‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 2)Chapitre 2 sur 21 · IM · texte numérisé non relu

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LK CHASSE. i\

plusieurs chasseurs attaquant un sanglier. Deux d'entre eux sont armés de javelois, un troisième frappe l'animal avec sa massue et tient daos la main gauche une espèce de bâche, enfin un quairiëme lui jette une grosse pierre sur la tôte.

Les bétes paoves. — La Libye et l'Ethiopie étaient autrefois infestées de bêtes féroces, et les lions, qui sont devenus assez rares dans cette contrée, y éuient jadis très-communs. Diodoro de Sicile raconte les dégâts qu'ils causaient parmi les populations à demi-sau-

Fig 0 — LiiMuis bl«ué* (D *p u Bo bM-isli«I uijnto

vages qu'on rencontrait aux environs de la vallée du NU : « Les Rhizophages (ou mangeurs de racines), dit-il, habitent l'Ethiopie; ils vivent constamment en paix les uns avec les autres, mais ils ont à combattre de nombreux lions, car ces animaux quittent les déserts brûlanls et envahissent ie pays des Rhizophages, soit pour y chercher de l'ombre, soit pour y chasser des animaux de moindre taille. Il arrive souvent que les Éthiopiens, au moment de sortir de leurs marais, sont saisis par ces lions et se trouvent dans l'impossibilité de leur résister, ne connaissant pas l'usage des armes, n

Les Égyptiens, plus civilisés que les Rhizophages dont parle Diodore, venaient facilement à bout des lions, et le roi Aménophis III en avait tué à lui seul deux cents à la chasse ; ce fait est consigné sur un scarabée du Louvre. Aussi, le lion et les chasses qui s'y rapportent sont-ils

12 L*AGRIGULTURE.

assez souvent représentés sur les monuments ég:^(îtiens; on en voit également sur les monuments assyriens. La chasse au lion était évidemment Tamusement favori des rois de ce pays. Cette chasse se faisait à cheval, comme le montre la figure 8; la lionne blessée que représente la figure 9 est également un monument assyrien.

Il n'y a pas aujourd'hui de lions en Grèce. La tradition du lion de Némée semblerait indiquer qu'il y en avait autrefois, mais aucun fait historique n'atteste leur présence. En Italie, il n'y en a jamais eu, mais la quantité de lions qu'on faisait paraître dans les jeux de l'amphithéâtre sous l'empire prouve qu'ils étaient alors extrêmement communs dans la région du mont Atlas, ou on les prenait presque tous. Il serait intéressant de savoir quel procédé les chasseurs employaient pour capturer des lions vivants, mais les renseignements que nous avons à cet égard sont extrêmement confus.

Xénophon dit seulement quelques mots sur les pièges qu'on tendait aux lions: « Quelquefois, dit-il, on fait pour les prendre de grandes fosses rondes, laissant au milieu une élévation de terre qui forme une espèce de colonne depuis le fond de la fosse jusqu'à la superficie. Aux approches de la nuit, on y porte une chèvre qu'on y attache; Ton forme autour de la fosse une enceinte circulaire de branchages qui cache Tintérieur de la circonférence et ne laisse aucune entrée. Ces animaux, au bêlement de la chèvre pendant la nuit, viennent rôder autour de ces bois qui bouchent la fosse, mais ne trouvant pas d'entrée, ils s'élancent dedans et sont pris. »

Voici ce que Pline le Naturaliste raconte au sujet de cette chasse : « 11 était autrefois très-difficile de prendre les lions. On n'y parvenait guère qu'en les faisant tomber dans des fosses. Sous l'empire de Claude, le hasard fournit un moyen honteux pour un tel animal. Un pasteur gétulîen ayant arrêté l'impétuosité d'un lion en lui jetant sa casaque sur la tête, ce spectacle fut donné aussitôt dans l'arène. On ne saurait croire à quel point cet animal si féroce devient doux et traitable dès qu'un léger voile lui couvre la tête ; il se laisse enchaîner sans résistance, comme si toute sa force était dans ses yeux. Ce qui explique comment Lysimaque étrangla le lion avec lequel Alexandre l'avait fait enfermer. »

Si des écrivains nous voulons passer aux monuments, nous y trouvons des renseignements encore pins bizarres. Le tombeau des Nasons, près de Rome, était décoré de plusieurs peintures représentant des scènes de chasse. Sur l'une d'elles (fig. 10) on voit huit hommes pour-

VUS do grands boucliers el en lutle contre deux lions. L'un des chasseurs, qui vient d'être renversé, se couvre le corps avec son bouclier pour ne pas donner prise au lion. I^ scène se passe dans un parc, ainsi quol.i suivante (fig. 11), qui est également tirée du sépulcre di's Nasons. Celle-ci est un document dont on est bien obligd de tenir compte, mais sans pouvoir garantir que le pciaire n'a pas un peu puisé dans son imagination. I,a chasse aux bêles féroces qu'il a représentée ici est en

cffnt des plus singulières, l'ne panlhèrc vient se prendre au pié;^e au moyen d'un miroir placé devant une cage. Je laisse aux chasseurs de b<^te^ féroces le soin de juger si cette méthode présente un caractère vraiment pratique.

C'est également du cùlé de l'Ethiopie qu'on trouvait les éléphants, u Les Éthiopiens éléphaulomaques demeurent fort loin du cûlé du couchant. Il» habitent des endroits remplis de chênes cl d'autre-s arbres; ils montent sur tes plus hauts pour découvrir les entrées e[ les sorties des éléphanls. Ils n'attaquent point ces animaux en troupe, parce qu'alors ils n'e5pérent pas s'en rendre maîtres; mais, quand les éléphants marchent isolément, les Éthiopiens se jettent sur eux avec une audace

L'AGRICULTDRB.

extraordinaire. Lorsque l'éléphant passe à la droite da l'arbre où est caché celui qui le guette, l'Éthiopien saisit la queue de cet animal et appuie SCS pieds sur la cuisse gauche. Ensuite, enlevant de son épaule, avec la main droite, une hache fort tranchante et assez légère pour s'en pouvoir servir utilement d'une seule main, le chasseur frappe à coups redoublés le jarret droit de l'éléphant et en coupe les tendons, pendant qu'il tient son propre corps en équilibre avec la main gauche. Ils apportent à cet exercice une adresse extrême, puisque leur vie est en jeu.

Car il faut, ou que l'animal succombe, ou que le chasseur expire, ce combat n'ayant pas d'autre issue. Quelquefois, quand l'éléphant a aio^ les tendons coupés et ne peut plus se mouvoir, [il tombe à l'endroit même où il a été blessé ot tue l'Éthiopien sous lui. D'autrefois il l'applique contre une pierre ou contre un arbre jusqu'à ce qu'il l'ait écrasé sous son poids. Quelquefois l'éléphant s'enfuit à travers les plaines jusqu'à ce que le chasseur, le frappant continuellement au même endroit avec sa hache, lui ait coupé les tendons et l'ait étendu par terre. Quand l'animal est tombé, tous les Éthiopiens se jettent dessus par bandes, ils le dissèquent et enlèvent la chair des cuisses dont ils font un joyeux repas, » (Diodore de Sicile.)

Les auteurs aociens nous ont transmis quelques détails sur la chasse i rbippopotame, pour laquelle onemployait un certain nombre (Tbommes montés sur des barques jointes ensemble. « L'bippopotame, dit Diodore de Sicile, est un animal fluvial et terrestre tout à la fois ; il passe le jour à s'ébattre dans la profondeur des eaux et la nuit il se repaît sur le sol de blé et d'herbe, de tejle façon que si la femelle était très-féconde et qu'elle mit bas tous les ans, toutes les moissons de l'Egypte seraient

ipiAi use peinlo» tgjptiEimu.)

bientôt dévastées. On s'empare de l'hippopotame à l'aide de harpons de fer qu'on manœuvre à force de bras. Dés qu'il s'est montré quelque part, on dirige toutes les barques vers cet endroit, et, se rangeant autour, on le blesse à coups de harpon munis de crochets de fer ; après avoir fixé une corde à un de ces harpons enfoncé dans les chairs, ils la lâchent jnsqu'à ce que l'animal demeure épuisé par la perte de son sang. Sa chair est coriace et indigeste; aucun des viscères du corps n'est mangeable. »

La chasse à l'hippopotame que nous reproduisons figure 12 n'est pas tout à fait conforme au récit do l'historien grec, car, au lieu des

barques multiples dont il parle, nous voyons un héros qui vient à bout du monstre. Â en juger par sa taille, ce héros doit être un pharaon, mais le peintre égyptien, qui a voulu montrer sa force, nous fournit malgré tout de précieux renseignements sur les engins dont il se sert.

Il paraît qu'on se servait de meutes de chiens pour prendre les autruches, qu*on était même,dit-on, parvenu à domestiquer dans quelques endroits. On mangeait leur chair, qui faisait même la nourriture principale d'une peuplade que Diodore de Sicile appelle les Struthophages, ou mangeurs d'autruches. « On voit chez eux, dit-il, une espèce d'oiseau qui ne le cède pas en grosseur à un cerf de la plus grande taille; il a le cou fort long, ses flancs sont arrondis et pourvus d'ailes, sa tête est mince et petite, ses cuisses et ses jambes sont très fortes et son pied est bifide. 11 ne peut pas voler bien haut à cause de son poids, mais sa course est extrêmement rapide et à peine touche-t-il la terre du bout de ses pieds. Et, surtout quand le vent enfle ses ailes, il marche aussi vite qu'un navire voguant à pleines voiles. Il se défend contre les chasseurs en se iiervant de ses pieds comme d'une fronde pour leur lancer des pierres de la grosseur d'un poing. Mais lorsqu'il est pourvuivi pendant un temps calme, ses ailes sont bientôt lasses et, privé de tout autre secours naturel, il est aisément pris. Gomme dans le pays il y a un nombre infini de ces oiseaux, les barbares inventent dans leur chasse les stratagèmes les plus divers. Ils prennent facilement un grand nombre de ces oiseaux; ils en mangent la chair et réservent les peaux pour en faire des habits et des lits. Étant souvent en guerre avec les Éthiopiens Simes, les Struthophages se servent de cornes d'oryx (espèce d'antilopes) en guise d*armes pour repousser l'ennemi ; elles sont grandes, tranchantes et très-propres aux combats. On en trouve un très-grand nombre, car les animaux qui les fournissent sont très communs dans ce pays. »

La chasse au sanglier est celle des temps héroïques de la Grèce. Ovide a raconté, dans l'histoire de Méléagre et du sanglier de Calydon, la manière dont on traquait le sanglier et comment on l'atteignait ensuite avec répieu.

Le récit de cette chasse et très-émouvant dans Ovide, mais celui de Xénophon est plus explicite, parce que celui-ci parle en professeur: « Quand vous aurez bien tendu vos filets, dit-il, vous rejoindrez les chiens pour les lâcher tous, et vous avancerez vers la bête, armés d'épieux et de javelots; on mettra à la tête des chiens un des chasseurs qu'on jugera le plus expérimenté. Les autres le suivront en ordre et à

de grands intervalles, aûn de laisser au sanglier un passage suffisant; en effet, si le sanglier trouvait sur son passage plusieurs personnes ensemble, elles courraient risque d'être blessées; il décharge ordinal rementsa fureur sur le premier qu'il rencontre.

« Lorsque les chiens seront près de la bauge, ils donneront dessus ; le sanglier troubl<S se lèvera, fera sauter en L'air le premier chien qui se portera sur lui ; en courant, il tombera dans les fllcis; s'il ne s'y jette pas, on le poursuivra. Le lieu où l'arrête le filet va-l-il en p^nte, il s'élancera; si c'est en plaine, il se tiendra ferme sur ses jambes, portant autour de lui ses regards.

a Dans ce moment les chiens le serreront de près; les chasseurs se tiendront sur leurs gardes en lui lançant des javelots et des pierres; ils l'investiront par derrière et à une certaine distance, jusqu'à ce qu'il se pousse en avant dans la direction du Qlet. Alors, l'épieu h la main, le plus expérimenté et le plus fort des veneurs ira le frapper en télé. Si, malgré les atteintes des javelots et des pierres, il ne donne point dans les filets, s'il se détourne pour revenir sur celui qui l'affronte, et le tournoie, il faut alors s'avancer sur lui avec un épieu, se tenant ferme, la main gauche en avant, la droite en arriére ; car c'est la gauche qui dirige le coup et la droite qui le porte. Le pied gauche sera sur la mâme ligne que la main gauche, le

droit sur celle de la droite. Vous

18 L'ACRICDLTURE,

porterez le coup en n'écarlant les jambes que du pas de la iutle, et vous tournerez le côté gauche dans la direction de la main gauche. On observera ensuite et le regard de l'animal et jusqu'au moindre mouvement de sa tête.

« Lorsqu'on voudra frapper de l'épieu, on prendra garde que. par un mouvement de tâte, il ne fasse sauter l'arme des mains; le coup manqué, il est aussitôt sur l'homme. En pareil ca?, il faut se jeter la face contre terre, se tenant forleraent à ce qu'on y rencontre. La béte, vu la courbure de ses défenses, n'attaquera point en dessous le corps

Pig. 14. — Treniport d'un tiaslioc. (D'aprt* nM peiaUu* de tus.)

du chasseur ainsi couché; s'il se tenait droit, il serait infailliblement blessé ; elle essaie, il est vrai, de relever l'homme, si elle ne le peut, elle le foule aux pieds. Il n'est qu'un seul moyen de salut, c'est que l'un des chasseurs s'approche, un épicu en main, pour irriter l'animal, feignant de lancer l'épieu, mais ne le lançant pas en effet, de peur qu'il ne blesse son compagnon renversé. Le sanglier, se voyant harcelé, quittera le chasseur qu'il tient sous lui et se retournera furieux contre 3elui qui l'irrite ; l'autre alors se lèvera d'un saut, et n'oubliera pas, en se relevant, d'avoir l'épieu à la main ; il ne peut en effet se sauver honorablement que par la victoire. Il l'attaquera de nouveau, comme auparavant, dirigeant son fer vers la gorgc, entre les deux omoplates, et -enfonçant le fer de toute sa force. L'animal furieux se lancera eu avant.

Si les traverses du fer de la laiico ne rarrélaîent. il se précipiterait le long de la hampe môme, il arriverait à la main decelui qui tieQU'arme. La force de l'animal est telle qu'on ne peut se rimaginer .. '<

Les peintures représentées sur les vases d'ancien style confirment les renseignements fournis par Xénopbon. La figure 13 montre le sanglier alieini par les chasseurs qui le percent de leurs javebtR.

Quand l'animal était lue, on le rapportait h l'aide d'une grande perche, à laquelle ses paltcs étaient liées. C'est ce que montre la figure Ik, qui est tiri5e d'une peinture do vase.

Une chasse au cerf est représentée sur une peinture de Pompéi (ûg. 15). Deux chiens suivent leur piste sans dévier de la ligne droite; le cerf court devant eux, tandis que deux biclies effarées bondissent en prenant des directions différentes.

Une autre représentation de cette chasse est également figurée dans une peinture du tombeau des Nasons. Elle se passe dans un parc où il n*y a que deux ouvertures ; deux hommes gardent l'entrée, sans doute pour empêcher le cerf de s'échapper. Dans une autre peinture du même tombeau on voit deux chiens qui poursuivent des cerfs. L'un d'eux est retenu par un chasseur; en effet, d'après un précepte donné par Xénophon, un chien qui n'est pas encore bien dressé se gâterait si on le laissait courir avec trop d'impétuosité. Sur la môme peinture, on voit un autre homme qui se tient en dehors du parc et s'appuie sur la palissade (fig. 16).

Les parcs a gibier. — Nos châteaux royaux ou princiers , lorsqu'ils sont près d'une forêt, sont presque toujours accompagnés d'une faisanderie ou d'un parc à gibier. On donne ce nom à un vaste enclos dans lequel on rassemble une quantité de faisans, de lièvres, de chevreuils ou d'autres gibiers qu'on veut avoir sous la main quand on a envie de chasser. Cet usage n'est pas moderne, et il serait difficile de dire à quelle époque on en peut faire remonter l'origine ; mais les monuments de Tancienne Egypte prouvent qu'il existait déjà au temps des pharaons. La figure 1 7 montre un chasseur d'une taille démesurée (ce qui indique un pharaon) occupé à dépeupler son royaume de gibier. Les bêtes atteintes par les flèches du géant sont innombrables : des taureaux, des chèvres sauvages, des gazelles, des oiseaux de toute sorte, etc. Elles sont, suivant les habitudes de la peinture égyptienne, disposées sur plusieurs zones. Le chien de chasse court à côté du roi ; près de celuici, Tartiste a placé un autre chasseur énormément plus petit, pour indiquer rinférioriié de son rang. La quantité énorme de gibier frappé par ces personnages, si elle n'est pas un simple emblème de l'habileté du roi, pourrait indiquer la présence en Egypte des parcs dont nous parlons.

