfait, ne put s'empêcher de lui dire : « Que le ciel te confonde, méchant que tu es! toi qui as abandonné de « pareils soupers pour nous enlever nos repas, si médiocres à tes yeux. » La figure 120, tirée du tombeau de Ramsès III, à Thèbes, montre les préparatifs d'un repas. On voit piler des ingrédients placés dans un

grand mortier; une partie très-endommagée de la pmiture laisse encore voir dans la même scène un homme qui prépare des pâtes. Maiscequil y a de caractéristique dans la représentation de cette cuisine, c'est le garde-manger. Des anneaux étaient suspendus au plafond et on y passait des cordes pour soutenir les comestibles.

Malgré leur goût effréné pour les mets excentriques et délicats, les anciens se laissaient quelquefois tromper par l'adresse des serviteurs chargés de satisfaire leur passion. On peut en juger par la manière dont Euphron le comique, cité par Athénée, fait parler un cuisinier dans une de ses pièces : « Je suis élève du fameux Sotéride, cuisinier de Nicomède, roi de Bilhynie. Ce prince étant à douze journées de la mer désira manger d'un petit poisson qu'on appelle aphye. Sotéride, au milieu de l'hiver, lui en servit une si délicate que tout le monde en publia la bonté. Mais comment cela ful-il possible? Sotéride prit une longue rave, la coupa en très-petits morceaux, imitant de son mieux la forme de l'aphye; la faisant alors frire dans l'huile, il y mit le sel convenable, la saupoudra avec la graine de douze pavots noirs, et parvint ainsi à satisfaire les désirs du roi, qui était sur les confins de la Scythio. Au reste, Nicomède, après avoir mangé sa rave, vanta beaucoup à ses amis l'excellence de l'aphye. Un poète et un cuisinier se ressemblent bien ; c'est le génie qui fait l'âme de leur art pùrticulier. »

Plante met souvent des cuisiniers en scène; dans rAiilulaiir, un chef de cuisine parle ainsi à ses aides : « Dromon, nettoie les poissons; toi, Machéron, fends le dos à ce congre et à cette lamproie ; et qu'on se dépèche, qu'il ne reste pas un os à mon retour. Je vais demander une tourtière à Congrion, ici à coté; quant à toi, si tu as un peu d'esprit, tu me plumeras ce coq aussi ras qu'un pantomime épilé. »

Quand les cuisiniers devinrent des personnages importants dans la société, il y eut naturellement des gens appartenant à la classe aisée qui se mirent n(jii-si'ulcnicnt à disserter sur la cuisine, mais encore à en faire iiour li nir [ilaisir. C'est surtout parmi les philosophes de l'école de Cyrène qu'on trouve ce goût, qui chez quchpies-uns devint une passion absorbant la vie entière. Le philosophe Aristippe avait fondé ;i Cyrène une secte enseignant que la volupté est le but suprême de la vie. Dans une pièce d'.\lexis, citée par Athénée, un esclave s'exprime ainsi: « Mon maître s'occupa autrefois de l'éloquence. Il y avait alors à Athènes un sophiste cyrénécn (Aristippe) fort spirituel; mon maiire lui donna un talent et devint son disciple. Il apprit fort peu do choses de son art, mais il attrapa au moins ([uelques bons avis sur la cuisine. »

104 L'INDUSTRIE

Un autre philosophe de la même secte arrosait chaque jour ses laitues avec du vin miellé, et les cueillant de grand matin, il disait que la terre lui envoyait des gâteaux verts. Il s'appelait Aristoxône et on a donné son nom à certains jambons pour lesquels il avait trouvé un assaisonnement particulier.

La foire aux cuisiniers. — Toutes les grandes maisons étaient pourvues d'un cuisinier en chef et de tout le personnel qui travaillait sous ses ordres. Mais les personnes moins opulentes et qui ne pouvaient pas se payer un pareil luxe en permanence avaient pourtant à donner un grand festin dans certaines occasions. Par exemple, l'anniversaire du jour de la naissance était considéré comme une très-grande fête de famille, et il eût été du plus mauvais goût de ne pas réunir ce jour-là à table ses parents et ses amis. D'autres fois, c'était un hôte qui arrivait subitement de voyage et qu'on voulait héberger, ou bien des amis qui arrivaient escortés de leurs ombres et qu'il n'eût pas été poli de renvoyer sans les avoir fait copieusement souper.

Le maître de la maison aurait pu se trouver dans un trôs-grand embarras, faute d'un nombre suffisant de domestiques pour faire le service, ou surtout d'un cuisinier capable de régaler convenablement ses invités. Pour obvier à cet inconvénient, il y avait, à côté du marché, une place qu'on appelait la place aux cuisiniers. Quand on avait besoin subitement de faire un festin pour lequel on n'était pas préparé, on allait chercher ses provisions au marché et on ramenait en même temps un cuisinier.

