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La Vie privée des anciens v. 4 1883

Les chasseurs. — La chasse est une nécessité pour les peuples primitifs, qui, étant peu habitués à l'agriculture, n'ont guère d'autre ressource pour vivre que les fruits qu'ils cueillent aux arbres, ou les animaux qu'ils tuent dans les bois. Quand les pasteurs parviennent à s'établir dans les plaines et le long des fleuves, les chasseurs, qui sont restés dans les contrées abruptes et montagneuses, mènent une vie très-dure et ce soat eux qui fournissent toujours les hommes les plus intrépides. Aussi, les héros des légendes sont toujours des chasseurs : Adonis, que sa passion pour la chasse pousse à quitter les bras de Vénus malgré les supplications de la déesse, est le type des anciens chasseurs. La chasse offrait, en ces anciens temps, de très-sérieux dangers, et la chasse du sanglier de Galydon a presque autant d'importance dans la mythologie que l'expédition des Argonautes ou la guerre de Thèbes. Dans les monuments de Tart, les grands chasseurs sont quelquefois représentés tout nus, comme on le voit sur la figure 1 qui a pour sujet le départ d' Adonis, il est probable pourtant qu*ils étaient vêtus, et, si aguerris qu'ils pussent être, il est permis de présumer que, traversant continuellement les ronces et les broussailles, ils devaient avoir un costume capable de

4 L'AGRICCLTDRB.

les garantir. Les peinturés de vases nous monlrent fréquemment des

Fig. 1 . — D4put d'Adomi. ID'*pT«> ods peintura utiquo.)

chasseurs complètement vêtus (fi^. 2}, et ces représentations, qui sont

Pig. % — Lt ctiMW. (D'iprta un* pointani da vtio.)

généralement très-anciennes, nous renseignent bien mieux sur la véritable allure des chasseurs primitifs que les peintures ou les statues

exécuté^es plus tard, quand les artistes avaient adopté déjà un mode conventionnel pour les représentations mythologiques.

Le chien, compagnon inséparable du chasseur et qui fait en quelque sorte partie de son outillage, apparaît sur tous les monuments relatifs à la chasse. Les chiens ainsi représentés appartiennent à des races différentes; mais l'insuffisance du dessin empêche souvent qu'on en recon* naisse exactement l'espèce. Xénophon, dans son traité de la chasse, définit ainsi les qualités que les Grecs trouvaient les plus essentielles pour un chien de chasse : a D'abord il faut que les chiens de chasse soient grands, qu'ils aient la tète légère, courte et nerveuse, le bas du front marqué de rides; les yeui élevés, noirs, brillants; le front haut et large ; les interstices prononcés ; le cou long, souple, rond; la poitrine large, assez charnue où elle quille les épaules; les omoplates un peu distantes l'une de l'aulre; le train de devant court, droit, rond, musclé; les jointures droites; les côtes pas tout h fait plates, mais se dirigeant d'abord transversalement ; les reins charnus, ni trop longs ni trop courts; les flancs ni trop mous ni trop fermes, ni trop grands, ni trop petits ; les hanches arrondies, charnues en arrière, assez espacées par le haut, et comme se rapprochant intérieurement; que le bas-ventre et les parties adjacentes soient mollets ; la queue longue, droite et fine : les cuisses fermes; le train de derrière beaucoup plus haut que l'avant-train; les pieds arrondis.

« Quant à la couleur des chiens, il faut qu'elle ne soit ni rousse ni noire, ni tout à fait blanche; ces couleurs annoncent un animal vulgaire, sauvage et non de bonne race. Les roux et les noirs doivent avoir, aux environs du front, un poil blanc. Les blancs seront marqués de roux au font. Je veux un poil droit et long au haut des cuisses, de même qu'aux reins et à la queue, mais plus court sur le dos. n

r. (SMtn* aDlii|u«.)

Une statue de bronze, conservée à Naples, nous monlrr le vêtement habituel aux chasseurs dans l'âpoque romaine, aux oiseleurs, et en général, à la plupart des hommes que leur profession oiiligeait à vivre conlinuellement dans les bois et qui se trouvaient ainsi e^posés 5 toutes les inleinpéries des saisons. Il se compose d'nne luniqiie recouverte de Vamictus, mais l'un et l'autre sont en fourrure. Le chasseur dont notre figure 3 donne l'image est probablement un esclave chargé de prendre le gibier et de le vendre; il eserce une fonction analogue à celle de nos gardes-chasse. Les bois formaient en eiïet une partie du revenu des grands propriétaires terriens.

Ce garde -chasse a un couteau de chasse dans la inalD droite; deux colombes sont attachées à sa ceinture, il porte un lièvre sur son bras droit, et dans ses doigts on voit le nœud coulant où le gibier s'est pris.

Les instruments de la CHASSE. — Les Égyptiens se servaient du lasso ù peu près de la même manière que les habitants de l'Amérique du Sud l'emploient encore aujourd'hui. Sur les peintures de Beoi-Hassan, on voit des chasseurs qui, il l'aide du lasso, prennent en vie des gazelles ou d'autres animaux sauvages. Souvent aa<)si on les chassiiit simplement avec des Qèchea, mais la première manière était plus lucrative et plus estimée parce qu'on rapportait ainsi l'animât vivant, que les Égyptiens avaient grand plaisir à élever. Nous voyons en effet, sur une peinture de Thèbes, un jeune chasseur qui rapporte sur ses épaules une gazelle vivante, dont il a eu soin de lier les pattes. Les deux chiens qu'il tient en laisse marchent à côté de lui (fig. h).