Pour l*Asie, aucun doute n'est possible à cet égard. Ce n'est pas seulement du gibier ordinaire qu'on entasse dans les parcs pour les chasses des souverains, ce sont des bêtes féroces que le roi s'amuse à chasser. Les rois d'Assyrie, par exemple, n'avaient pas de plus grand

plaisir qu'à tuer des lions, et, aujourd'hui encore, la chasse aux panthères est lamusement favori des monarques orientaux.

Quinte-Gurce, en parlant de la marche d'Alexandre dans la haute Asie, donne quelques renseignements sur les parcs qui, dans la Sogdiane, servaient à cet usage des rois : <c En cette contrée, dit-il, leur plus grande magnificence consiste en des parcs remplis de bêtes fauves, et, pour cet effet, ils choisissent de grandes forêts arrosées d'eaux et les ferment de murailles qu ils garnissent de tours pour la retraite des veneurs. On en ût voir un entre autres où il y avait quatre cents ans qu'on avait chassé. Le roi (Alexandre) entra dedans avec toute son armée et Ût lancer des bêtes de tous côtés, parmi lesquelles il y eut un lion d'une épouvantable grandeur qui vint droit à lui, et Lysimaque, lequel régna depuis, se trouvant près du roi et présentant l'épieu à la bête, le roi le repoussa et lui commanda de se retirer, disant qu'il pouvait aussi bien tuer un lion qu'avait fait Lysimaque, car un jour, comme ce prince chassait en Syrie, il tua bien tout seul un lion prodigieusement grand ; aussi il en eut l'épaule déchirée jusqu'à los et fut en extrême danger de sa vie. Le roi donc, lui reprochant cela, fit encore mieux qu'il n'avait dit, puisque non-seulement il ne manqua pas la bête, mais la tua d un seul coup. Du reste, quoique ce combat lui eût réussi, les Macédoniens ordonnèrent, selon leur coutume, que le roi n'irait plus à la chasse à pied et sans avoir quelques-uns de ses oflSciers avec lui. Après avoir fait mettre par terre jusqu'à quatre mille bêtes, il ût festin à toute l'armée dans ce m^me parc. »

La figure 18 montre une chasse royale en Perse ; les éléphants et les sangliers se pressent autour du souverain qui les abat avec ses flèches. L'usage d'avoir des grands parcs pour la chasse s'est toujours conservé en Orient. Il est probable que c'est en Asie que les Romains ont pris celte coutume qui date de la fin de la république, c'est-à-dire de l'époque où ils furent en rapport constant avec l'Orient.

A Rome, les hommes opulents, les grands fonctionnaires, qui voulaient se reposer par la chasse, avaient sur leurs terres des parcs spécialement disposés à cet effet. Pline nous apprend en effet que Fulvius Lupinus a le premier établi des parcs pour les sangliers et les autres bêtes fauves dans les propriétés qu'il avait aux environs de Tarquinies, et qu'il fut bientôt surpassé par LucuUus et Q. Ilortensius.

Varron est entré dans quelques détails sur la chasse : « Le sanglier, dit-il, est un gibier de parc et on engraisse sans trop de peine l'animal qui y entre sauvage aussi bien que celui qui est né dans la domesticité.

Dans !a propriÉlé que Varron a acIielÉc aux environs dcTusculum, les sangliers et les chevreuils se rassemblent au son du cor, à licure fixe.

pour prendre leur nourriture, tandis que d'un lerire réservé aux exercices g^mnastiqucs, od jette aux uns du glaild, aux autres de la vesce, ou quelque autre pâture aemblahlc... 0- Horicnsius a sur lo territoire

de Lauréate un bois do plus de cinquante arpents, entouré de murailles. Au milieu du bois est une espèce d'élévation où Ton avait disposé trois lits et où on nous servit à souper. Hortensius fît venir Orphée, qui arrive en robe longue, la cithare à la main, et qui, sur Tordre qu'il en reçoit, se met à jouer de la trompette. Au premier son de l'instrument nous nous voyons entourés d'une multitude de cerfs, de sangliers et autres bètes fauves, si bien que le spectacle ne nous parut pas au-dessous des chasses sans bêtes féroces, dont les édiles nous donnent quelquefois le plaisir au grand cirque. »

Dans des parcs de ce genre, la chasse méritait véritablement le nom de délassement, car elle n'entraînait pas de véritable fatigue. C'était bien ainsi que l'entendaient les Romains, comme on peut en juger par la lettre suivante que Pline le Jeune écrit à Tacite : ci Tu vas rire, eh bien I ris tant qu'il te plaira. Ce Pline que tu connais a pris trois sangliers, et des plus beaux. Quoi ! lui-même? Oui, lui-môme. Ne va pourtant pas croire qu'il en ait coûté beaucoup à mon reposet à ma paresse. J'étais assis près des toiles, ni pieu ni dard sous ma main, rien qu'un poinçon et des tablettes. Je rêvais, j^écrivais, et je me préparais la consolation de remporter mes pages pleines, si je m'en retournais les mains vides. Ne dédaigne pas cette manière d'étudier. Tu ne saurais croire combien le mouvement du corps donne de vivacité à Tesprit, sans compter que l'ombre des forêts, la solitude et ce profond silence qu'exige la chasse, sont très-propres à nous inspirer. Ainsi, crois-moi, quand tu voudras te livrer à cet exercice emporte ta pannetière et ta bouteille ; mais n'oublie pas tes tablettes. Tu éprouveras que Minerve ne se plaît pas moins que Diane sur les montagnes. Adieu, n

LA PÈGRE Les pêcheurs. ^^ Les engins de la pèche. — Les viviers.

Les pêcheurs. — La pêche a été, comme la chasse, un moyen d'alimentation pour les premiers hommes, et, si on en voulait recher-

cher Forigine, il faudrait sans doute remonter aussi haut que Tespëce humaine. Les tribus, qui sont plus tard devenues les cités, s'établissaient au bord des rivières. Les plus anciennes civilisations se sont développées au bord des fleuves, où les hommes trouvaient plus de facilités qu'ailleurs pour s'alimenter. Le Nil était extrêmement poissonneux, et quand il débordait, les habitants des villages bénéQciaient du poisson qu*il laissait partout, en même temps que son limon fécondait le sol. En effet, les canaux, les viviers, les étangs, étaient organisés pour garder le poisson que le fleuve avait amené, parce qu*on fermait toutes les issues après l'inondation. Il y avait partout des poissonneries dont le revenu était énorme. L'Egypte faisait une consommation trèsconsidérable de poissons, car, outre celui qu'on servait journellement à table, il en fallait des provisions pour l'alimentation des animaux sacrés conservés dans les temples, qui possédaient pour cet usage de vastes réservoirs. La Grèce n'a pas de grands fleuves, mais elle a des îles et des côtes profondément dentelées. La pêche y était abondante, et une foule de malheureux trouvaient en elle un moyen de subsistance assuré.

Il y a eu des populations entières qui ne vivaient que de poissons. Diodore de Sicile cite les ichthyophages, qui habitaient au bord de la mer Rouge, et il donne sur eux les renseignements suivants : u Leurs habitations, dit-il, sont établies dans le voisinage de la mer, dans des rochers remplis de cavernes, de précipices et de déûlés, communiquant entre eux par des passages tortueux. Ils ont tiré parti de ces dispositions de la côte, en fermant avec des quartiers de roche toutes les issues de leurs cavernes, dans lesquelles les poissons sont pris comme dans un ûlet. Car, à la marée montante qui arrive deux fois par jour, la mer recouvre tous les rochers de la côte et les flots portent avec eux une immense quantité de poissons de toute espèce, qui s'arrêtent sur le rivage et s'engagent dans les cavités des rochers où ils sont attirés par Tappât de la nourriture. Mais au moment de la marée basse, lorsque leau se retire des interstices et des crevasses des pierres, les poissons y restent emprisonnés. Alors tous les habitants se rassemblent sur le rivage, avec leurs femmes et leurs enfants, comme s'ils étaient appelés par un ordre émané d'un seul chef; se divisant ensuite en plusieurs ban les, chacun court vers l'espace qui lui appartient, en poussant de grands cris, comme les chasseurs lorsqu'ils aperçoivent leur proie. Les femmes et les enfants prennent les poissons les plus petits et les plus proches du bord, et les jettent sur le sable ; les individus plus robustes

36 L'&GRICDLTURE.

se saisissent des poissons plus grands. La vague rejette non-seulement des homards, des murènes et des chiens de mer, mais encore des phoques et beaucoup d'autres animaux étranges et inconnus. Ignorant la rabricalion des armes, les habitants les tuent avec des cornes de boucs aiguës et les coupent en morceaux avec des pierres tranchantes, n

Une statue du Vatican, dont il existe des variantes dans diverses collections, nous montre un vieux pécheur debout et tenant uD panier ou un pot dans sa main gauche. Il est entièrement nu, sauf une petite draperie serrée autour des reins qui ne cache guère les parues viriles et qu'on croit avoir été destinée à serrer le ventre et peut-être à contenir de petits objets à l'usage des pécheurs {Eg. 19).

Quant à l'habitation des pécheurs, Théocrite l'a décrite dans une de ses idylles : <i Dans une cabane, dont le toit était de jonc et le mur de feuillage, deux vieux pêcheurs étaient couchés sur un lit d'algues desséchées. Autour d'eux étaient épars les instruments de leurs rudes travaux, des paniers, des lignes, des hameçons, des filets encore couverts de mousse, des lacets, des nasses d'osier, une outre et une vieille barque posée sur des rouleaux ; une natte de jonc, leurs habits et leurs bonnets antiques formaient un oreiller sous leurs têtes. Tels étaient les outils, telles étaient les richesses des deux pécheurs. Pas un vase, pas même un chien fidèle, n

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Fig. 19. — Péchoui.

Les engins nE la pèche. — Les outils dont se sert le pêcheur sont décrits dans plusieurs pièces de l'Anthologie grecque : a Un hameçon bien recourbé, de longues perches, une ligne, les paniers où l'on met les poissons, cette nasse, invention des laborieux pécheurs, un rude trident, arme neptunienne, et les patres de rames de ses bateaux, le pécheur Diophanie les a offerts et consacrés au dieu de la pèche, comme il le devait en souvenir du métier qu'il exerça longtemps. »

Voici une autre pièce de l'Anthologie ; celle-ci a trait k une offrande faite par un vieux pêcheur qui ne peut plus travailler : « Des roseaux attachés bout h bout, la rame qui fend les flots, des hameçons aux pointes perçantes, un plomb et sa corde, le liège indicateur de la nasse, deus paniers suspendus à sa corde de jonc, la pierre d'où Jaillit l'étincelle, et une ancre, appui des vaisseaux dans la tourmente, voilà l'offrande cousacrée à Mercure par Pison le pécheur, dont la main tremble et que ses travaux ont épuisé- i>

I^es hameçons qu'on a retrouvés ont une forme qui ne diffère pas essentiellement de celle que nous leur donnons aujourd'hui. Les (Daprti nue peisiuia da poœpti.i pécheurs metuient le hameçon au bout

d'un fil suspendu à une longue tige, absolument comme nous faisons, et l'industrie du pécheur it la ligne paraît n'avoir nt progressé ni décliné depuis l'antiquité. Les pécheurs de profession usaient plus

Fig. SI. — 6gjptiaa pHbut i I* ligue dan) ho Jardio,

volontiers du Clet, et la ligne n'était guère en usage que pour les gens très-pauvres qui n'avaient pas le moyen de se procurer des filets, ou pour les personnes aisées qui faisaient de la pèche un amusement. Les peintures de Pompéi prouvent que ce délassement était fort usité, car les pêcheurs à la ligne se trouvent sur tous les paysages qui décorent

les murailles (fig. 20). Une peinture bien plus curieuse, tirée d'un liypogéc de Thèbes (fig. 21), montre un Ég^'ptien de la classe opulente, assis sur un fauteuil et tenant une longue ligné, avec laquelle il pécbe tranquillement dans le bassin de son jardin, où l'artiste n'a pas oublié de faire figurer des poissons.

D'après Hérodote, c'est à l'aide du hameçon qu'on s'emparait du crocodile : n II y a, dit l'historien grec, différentes manières de prendre le crocodile. Je ne parlerai que de celle qui me 'parait mériter le plus d'être rapportée. On attache une partie du dos d'un porc à un hameçon, qu'on laisse aller au milieu du fleuve afin d'amorcer le crocodile. On se place sur lo bord de la rivière et Ton prend un cochon de lait en vie qu'on bat pour le faire crier. Le crocodile s'approche du côté où il entend ces cris, et rencontrant en chemin le morceau de porc, il l'avale. Le pêcheur le tire à lui, et la première chose qu'il fait après l'avoir mis à terre, c'est de lui couvrir les yeux de fange. Par ce moyen, il en vient facilement à bout ; autrement il aurait beaucoup de peine. »

Le trident, qui est devenu l'emblème de Neptune, était à l'origine un instrument de pêche qui parait même avoir été assez fréquemment employé dans Tantiquité. Lo trident était une espèce de fourche à trois dents, quelquefois ces fourches n'avaient que deux dents et on les appelle alors bidents. La manière de s'en servir était d'ailleurs exactement la même. Les Égyptiens employaient le bident pour prendre certains poissons d'un assez fort volume qu'il fallait saisir au passage dans le moment où ils remontaient le fleuve. Ce genre de pécbe, qui demandait beaucoup de temps et d'adresse, devait être par cela même peu lucratif, et il est probable que le peuple ne s'y adonnait guère. Aussi, la ûgure qui nous montre la pêche au bident représente un personnage dont le rang élevé est caractérisé par son énorme stature (fig. 22).

C'est toujours à l'Egypte qu'il faut s'adresser pour trouver les plus anciens types des instruments dont nous nous servons. Pour les filets de la pêche, notamment, les Grecs et les Romains ont apporté bien peu de modifications à ceux dont se servaient les Égyptiens. Ceux-ci en employaient d'ailleurs de plusieurs sortes. Les plus grands étaient de forme oblongue avec des montants en bois, et un morceau de plomb était placé au fond. Quelquefois le filet était lancé d'un bateau ; mais les monuments représentent bien plus souvent des pêcheurs placés sur le rivage et tirant avec effort des cordes attachées au bout d'un grand filet. Pour prendre le poisson dans les eaux peu profondes, on se servait d'un filet beaucoup plus petit et qui pouvait être manié par un

LA PËCHB. S»

homme seul. Ceux-là étaient garnis de chaque câté d'une perche, et le pécheur en tenait uno dans chaque main. 11 épiait ainsi le moment oîi les petits poissons traversent l'eau en troupes nombreuses et le lani^ait alors pour prendre une grande quantité do poissons à ta Cois.