Les cuisiniers sans emploi allaient se poster là et attendaient que quelqu'un vînt les arrêter, soit pour leur donner une position fixe dans la maison, soit pour les louer à la journée. Dès qu'ils apercevaient im client, ils s'approchaient de lui et faisaient leurs offres de service. On débattait alors le prix, et le cuisinier ne manquait pas de faire valoir ses talents.

Plaute nous a laissé, dans une de ses comédies, le modèle d'un boniment adressé par un cuisinier au client qui vient l'arrêter : « Le cuisinier. — Écoutez, quand on vient chercher un cuisinier, personne ne demande le meilleur et le plus cher; on choisit plutôt celui qui coûte le moins. C'est pour cela qu'aujourd'hui j'étais tout seul à attendre sur la place. Les autres vont en ville pour une drachme; mais moi, on ne peut me faire lever à moins du double. Je ne dresse pas un dîner comme ces marmitons qui vous apportent sur les plats un pré accommodé.

prennent les convives pour des bœufs, les bourrent d'herbes, assaisonnent ces herbes avec d'autres herbes, mettent de la coriandre, du fenouil, de l'ail, du persil, délayent une bonne livre de laser, mettent le tout avec leur infernale moutarde pilée, qui, tandis qu'on la pile, vous fait pleurer les yeux. Qu'ils gardent pour eux leur cuisine. Ils n'assaisonnent pas avec des épices, mais avec des vampires qui rongent les entrailles des convives tout vivants. Voilà pourquoi de notre temps on vit si peu; on se farcit l'estomac de ces maudites herbes dont le nom seul fait peur et qu'on frémit de manger; les bêtes n'en veulent pas, les hommes les avalent... Pour moi, je peux le dire hardiment : ils sont capables d'aller jusqu'à deux cents ans, ceux qui mangent des mets de ma main. Quand j'ai mis dans mes casseroles du cicilindre, du cipblindre, de la macis ou de la sancaptis, cela cuit de soi-même. Cela, c'est pour assaisonner le gibier de Neptune; pour le gibier de terre, je l'assaisonne avec du cicimandre. de l'happalopsideou de lacataractrie... Quand les casseroles bouillent, je les découvre, et le fumet s'envole au ciel à toutes jambes. C'est de ce fumet que Jupiter soupe tous les jours. — Le maître. — Du fumet à toutes jambes! — Le cuisinier. — La langue m'a fourché, je voulais dire à lire-d'ailc. — Le maître. — Va to pendre; et c'est avec di- pareilles menteries que tu crois tirer de moi aujourd'hui deux drachmes? — Le cuisinier. — Je suis un cuisinier trèscher, j'en conviens, mais j'en donne pour l'argent, et l'on voit ce quo je sais faire dans les maisons où l'on m'emploie... »

Il paraît toutefois que ce vantard n'avait pas tout le talent qu'il s'attribuait, car le maître qui l'a arrêté dit un peu plus loin : « ... On dit laplace aux cuisiniers, c'est une sottise ; ce n'est pas la place aux cuisiniers, c'est la place aux voleurs. Quand j'aurais fait serment d'acholer un pire marmiton que celui que j'amène là, je n'aurais pu le trouver; bavard, vautard, bête, propre à rien; si Pluton no l'a pas encore voulu recevoir, c'est pour qu'il y ait ici un drôle (|ui cuisine pour les mort^... »

Les approvisionnements. — Nous avons vu comment on pouvait trouver un cuisinier de louage lorsqu'on en avait besoin. Nous allons voir maintenant oi'i on pouvait se procurer des approvisionnements. Les boutiques de marchands de comestii)les étaient beaucoup moins nombreuses que dans nos villes modernes, mais il n'y avait pas un petit bourg qui n'eût son marché où chacun pouvait à toute heure se procurer ce ([ui lui convenait. Au lieu de s'adresser à laboulitiiicdu boucher, du fruitier, du marchand do volailles ou de poissons, on allait au marin. U

106 L'INDUSTRIE

ché. Seulement, mais cela n'est pas particulier à l'antiquité, l'acheteur n'était pas toujours également satisfait de ses achats, etil cxliaiait alors sa bile contre les marchands qui avaient abusé de sa confiance. C'est une situation que les auteurs comiques ne pouvaient pas manquer d'exploiter, et Piaule, en particulier, ne s'en est pas privé. Voici un passage de sa comédie des Captifs : « Pour les pêcheurs qui vendent au public des poissons pourris apportés sur de mauvaises rosses anguleuses, et dont l'odeur fait réfugier sur la place tous les flâneurs de la basilique, je leur casserai le mufle avec leurs propres hottes pour leur apprendre à empester le nez des gens. Les bouchers qui arrachent leurs petits aux pauvres brebis, qui promettent de l'agneau à leurs pratiques, et leur donnent de la viande de bètes coriaces, qui font passer du bélier pour du mouton..., si je rencontre sur la voie publique un de ces béliers, je l'arrangerai de la bonne manière, lui et sou maître. »