La vallée du Nil, arec son grand fleuve tout couvert de roseaux, était peuplée d'une innombrable quantité d'oiseaux, dont la chasse offrait un profit assuré aushommesquientaisaienlprofession, eoméme

temps qu'uD amusement trës-rechercbé pour les classes riches. Cette chasse au marais se faisait de plusieurs manières, qui sont figurées dans les peintures des tombeaux. La plus curieuse est peut-être celle qui consiste à lancer contre les oiseaux un petit b&ton enduit de glu. Si bizarre que paraisse ce genre de chasse, il était fort répandu en Egypte et on le voit reproduit sur les monuments. Voici comment on s'y prenait : les chasseurs allaient sur un bateau de papyrus, extrêmement léger, dans les grands lotus dont les toufTes épaisses encombraient

les bras du fleuve et qui servaient de retraite à une quantité innombrable de volatiles. On faisait remuer les plantes par leur base : les oiscaui, troublés dans leur quiétude, prenaient aussitdt leur vol en masse; le chasseur, debout sur le bateau, lançait alors son bâton, comme nous le voyons dans la figure 5. Le bateau contient une espèce de boite ou de panier oîi étaient placés des bâtons de rechange. Les Égj'ptiens étaient d'une extrême habileté dans cet exercice, qui était un des délassements habituels des classes riches. Plusieurs de ces bâtons de chasse ont été retrouvés dans les tombeaux et se voient aujourd'hui dans nos musées.

Parmi les chasseurs de profession, la manière la' plus usitée pour prendre les oiseaux était le filet. Il y en avait de plusieurs sortes; les

s L'AGniCDLTDRE.

uns étaient carrés, d'autres rectangulaires ou ronds. Le plus ordinairement on mettait une trappe composée de deux pans demi-circulaires se mouvant sur un axe. Quand la trappe était assujettie, les deux pans demeuraient ouverts et à piat sur le terrain. Des cordons, qui glissaient sur le côté, faisaient rapprocher les deux pans quand l'oiseau avait mordu à l'amorce. Ce genre de piège est figuré sur plusieurs monuments. Dans les peintures égyptiennes, l'eau est toujours représeniée par des lignes ondulées recouvertes d'une ^teinte bleue. On voit ici les chasseurs qui se tiennent cachés derrière une touffe de pbntes aquatiques, figurées par un bouquet de lotus. Dès qu'ils ont reçu le signal d'un d'eux, plus rapproché que les autres du piège, ils tirent la corde qui fait

Pig. 6 — La* aieti d'c

tomber sur les oiseaux captifs les deux trappes du Qlet, avec un mouvement assez semblable à celui de deux volets qui se fermeraient brusquement ensemble (fig. 6) . Quelques oies sauvages qui ont eu le bonheur d'échapper s'enfuient à tire-d'aile. Celles qui se sont laissé prendre sont aussitôt livrées à un homme chargé de les plumer; celui-ci les transmet à un autre qui leur ouvre le ventre, puis elles sont dépecées et leurs quartiers prennent place dans des pots. Car les peintures égjptieones sont la plupart du temps divisées en une succession d'épisodes OÙ l'on voit se dérouler toute l'histoire de l'animal, depuis le moment où il est encore en liberté jusqu'à celui où il est salé et passé à l'état de conserve alimentaire.

Les filets ou rets dont les Grecs se servaient pour la chasse étaient de trois sortes : le dictua, Varcus et Vinodia. Le dictua était le plus grand ; ses mailles étaient composées de seize fils réunis, tandis que les autres n'en avaient que neuf. Ces filets ou panneaux étendus sur la plaine.

sur un assez grand espace, étaient destinés à empocher le gibier de passer. L'aniinal. cherchant une issue, courait le long du filet et tombait alors dans l'arcus, autre filet plus petit que le précèdent et qui présentait la forme d'un capuchon terminé en pointe. Qunnd l'animal était entrù dans la concavité de l'arcus. les eiTorts qu'il faisait pour se dégager tiraient deux cordes, appelées pcridrome et ipidrome, qui l'enfermaient en serrant les mailles du Tilet contre lui. L'énodia était un filet de même genre que le précédent, mais qui se plaidait de préférence sur les chemins. Tous ces filets étaient toujours en lin et étaient retenus en place par des fourches.

Oppien a fait un poème sur la chasse dans lequel on trouve quelques renseignements sur les divers engins employés par les chasseurs: « Voici, dit-il. les in-sirunients et les armes de la chasse, cos armes qui ne respirent que le carnage, et que doivent porter dans les bois et sur les montagnes des chasseurs courageux et pleins d'ardeur pour ce noble travail : des rets, des fourches pour les supporter, des lilets dans lesquels la proie gémira captive, des toiles, des osiers fortement tordus, une longue panagre, une lance à trois pointes, une pique de fer armée d'un large, tranchant, un harpon, des pieux, des flèches ailées, des épées. des haches, un trident, des crochets, dos anneaux de plomb, di's ficellfs de Sparte, des pièges, des nœuds, des perches et une gibecière faîte d'un tis.su do mailles nombreuses, u

La figure 7, tirée d un bas-relief qui décore un sarcophage, montre

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