Les Grecs et les Romains étaient très-grands amateurs do poissons, et la pêche au Glet s'exerçait sur une très-grande échelle pour satisfaire

ce goût, qui devenait parfois extrêmement dispendieux, comme le prouve rhistoire suivante racontée par Pline : « Asinius Celor, personnage consulaire, grand amateur de rougets, en acheta un sotis It^ résine de Caligula. au prix de 8,00Q sesterces (1,168 francs). Cette proili|{alité reporte la pensée sur ceux qui, dans leurs doléances sur le luxe, si< plaignaient qu'un cuisinier coulât plus cher qu'un cheval. Mais aujourd'hui un poisson coule le prix d'un cuisinier, un cuisinier le prix d'un triomphe. Maintenant, il n'y a guère d'homme plus estimé que celui qui sait lo mieux ruiner son maître. Licinius Mucianus a rapporté qu'un rouget de-

80 livres avait été pris dans la mer Rouge. Combien nos gastronomes Tauraient-ils payé s'il avait été péché dans la mer qui baigne nos villas suburbaines? »

Horace, qui avait assurément quelque droit à être rangé parmi les gourmets, a raillé les faux connaisseurs qui estiment le poisson en proportion de sa rareté ou de sa dimension inusitée : a Et ce loup de a mer à la gueule béante, es-tu de ces délicats qui discernent à coup a sûr s'il a été péché dans le Tibre ou dans la mer, à l'embouchure de o la rivière, ou bien entre les deux ponts! » Maladroit! Tu fais cas d'un barbeau de troii livres et n'en peux tâter sans le mettre en pièces. Que tu es bien la dupe de l'apparence... Un gros barbeau^ mais un petit bar, voilà ta fête, justement parce que les petits bars sont aussi rares que les barbeaux de trois livres. Heureusement l'estomac à jeun n'y met pas tant de recherche. »

La gourmandise des Romains dépassait toutes bornes, et il n'est pas d'extravagance dont un homme riche ne fût capable pour satisfaire sa passion pour les mets extraordinaires. On peut en juger par cette autre histoire que nous empruntons à Athénée : « Il y avait à Rome, dit-il, sous lempereur Tibère, un homme voluptueux et très-riche, nommé Apicius. C'est de son nom que plusieurs sortes de gâteaux ont été appelés apiciens. Son ventre lui coûtait par an des sommes énormes. Il demeurait ordinairement à Minturnes, ville de Campanie, où il mangeait des squilles qu'il payait fort cher. On en péchc là de si grosses que ni celles de Smyrne, ni les écrevîsses d'Alexandrie n'en approchent pas. On lui dit un jour qu'on péchait des squilles monstrueuses en Afrique ; il s'embarque sans tarder d'un seul jour. Après avoir essuyé une furieuse tempête, il arrive à la côte où le bruit de son voyage l'avait déjà devancé. Avant qu'il ait mis pied à terre, les pêcheurs viennent à son bord, lui apportent ce qu'ils ont de plus beau. — N*en avez-vous pas de plus grosses? leur dit-il. — Non, il ne s'en pêche pas de plus belles que celles que nous apportons. Se rappelant aussitôt les squilles de Minturnes, il ordonne à son pilote de retourner en Italie, sans approcher davantage de la côté où ils étaient... »

La figure 23 montre une pêche au filet, d'après une peinture antique découverte à Rome. Trois enfants placés dans un bateau tirent à eux leur filet qui ne diffère pas de ceux qu'on emploie de nos jours.

Il y avait aussi quelques animaux que Ton pochait sans employer pour cela aucun engin spécial, par exemple les tortues. Diodore de Sicile nous donne les renseignements suivants sur les Éthiopiens qui

se livraient à cette pèche : « Il y a dans cette mer, dit-il, une multitude dtles voisioes du continent, petites et basses ; il n'y croît aucun fruit cultivé ou sauvage. La mer n'y eet point orageuse, car ses flots se brisent contre les caps de ces lies, reruge paisible des nombreuses tortues marines qui vivent dans ces parages. Ces animau:! passent tes nuits dans la haute mer pour y chercher leur nourriture, et dans le jour ils se rendent dans les eaux qui baignent ces lies, pour dormir au soleil avec leur carapace s'élevant au-dessus de la surface des eaux, de manière à présenter l'aspect de barques renversées, car elles sont d'une grosseur énorme et peu inférieure à celle d'un très-petit bateau pécheur. Les insulaires s'approchent alors des tortues, doucement, à la nage ; ils attaquent l'animal de droite et de gauche à la fois, d'un cAté pour le retenir fixe, et de l'autre pour le soulever afin de le renverser sur le dos; ils le maintiennent dans cet état, car autrement il se sauverait en nageant dans les profon- Fig. a. — Mcbe .u aiat. deurs de la mer. L'un des pécheurs,

attachant une longue cordo à la queue de l'animal, gagne la terre h la nage et tire la tortue après lui en a'aidant des bras de ses compagnons. Arrivés chez eux, ils font un repas de la chair cachée sous les écailles, après l'avoir légèrement fait griller au soleil. Ils se servent de ces écailles, qui ont la forme d'un bateau, soit pour transporter de l'eau qu'ils vont chercher sur le continent, soit pour construire des espèces de cabanes, en plaçant les carapaces debout et inclinées au sommet. Ainsi, un seul bienfait de la nature en renferme plusieurs autres, car la tortue fournit à ces insulaires tout à la fois un aliment, un vase, une habitation et un navire. »

Les viviers. — Certaines cAtes, notamment du côté de l'É^pte, éuient si poissonneuses que les habitants y créèrent des étangs artificiels, qui donnèrent probablement aux Romains l'idée de leurs viviers. Diodore nous a transmis sur ce sujet quelques détails intéressants : 0 Sur le rivage du golfe Arabique (mer Rouge), dit-il, la pêche est si abondante que les habitants peuvent à peine consommer tous les poissons qu'ils prennent. Ils placent, le long des bords de la mer, un grand nombre de roseaui tellement rapprochés et entrelacés, qu'on les pren-

drait pour un filet tendu. Dans cette espèce de palissade sont pratiquées, à de courtes distances, des portes de treillage qui, munies de gonds, tournent facilement dans les deux sens. Les flots envahissant, à la marée montante, le rivage, ouvrent ces portes et les referment pendant le reflux. Ainsi, tous les jours, au moment de la marée, les poissons, arrivant avec le courant, passent par ces portes et sont retenus dans co filet de roseaux, lorsque les eaux s'écoulent. Aussi, y voit'-on quelquefois des monceaux de poissons palpitants que ramassent avec soin ceux qui se livrent à cette industrie ; ils en retirent des vivres abondants et de grands profits. Comme le pays est plat et très-bas, quelques habitants creusent des fossés de plusieurs stades de longueur, depuis la mer jusqu'à leurs demeures. Aux extrémités, ils placent des portes d osier qu'ils ouvrent à marée haute et qu'ils ferment à la marée basse. Les eaux de la mer se retirent et les poissons restent dans ces fossés, où on les conserve pour les consommer selon les besoins des habitants. »

Varron nous donne sur les viviers les renseignements que voici : « On distingue deux espèces de viviers, les viviers d'eau douce et ceux d'eau salée. Les premiers, formant chez les gens du peuple et dans les fermes ordinaires une industrie assez lucrative , ne sont alimentés que par l'eau que fournissent les Nymphes. Les viviers d'eau salée, au contraire, sont créés par les nobles, pour le faste plus que pour l'utilité. C'est Neptune qui y apporte de l'eau et des poissons.

Ils contribuent à vider la bourse du maître, plutôt qu'à la remplir

Lucullus avait fait ouvrir une montagne près de Naples, dans le seul but d'introduire dans ses viviers Teau de la mer, que chaque marée y apportait et remportait. Sa passion pour ses viviers de Baîes était portée à ce point qu*il avait donné carte blanche à son architecte pour la construction d'un canal souterrain communiquant de ses viviers à la mer, afin que la marée, au moyen d'une écluse, pût, deux fois par jour, depuis le premier quartier jusqu'à la nouvelle lune, y entrer et en sortir après les avoir rafraîchis. »

Les Romains avaient également des parcs d'huîtres. Voici ce qu'en dit Pline le Naturaliste : « Les parcs d'huîtres ont été établis pour la première fois par Sergius Orata à Baies, du temps de l'orateur L. Crassus, avant la guerre des Marses, et il les établit non dans un but gastronomique, mais pour gagner de 1 argent. Il fut encore le premier à donner la prééminence aux huîtres du lac Lucrin ; car les mêmes espèces d'animaux aquatiques sont meilleures en certains lieux

que dans d'autres, par exemple le turbot de Ravenne, la murène de Sicile, l'élops de Rhodes, et ainsi du reste, pour ne pas dresser ici une liste culinaire. Les rivages de la Bretagne n'étaient pas encore asservis quand Sergius Orata faisait la réputation des huîtres du Lucrin ; plus tard on a jugé que c'était la peine d'aller chercher des huîtres à Brindes, au bout de Tltalie, et, pour qu'il n'y eût pas de rivalité entre les deux saveurs, on a imaginé récemment d'alimenter dans le lac Lucrin les huîtres de Brindes, affamées par ce long trajet. »

Les ANciBifs pasteurs. — Les bouviers. — Les bergers.

Les chbvribrs. — Les porchers. — Les chameliers.

Les palefreniers. — Les aniers. — Domestication des antilopes.

l*art vétérinaire.

Les anciens pasteurs. — La vie pastorale et nomade est antérieure à la vie agricole, qui demande un degré de civilisation plus avancée. Elle a commencé avant les villes et antérieurement à toute fixité dans la population. Les troupeaux sont la richesse des patriarches; planter sa tente dans une contrée où on trouve des pâturages, aller plus loin quand les troupeaux ne trouvent plus sur le sol une nourriture suffisante, telle est la vie patriarcale dans l'antiquité et celle que mènent encore de nos jours les Arabes.

Quand les villes se fondent et que la campagne qui les entoure commence à être cultivée, un antagonisme s'établit nécessairement entre les sédentaires et les nomades. Les troupeaux dévastent les champs labourés, mangent les bourgeons des arbres, et les pasteurs nomades, ennemis des citadins, sont repoussés loin du voisinage des villes. La lutte entre ces deux classes de population forme le fond de l'histoire des peuples primitifs. Les populations agglomérées ont toujours le des uu 6

34 L'AGRICOLTCRB.

SUS et imposent des tributs aux paslcurs qui se vengent en eierçant le brigandage contre les voyageurs isolés. Ces tributs payés aux rois qui résident dans les villes consistent toujours en bétail, et c'est ainsi que nouâ les vojons représentés sur les ptusanciens monuments (Og. 2/i].

Les hommes qui mènent une vie sédentaire possèdent aussi des troupeaux qu'on parque dans des enclos à l'entour de la ferme. On les mène au dehors comme faisaient les nomades, nnais on les ramène ensuite au point d'où ils étaient partis. Car ces troupeaux ne sont plus

(IVaptii une pelDtuis ds TfaibM.)

les compagnons d'une tribu voyageuse, mais ils sont la propriété d'un homme quiaune demeure fixe. Dés lors il faut les marquer pour qu'ils no puissent pas être confondus avec ceux du voisin.

En Egypte, dans les plus anciennes sociétés sédentaires dont il soit fait mention dans l'histoire, nous voyons des peintures qui représentent la manifiro dont on marque les animaux; elles présentent un homme qui

fait chauffer un fer, et d'autres qui s'en servent pour marquer les bestiaux dont les pattes sont liées (Gg. 25 et 26).

Dès que les bestiaux furent attachés à une ferme, ceux qui en avaient soin se classôrent en catégories spéciales.

La spécialisation dans le travail est un des traits essentiels de la race égyptienne. Chaque individu est en quelque sorte un rouage qui est chargé de remplir un rôle déterminé d'avance et dont il n'a pas à sortir. Les conducteurs des troupeaux étaient choisis par les intendants qui, selon la capacité qu'ils croyaient avoir trouvée en eux, leur assignaient une fonction déterminée. On les divisait en bouviers, bergers, chevriers et porchers; les éleveurs de volaille, les oiseleurs, les poissonniers et les laboureurs dépendaient également de la ferme et se rattachaient à la môme organisation.

Fig. 20. '- Les aoimaax marqué* avec on fer. (D'après une peinture de Thèbes.)

A côté de ceux qui avaient pour mission spéciale de faire produire la terre ou multiplier les troupeaux, il y avait ceux qui réglaient la dépense, s'occupaient des approvisionnements, de la garde ou de la vente des produits, et qui présentaient des rapports aux intendants ou aux chefs du domaine. Dans ces rapports, rien ne devait ôtre omis, et chaque œuf était porté en compte dans le revenu d'une basse-cour. Aucun marché, si petit quïl fût, ne pouvait être conclu sans la garantie d'un document écrit. La moindre faute, la moindre négligence, était immédiatement suivie de la bastonnade donnée au coupable séance tenante.

La figure 27 représente une peinture qui décore un des tombeaux des pyramides, et sur laquelle on voit un métayer ou intendant qui va porter à son maître les comptes relatifs aux bestiaux qui composent la ferme. Ces comptes s'inscrivaient sur une espèce de pancarte que l'intendant plaçait sur un long bâton qu'il portait à son maître comme un véritable drapeau. Les animaux viennent ensuite, et chaque groupe est suivi par le gardien spécial aux soins duquel il a été confié. Lin-

scriptioa qui accompagne celle peinture nous informe que le propriétaire avait en ce momeat en sa possession 834 bœufa, 220 vaches, 760 ânes, 3,235 chèvres et 93A béhers. Sur la peinture, le troupeau est suivi par un homme portant deux peiits agneaux qu'il a placés dans des paniers suspendus à une perche.

Pig. n. — La compta du ta«)liaiu. Faprti iioa piinluM égrplieDne.)

Ces grandes métairies présentaient en général un ordre parfait qui montre quel cas on faisait de la comptabilité. Mais à cdté de cette civilisation, les pasteurs nomades continuaient à côtoyer la société sédentaire, sans toutefois vouloir s'y mêler. On les rencontrait dans les lieux déserta et non cultivés, et ils étaient extrêmement méprisés des cultivateurs, notamment en Egypte, où ils vivaient sur les plateaux sablonneux qui avoisinent la vallée du Nil. Il y en avait aussi dans les [daines de l'Euphrale et du Tigre, et les armées qui traversaient la contrée s'approvisionnaient en route en faisant des raizias.

Les bouviers. — Columelle nous renseigne sur le procédé qu'on employait pour domestiquer les bœufs : a Je suis d'avis, dit-il, que Ton ne dompte pas les bouvillons avant Tâge de trois ans, ni passé celui de cinq, parce que, dans le premier de ces âges, ils sont encore trop délicats, et que, dans le dernier, ils résistent trop ; or, voici comment il faut s'y prendre pour dompter ceux qu*on aura pris à l'état sauvage : on commencera par leur préparer une étable spacieuse, où celui qui sera employé à les dompter puisse tourner avec aisance, et d*où il puisse sortir sans courir aucun danger. 11 y aura dans cette étable d amples mangeoires, au-dessus desquelles seront posées horizontalement, en forme de jougs, à la hauteur de sept pieds de terre, des solives auxquelles on puisse attacher les bouvillons. On choisira ensuite, pour essayer de les dompter, la matinée d'un jour serein qui ne soit pas fête, et on leur attachera aux cornes des cordes de chanvre. Quant aux courroies qu'on jette sur ces animaux quand on veut les prendre, elles devront être emmaillottées de peaux avec leur laine, afin qu'elles ne les blessent point au-dessus des cornes, partie de leur front la plus délicate. Lorsqu'on aura pris des bouvillons, on les conduira aussitôt à l'étable où on les attachera à des poteaux, de façon qu'ils aient une certaine liberté autour d*eux et qu'ils soient séparés les uns des autres à quelque distance, de peur qu'ils ne se blessent mutuellement par les efforts qu'ils feront pour se détacher. S'ils sont trop revôches, on les laissera jeter toute leur furie pendant vingt-quatre heures, et dès qu'elle sera un peu ralentie, on les fera sortir le matin, en ayant soin toutefois qu'il y ait une personne qui aille devant eux, plusieurs autres qui les retiennent par derrière avec des courroies, et une qui les suive pas à pas et qui réprime de temps en temps leurs efforts, en les frappant légèrement avec une massue de bois de saule. Lorsqu'on les aura ramenés à la maison, on les attellera à des poteaux de très-près et de façon qu'ils ne puissent pas remuer la tète. Quand ils seront attachés, il faudra les flatter, en s'approchant doucement d'eux, non pas par derrière ou par les côtés, mais en face, afin qu'ils s'accoutument à envisager celui qui les abordera. Après ces espèces de caresses, il ne faudra guère que trois jours pour les apprivoiser, et ils recevront le joug le quatrième. On attachera à ce joug une branche d'arbre que l'on tirera h soi en guise do timon, et môme on y joindra de temps en temps quelque poids pour éprouver leur patience dans le travail, en leur faisant faire de plus grands efforts. Après ces premiers essais il faut les attacher à une charrette vide, et la leur faire traîner d'abord peu do

38 L'AGnlCCLTORE.

temps, CDSuile dansuo plus loog espace de chemin, en la chargeant peu à peu de quelques poids. Quand ils seront ainsi domptés, il faudra les mettre aussitôt à la charrue, mais dans un champ déjà labouré, de peur qu'ils ne se rebutent dans ces commencements par la difficulté de l'ouvrage, ou qu'ils ne meurtrissent leurs cous encore tendres, en éprouvant trop de résistance de la part de la terre. ■

Les monuments de l'Egypte et de l'Asie montrent fréquemment des troupeaux; dans la figure 28, l'homme qui les conduit est armé d'une lance, parce que le troupeau vient d'éu-e enlevé à l'ennemi, et que c'est un butin qu'il faut pouvoir défendre. Dans les monuments grec»

et romains, les troupeaux n'apparaissent guère que comme accompagnement des sujets mythologiques.