Pour éviter les disputes et les plaintes des clients, on avait institué des agents qui étaient spécialement préposés à la police des marchés. Toutefois, si nous en croyons Apulée, le public n'y trouvait pas toujours son compte. Voici en effet une histoire tirée des Métamorphoses de l'âne :

« En allant au bain, je me dirigeai vers le marché afin de pourvoir préalablement à notre souper; j'y vis de magnifiques poissons qui étaient à vendre, et après avoir marchandé j'eus pour vingt deniers ce qu'on voulait me vendre cent écus. A l'instant même où j'en sortais, je rencontrai un certain Pythéas, qui avait été mon condisciple à Athènes. « Qu'est-ce que ceci? lui dis-je. Je vous félicite; vous avez des huis- « siers, des faisceaux, tout le train d'un magistrat. — Je suis, dit-il, « chargé de ce qui tient aux approvisionnements, en qualité d'édile. Si « vous désirez quelque bon morceau, je vous le procurerai facilement. » Je le remerciai, attendu que j'avais déjà suffisamment pourvu au repas par l'achat de mon poisson.

« Mais Pythéas avait aperçu mon panier; il secoua les poissons pour mieux les examiner. « Qu'est-ce que ce festin? Combien avez-vous payé (I cela? — J'ai eu, lui dis-je, toute la peine du monde à les arracher à un « pêcheur pour vingt deniers, n Quand il eut entendu ces mots, il me saisit aussitôt par la main, et me ramenant de nouveau dans le marché aux comestibles : « Lequel de tous ces marchands, dit-il, vous a vendu <i cela? c'est se moquer du monde. » Je lui montrai un petit vieillard assis dans un coin. A l'instant, en vertu de ses prérogatives d'édile, il l'apostropha de la façon la plus dure : « Vous ne finirez donc jamais de

« rançonner ainsi les étrangers? Pourquoi vendre si cher de misérables « poissons? Cette ville, fleur de la Thessalie, vous la rendez, parle prix « de vos denrées, aussi déserte que le rocher le plus sauvage. Mais vous « ine le payerez. Et toi, ajouta-t-il, tu vas apprendre comment, sous « mon administration, il faut que les fripons soient tancés. » Alors, répandant la bourriche sur le pavé, il ordonna à l'officier qui le suivait de marcher sur les poissons et de les écraser tous avec ses pieds. Se contentant de cet acte de sévérité, mon ami Pythéas m'engagea ensuite à me retirer: « Cher Lucius, me dit-il, je veux bien me contenter de <i Taffront éclatant qu'a ret^u ce vieux bonhomme. » Consterné et tout stupéfait de cette scène, je repris la route du bain, privé, grâce au zèle administratif qu'avait déployé mon très-sage condisciple, et de mon argent, et de notre souper. »

Les ustensiles de cuisine. — Pour bien se rendre compte des industries alimentaires de l'antiquité, il faut d'abord s'efforcer de connaître les ustensiles que les anciens avaient à leur disposition pour la préparation des aliments. Les documents que nous pouvons consulter à cet égard sont de deux sortes : les textes des auteurs et les représentations graphiques. En étudiant les textes, nous y trouvons une foule de termes techniciues dont les auteurs anciens n'ont pas cru utile de donner une explication raisonnée, attendu qu'ils étaient connus de tout le monde, et que les traducteurs modernes interprètent chacun d'une manière dilïérente, parce qu'ils ne peuvent avoir une idée bien nette de l'objet dont l'auteur qu'ils traduisent a voulu parler. Si, ;iu coniraire, nous voulons examiner les représentations graphiques, nous nous heurtons à une dilTiculté inveree ; nous ne connaissons pas toujours l'usage des objets dont nous voyons la figuration, et ils sont quelquefois pourvus d'un mécanisme qui nous échappe.

C'est donc surtout par l'analogie que des ustensiles anciens présentent avec ceux dont nous nous servons que nous pouvons juger de leur emploi, et cette méthode est d'autant plus rationnelle que, malgré les prodiges culinaires dont parlent les auteurs anciens, il nesrmhlepas. d'après les monuments, qu'il y ait une dilïérence bien notable dans l'outillage. .\ l'exception du fourneau, qui était ordinairement remplace par un trépied ou un brasier, à l'exception surtout do quelques objets qui ne n-pondcnt à aucune de nos habitudes, il est probable qu'un cuisinier de bonne maison ne se trouverait pas trop dépaysé en face des outils dont on se servait dans l'antiquité.

108 L'INDUSTRIE

C'est Vulcain, le dieu du feu, que les cuisiniers invoquaient de préférence aux autres divinités. Dans une petite pièce de l'Anthologie, un cuisinier lui fait hommage des instruments de son travail : « Des couteaux tranchants qui ont coupé le cou à bien des bêtes, des soufflets dont le vent attise la flamme, une passoire à mille trous, un trépied, pont jeté sjr le feu, un gril à poser les viandes, l'écumoire qui soulève le dessus de la graisse, une fourchette aux doigts de fer; tout cela, ô dieu boiteux, Vulcain, le cuisinier Timasion te le consacre, étantcomme toi privé de l'usage de ses jambes. » Il faut noter en passant que la fourchette aux doigts de fer dont il est ici question s'applique à un ustensile de cuisine et non à un ustensile de table. Car, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, il paraît extrêmement probable que les anciens ne connaissaient pas l'usage de nos fourchettes de table.