Les bedgbks. — Les bergers chaldécns, qui inventèrent l'astronomie, étaient de grands observateurs qui passaient à étudier les phénomènes célestes les heures do loisir d'une profession toute contemplative. Connaissant le ciel et initiés aux secrets de la nature, ils devinrent magiciens et astrologues, et étaient irës-respeclés. En Grèce, les rois, quelquefois même les dieux, ne dédaignaient pas de conduire euxmêmes leurs troupeaux. Mais la considération qui, dans l'époque patriarcale, s'attachait aux bergers, disparut complètement quand la société devint plus policée, et au temps où des villes florissantes couvrent la Grèce et l'Italie, les bergers uc sont plus regardés que comme des valets de ferme.

« Le menu bétail, dit Pline le Naturaliste, est une ressource pré-

deuse, soit pour apaiser les dieux, soit pour nous défendre contre les outrages de l'air. Si te bœuf nourrit l'homme par son travail, lliomnie doit à la brebis les toisons dont il s'habille. On distingue deux espèces de brebis, la brebis k housse et la brebis de paca(;e. La première a la diair mollasse, elle est nourrie de ronces et de broussailles. La seconde, qui vit dans les pâturages, est plus délicate. Les meilleures couvertures pour les brebis viennent de l'Arabie. »

Les figures 29 et30 montrent quelles riches toisons avaient les béliers des contrées de l'Euphrate. Les brebis à housse dont parle Pline étaient d'une espèce particulière qu'on élevait aux environs de Tarente ; on leur mettait

une couverture pour garantir leur laine des injures de l'air, car, : leur chair était peu estimée, leur toison était d'un grand prix.

Columelle parle des soins qu'exigent tes brebis : a II faut faire, ditil, pour les brebis, des étahles basses et spacieuses; on les exposera au

Pig. 30. — Ptupin

iouDi. (ITipiti un bu-nlief uijritD.)

midi, parce que ce bétail, quoique le plus vêtu de tous les animaux, est cependant celui qui s'habitue le moins au froid, ainsi qu'aux grandes chaleurs de l'été. C'est pourquoi on doit avoir devant l'entrée de ces étahles une cour close par de hautes murailles, dans laquelle ces animaux pourront aller avec sûreté pendant les chaleurs de l'été. On fait aussi en sorte qu'il ne séjourne aucune humidité dans leurs étahles et qu'elles soient toujours couvertes de fougère très-sëche ou de chaume,

•• L'AGRICDLTDIIE.

afia que les brebis soient coucLées plus proprement et plus mollement lorsqu'elles aurool agnelé. »

Lbs caEVHiEBs.— Les chèvres se tondaient comme les brebis et on se servait de leurs poils pour Tabriquer certains tissus communs qui servaient au peuple. Les an- /"gV ,q <^™s avaient des troupeaux

jwi**A2î.-. de chèvres extrêmement nom-

breux et ils éuient confiés h des gardiens spéciaux, tes chevriers, qu'on distinguait des bergers parce que les chèvres allaient principalement dans les pays rocheux et couverts de broussailles. La figure 31 représente un chevrier d'après une miniature du Virgile du Vatican.

Lbs porchers. — Columelle décrit ainsi les soins qu'il faut donner aux porcs : « Il faut construire pour ces animaux des toits attenant les murailles, lesquelles auront quatre pieds de hauteur, de peur que la truie ne puisse en franchir la clôture. On ne doit pas faire de couverture à ces toils, afin que le gardien puisse faire la revue des pourceaux par en haut et retirer de dessous les mères ceux

qu'elles pourront avoir étouffés en se vautrant sur eux Celui qui

prendra soin des porcs balayera souvent leur cour, encore plus souvent leurs toils, car, quoique cet animal soit malpropre quand il est à paître, il veut cependant que sa retraite soit très-propre. »

Varron nous apprend que la charcuterie des Gaules était trèsrenommée pour l'excellence de ses produits, dont il se faisait une grande exportation.LesRomains étaient extrêmement friands de certaines parties de la truie. « L'art, dit Pline, l'art s^est appliqué à développer le foie des truies comme celui des oies ; c'est une invention de M. Apicius. Il les engraissait avec des figues sèches, puis les tuait subitement après les avoir abreuvées de vin miellé. Aucun animal ne fournit plus d'aliments à la gourmandise. Sa viande présente environ cinquante saveurs différentes, tandis que celle des autres n'en présente qu'une, de

}h tant de décrets des censeurs pour défendre dans les repas les veotres, les glandes, les testicules, les vulves, les têtes ; ce qui n'empéctie pas que Publius, auteur des mimes, après être sorti de servitude, ne dîna jamais, dit-on, sans un ventre de truie. »

En Egypte, le porc était considéré comme un animal impur, parce que Typhon, le mauvais principe, avait pris la forme du porc pour combattre Horus, « Les Égyptiens, dit Hérodote, regardent le porc comme un animal impur; en conséquence, si l'un d'eux, en passant près d'un porc, est touché par lui, on là fait descendre tout habillé dans le fleuve et on le baigne avec ses vêtements; d'autre part, les porchers des Égyptiens, seuls de tout le peuple, n'entrent dans aucun temple de la contrée. On ne leur donne point de filles en mariage, et nul n'épouse leurs filles ; ils ne peuvent se marier qu'entre eux. »

Ce mépris excessif dans lequel les porchers étaient tenus et le caractère impur qu'on attribuait à cet animal expliquent peut-être sa rareté sur les monuments, où ils ne se montrent presque jamais avant la xvm* dynastie. On voit cependant, dans les peintures de Thèbes, un^ porcher avec deux truies el leurs petits porcs.

Les chameliers. — Le chameau, qui occupe une place si impor-

ng. ai. — PimUle ujrrieiiDa aa v<i;ri<ee- (D'apièi un bu-rsher utjrrii

tante dans la vie des Orientaux modernes, n'apparaît jamais sur les monuments égyptiens de l'époque pharaonique. Le chameau était cependant connu des Égyptiens, mais ih ne l'utilisaient pas comme monture. On le voit, au contraire, fréquemment sur les monuments assyriens (Dg. 32). L'Asie est en effet le seul pays de l'antiquité oii on ait employé le chameau. « Les chameaux, dit Pline le Naturaliste, sont nourris en troupeaux dans l'Orieul. On en distinguo deux espèces : lo

13 L'AGRICOLTUBE.

chameau de la Bactriane et celui de l'Arabie. Leur dilTéreDce consiste eu ce que le premier parte deux bosses sur le dos, le second n'en a qu'une. Ainsi que les bœufs, les deux espèces manquent de dents iDcisives à la mâchoire supérieure, lis rendeat les mêmes services que nos bêles de somme; od les dresse même pour la guerre. »

Les palefreniers. — La Thessalie était pour les Grecs le pays des chevaux et des cavaliers. C'est dans ce pays que ta plupart des fables sur les centaures ont pris naissance.

L'Apulie fournissait les meilleurs chevaux de l'Italie; mais ces chevaux, aussi bien que ceux de la Thessalie, étaient surtout des chevaux de luxe. Ce sont au reste les seuls dont les auteurs anciens parlent fréquemment. Les haras de la Babylonie avaient une très- FiE- u. - ÉcDiis utiqu. grande réputation; c'esllà qu'on élevait

tes chevaux du roi de Perse et d'Assyrie. Varron parle de la manière dont il faut disposer une écurie : a Quand les cavales sont pleines, il faut les ménager au travail et ne pas les exposer *au froid, ce qui leur serait fatal pendant la gestation. Par ce motif, il faut préserver de toute humidité le sol de leurs écuries et tenir closes portes et feoétres. On adaptera anssi de longues barres aux mangeoires pour séparer les cavales et les empêcher de se battre entre elles. »

La figure 33 représente une écurie d'après une ruine encore existante en Sicile. Elle est construite en ma(;onnerie, mais elle n'est pas divisée en stalles, en sorte qu'il fallait mettre une barre pour séparer uu cheval de son voisin. En revanche, au lieu de la mangeoire commune qu'on voit souvent dans nos écuries, chaque animal avait sa mangeoire distincte.

Les chevaux avaient pour l'agriculture une importance beaucoup moindre qu'ils n'en ont acquis chez nous. Pour le labourage, on employait presque exclusivement les bœufs, et pour les voilures, on se servait de préférence de mules.

Le cheval ne parait pas sur les monuments agricoles de l'Egypte, où il est néanmoins d'une importation fort ancienne, n C'est de la Mésopotamie, dit M. Lenormant, que les Égyptiens rapportèrent pour la première fois le cheval, qui apparaît seulement alors dans leurs sculp-

tures et qui semble leur avoir été jusque-là inconnu. Le roi établit des haras dans les pâturages de la basse Egypte; l'animal qui venait d'être une de leurs plus précieuses conquêtes y prospéra, et, en peu de temps, la vallée du Nil devint un pays de grande production cheva- )îoe. Ii^D même temps que le cheval, les ^ptiens empruntèrent aux Asiatiques l'usage des chars de guerre qui, dés lors, tinrent une place mportante dans les armées des pharaons. »

Les aniers. — L'une apparaît sur les plus anciens monuments de l'art. 11 serait difficile d'affirmer qu'il a été domestiqué antérieurement au

(D'apièt une painton igypiiei

cheval.maisnousn'avonspasducheval des représentations aussi anciennes que de l'âne. On se rappelle avoir vu à l'exposition universelle de 1867 le moulue d'un bas-relief représentant un troupeau d'ùncs, et se rap-

Fig. 35. — Aoian. (O'apiè* un tux-Telti

portant, suivant M. Mariette, à la cinquième dynastie. La fréquence de l'âne sur les monuments de l'Egypte et de l'Asie démontre suffisamment l'emploi qui en était fait dans ces contrées, où il rend encore aujourd'hui les plus grands services (fig. 3fi et 35).

En Grèce, Tùne a pris dans l'agriculture une très grande importence, c^t les agronomes vantent particulièrement les ânes de TArcadie. Voici du reste ce qu'en dit Columelle :

« Ayant à parler du bétail, nous commencerons par Tànon d'Arcadie, cet animal vil et commun, auquel la plupart des auteurs d'économie rurale veulent qu'on ait principalement égard dans l'achat et l'entretien des bêtes de somme, et avec raison ; en effet, on peut se le procurer, môme dans les campagnes qui manquent de pâturages, parce qu'il se contente de peu de fourrage et qu'il n'est pas difficile sur le choix, puisqu'on le nourrit de feuilles et d'épines, ou de buissons, ou de bottes de sarment. D'ailleurs, il souffre très-bravement la négligence d un surveillant ignorant, ainsi que les coups et la disette. Aussi, peuton en tirer du service plus longtemps que de toute autre bête de somme, parce que, comme il supporte très-bien le travail et la faim, il est rare qu'il soit attaqué de quelque maladie. Cet animai, si facile à entretenir, rend néanmoins plus de ser-

Fig. 36. - A.ier iiaiieo. ^^^^^ ^"'" «'«^t grand, puisqu'il labouro

les terres avec des charrues légères, pour peu qu elles soient aisées au labour, comme celle de la Bétique et de toute la Libye, et qu'il tire des voitures, pourvu qu'elles ne soient pas très-pesantes. Mais le travail de cet animal le plus usité, presque partout, consiste à tourner la meule et à moudre le blé. C'est pourquoi il n'y a point de campagne qui puisse se passer dun ânon, cet animal étant très-nécessaire, tant pour porter à la ville que pour en rapporter commodément , sur son cou ou sur son dos, la plupart des choses qui servent à notre us?ige. »

Une lampe d'argile montre un ânier italien et son baudet (fig. 36).

Domestication des antilopes. — Les monuments égyptiens de toutes les époques représentent des chasses d'antilopes ou de gazelles, qu'on voit tantôt poursuivis par de grands lévriers, tantôt ramenés vivants par les valets. Mais, dans les bas-reliefs des plus anciennes dynasties, ces animaux sont représentés en domesticité, non pas comme les troupeaux de daims et de cerfs dans les parcs anglais, mais comme de véritables animaux de ferme, dont on exploitait soit la peau, soit la chair, et qui paraissent en compagnie du bœuf, du mouton et de la chèvre. On a vu que, dans les grandes fermes, il y avait des scribes

chaT^ de compter et d'enregistrer les troupeaux, et. dans les inscriptions d'une tombe découverte à Saqqarali par Marieltc-Bey, M. Lenormant a retrouvé l'état des biens d'un nommé Sabon. Ce personnage possédait neuf mille têtes de bétail, parmi lesquelles on compte trois mille six cent quatre-vingt-sept antilopes.

Pig. 87. — Ouallo CD

Dans plusieurs monuments, on voit des pâtres rapportaal de jeunes antilopes sur leurs épaules, comme on en voit d'autres qui tiennent de la même manière des chevreaux ou de pcliis veaux (Kg. 37). On en voit aussi qui donnent aux antilopes une espèce de pâtée à l'aide de laquelle on les engraisbait. Mais la domestication des antilopes parait avoir cessé après l'expulsion des pasteurs, ou, du moins, les monuments postérieurs à celte époque ne présentent i^lus rien de semblable.

L'abt vëtértnaire. — Nous voyons, par les monuments, que l'art vétérinaire availune asseï grande importance parmi les Égj'ptifns, et ceux qui le pratiquaient avec habileté, bien qu'appartenant à la classe des pasteurs, étaient les plus estimés. Nuus voyous, par les peintures, le soin qu'on ap> portait à l'éducation des animaux (fig. 38); '(p,,;;»,, T^pil^Vr^rb^T souvent oii voit le berger qui leur présente

leur nourriture qu'ils viennent manger dans la main. Ce sont en général des herbes ou des médicaments qu'il fait ainsi avaler aux bûtes, et qu'il est quelquefois obligé de leur introduire dans la bouc)ie.

Ce ne sont pas seulement Icâ bœuf^ et les moutons qui sont traités de la sorte, et les mêmes soins sont donnés à des animaux du désert, que

les Égyptiens étaient fort habiles à apprivoiser et qu'ils prenaient plaisir à élever dans les fermes. Attentifs à épier les habitudes et à satisfaire les goûts de ces bêtes, ils arrivaient à domestiquer môme les animaux les plus rebelles, qui finissaient par se laisser tenir en laisse comme

des moutons ou des chèvres. On élevait ainsi des oies sauvages et une foule d^oiseaux qui prenaient place dans les basses-cours, à côté des volailles.

Une peinture de Béni-

Hassan nous montre en

détail les soins qui étaient

donnés aux animaux. C'est

d'abord une oie que l'éleveur est en train d'embecquer (fig. 39); puis

on voit les antilopes et les chèvres. Une chèvre a la patte de devant

attachée pour lempêcher de se lever pendant qu'on lui administre le

Fig. 30. — Soins donnés aux animaux.

(Peinture de Beni-Hassan.)

Fig. 40. — Les animaux malades. (Peinture de Beni-Hassan.)

médicament. Plus loin, ce sont des vaches auxquelles on fait avaler une drogue contenue dans un vase placé devant elles (fig. 40).

LA CULTURE Les CHARnuES. — Lb labourage. — Les semailles. — La moisson.

Lb battage et le vannage. — L*EMMAGASINAGB.

— Les cébéales. — Le paptrcs — Le lin.

Les charrues. — En Egypte, les charrues se faisaient généralement en bois dur, sans armature de métal, car le bois suffisait pour cultiver

le léger limon du Nil, et il était inutile de creuser bien profondément dans le sol- Nous avons au musée égyptien du Louvre (salle civile, armoire E) deshoyaux en bois d'èbéne jaune. Le musée possède aussi plusieurs peintures représentant des scènes agricoles où on voit ie? charrues; mais les tombeaux égyptiens renferment des décorations sur des sujets analogues, et, comme elles sont beaucoup plus anciennes, c'est là qu'il faut étudier les formes primitives de la charrue.

Deux groupes d'hommes tiennent à la main une houe avec laquelle ils travaillent la terre. Cette houe est composée de deux pierres inégalement assemblées par leurs extrémités, de manière à former un angleaigu. La pluscourte des deux pièces tient lieu de manche; l'autre, légèrement

Pig. 41. — Churus tj^ptimoa.

recourbée en dedans et aiguisée par le bout, forme le bec de l'instrument et sert à déchirer la terre. Une traverse assujettit l'un à l'autre les deux membres de l'instrument. Des machines de ce genre apparaissent fréquemment sur les monuments, mais nous y voyons aussi les perfectionnements qu'elles ont subies. Ainsi, le bec de la houe formant le soc, on a allongé le manche en timon pour faciliter l'attelage et donner les moyens de maîtriser la direction. Il a fallu alors, près du sommet de l'angle, ajuster une pièce de bois sur laquelle un homme pèse avec sa main pour enfoncer le soc dans la terre, La pression est le seul effet que cet homme puisse produire, car il n'a encore aucun moyen d'in- Huer sur la direction de la machine, dont le soin parait appartenir aux hommes placés près du timon. Mais, quand au lieu d'alieler des hommes, on a employé des bœufs, il a fallu ajouter encore un perfectionnemenL On imagina alors de placer à la partie antérieure do la pièce de bois sur laquelle s'exerçait la pression un trou annulaire, ou piuiôt une anse; te laboureur, en tenant fortement cette anse, pouvait

(g L'AGRICDLTUBB.

eofoncer le soc et être en môme temps assez maître de sa machine pour empêcher les mouvements irréguliers produits par les in^lités du terrain. Divers monuments montrent cette espèce de charrue mais OD peut TOir. à la figure (il un autre système dont la construction a encore subi un nouveau perfectionûement Ici on a placé i la partie postérieure de l'instrument deux cornes écartées 1 une de 1 autre et faisant, par un assemblage solide un même corps avec le soc Nous avons donc ici une véritable charrue qui toutefois est dépourvue de

L« itraïqua. (D'aprti

bionta trouTt t Aieuo )

roues, car on n'en rencontre pas dans les instruments aratoires des Égyptiens.

La figure ii2 représente une charrue étrusque, et on peut se convaincre en la voyant que les Italiens de l'époque primitive n'étaient pas encore bien avancés en agriculture. Il en était de même pour les Grecs de l'âge héroïque. Hésiode, dans les Travcatx et les Jours, conseille au laboureur de construire deux charrues : « Construis dans ta demeure deux charrues, l'une d'une seule pièce, l'autre de bois d'assemblage ; rien n'est plus utile, puisque, si (u brises l'une, tu pourras atteler tes bœufs à l'autre ; c'est le laurier ou l'orme qui forment les timons les plus forts ; que le dental soit de chêne, et le manche d'yeuse ii (fig. I|3).

Le vieux poëte donne ensuite quelques conseils sur la manière de se servir de la charrue; « Dès que le tempi du labourage est venu pour

les mortels, hâte-toi, pars le matin avec tes esclaves, travaille dans la saison le sol humide et sec pour rendre le champ fertile, défriche la terre dans le printemps, laboure-la encore' pendant Télé; elle no trompera point ton espérance... Lorsque, commençant le labour et prenant dans ta main l'extrémité du manche, tu frappes de l'aiguillon le dos de tes bœufs qui traînent le timon à l'aide des courroies, qu'un jeune serviteur te suive armé d'un hoyau et donne du mal aux oiseaux en recouvrant la semence. »

Dans les Gèorgiques, Virgile nous décrit la charrue romaine, qui est d'une construction beaucoup plus perfectionnée que celles que nous avons vues tout à l'heure : « Dans la forêt qui l'a vu naître, on courbe

Pig. 43. Fig. 44. Fig. 45.

Charrues antiques.

avec de grands efforts un jeune ormeau, pour le disposer à prendre la forme d'une charrue ; on y adapte un. timon qui s'étend de huit pieds en avant, et entre deux oreillons on fixe un double soc. 11 faut aussi couper d'avance le tilleul et le hêtre léger destinés à former, l'un le joug, l'autre le manche qui doit, par derrière, tourner à volonté la charrue ; on laisse la fumée du foyer, où ces bois sont suspendus, les éprouver et les durcir. »

Un bas-relief, découvert dans la presqu'île de Magnésie, montre une charrue où Ton voit toutes lès parties essentielles décrites par les au* teurs: la tige recourbée en queue dont l'extrémité formait le timon, la pièce de bois où s'enclavait le soc, les oreilles et le manche avec lequel le laboureur dirigeait la charrue (fig. kk)* Une autre charrue antique, pourvue de roues, est représentée sur la figure US. Ce genre de charrue paraît avoir été usité surtout en Gaule.

Le labourage. — Une peinture du Louvre nous montre une charrue égyptienne tirée par quatre esclaves, tandis que d'autres fouillent la terre avec le hoyau. Des scènes identiques se retrouvent dans d'autres endroits. Cependant on voit beaucoup plus souvent et dans les m. 7

rf « « « • i« «

époques les plus reculées des attelages de bœufs, jamais de chevaux. Le joug égyptien se place habituellement sur l'os frontal des deux bœufs et est fixé aux cornes au moyen de courroies. Cependant on voit quelquefois des bœufs qui sont attelés au moyen d*un collier et non pas d'un joug. Plusieurs scènes de labourage sont représentées dans les peintures des tombeaux égyptiens ; les hypogées de Beni-Hassan en ont une très-complète qu'on a vue plus haut (flg. k^). La charrue est traînée par deux bœufs attelés au joug : le conducteur se tient près d'eux avec un fouet à manche court. Derrière lui un ouvrier maintient la charrue dont il tient les deux manches.

La figure ^6 représente un joug étrusque dont nous avons montré plus haut l'attelage (fig. 42). Les agronomes romains se préoccupent

beaucoup de la manière dont les bœufs devront travailler.

«D'abord, dit Golumelle, les bœufs seront accouplés au

Fig. 4Ô. - Joug étrusque. î^ug, étroitement serrés, afin

qu'ils marchent dun pas grave et imposant, le corps droit, la tête levée, que leur cou soit moins fatigué et que le joug se trouve bien posé sur leurs épaules. Ce mode d'attelage est généralement adopté. Quant à celui qui est usité dans quelques provinces, et qui consiste à attacher les bœufs au joug par les cornes, il est avec raison condamné par tous ceux qui ont écrit sur l'agriculture. » On voit que les anciens Romains avaient sur la manière d'atteler les bœufs des idées toutes différentes de celles qui ont cours en France aujourd'hui.

Plus loin, Columelle reprend en ces termes : « Le laboureur gouvernera ses bœufs par la voix plutôt que par les coups, qui ne doivent être que sa dernière ressource. 11 ne se servira jamais d'un aiguillon, ce qui rendrait l'animal rétif et le ferait ruer. 11 n'arrêtera jamais ses bœufs au milieu d'une ligne ; ce n'est qu'au bout du sillon qu'il les laissera se reposer, afin qu'ils aient plus d'ardeur au travail et qu'ils parcourent plus vite la longueur du sillon. »

Les semailles. — En Egypte, les monuments montrent les semeurs tenant de la main gauche une poche à bretelles dans laquelle ils puisent des poignées de graines pour les lancer à la volée. Le mouvement du semeur n'est pas tout à fait le même que dans nos pays et devait fatiguer davantage l'ouvrier; car il lève le bras en l'air, de façon que

• • •• * * • • te V • •

La culture.

la main se trouve un peu plus haut que la tête. Le peintre montre la semence s'échappant de là pour aller tomber à l'endroit voulu en jets ni^ttement dessinés et avec une régularité mathématique. Le semeur suit généralement la charrue, mais souvent aussi on le voit placé à côté des bœurs.

Hérodote rapporte qu'aussitôt que la terre est ensemencée on y lâche des animaux qui piétinent le sol de manière que la semence étant ainsi retournée et enterrée, il n'y ait plus ensuite qu'à attendre la moisson- Ce curieux usage est pleinement confirmé par les monuments. En elTct, daos les peintures qui décorent les tombeaux de Giseh, on voit des chèvres occupées à ce travail. Elles foulent aux pieds le grain déposé dans la terre récemment enrichie par le limon du Nil, et des hommes, tenant

«D main des sacs de grains destinés à l'ensemencement, les excitent à piétiner en les menaçant de leurs bâtons (Gg. I|7.)

Les peintures des hypogées de Benî-Hassan montrent la même cou* tiime, mais d'une manière encore plus explicite : des hommes armés de fouets frappent, en les poussant dans des directions opposées, des troupeaux de béliers et de moutons qu'ils veulent mettre en mouvement pour les forcer de piétiner la terre, et les terrains où ils doivent agir est circonscrit par des gardiens chargés de les y maintenir.

Pour ce qui concerne les Grecs et les Romains, nous avons peu de choses à ajouter. Les écrivains abondent en renseignements, mais les monuments sont assez rares. Rappelons seulement le précepte d'Hésiode, reproduit par Virgile : « Sois toujours nu quand tu sèmes, nu quand tu laboures, nu quand tu moissonnes », c'est-à-dire exécute ces travaux en automne et en été, quand on peut se vêtir très-légèrement.

Ljl moisson. — Vairon nous fournit des renseignements très-précis sur l^ tr^Tail de la moisson dans Tantiquité : « On moissonne les grains 4e cn>b manières. La première, usitée dans l'Ombrie, consiste à couper le tuyau à ras de terre et à lier sur place au fur et à mesure. Quand iKi 4 formé un certain nombre de javelles, on les reprend une à une [^Hxr séparer l epi de sa tige. On réunit tous les épis, dans un panier «(u^ Ton porte à Taire. La paille qu'on a laissée se met ensuite en tas. h>ur la seconde manière, en usage dans le Picenum, on se sert d'un iostrumont de bois recourbé à Textrémité duquel est adaptée une petite îscie de fer. Cet instrument réunit en faisceaux les épis qu'il hache sur

Fig. 48.

Fig. 49.

Faux et faucilles antiques.

Fig. &0.

plod, laissant la paille debout, pour être sciée plus tard. La troisième manière, qui se pratique aux environs de Rome et dans beaucoup d'autres contrées, est celle-ci : on coupe la paille par le milieu en tenant la tige par le bout de la main gauche. On coupe ensuite le chaume ou la partie qui se trouvait au-dessous de la main, et qui tient encore à la terre par sa racine. Quant à la paille adhérente à Tépi, on la met dans des paniers et on la porte à Taire. »

Les outils aratoires employés pour couper l'herbe ne diffèrent pas essentiellement de ceux dont nous nous servons aujourd'hui. La figure /iH montre une faux à long manche, telle qu'elle figure sur plusieurs nu)numcnts. et la figure 49 est une faucille destinée à moissonner le blé, et trouvée à Pompéi. On se servait aussi quelquefois, mais beaucoup plus rarement, de la faucille, représentée sur la figure 50.

La faucille dentelée se voit (fig. 51) sur quelques monuments égyptiens. En général, on employait en Egypte la faucille à manche court,

LA CULTOHE. 53

et 00 s'en servait suivant une des méthodes que Vairon signale comme étant encore usitée de son temps. Sur les monuments, on voit les moissonneurs, munis de celte faucille, saisir des poignées de blé qu'ils coupent directement au-dessous de l'épi et sans avoir besoin de se baisser, car le blé est aussi haut qu'un homme. Des hommes ou des femmes, placés derrière, recueillaient les épis ainsi coupés et les mettaient dans des sacs ou dans des paniers. Ce sont le plus ordinairement des femmes ou des enfants qui sont chargés de cette besogne.

Un usage fort curieux à noter est celui des rafraîchissements placés de distance en distance pour le besoin des moissonneurs. On voit, en effet, sur plusieurs peintures des petits échafaudages ayant à peu près la forme d'un trépied et supportant des jarres conte- uainooDeiii égïpiiuu naat de l'eau du Nil pour désaltérer les travailleurs. La glace n'existait pas en Egypte, mais on y connaissait dès une haute antiquité l'usage des vases de terre destinés à rafraîchir l'eau. On voit sur une peinture un homme qui lient un éventail

pour aider à ce rafraîchissement (fig. 52). Sur une autre, on voit un moissonneur qui boit dans une coupe, et un glaneur placé près de lui semble retenir la coupe pour s'en servir dès que l'autre aura fmï. Dans un autre endroit, un moissonneur boit dans une outre suspendue après un arbre.

54 L'AGRICULTUHE.

Sur une peinture de Thèbes, on voit les moissonneurs qui mettent le blé en gerbes ; ceux-ci n'ont pas de sacs comme les précédents. Ils apportent les poignées de blé, toujours coupées assez court au-dessous de l'épi, et les arrangent ensuite en grosses gerbes qu'ils disposent avec une très-grande symétrie les unes au-dessus des autres.

Dans un autre endroit, on voit un homme agiter une palme en signe de triomphe, comme s'il se réjouissait de Theureuse récolte. 11 est précédé par deux autres hommes qui portent un panier large et profond, rempli d'épis et suspendu à une perche dont leurs épaules soutiennent les extrémités. Ils plient sous le poids et s'avancent vers le lieu où on doit battre les épis. Deux autres hommes en reviennent après s'être déchargés de leur fardeau ; l'un rapporte le panier vide, l'autre la perche.

Les scènes de moisson sont souvent accompagnées de glaneurs ; mais un trait bien caractéristique des mœurs de l'ancienne Egypte, c'est la présence du scribe qui inscrit les mesures de blé. L'Egypte est le pays des écritures bien tenues ; partout, ^t dans toutes les occasions, on voit le scribe à l'ouvrage. Quelquefois il y en a deux, un qui écrit les mesures pour le compte du propriétaire, et un autre qui travaille pour le compte de l'État et la perception régulière des impôts.

Le blé de l'Egypte était fort renommé; nos collections en renferment des échantillons trouvés dans les tombeaux, et on a débité sur ce sujet diverses fables. « Le blé antique, dit M. Pierrot {Dictionnaire d'archèoUhgie égyptienne) offrait les mêmes variétés que celui qui se récolte actuellement en Egypte. Tout ce qui a été dit sur la germination des grains recueillis dans les hypogées est absolument faux ; tous les essais tentés dans les conditions voulues de sincérité scientifique ont avorté. Ce blé, semé dans la terre humide, s'amollit, s'enfle, se décompose et, au bout de neuf jours, est entièrement détruit. »

Le battage et le vannage. — C'est encore à Varron que nous aurons recours pour savoir comment on battait le blé : « C'est dans Taire qu'on sépare le grain de l'épi, ce qui s'opère au moyen d'un traln^'au qu'on fait tirer par des bêtes de somme. Le traîneau est formé d'une planche garnie en dessous de fer ou de pierres pointues, laqpielle supporte le conducteur ou quelque poids équivalent. Cette machine, qui se promène sur les épis, en détache le grain qu'ils contiennent. Le traîneau consiste quelquefois en une réunion de soliveaux et de roulettes. C'est alors ce qu'on appelle le chariot à la carthaginoise. Cette

LA CDLTURB.

furme comporte de même un conducteur assis et un attelage de bâtes de somme. Elle est usitée dans l'Espagne citérieure, et autres lieux. Quelques-uns se conleatent de faire fouler les épis par leurs bâtes qu'ils poussent à coups de gaule, et dont le trépignement produit le méms

Fit. 53. — 1^ balL(«a du bU on Bg^pU. (PBlntuia il« TbtbH.)

office. Quand le blé est battu, on le vanne, en ayant soin de choisir pour cette opération un moment où le vent n'ait qu'assez de force pour emporter les parties légères, en sorte que le .froment reste par l'effet de son poids et arrive à la corbeille épuré. »

Pour faire jaillir le grain de l'épi, les Égyptiens le faisaient fouler aux pieds par des bœufs. Les peintures nous montrent ce mode de battage, qui existait encore au temps des Romains, puisque Varron le signale. Sur un monument de Thébes, on voit un homme armé du fouet (fig. 53) qui tient les bœufs en haleine, tandis qu'un enfant ramasse avec un balai les épis dispersés par le pied des bœufs. Le propriétaire, reconnaissable à la grande canne qu'il a b la main, assiste au battage de ses blés. Des ânes ont amené les épis dans des paniers que l'on vide, et un homme, muni d'une fourche, les étale par terre avant qu'ils soient piétines par les bœufs, II parait qu'on employait également les pourceaux pour le battage des grains, mais les monuments nous mootrmt seulement des bœufs alfectés à cet usage.