Plusieurs fragments rapportés par Athénée, et tirés de comédies perdues aujourd'hui, nous présentent une énuuiération des principaux ustensiles de cuisine. En voici un : « Comme il ordonna de nommer les ustensiles de cuisine, voici ceux qu'on rappela : un trépied, une marmite, un chandelier, une grugoire, un marchepied, une éponge, une chaudière, une jatte, un mortier, une burette, une corbeille de jonc, un grand couteau, un plat, un gobelet, une lardoire. » D'autres outils sont cités dans un autre fragment de comédie : « Apporte une cuillère, douze brochettes, une fourchette, un mortier, une râpe à fromage, un rouleau, trois petites gondoles, un couteau à écorchcr, quatre hachoirs; mais, scélérat, va me prendre auparavant la marmite à l'endroit où on la serre. Quoi ! tu ne viens pas! apporte aussi la grande hache. »

Les chaudrons. — Les chaudrons dont les anciens se servaient étaient en bronze et affectaient différentes formes. Un en a retrouvé

Fig. 121. — Chaudron sans anso. Fig. 122. — ChuuJrun iiïuc couvercle.

(Pompôi.)

plusieurs à Pompéi; la figure 121 nous montre un chaudron très-large par le bas et présentant dans la partie montante la forme d'une pyra-

mide tronquée et percée en haut d'une large ouverture avec rebords. L'ouverture est plus étroite dans la figure 122, qui présente un chaudron de forme ovoïde.

Nous trouvons un modèle trôs-différrnt dans le chaudron représenté figure 123. Ici le couvercle fait saillie sur le chaudron qui est

Fig. 123. — Chaudron. (Pompéi.)

pourvu de dcu.\ anses, en forme d'anneaux mobiles. 11 est bon de noier que la base du chaudron est toujours arrondie et non pas plate comme

celle des casseroles.

Les casseroles. — Parmi les ustensiles de cuisine trouvés dans les fouilles do l'ompéi, il y a naturellement un certain nombre de cas-

l'it,-. 1--!1.

Fig. la;

Cassoruloi. (Pompùi.)

serolos. Elles ne différent pas essentiellement par leur forme do celles dont nous nous scrvdiis. Généralement elles sont en bronze, avec un

L'INDUSTRIE

manche légèrement ciselé. Quelques-unes sont pourvues d'une espèce de bec destiné à verser le liquide.

Tourtière. (Pompéi.)

Les figures 124 et 125 nous montrent des casseroles de bronze, et la figure 126 est probablement une tourtière.

Les passoires. — On a trouvé à Pompéi plusieurs espèces d'écumoires en bronze. Ce sont de grandes cuillères plates servant à remuer,

127 et \'2S. — Ecumjires trouvées à Pompéi.

pendant qu'ils bouillaient, les légumes et les viandes, ou à les retirer du pot sans enlever en même temps le liquide; c'est pour cela qu'elles sont percées d'un .grand nombre de petits trous, qui, la plupart du temps, sont disposés de manière à dessiner une sorte d'ornement (fig. 127 et 128).

On a également retrouvé des passoires : elles ne diffèrent que fort peu de celles que nous employons, comme le montre la figure 129 qui représente une passoire en bronze provenant de Pompéi.

Les fouilles de Pompéi ont mis au jour des ustensiles de diverses formes qui paraissent avoir eu pour destination de faire cuire des œufs

Fig. 129. — Passoirca en bronze. (Pompéi.)

oudelcsmaintenirchaudsau-dcssusilo la vapeur. Voici d'abord (fig. 130) un plat carré pourvu d'un manche, et dans lequel on faisait probablement ce que nous nommons communément des œufs sur le plat.

Fig. 130.

Fig. 131.

Plats i\ œufs. (Pompéi.)

Un autre plat à œufs, représenté figure 131. nous montre un système dilïérent. Celui-ci est rond et contient environ trente œufs.

On a retrouvé des plats analogues dans le trésor do llildeshcim. Ces derniers sont en argent. Les anciens étaient très-amateurs d'œufs et savaient distinguer la supériorité de ceux de tel ou tel animal.