Le vannage vient ensuite. On laisse tomber le grain au travers d'un courant d'air qui emporte au loin la balle et la poussière, pendant que le grain plus pesant retombe à terre, débarrassé des impuretés qui le souillaient. Les vanneurs exécutent celte manœuvre au moyen d'une calebasse évidée (Dg. 5h), qui a ét« divisée, suivant sa plus grande di-

Pig. 54, — Lea Tunenn étjpiieat.

mension, en deux parties égales ; chaque main en tient une moitié qu'elle saisit avec aisance, au moyen de l'étranglement qui se trouve naturellement à cette sorte de courge. Un ouvrier s'est baissé pour prendre du blé au tas; il a écarté les deux parties de la calebasse. Lorsqu'elles seront remplies, il les serrera l'une contre l'autre et se redressera pour laisser tomber le blé, comme font ses deux compagnons; la charge de rassembler les grains éparpillés par l'opération est donnée à un quatrième ouvrier, qui s'en acquitte au moyen de deux rameaux de palmier.

L'emmâgâsinâge. — Quand la moisson est faite, il faut emmagasiner le blé qu'on a récolté. Écoutons à ce sujet le précepte de Varron : « Pour le blé, dit-il, il faut le serrer dans de hauts greniers, où les vents soufflent du nord et de Test, et où l'humidité ne peut pénétrer d'aucun côté. Que les murailles et le sol soient revêtus d'un mastic composé de marbre pilé, ou du moins de glaise mêlée à de la paille de froment et du marc d'huile. Cet enduit préserve les greniers des rats ou des vers, et contribue en même temps à donner au grain de la consistance et de la fermeté. Certains cultivateurs ont des greniers souterrains ou caveaux, comme on en voit en Cappadoce ou en Thrace ; ailleurs on se sert de puits ou silos, comme dans l'Espagne citérieure et aux environs d'Osca et de Carthage. Le sol au fond de ces puits est couvert de paille; aucune humidité n'y pénètre, car on ne les ouvre jamais; ni même un souffle d*air, si ce n'est lorsqu'il y a nécessité de recourir à la réserve. L'air en étant exclu, il n'est pas à craindre que le charançon s'y mette. Le blé, dans les puits, se conserve cinquante ans, et le millet pourrait môme s'y garder plus d'un siècle. »

L'histoire de Joseph nous montre l'importance que les greniers d'abondance ont eu en Egypte dès la plus haute antiquité. En mettant de côté les exagérations qu'on trouve toujours dans les récits primitifs, il résulte de cette histoire que le pharaon avait à sa disposition des magasins immenses, où l'on resserrait le blé. Il était d'ailleurs indispensable d'avoir toujours de grands approvisionnements pour l'entretien <le l'armée, qui n'était pas payée en numéraire, mais en nature. Aussi l'emmagasinage du blé était, en Egypte, une affaire très-importante.

Les peintures qui retracent les scènes relatives à la moisson ne manquent pas de représenter ce qui concerne l'emmagasinage. Quand le grain est vanné, on commence par le réunir en tas, puis on le met dans des sacs pour le porter à la maison, où il y a déjà beaucoup de blé. On y aperçoit deux hommes, Tun vide un sac, l'autre, après avoir

LA CULTDRB. SI

vidé le sien, se dispose à sortir pour aller prendre une nouvelle charge. A calé des grains qu'on vient de rentrer, deux scribes montés sur des échelles tiennent un stylet avec lequel ils enregistrent les mesures de blé emmagasinées (Gg. 55). Plus loin des hommes aident k remplir des sacs, et l'un d'eux se retourne vers le scribe, comme pour lut

Kg. K- — Oniuiet à gimin. <Pr«gii)aDI de iieu

adresser la parule. Ces peintures prouvent le soin que les Égyptiens mettaient dans leurs comptes pour tous les travaux domestiques.

Les céréales. — Pline nous apprend que l'orge a été très-anciennement employée pour la nourriture de l'homme : a Ceux qui veuleotla conserver longtemps, dit-il, renferment dans des vases de terre neufs la farine et le son tout ensemble. En Italie, on réduit en farine trèsfine l'orge qu'on fait rûtir sans la mouiller. Les hommes ont renoncé au pain d'orge en usage chez les anciens. Il n'y a plus guère que les bestiaux que l'on nourrisse de ce grain. »

Le froment était cultivé à peu près partout au temps d'Auguste. D'après Pline, la Bélique, la Sicile, et surtout l'Égyplc, rendaient jusqu'à cent pour un. Le millet de la Campante étaitparticulièremenlrenommé.

fl Commence la moisson, dit HOsiode, quand les Pléiades, filles d'Atlas, se lèvent dans les cieux, et le labourage quand elles disparaissent; elles demeurent cachées quarante jours et quarante nuits, et se montrent de nouveau lorsque l'année est révolue, à l'époque où s'aiguise le tranchant de fer. Telle est la loi générale des campagnes pour les colons qui habitent le bord de la mer ou qui, loin de cette mer orageuse, cultivent un sol fertile dans les gorges des profondes vallées, n

58 L*AGRICULTt}RE.

Varron dit qu'en Italie les cultivateurs font la moisson pendant la quatrième période du solstice d'été à la canicule, parce qu'ils prétendent que le blé, pour obtenir la consistance de la maturité, doit rester quinze jours dans sa balle, quinze jours en fleurs et quinze jours en graines.

En Egypte, le travail de la culture commençait dès que le Nil était rentré dans son lit. u Les Égyptiens, dit Hérodote, particulièrement audessous de Memphis, sont les hommes qui recueillent avec le moins de travail les fruits les plus abondants ; ils n'ont point à creuser inutilement les sillons avec la charrue ; ils n^ont ni la fatigue de retourner la terre, ni celle de la bêcher. Ils ne sont assujettis à aucun des travaux auxquels les hommes sont condamnés pour récolter; le fleuve se répandant de lui-même dans les champs et se retirant après les avoir arrosés. » Ce récit d'Hérodole ne doit pas être pris absolument à la lettre, car, si l'extrême fécondité du sol et les avantages immenses dus à l'inondation du Nil récompensaient le travailleur de ses peines, elles ne l'en dispensaient que dans une certaine mesure. Les outils de labourage recueillis dans nos collections, et les peintures qui nous montrent la manière dont on s'en servait, témoignent d'un travail sinon très-pénible, au moins assez actif.

La plaine de Babylone est une terre conquise par la civilisation, et arrachée en quelque sorte aux débordements du fleuve. Le Tigre est naturellement encaissé dans son lit, mais il a fallu une barrière artiûcielle pour enfermer l'Euphrate dans le sien. L'attribution à Sémiramis de ces immenses travaux est légendaire, comme ceux qu'on attribuait en France à la reine Brunehaut, mais elle prouve leur haute antiquité. Des canaux furent creusés sur un sol aride, des machines in ventées pour répandre Teau dans les champs, et ce travail immense porta de tels fruits, qu'au temps d'Hérodote le blé des bords de l'Euphrate rapportait deux cents pour un et que toute la contrée était couverte d'arbres fruitiers. La vigne et l'olivier étaient néanmoins étrangers au pays; on y buvait du vin de palmier et on y brûlait de l'huile de sésame. Après la conquête persane, une mauvaise administration laissa s'obstruer les canaux, et le pays était déjà bien déchu au temps d'Alexandre le Grand. Aujourd'hui toute cette contrée ne contient que des steppes brûlées ou des marais fétides.

Les prairies. — La physionomie des terrains cultivés en prairies devait être peu différente de ce qu'elle est aujourd'hui dans les mêmes

contrées, n II ronvient, dit Galon, de planter des saules dans les terres aquatiques, humides, ombragées, et près des rivières. Examinez si vous en avez besoin chez vous ou si vous les destinés à la vente. Si vous avez de l'eau, attachez-vous surtout aux prairies arrosées. Si vous n'avez pas d'eau, faites encore des prairies sèches autant que vous pourrez ; c'est le meilleur asa^e que vous puissiez faire de votre domaine. »

Les anciens connaissaient l'art des irrigations. Une miniature du Vii^le du Vatican montre un petit canal artificiel portant l'eau d'un endroit à un autre et servant, dans le cas particulier, d'abreuvoir à deux chèvres (flg. 56).

La fenaison ne différait en rien de ce qu'elle est aujourd'hui, a Dans les prairies basses, l'herbe doit être fauchée au moment où elle com-

mence à se sécher. On la retourne avec la fourche jusqu'à complète dessiccation. 11 faut alors la botleler avant de la transporter à la ferme, puis on passe le râteau sur le pré pour ramasser l'herbe qui sera restée à terre, que l'on ajoute aux meules de foin. » (Varron.)

Lb pafthus. — « Le cyperus papyrus, dit M. Paul Pierret {Diction' notre ifarekéologie égyptienne) croissait et était cultivé dans le bas Delta, particulièrement dans le nome Sébennytc ; aussi servail-il, dans les hiéroglyphes, à désigner l'Ég^'pie du nord. Roscllini a trouvé dans un tombeau, a Kouni-el-Alimar, la représentation de la récolte du papyrus ; deux hommes portent les tiges de cette plante, l'un dans ses bras, l'autre sur ses épaules, au bout d'un bâton ; les liges, d'une longueur considérable, sont renversées la léte en bas-, elles ont été coupées et non déracinées; le vêtement des porteurs est retroussé, pour indiquer sans

60 L'AGRICULTOBE

doute (]u'ils vienneat de sortir de l'eau. Le cyperus papyrus, originaire d'É^pte, y est fort rare aujourd'hui; on ne le rencontre plus guère qu'autour du lac Menzaleh, auprès de Damiette, en Abyssinie, et dans quelques localités marécageuses de la Syrie. Encore ne pouvons-nous affirmer que ce papyrus soit bien celui avec lequel les Égyptiens fabriquaient leur papier. Les anciens employaient, en effet, à différents usages plusieurs autres cypéracécs que les auteurs ont souvent confondues avec le eyperus papyrus. Le papyrus était beaucoup trop cher pour qu'on pût le faire servir à la confection d'objets vulgaires, et Strabon nous apprend qu'il eiistail deux variétés de papyrus, dont l'une, de qualité inférieure, était distincte du bybbu hierattcus, destiné à la fabrication du papier. Les usages auxquels on employait ces variétés de papyrus étaient fort nombreux. Les racines servaient de combustible et on en faisait divers ustensiles de ménage. La partie inférieure de la plante fournissait une substance alimentaire aromatique et sucrée, et les Égyptiens la mâchaient, crue ou bouillie, aQn d'en absorber seulement le jus. Avec les pellicules qui formaient l'écorce de cette plante, on faisait des voiles, des nattes, des sandales, des vêtements, des couvertures, des cordes, etc. ; avec la moelle, des mèches pour les flambeaux. »

Le lin. — Le lin était en Egypte l'objetd'une culture extrêmement importante ; les peintures des tombeaux en retracent tous les détails

avec une grande précision. Nous voyons (fig. 57} la manière d'emporter les gerbes. C'est sur le dos que la gerbe est posée ; la graine est en bas, du côté de la terre, et il semble que la racine a été coupée.

La manière dont on détache la graine sans abtmer la tige mérite de fixer l'attention. Dans la figure 58, un travailleur porte du lin à un autre qui est assis à l'ombre d'un arbre et a pour mission de l'égrener.

LÉGUMES ET FBDIT8. «I

Il se aert pour cela d'un instrument dont les dents sont assez espacées pour recevoir dans leurs inter^'alles la tige do lin, mais trop serréespour donner passage à la graine. Le talon du peigne porte sur le sol ; le câté des dents est relevé par un support ; l'ouvrier consolide le tout et le

(jiuDB lepua* da h

maintient en place avec son pied. Il prend une poignée de lin, et, tenant le sommet de la plante où est la graine tourné vers le bas, il engage le lin entre les dents du peigne et le retire à lui, La graine ne pouvant passer dans les intervalles des dents se sépare de la tige sans que celle-ci soit endommagée.

LÉGUMES ET FRUITS

Lu LiaOHSl. — Lus ODTFLS DD JAUDIUAGE. — hk

Les Licnues. — a Les vei^ers et les potagers, dit Columelle, devront être entourés de haies et se trouver à peu de dislance de la métairie, et placés de telle sorte qu'ils puissent recevoir l'écoulement des

égouts de la cour, des bains, ainsi que la lie de l'huile qui s'échappe du pressoir, car ces substances sont également proQtables aux arbres et aux légumes. »

La basse Egypte était spécialement propre à la culture des oignons, qui se plaisent particulièrement dans un sol d'aliuvion. Le& oignons d'Egypte étaient d'ailleurs très-différents de ceux de nos pays, qui excitent le larmoiement et ont une saveur héritante ; ils sont au contraire d'une douceur remarquable. Ces oignons, beaucoup plus gros que les nôtres, formaient une partie de la nourriture du peuple, et on

se rappelle combien les Hébreux regrettaient dans le désert les oignons d'Egypte. Juvénal se moque des Égyptiens qui, dit-il, cultivaient leurs dieux, Foignon et le poireau, dans leurs jardins. Les melons d'eau, les pastèques, étaient aussi très-cultivés.

La figure 59 représente des jardiniers égyptiens qui transportent des plantes d'un point à un autre. D'après le costume qu'ils portent, ces personnages doivent être des hommes de journée travaillant pour le compte de quelque propriétaire aisé.

Au reste, la profession de jardinier devait être très-répandue dans l'antiquité, car toutes les grandes villes, et notamment Rome, étaient entourées de jardins où la culture des légumes se faisait sur une trèsgrande échelle. Les lettrés avaient tous la prétention de s'y connaître dans cette partie de l'agriculture. C'est ainsi qu'Horace nous dit sentencieusement :« Sachez aussi que le chou culiivé avec trop de soin et trop souvent arrosé ne vaut pas un chou rustique, haletant dans un terrain sec. »

Les Romains faisaient une grande consommation de champignons : nous voyons même, par une épigramme de Martial, que quelquefois leur goût pour ce mets était poussé jusqu'à la gloutonnerie. « Dis-moi, quelle est cette fureur? En présence des nombreux convives que tu as invités, Cécilianus, tu dévores à toi seul tous les champignons. Que puis-je te souhaiter qui soit digne d'un ventre si glouton et d'une telle

Fig. 59. — Jardiniers égyptiens.

LÉGUMES ET FRUITS

voracité? que tu avales un champignon comme celui qu'avala Claude. »

Les outils du jardinage. — Dans une petite pièce de l'Anthologie, un jardinier énumère, dans une offrande à Priape, les instruments qu'il emploie : a Le hoyau qui retourne les plates-bandes arrosées, la serpette dont le fer recourbé abat les tiges exubérantes, le manteau troué, protecteur de la pluie, des chaussures inusables en cuir de bœuf, le plantoir qui s'enfonce droit dans le sol pour qu'il reçoive de jeunes choux, Farrosoir qui, dans les chaleurs de Tété, rafraîchit incessamment le poireau altéré; tout cela^Potamon te le consacre, ô Priape protecteur des jardins, en reconnaissance de la richesse qu'il doit au jardinage. »

Quelques instruments de jardinage fort anciens ont été retrouvés, mais ils sont en somme peu nombreux. On a découvert dans des fouilles, aux environs de Bologne, en 1871, un certain nombre d'ustensiles de fabrication étrusque. On y voyait entre autres une serpe d'une forme assez grossière, que reproduit notre figure 60.

Fig. 60.

Sorpc étrusque.

IJ

Fig. 62. Fig. 63.

Instruments do l'agriculturo.

Fig. GL

En général, c'est principalement sur les monuments figurés qu'on voit la forme des instruments aratoires. La bêche que reproduit la figure 61 est tirée d'un tombeau ; elle est munie d'une barre trans-

versale sur laquelle le laboureur posait son pied. Voici ensuite (ûg. 62) un outil qui servait aux vignerons pour débarrasser la vigne du bois mort, ou pour dégager la terre autour des racines {dolabella). Les bûcherons se servaient plus spécialement d'un outil représenté sur la colonne Trajane, et que les soldats romains employaient pour faire des barricades (fig. 63, dolahra). Enfln, pour les terrassements, on avait un instrument de la même nature, quoiqu'un peu différent dans sa forme (ûg. 64). Celui que nous reproduisons est dans les mains d'un fossoyeur, peint dans une décoration des catacombes de Rome.

La vigne. — a Les anciens, dit Pline le Naturaliste, ont avec raison placé la vigne au rang des arbres, même relativement à sa grandeur. Nous voyons à Populonium une statue de Jupiter faite d*un cep unique : elle dure depuis plusieurs siècles. Marseille conserve une patère du même bois. A Métaponte, le temple de Junon était soutenu sur des colonnes de vigne. On monte encore aujourdliui au haut du temple de la Diane d'Éphèse par un escalier fait, dit-on, d'une seule vigne de Chypre : c'est le pays où elles parviennent à la grosseur la plus extraordinaire. Nul bois ne dure plus longtemps. Au reste» je suis porté à croire que ces ouvrages étaient faits de vignes sauvages. Les nôtres, taillées tous les ans, ne peuvent prendre le même accroissement. On attire toute la sève dans les branches à fruit, et si l'on permet à l'arbre de s'étendre en différentes manières, selon le climat et la qualité du terroir, ce n'est que pour avoir du vin. Dans la Campanie, les vignes se marient au peuplier. S'attachant à cet époux et le pressant de leurs bras, elles montent le long des branches, auxquelles elles se nouent et parviennent jusqu'à la tige. »

11 y a, suivant Varron, plusieurs espèces de vignobles : « L'espèce rampante, qui n'a pas besoin d'èchalas et qu'on rencontre en Espagne; et l'espèce à haute tige, si commune en Italie, et dont les ceps sont isolés et maintenus en direction verticale par des échalas, ou assujettis ensemble par le haut à l'aide de traverses. C'est ce qu'on appelle marier la vigne. On emploie comme traverses, ou des perches, ou des roseaux, ou des cordes, ou la vigne elle-même. Le premier de ces moyens est en usage à Falerne, le second à Arpinum, le troisième à Brindes et le quatrième à Milan. On procède à cette opération par lignes directes ou par lignes croisées. Cette dernière manière est la plus ordinaire en Italie. ))

LÉGUMES ET FRUITS. SS

Les agronomes anciens s'étendent longuement sur la vendange et les 50)03 qu'elle réclame. « Quand tu auras cueilli tous les rai-

sins, dit le vieil Hésiode, apporte-les dans la demeure; expose-les au soleil dix jours et dix nuits. Conserve-les à l'ombre pendant cinq

podéea an pminir.

jours, et le sixième, retifcrme dans les vases les présents du joyeux Dacchus. o

CatOD s'inquiète surtout des préparatifs: « Au moment de la vendange, dit-il, prenez toutes les dispositions nécessaires : faites laver les

ca

vases, enduire de pois les fûts et autrps ustensiles; pendant les jours pluvieux, on préparera et oq raccommodera les corbeilles. Coupez les raisins demi-mûrs pour faire du vin précoce, qui servira de boisson aux ouvriers lorsque le moment en sera venu. Distribuez dans les futailles tout le raisin intact et sec que vous aurez coupé chaque jour. »

Varmn donne aussi quelques détails sur le môme sujet : « On doit commencer, dit-il, par le càté du vignoble le plus exposé au soleil. On fait ensuite un triage du raisin à manger en grappe et de celui dont on fait du vin. Le premier choix va droit au pressoir et de là au tonneau. Le raisin de table est mis à part dans des paniers, puis renfermé dans des vases de terre qu'on dépose au fond d'une futaille où le marc est resté. On le garde aussi dans des amphores enduites de poix, que l'on descend au fond d'un réservoir d'eau ; ou bien on le fait sécher dans l'aire avant qu'il entre au garde-manger. »

Hérodote dit que les Egyptiens boivent un vin qu'ils fabriquent avec de l'orge, car, ajoute-t-il, il n'y a point de vigne dans cette conlrée. Celte assertion de l'historien grec concerne seulement la partie de T^ypte qu'il avait viùtée, car les monuments figurés prouvent que la vigne a été cultivée dàs la plus haute antiquité dans la haute et la moyenne ^'pte. La figure 65 représente une treille disposée enbercean.

Quand le raisin étailcueilli, on portait au pressoir les corbeilles oîi oa l'avait déposé (Gg. 66 et 67). Plusieurs moanments montrent

Pig. «8,-

LÉGUMES ET FRUITS. 67

des faunes vignerons piétinant des grappes de raisin dans une cuve (ùg. 68). Le procédé qui consiste à fouler le raisin avec les pieds est celui qui parait avoir été le plus usité dans l'aotiquité. C'est celui qu'on employait en Grèce et en Italie.

Les monuments égyptiens nous fournissent quelques détails plus circonstanciés sur la fabrication du vin. Dans la Tbébalde, par exemple, à mesure que les paniers étaient remplis de raisin, on les portait vers une auge plate dans laquelle était rassemblé le produit de la vendange. Des hommes disposés par groupes se tenaient debout dans l'auge pour fouler le

raisin, dont ils exprimaient le jus en faisant avec leurs pieds des mouvemenls vifs et fréquents. Pour faciliter cette opération, les vi-

c tenaient à des cordes pendantes d'une traverse horizontale placée au-dessus de leurs télés. Celle traverse était soutenue soit par des arbres comme nous le voyons dans la figure 69, soit par deux poteaux terminés en fourche, soit enfin par un syâléme particulier, qu'on comprendraaisémenteo jetant un coup d'œil sur la figure 70. Aussitôt

W L'AGRICCLTCRB.

qw te vin avait exprimé lool soo jos. (u le plaçaii dans les ampbncs. Dans d'autres parties de l'Egypte, oa se serrait d'an procédé plus

(Duprit DU pflDtura igj\/ùeaat.)

Iiizarre. qui est figuré dans les hypogées de Beoi-Hassan. Le raisin, placé dans un Hac, était pressé au moyen de deux bâtons fixés aux extrémités

cl tounuVa on sons conimirc ; un vase placé au-dessous du sac recevait li> {us qui on tombait, comm» on le voit sur la figure 71.

Uiu> pointure de Pompi'i (fie;. 73> nous montre aussi un pressoir à vin d'uno espteo toute particulière, qui était probablement employé

LÊGOHES ET FRUITS. 60

dans U Campanie. Ce pressoir est formé de deux piliers perpendiculaires et de deux traverses horizontales placées à la base et à Textrémilé supérieure, formant une espèce de cadre dans lequel sont trois autres traverses, dont ta plus basse écrase le raisin. Des coins de bois soDt mis entre chaque traverse mobile, et leur extrémité la plus grosse se trouve alternativement portée d'un cfité ou de l'autre. Sur chacun des cfttés un petit génie frappe à grands coups de maillet sur la tête des coins qui avancent ainsi entre les traverses et les forcent à presser les grappes placées au-dessous. Le vin coule à grands flots dans un vase, et un autre petit génie placé à cfité fait cuire le vin, selon l'usage antique, en le remuant avec une spatule en bois.

Quand le raisin était écrasé, il fallait porter quelque part le vin qu'on en avait extrait. Nous avons vu un peu plus haut, sur la figure 70,

Fig. '73. — TnDiport dei imphoroi.

que tes Ëgj'pliens te mettaient aussitôt dans des amphores. Il fallait alors transporter les amphores à la maison, et ce transport s'effectuait par le procédé que nous voyons employé dans la figure 73.

Avant de mettre le vin dans les amphores, les Romains le mettaient dans un récipient d'une espèce particulière, qui était placé sur un charriot et qui est représenté sur une peinture de Pompéi. La figure 7ù montre en effet une outre immense posée sur un brancard et sup-

portée par quatre roues. La voiture est sans doute arrivée à destination, car deux hommes sont occupés à transporter dans des amphores le vin contenu dans la grande outre ; il s'écoula par un tuyau de cuir garni d'un robinet et qui est placé dernëre la grande outre, dont il forme comme la queue. Sur le devant, le haut de l'outre se relève en forme de col allongé et fermé par une ligature : c'est par cet orifice que le vin avait été introduit. Pendant ce temps-là, les chevaux, à demi dételés.

Flg. 71. — Oulie de trunport. (Peintura de Pompéi.}

attendent paisiblement la fin de l'opération pour s'atteler de nouveau à l'outre devenue légère.

Horace nous indique comment il faut en user avec la précieuse 'liqueur: u Puisque j'ai parlé de vin, sachez comment il faut le traiter. Un bon vin de Massique, exposé la nuit au vent frais d'un ciel serein, se dépouille admirablement de toute odeur irritante... Honte et malheur sur le mal-appris qui se sert encore de la chausse, oubliant que la maudite laine emporte à la fois et la lie et le bouquet de ce vin déshonoré.

Il Plus d'un dégustateur habile ajoute au gros vin de Sorrenie un résidu des vins de Falerne; il jette en même temps dans l'amphore, pour la clarifier, un jaune d'oeuf de pigeon qui entraîne aussitôt le résidu au fond du vase et le dégage de toutes ses impuretés. »

Il Que! plaisir trouves-tu donc, Tucca, à mêler de la piquette au

LfiGUHES ET FRUITS. 7t

\ieux Falerneî dit aussi Martial. Quel bien t'ont donc fait les vins les plus détestables? ou quel mal t'ont fait les meilleurs î On te pardonnerait de nous assassiner, mais assassiner ce Falerne et joindre un cruel poison au vin de la Campanie, c'est un abominable forfait. Tesconvives ont pu mériter la mort, mais une si précieuse amphore ne laméritaitpas.»

L'OLIVIER. — La mythologie nous enseigne que ce fut Minerve qui enseigna aux Athéniens l'art de cultiver l'olivier; on peut en conclure

que cette culture était fort ancienne en Altique. Voici ceque Pline le Naturaliste nous apprend au sujet de l'olivier ; k Théophraste, dit-il, l'un des plus célèbres auteurs de la Grèce, a écrit, vers l'an HO de Rome, que l'olivier ne croissait pas au delà de quarante milles de la mer. Féoestella. de son cfité, assure que, sous le règne de Tarquin l'Ancien, l'an de Rome 173, cet arbre n'existait ni en Italie, ni en Espagne, ni en Afrique. Aujourd'hui, l'olivier a franchi mâme les Alpes i il est parvenu jusqu'au centre des Gaules et des Espagne?. Il est certain que l'an 505, sous le consulat de L. Junius et d'Appius Claudius, pelit-ÛIs de Calus, les douze livres d'huile se vendaient un as. L'an 680, M. Selus, fils de Lucius, édile curule, fournit au peuple romain les dix livres d'huile à un as pendant toute l'année. On en sera moins étonné quand on saura que, vingt-deux ans après, sous le troisièmo consulat de Pompée, les provinces furent approvisionnées d'huile par t'italie. Hésiode, qui plaçait l'agriculture au premier rang des sciences utiles, affirme que jamais l'homme qui a planté un olivier n'en a recueilli le fruit, tant cet arbre est lentà croître [Aujourd'hui, nous formons despépiniëres

72 L'AGRICDLTURE.

d'oliviers, et les plante qu'on eu lire produisent dès la seconde année. » Varron nous apprend que quand l'olive se trouve à portée et qu'on peut y atteindre sans le secours d'une échelle, il vaut mieux la cueillir que la gauler, parce que, dit-il, l'olive froissée se dessèche et rend moins d'huile. Nous voyons néanmoins, par les monuments, qu'on employait indistinctement les deui procédés, car la flgure 75 représente la cueillette des olives faite par deux personnages assis qui prennent

le fruit avec leurs mains, tandis que sur la figura 76 nous voyons deux cultivateurs qui font tomber avec la gaule les fruits qu'un troisième ramasse quand ils sont à terre.

Le vieux Caton fait au sujet de la récolte des olives quelques recommandations: <i Cueillez l'olive aussitôt qu'elle est mQre et ne la laissez que le moins possible sur la terre et sur le plancher, car elle y pourrit. Ceux qui font la récolte désirent qu'il y ait beaucoup d'olives tombées, afin d'aller plus vite en besogne. Les pressureurs souhaitent qu'elles séjournent longtemps sur le plancher, afin qu'elles blétisscnt et s'expriment avec plus de facilité L'olive qui a séjourné longtemps sur la terre

ou sur le plancher donne une huile moins abondante et moins délicate. »

Quand l'huile était sortie du pressoir, on employait pour la mettre dans les amphores le même procédé qu'on employait pour le vin

LÉGDHBS ET FRUITS. 13

(fig. 77). Toatefois les amphores à huile que nous voyons sur les mo- Dumente égyptiens n'ont pas tout à fait la même forme que celles qui

contenaient du vin; elles étaient assez généralement aplaties à la base (fig. 78. 79 et 80).

Notons également que l'huile dont se servaient les Égyptiens n'était pas la même que celle qu'employaient les Grecs et les Romains, attendu qu'elle n'était pas faite avec des olives ; il n'est même pas certain que

n L*AGRICULTURE.

l'olivier ait jamais été cultivé en Egypte. Hérodote nous donne quelques détails sur la plante dont on se servait pour avoir de l'huile : a Les Égyptiens qui habitent dans les marais se servent d^une huile exprimée du fruit du siliicyprion ; ils rappellent kiki. Voici comment ils la font : ils sèment sur les bords des différentes branches du fleuve et sur ceux des étangs du siliicyprion. En Grèce, cette plante vient d'elle-même et sans culture ; en Egypte, on la sème, et elle porte une grande quantité de fruits d*une odeur forte. Lorsqu'on les a recueillis, les uns les broient et en retirent l'huile par expression, les autres les font bouillir après les avoir fait rôtir ; l'huile se détache et on la ramasse. C'est une liqueur grasse qui n'est pas moins bonne pour les lampes que l'huile d*olive ; mais elle a une odeur forte et désagréable. »

Les vergers. — Columelle donne des renseignements assez précis sur la culture des arbres fruitiers dans l'antiquité: « Faites des fossés, dit-il, un an avant de disposer les arbres fruitiers ; plus vous les ferez larges et ouverts, plus les fruits que vous recueillerez seront beaux et abondants. Ces fossés auront la forme des fours, dont le fond est plus large que l'ouverture, afin que les racines puissent s'étendre davantage et que louverture étant étroite, le froid de l'hiver et la chaleur de Tété y pénètrent plus difficilement. Plantez les arbres à de grands intervalles, afin qu'en grandissant ils trouvent un espace sufûsant pour étendre leurs rameaux. En e(Tet, si vous les plantez trop près les uns des autres, vous ne pourrez rien semer au-dessous, et ces arbres eux-mêmes ne seront guère productifs, à moins que vous ne les éclaircissiez. »

La plupart des arbres fruitiers que nous cultivons aujourd'hui étaient connus des anciens. Le cerisier, le pêcher, le pommier, le poirier, mais surtout le figuier, le grenadier, l'amandier, etc., ont occupé tour à tour les agronomes anciens, qui ont donné sur la culture de ces arbres une foule de détails qui ne peuvent trouver leur place ici. La figure 81 représente la récolte des fruits dans un verger.

Les hommes de Tâge héroïque ne connaissaient pas ce que nous appelons aujourd'hui les jardins d'agrément. Un jardin était toujours planté d*arbres fruitiers. Homère nous a donné dans VOdyssée une doscription du jardin d'Alcinoûs. « Non loin de la cour et des portes du palais, dit-il, est un jardin entouré d'une haie vive. Là s'élèvent de grands arbres d'une végétation vigoureuse, des poiriers, des grenadiers, des orangers, des figuiers d'une rare espèce et des oliviers toujours verts. Ces arbres ne manquent jamais de donner des fruits, ni l'hi-

LÉGDHES ET FRUITS

ver, ni l'été. Sans cesse au souffle du zcphir, quand les una commencent à pousser les autres sont déjà mûrs, La poire est remplacée par une poire nouvelle, l'orange succède i l'orange, la grappe fait place à d'autres grappes et la figue nouvelle parait à cAté de la ligue qu'on va cueillir. Dans une mfime vigue chargée de raisins, les uns mûrisseut aux rayons du soleil, on vendange les autres, d'autres sont foulés dans le pressoir. On voit des grappes en fleurs près de celles qui sont déjà remplies d'un jus délicieux. A la suite de celte vigne, un potager soigneusement cultivé fournit chaque saison des légumes de toute espèce.

Là sont aussi deux fontaines ; l'une, par mille canaux, arrose le vei^r, et l'autre répand ses eaux près des portes du palais, dans un bassin spacieux où viennent puiser les citoyens de la ville. >>

Si le poète fait régner en ce lieu un printemps perpétuel, on n'en peut pas moins conclure de sa description que c'est principalement au point de vue du rapport et de i'uiilité qu'on faisait les jardins à cette époque.