112 L'INDUSTRIE

Épœnète, cité par Athénée, dit : « Le premier rang appartient aux œufs de paon ; le second à ceux d'oie, le troisième aux œufs de poules. »

- Le siphon. — Les Égyptiens, qui étaient souvent obligés de transvaser, sans l'agiter et la troubler, l'eau duNil, qui laisse toujours un épais dépôt, ont été amenés de bonne heure à découvrir le siphon. On en trouve la représentation figurée sur plusieurs monuments, notamment sur une peinture de Ihèbes (fig. 132), qu'on rattache à la xviii'' dynastie,

FIg. 132. — Lo siphon ésyptien. (D'après une peinture de lliiibes.)

ce qui prouve que dix-sept cents ans avant l'ère chrétienne le siphon était en usage parmi les Égyptiens. On y voit deux personnages de chaque côté d'ini meuble sur lequel sont placés des vases, où l'un des deux verse de l'eau. L'autre, que sa peau de léopard fait reconnaître pour un prêtre, porte dans sa bouche un tuyau pour y faire le vide, et dirige deux siphons dans un grand vase mis sur une table en face de lui.

Les bouilloires. — Les anciens faisaient un très-grand usnge de boissons chaudes. Aussi on a retrouvé, en fouillant Pompéi, un nombre très-considérable de bouilloires. Elles sont toutes en bronze et leur forme est extrêmement variée. Néanmoins, les deux types que nous

reproduisons figure 133 et figure 134 peuvent être considérés comme répondant à la forme la plus généralement adoptée.

Bouilloires do bronze, trouvées à Poiupôi.

Les boissons fraîches. — Le goût des boissons chaudes, beaucoup plus répandu que cluv, nous, n'empêchait pas du tout lusagc des buissons fraîches répondant à peu pnjs à nos glaces. Sous l'empire romain, on a employé (outcs sortes de systèmes pour rafraîchir les liquides, comme on en employait pour les faire cliauiïer. « Boire, non pas do la neige, dit Martial, mais de l'eau que la neige a glacée, c'est une invention de notre soif ingénieuse. » Mais, par un ralTmement singulier, cette eau (pion faisait glacer avec de la neige n'aurait pas éie réputée avoir bon goût si elle n'avait bouilli auparavant. « Tu ne bois d'autre vin que celui de Spolète ou des Marses; à quoi bon alors le luxe de cette eau glacte aprhs qu'elle a bouilli ? »

Cette eau glacée après avoir bouilli revenait, à ce (ju'il parait, assez cher, puisqu'on lit un peu plus loin dans une épigranimo du mémo auteur : « Ksclave, ne mêle point à l'eau de neige les vins enfumés do Marseille, car l'eau te coûterait plus cher que le vin. » Ce passage nous montre d'abortl que le vin de Marseille était peu estimé, ensuite qu'on 110 mêlait à r<'au di; neige que des vins de première (jualité; c'était donc une boisson à i)eu |)rès exclusivement réservée aux riches. Il nous reste mainteiuint à expliiiuer de (luelle manière on faisait le mélange.

Quand le vin était mélo avec la neige dans un grand récipient, on 11! puisait avec un ustensile d'une forme particulière que reproduit (II. 15

114 L'INDUSTRIE

notre figure 135. C'est une espèce de grande cuillère à pot qui est double; celle qui est dans l'intérieur est percée de petits trous comme une passoire, et s'adapte parfaitement avec celle qui la contient. Les deux pièces ajustées ensemble n'en formaient en apparence qu'une seule; mais quand on enlevait la passoire, elle emportait toutes les impuretés déposées par la neige, et ne laissait dans le bol extérieur qu'un liquide parfaitement clair et épuré. Cet ustensile est en bronze, mais on en a trouvé d'analogues en terre.

Fig. 135. — Passoire pour le Tin mêlé avec la neige. (D'après un ustensile découvert à Pompéi.)

Les passoires à la neige parlent ainsi dans une épigramme de Martial : « Dompte dans notre neige le feu de tes vins de Sétie; quant aux vins inférieurs, des passoires de lin te suffiront. » Il y avait en effet des passoires de lin, qui étaient réputées ne pas valoir celles qu'on faisait en métal. Cependant le me à neige, dans une autre épigramme, proteste de son mieux : « Le lin dont je suis fait sait clarifier la neige ; l'eau ne sort pas plus froide de ta passoire. »

LES TISSUS

Le iilage. — Le tissage. — La toile. — Une mandfactcre de toile. — La laine. — Tissus bivers. — Le blanchissage. — Le dégraissage. — La teinture. — La broderie. — La tapisserie.

Le filage. — Dans l'antiquité, tontes les femmes filaient. En Egypte et en Asie, ce travail occupait un nombre immense de personnes, mais

LES TISSUS. 113

comme en Orient il a toujours été de bon ton de ne rien faire, les femmes opulentes regurdaicnt filer les esclaves attachées à leur maison, sans prendre part à leurs travaux. Il n'en était pas de même en Grèce, où, dans les plus grandes familles, les dames et les jeunes Dlles avaient à cœur de savoir faire elles-mêmes des vêtements qu'elles pussent offrir à leur époux ou à leur père. Cette différence dans les usages provoqua de la part d'Alexandre une assez singulière méprise que Ouintc- Curce raconte ainsi : « Alexandre laissa à Suses la famille de Darius, et comme il reçut de Macédoine force belles robes à la mode du pays, e^ quantité d'étoffes de pourpre, il commanda qu'on les donnât à Sisygami)is avec les ouvriers qui les avaient faites; car il honorait cette princesse comme sa mère et ne l'aimait pas moins tendrement que s'il eût été son fils. 11 lui fit aussi dire que si elle trouvait ces ouvrages à son goût, elle pouvait les faire apprendre à ses petites-filles pour se divertir et en faire des présents. Mais la reine trouva cette proposition injurieuse, parce qu'il n'y a rien que les daines de Perse aient plus à contrecœur ni qu'elles tiennent à plus grande opprobre que de travailler en laine. Ceux qui portèrent ces présents, ayant fait entendre au roi que Sisygambis n'était pas satisfaite, il se crut obligé de lui faire des excuses. 11 revint vers elle et lui dit : « Ma mère, cette robe que « vous me voyez n'est pas seulement un présent de mes sœurs, c'est « aussi un ouvrage de leurs mains. Par là vous pouvez juger que la (I coutume des Grecs m'a trompé. C'est pourquoi, je vous supplie, ne « prenez point mon i^'norance pour un outrage. »

La quenouille et le fuseau, (|ui senties instruments dont les femmes se servaient pour filer avant l'invention des machines, ont une origine

FiK. 131). — QuciiouiUo (igypuouuu.

cxtrènieuiont ancienne, ou plulùt ou ne connaît pas leur origine, car on en trouve la représentation sur les monuments de l'époque pharaonique. La forme de ces instruments a peu varié, et il a fallu toute la puissance des inventions modernes pour faire cesser un genre do travail qui s'est accompli sans interruption pendant des milliers d'années. Dans bien des provinces, chatiue feniuie fabrique encore lo fil dont

L'INDUSTRIE

elle a besoin avec sa quenouille et son fuseau, mais on prévoit le temps où ces outils, si admirables clans leur simplicité, appartiendront au domaine de rarcbéologie.

La quenouille se compose d'un bâton de canne fendu en haut de manière qu'elle puisse s'ouvrir et former une sorte de corbeille dans

Fi^. 137. — Quenouille égyptienne.

laquelle on plaçait la laine ou le lin qu'on voulait filer (fig. 130 et 137). On maintenait la laine à l'aide d'un anneau qu'on voit figurer dans ces

quenouilles, qui sont de fabrication égyptienne.

Le fuseau est un petit bâton autour duquel le fil vient s'enrouler par un mouvement de rotation que la fileuse lui imprime. Quand la quenouille est chargée, la fileuse (fig. 138) tire avec la main gauche un certain nombre de fibres qu'elle fixe avec le fuseau. Ensuite elle fait tourner rapidement le fuseau entre le pouce et l'inde.x, et le laisse pendre du côté gauche; ce mouvement roule et tresse les fibres en un fil qui ne s'interrompt plus, parce qu'il est sans cesse renouvelé par de nouvelles fibres que la main détache de la quenouille à mesure que la tiesse se forme. Quand le fil est assez long pour que le fuseau soit presque à terre, on le roule autour et on recommence jusqu'à ce que le fuseau soit entièrement couvert de fil et qu'on puisse le mettre en pelote.

Fileuse.

Le tissage. — Le métier à tisser est aussi foit ancien, et la figure 139, qui reproduit une peinture égyptienne, montre la construction de ce métier, telle qu'elle a été pratiquée à peu près dans toute l'antiquité. Les métiers étaient généralement verticaux; au sommet on voit un cylindre en bois autour duquel l'étoffe se roule au fur et à

LES TISSUS

inesLirc qu'elle est fabriquée; il relie l'un à l'autre les deux montants du métier. Au bas est la baguette qu'avant le tissage on fait passer

Fig. 139. — Métier à tisser Ogyptieu.

alternativement en dessous et en dessus des fils de la chaîne pour séparer l'ensemble en deux parties; au centre sont les lames qui tissent

l^'ig. 140. — Atclior do tissag

en sens inverse les deux parties de la chaîne, de manière à laisser passur la navette.

'ii:

; ââ

Fig. 111. — Mfliur a tiasur rumnin.

Un autre métier, d'une construction beaucoup plus élémentaire que le premier, est représenté sur un monument de Beni-llassan; on y voit des femmes occupées au lissage (fig. l/iO).

H8 L'INDUSTRIE

Les Romains se servaient quelquefois d'un métier qui n'est guère plus compliqué que celui que nous venons de voir en dernier lieu. Le métier de la magicienne Circé, dans les miniatures du Virgile du Vatican, est représenté sur la figure 141. Ce métier, dans lequel les fils de la chaîne sont simplement attachés à une barre placée dans la partie supérieure, est probablement celui dont se servaient les paysans, et qui est cité par Caton comme un des outils indispensables d'une ferme.

La toile. — 0 Les lins de l'Espagne citérieuro, dit Pline le Naturaliste, se distinguent par leur éclat, avantage qu'ils doivent aux eaux d'un torrent qui baigne Tarragone. Ils sont d'une finesse admirable. Naguère, les lins de Zélia, ville de Galice, sur l'Océan, ont passé d'Espagne en Italie. Ils sont excellents pour les toiles de chasse. Le lin de Cumes, en Campanie, forme des filets très-estimés pour les poissons et les oiseaux. On en fait aussi des toiles de chasse; les toiles de Cumes enchaînent les efforts des sangliers et résistent même au tranchant du fer. J'en ai vu d'une telle finesse qu'elles passaient par un anneau avec tout leur appareil. Un seul homme portait de quoi entourer un bois. Ce n'est pas encore ce qu'il y avait de plus extraordinaire, car chaque fil était composé de cent cinquante brins. Julius Lupus, qui est mort préfet d'Egypte, possédait un filet de ce genre. Que ceux-là s'en étonnent qui ne savent pas que les Khodiens montrent dans leur temple de Minerve une cuirasse d'Amasis, ancien roi d'Egypte, dont chaque fil est formé de trois cent soixante-cinq brins. Mucien nous a récemment attesté s'en être assuré par lui-même. Il ne reste plus que quelques parties de cette cuirasse, trop endommagée par les curieux.

« L'Italie distingue encore les lins de l'Abruzze; mais ils ne servent que pour les foulons. Il n'en est pas de plus blancs et qui ressemblent davantage à la laine. Celui de Cahors est le plus renommé pour les matelas. Ces matelas, ainsi que les lits de bourre, sont une invention des Gaulois. En Italie, on couchait sur des paillasses, et l'usage a conservé jusqu'à ce jour le nom de slramentum, jonchée de paille. »

Une manufacture de toiles. — Il est difficile de savoir à quelle époque a commencé la fabrication des tissus de lin, mais les Egyptiens étaient renommés pour leurs toiles et les produits de leurs manufactures s'exportaient chez les nations étrangères. Il s'en faisait d'ailleurs dans le pays même une très-grande consommation, car, outre les bc-

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soins journaliers des habitants, les bandelettes de momies auraient suffi pour en absorber une quantité énorme.

Fig. 142, — Préparation du lia.

Les peintures de Beni-Hassan nous montrent la manière dont on préparait le lin dans l'ancienne Kg\pte. Nous voyons d'abord pour la

i'ig. 143. — Battage du IIq.

préparation du travail un homme qui gravit les échelons qui conduisent à la fosse où le lin est trempé (fig. l/j2); il apporte de l'eau dans des

Fig. 141. — Lo lil mis va corde.

pots de terre. Après cette première opération, on bat le lin avec des espèces de maillets (fig. U3), et «près celaon le file et on tourne le fil en corde (fig. l/|/i). Pline noiKs dit en eiïet : « Avant que de tisser le lin, on le broie et ou le réduit à la souplesse de la laine. »

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Après cela, deux hommes (dg. 145) montrent à un client, ou à l'in-

Fig. 145. — L.1 toilo montrée au client.

tendant de la manufacture, une pièce de toile qui vient d'être faite avec du lin Dlé.

La laine. — H La laine la plus estimée, dit Pline le Naturaliste, est celle de la Fouille, puis celle qu'en Italie on nomme grecque et que partout ailleurs on appelle italique. Les toisons de .Milei sont

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l-'iQ. 1-iC. — Tundcur de drap.

au troisième rang. La laine apulienne est courte, on la réserve exclusivement pour les habits qu'on nomme pcnula. Celle de Tarente et de Canusium est la plus parfaite. Laodicée, dans l'Asie, en produit de la même qualité. Nulle n'efface par sa blancheur celle des bords du Pô, et

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jusqu'ici la livre n'a jamais excédé le prix de cent sesterces (22 fr. 50). La tonte des brebis n'est pas d'un usage universel. II est encore des pays où l'on arrache la laine. Les couleurs des toisons sont infiniment variées. Les noms mémo nous manquent pour les désigner. L'Espagne en produit de plusieurs sortes qu'on emploie dans leur état naturcl- Pollentia, au pied des Alpes, est renommée pour ses toisons noires. On distingue les toisons roujjcs de l'Asie et de la Bétique ; les fauves de Canusium et les brunes de Tarente. Les lainesquiconscrvent leur suint ont toutes des propriétés médicinales. »

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Fig. m. — Foulôur de drap.

Deux bas-reliefs gallo-romains, du musée de Sens, ont trait à la fabrication des tissus. L'un (fig. HC) montre un ouvrier muni de ciseaux de grande dimension et occupé à tondre une pièce de drap; l'autre représente le fouleur de drap piétinant dans une cuve de forme carrée

(lig. l/i7).

Tissus DIVERS. — Nous avons, au musée égyptien du Louvre, plusieurs fragments d'étolTes et do vêtements trouvés dans les tombeaux. « Une sorte de tunique teinte en rouge, dit M. d2 Hougé, et une autre teinte en jaune, sont des échantillons des belles teiniurcs antiques. III. 16

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D'autres beaux fragments sont de nuance rouge ou orange ; toutes ces couleurs sont teintes sur laine. Les galons et les broderies présentent des rapprochements curieux avec ceux qui sont encore en usage dans l'Orient. Les étoffes transparentes, sorte de mousseline grossière, servaient aux premiers vêtements des hommes et des femmes, comme nous l'enseignent les peintures. Le lin est sans exception la matière de ces étoffes ainsi que des belles toiles de momies. Ou n'a retrouvé en Egypte aucun tissu de coton. ;>

Cette assertion si catégorique du savant égyptologue n'a pas toujours été admise, et plusieurs archéologues ont prétendu que le coton était connu des anciens Égyptiens, et n'était autre que le byssus des auteurs anciens. Quand Joseph explique les songes de Pharaon, il reçoit, outre l'anneau royal, une tunique de byssus. Les écrivains anciens ont, après Hérodote, parlé très-diversement du byssus et on n'est pas d'accord sur la nature de cette substance. Les uns ne voient là qu'une espèce particulière de lin, tandis que d'autres y ont vu le produit d'un arbuste implanté de l'Inde. Hérodote parle en effet d'un arbre qui pousse en Inde et produit une espèce de laine, et Pline parle d'un arbre du même genre qui, de son temps, était cultivé en Egypte. Champoilion-Figeac en conclut que le byssus n'est pas autre chose que le coton; mais cette opinion, qui a été admise fort longtemps, est aujourd'hui abandonnée, et l'opinlondes savants a donné raison à M. de Rougé.

La laine des Égyptiens semble avoir toujours été filée à la main, et le fuseau est représenté dans plusieurs peintures montrant des manufactures; ce sont toujours des femmes qu'on voit filer, mais les hommes sont aussi employés à la broche et au métier.

Malgré les échantillons que possèdent nos musées, c'est surtout par l'inspection des momies et des peintures qui décorent les hypogées qu'on peut se rendre compte des dessins qui ornent fréquemment les tissus égyptiens. Les monuments de la Nubie, qui nous montrent en général des figures plus courtes et plus trapues que celles qu'on voit en Egypte, fournissent de nombreux documents sur les étoffes à dessins que les grands personnages portaient dans l'ancienne Ethiopie et dans l'Egypte méridionale.

Le blanchissage. — Nausicaa, la fille du roi des Phéaciens, lavait elle-même son linge, et il est probable que dans les temps héroïques les filles et les femmes des personnages les plus opulents se livraient à cette besogne; cela n'a du reste rien de bien surprenant, si l'on

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songe qu'à la môme époque les fils de rois, comme Paris, étaient de simples bergers. Dans toute l'antiquité, le linge se lavait dans la maison, et il ne parait pas avoir existé d'établissement analogue à ceux de nos blanchis-series. Les personnes en voyage faisaient probablement laver leurs vêtements dans les maisons où elles descendaient. Malheureusement, ni Hérodote, ni Pausanias, ni aucun des autours anciens qui ont parlé de voyages, ne nous ont laissé de détails sur ce sujet.

Fig. 148. — Machine à gaufrer.

Un instrument trouvé dans un tombeau égyptien, et qui est au musée de Florence, rappelle par sa forme les machines à gaufrer des blanchisseu.ses (fig. 148). Le gaufrage implique le repassage, et cependant on n'a pas retrouvé d'outils qui aient pu être employés comme nos fers à repasser. 11 est d'ailleurs notoire qu'en Grèce le linge était séché après avoir été tordu, mais qu'il n'était pas toujours repassé, car les petits plis produits par la torsion sont visibles sur plusieurs monuments.

Le blicRAissAGE. — Les foulons ou nettoyeurs d'étoffes formaient en Italie une corporation importante. Les anciens ne connaissaient aucun de nos procédés mécaniques pour la fabrication, et toutes les opérations du cardage, du dégraissage, du blanchissage, du foulage et de l'apprêt des draps se faisaient à bras d'homme. Les établissements de foulons étaient extrêmement nombreux, et celui qui a été retrouvé à Pompéi restera, malgré son état de dégradation, comme une des découvertes les plus intéressantes qu'on ait faites sur l'industrie des anciens. Il faut d'abord voir comment était disposé cet établissement.

L'entrée do l'établissement est marquée en 1) sur le plan (fig. l/i9). Quand on a passé la ])orlo, on laisse à gauche la loge du portier; le biïtimcnt B, qui est à droite, parait avoir été l'habitation parliculirre du maître de la maison. Contre le mur de ce corps de logis, on trouve un petit appentis dans lequel était probablement un surveillant. L'atrium A, dont nous donnons l'état actuel dans la figure 150, était décoré de peintures de tous les côtés. Kn C, nous trouvons une pièce assez vaste qui servait probablement à faire sécher les étoffes. Au fond de l'atrium

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sont des réservoirs pour laisser tremper les étoffes; on trouve près de là une porte de sortie donnant sur une autre rue.

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