Une petite invocation à Priape, le dieu des jardins, puisée dans l'Anthologie grecque, donne une énumération des fruits qu'on cultivait le plus généralement : « Une grenade avec son enveloppe dorée, des figues dont la peau se ride, une grappe de raisin aux grains rosés, une pomme parfumée avec son léger duvet, une noix sortant de son écale verte, un concombre velouté couché à terre sur des feuilles, une olivo presque déjà mûre dans sa tunique d'or, voilà ce que t'offre, 6 Priape,

le jardinier Lamon, eu invoquant, pour ses ariires et pour lui, la force et la santé. »

Quand les fruits étaient cueillis, on les déposait dans le fruitier, dont Varron explique la disposition : a Quand on veut faire construire un fruitier, il faut avoir soin d'en ouvrir les fenêtres au nord et de laisser un libre accès aux vents qui soufflent de ce côté. Il importe toutefois de les garnir de volets, car le vent continu finit par ôter aux fruits leur suc et les rendre insipides. Pour plus de fraîcheur encore, on recouvre en stuc les voûtes, les murailles et môme les planchers de ces fruiteries. »

La greffe des arbres. — Columelle donne les renseignements suivants sur l'emploi de la greffe dans les métairies romaines : « On peut greffer tel rejeton qu'on veut sur quelque arbre que ce soit, pourvu que récorce du rejeton ne soit pas différente de celle de Tarbre ; on peut le faire sans scrupule, si l'espèce à laquelle appartient le rejeton produit des fruits dans le même temps que l'arbre greffé. Les anciens nous ont enseigné trois espèces de greffe : Tune par laquelle l'arbre étant coupé et fendu reçoit dans l'intérieur de son bois des scions coupés sur un autre arbre; la seconde, par laquelle l'arbre reçoit la greffe entre son écorce et son bois : ces deux sortes de greffe se font dans le printemps. La troisième est celle par laquelle l'arbre à greffer reçoit entre Técorce et le bois des bourgeons avec une petite partie de leur écorce. Cette façon de greffer, que les cultivateurs appellent enter en écusson (emplastration) se fait en été.

LB8 HiTATERS. — La MilTAIRIB. — LsS BATIMENTS ACCESSOIRES.

Lit FOiTt. — Les chariots. — Les basses-codes. — Les poulets.

Lit OIIB IT LIS CANARDS. — Lb COLOMBIER. — LbS ABEILLES*

Mtatihs. — L'agriculture formait la principale richesse des

18. q[ai apportaient dans cette branche du travail humain l'es-

tif que nous trouvons dans tous leurs actes. Ils tenaient à con-

*ct de leurs biens. Les maîtres ou les intendants

examinaient tout avec un soin méticuleux pour se rendre compte de l'accroissement ou du dépérissement des troupeaux. A des époques régulières, tous les bestiaux étaient passés en revue, et toute une armée de scribes était sans cesse occupée d'un bout à l'autre de rÉg:5'pte à enregistrer jusqu'aux moindres détails de la richesse agricole. Il y a là une organisation complète où chacun a sa fonction déterminée.

Nous sommes loin de trouver une organisation aussi complète dans l'Italie primitive. Dans les premiers siècles de Rome, tout le monde cultivait son champ, a Les généraux eux-mêmes, dit Pline, étaient laboureurs... Mais aujourd'hui, ces mômes champs sont abandonnés à des esclaves enchaînés, à des malfaiteurs condamnés au travail et flétris d'un fer chaud, n Ces mots renferment en quelque sorte le premier et le dernier mot de l'agriculture romaine. On peut distinguer chez elle trois époques caractéristiques : Antérieurement aux guerres puniques, tout citoyen, sans aucune distinction, travaille à la terre; c'est l'indice d'une société laborieuse, mais grossière. Car, dans une république bien organisée, un homme d*état ou un général peut mieux passer son temps qu'en labourant. Pendant la période brillante de l'histoire romaine, nous voyons des hommes instruits et illustres s'occuper avec passion de l'agriculture et apporter aux travaux des champs, non pas le secours de leurs bras, mais Tappoint de leur intelligence. Cest l'époque où écrivent pjg, 32.

Yarron, Virgile et Columclle. C'est aussi Tépoque Laboureur esclave. où l'agriculture atteint son plus haut développement. Mais la société antique était rongée par une plaie qui devait un jour la tuer : Tesclavage. La figure 82, tirée d'une pierre gravée, montre un laboureur enchaîné qui s'appuie sur son instrument de travail; cet homme est un esclave.

Columelle signale déjà les inconvénients d*un fait qu'il considéro surtout en moraliste : « En général, les esclaves enchaînés doivent être de la part du maître l'objet d'une surveillance particulière. Il s'assurera par lui-môme s'ils ne sont privés ni de vêtements, ni des autres choses qui leur sont nécessaires. Il doit y veiller d'autant plus scrupuleusement que ces malheureux, étant soumis à plusieurs supérieurs, au métayer, aux chefs d'atelier et aux geôliers, sont plus que les autres exposés à souffrir toutes sortes d'injustices. )>

Ce que Columelle ne pouvait prévoir, c'est que la substitution du travail esclave au travail libre devait un jour ruiner l'agriculture. Les

petits propriétaires indépendants ne pouvaient supporter la concurrence des troupes d'esclaves que les hommes opulents avaient à leur service, et leur nombre diminuait tous les jours. Les ouvriers des champs, no trouvant plus d'ouvrage dans les métairies, parce qu'on n'y employait que des esclaves, accouraient dans les villes et désertaient la campagne. A la fm de l'empire, les métayers sont tous des affranchis peu soucieux des intérêts de leurs maîtres; ils ont tous sous leurs ordres des esclaves qui n'ont aucun intérêt à ce que la terre rapporte.

La métairie. — « Nos ancêtres, dit Varron dans son ouvrage de Re rustica, donnaient à leurs villas une étendue relative à la quantité de fruits et de productions de la terre ; aujourd'hui, on ne voit que profusion. Ils donnaient plus d'étendue aux bâtiments d'exploitation qu'aux habitations; aujourd'hui, on fait le contraire. Autrefois, on faisait l'éloge d'une villa lorsqu'il y avait une bonne cuisine, de grandes écuries et des magasins assez vastes pour conserver l'huile et le vin ; aujourd'hui, les villas de Métellus et de LucuUus surpassent de beaucoup celles qui sont destinées à un usage utile. Ces hommes n'ont d'autre soin que de donner une exposition fraîche aux salles à manger d'été» d'exposer au contraire au soleil les appartements destinés à être habités en hiver; au lieu que nos ancêtres songeaient plutôt à l'exposition qu'il convenait de donner aux lieux destinés à y conserver le vin et l'huile. »

Le même auteur indique un peu plus loin les conditions les plus avantageuses pour l'établissement d'une métairie : « Pour vos constructions, choisissez de préférence le pied d'un coteau boisé, riche en pâturages, et l'exposition la plus saine. La meilleure de toutes est le levant d'équinoxe, car on y a de l'ombre en été et du soleil en hiver. Êtcs-vous forcé de bâtir au bord d'un fleuve? Ouvrez vos jours de l'autre côté, sans quoi les habitations seraient froides pendant l'hiver et peu saines pendant Tété. »

Le vieux Caton prescrit, avec sa concision ordinaire, les éléments qui composent une métairie qu'on veut élever : a Clauses à proposer à un architecte pour bâtir une maison de campagne. — Si vous faites bâtir à forfait une campagne entièrement neuve, voici les obligations do l'entrepreneur : Conformément au désir, il construira toutes les murailles en moellons unis avec de la chaux, les piliers en pierres solides, les poutres qui sont nécessaires, les seuils, les jambages de porte, les linteaux, les lambourdes, les étais, les étables d'hiver pour les bœufs, les râteliers pour l'été, l'écurie, les chambrettes pour les esclaves, trois

garde-manger, une table ronde, deux chaudières, dix toits à porcs, un foyer, une porte cochëre et une autre à la disposition du maître, les fe- Délres, dix barreaux de dix pieds pour les grandes fenêtres, et pour les petites six lucarnes, trois bancs, cinq chaises, deux métiers de tisserand, six carreaux transparents, un petit mortier à piler le grain, un métier de foulon, les chambranles, deux pressoirs. Le propriétaire fournira les matériaux, les objets nécessaires à la main-d'œuvre; il fera tailler et polir, il sera tenu de fournir une scie et un cordeau, cependant il n'est tenu qu'à couper et travailler les matériaux. C'est l'entre- ,

Pig S3. — Cnut ds romo.

preoeurquî fournit la pierre, la chaux, le sable, l'eau, la paille et la terre employée au mortier, n

On peut se faire une idée'des bâtiments accessoires d'une ferme d'après une miniature du Virgile du Vatican, qui représente la cour ob étaient retenus les compagnons d'Ulysse, lorsque la magicienne Circé les eut métamorphosés en porcs. La figure 83 montre les bliimenls do cette cour.

Lbs BATIMENTS ACcessoiHEs. — Varron décrit ainsi une cour :«0u devra ménager dans la cour des remises spacieuses pour les charrettes et les autres ustensiles, afin qu'ils soient à couvert de la pluie. Dans les grandes exploitations, il est bon d'avoir deux cours, l'une intérieure, l'autre extérieure. Dans la cour intérieure on devra ménager un bassin destiné à recevoir les eaux pluviales qui, en passant près des stylobates et coulant sur uo plan incliné, formeront un abreuvoir où les boeufs, revenant des champs, pourront boire et se baigner pendant l'été, ainsi que les oies et les porcs lorsqu'ils reviendront des pâturages. Il en faut un également dans la cour extérieure pour faire tremper les lupins et

80 L'AGRICDLTURB.

autres ^ines dont l'emploi exige ud séjour sons l'eau. Cette cour, étant continuellement jonchée de litière et de paille que les bestiaux foulent sous leurs pieds, devient comme une fabrique d'engrais pour les champs. » Les agronomes anciens entrent dans de grands détails sur l'aménagement des étables, des hangars et des celliers. Mais comme ces bâti-

ments ne diffèrent pas essentiellement des nôtres, il n'est pas utile d'insister sur ce point. Nous avons déjà montré, figure 33, la disposition d'une écurie pour les chevaux. On verra celled'uneétableàbceufs sur la figure 84, tirée d'une miniature du Virgile du Vatican.

Les puits. — Toute métairie devait être pourvue d'un ou de plusieurs puils ; la construction de ces puits présente une certaine variété.

La figure 85, tirée d'une peinture antique, représente on puits composé d'une longue perche posée en équilibre sur un massif en ma-

::O^Zî

çoDDerie et percé d'uoe lucarne ; une corde et un seau sont suspendus à la perche; deus hommes font marcher le levier.

On voit une autre espèce de puits sur un sarcophage romain (Qg. 86). Il se compose de deus bâtons en fourche sur lesquels repose -un cylindre; la corde qui porte le seau s'enroule autour du cylindre (axis).

Il y a au Musée britannique un croc antique en bronze, assez semblable à ceux dont nous nous servons pour retirer un seau du pulls.

Ce crochet (harpaga) devait avoir dans l'antiquité un usage assez analogue; il est disposé de manière à recevoir un manche de bois qui était sans doute de longueur différente suivant l'usage pour lequel on employait ce crochet {fig. 87).

Les chariots. — i< L'homme riche en imagination, dit Hésiode, parle de construire un chariot ; l'insensé I il ignore que pour un chariot il faut cent pièces de bois; il aurait dâ y songer plus lât et se munir de matériaux nécessaires, u 11 est permis de penser, malgré l'autorité

Fig. en. — Cbarial

d'Hésiode, que dans les temps primitifs la construction d'un chariot ne comportait pas autant de pièces de bois qu'il l'afarmc.à moins qu'il ne veuille compter comme telles les bâtons qui forment la partie supérieure de quelques charrettes.

Les chariots égyptiens représentas sur la figure 88 sont d'une conception assez grossière; ils ont des roues pleines. Les chars égjpliens ont, au contraire, des roues évidées, et il est probable qu'on employait les roues pleines pour les véhicules grossiers. Les chars, desii-

«E L'AGRICCJLTURE.

nés à porter des guerriers doivent aller rapidement, taudis que tes cliariots agricoles, traînés par des bœufs, et destinés à porter de lourds fardeaux, pouvaient être construits dans des conditions dilTérentes.

Va fait assez remarquable, c'est que les chariots que Von vojt sur les monuments assyriens ont les roues évidées, même dans les reprfeeD<lations rustiques; celui que montre la figure 89 est d'ailleurs assez

grassier. 11 a la forme d'un coffre carré, et son ouverture est par devant. Il est bon de rappeler que dans l'antiquité les cbars de guerre, et en général tous les chars à course rapide, ont leur ouverture par derrière et sont arrondis sur leur surface antérieure.

Le char primitif dont se servaient les paysans du Latium consistait en une plate-forme en planche supportée par deux roues j on plaçait le chargement soit directement sur la plate-forme, soit dans un grand panier qu'elle supportait. Quelquefois la plate-forme était pourvue d'un rebord. Les roues de ces chariots n'avaient généralement pas de niyons ; elles étaient pleines et formées d'un gros morceau de bois de forme ronde auquel était adapté l'essieu. La roue ne tournait pas au-

LA FERUE. 83

tour de l'essieu, auquel elle était fixée, elle n'était pas' mobile et il tournait en mfime temps qu'elle (Gg. 90).

Le même genre de chariot, mais plus perfectionné puisqu'il a

Pig. SI. — Cbaiiut agricole.

des rebords, est représenté sur la figure 91, tirée d'une peinture do Pompéi.

Les monaments romains de la Gaule nous offrent plusieurs modifies de chariots. Sur un bas-relief trouvé près de Dijon, on voit un chariot

à quatre roues, de forme rectangulaire, et qui parait élre en osior (fig. 92). Une voilure d'un autre caractère, et qui est surtout remarquable par le harnachement du cheval, se voit sur un bas-relief en marbre du musée d'Avignon ; il formait la décoration d'un tombeau de Vaîson (Dg. 93).

Un chariot gaulois du musée de Saint-Germain est représenté sur

la Tigure 94- Il est k deux roues et fait en bois. L'ouverture de ce chariot se trouve placée par derrière, à la fa<^n des chars antiques ; mais des bas-reliefs gallo-romains nous montrent des véhicules à deux roues comme celuici et dans lesquels on devait monter par les c&tës, en avant de la roue, de la même manière que pour le tilbury de nos jours. « Certains bas-reliefs, écrit A. de Caumont dans son Abécédaire ou Rudiment d'archéologie, nous montrent les véhicules les plus ordinaires pour aller de la campagne à la ville et pour les voyages : tel est le cisium, qui ressemble beaucoup à notre cabriolet moderne. II y en avait à un, à deux, à trois chevaux. » Rich, dans 'son Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, dit du cisium que c'était « une voiture lé- (;àre à deux roues qui servait chez les Romains de voiture publique ou particulière, quand il fallait arriver au plus vite. Elle contenait deux personnes, en y comprenant le conducteur, était ouverte par devant et

muD e de t n ons On y at e a t a I occasion un ou quelquefois deux chevaux de volée, comme on le pratique encore maintenant à CSapIes. » Un bas-relief d'Igel montre un de ces véhicules.

Les basses-cours. — L'élevage des volailles avait une grande importance dans réconomie d'une ferme. En Egypte, notamment, le soin des basses-cours était conOé à una catégorie particulière de domestiques» et on estimait beaucoup les éleveurs d'oiseaux, surtout ceux qui savaient élever et faire multiplier les oiseaux sauvages pris à la chasse. C'est un de ces éleveurs qui est représenté sur la figure 95.

La Grèce, l'Italie et la Gaule ont été pourvues de basses-cours trèsriches, au fur et à mesure que l'agriculture y est devenue florissante, mais c'est toujours à l'Egypte qu'il faut recourir pour trouver les méthodes les plus anciennes et en même temps les plus perfectionnées.

Les poulets. — Varron décrit aîosî le poulailler d'une ferme do moyenne dimension : a Pour deux cents poules, il faut un lieu clos dans lequel on dispose deux cabanes l'une à côté de l'autre, toutes deux au soleil levant. Chacune aura dix pieds de longueur et à peu près autant en hauteur. Les fenêtres auront trois pieds de large sur quatre de haut et seront tissues à claires voies, de façon à laisser entrer beaucoup de jour sans livrer passage à aucune bête nuisible. On ménagera de plus entre ces cabanes un passage pour le gardien du poulailler. Dans chaquo cabane se trouveront des perches en nombre suffisant pour servir do juchoir à toutes les poules ; vis-à-vis de chaque perche on creusera dans le mur des trous pour servir de nids. »

liPS éleveurs romains avaient des soins particuliers pour les poules pondeuses ; les œufs tenaient une très-grande place dans la cuisine romaine, et les lettrés se piquaient d'être professeurs en ce genre. « Apprenez, mortels, dit Horace, et ne l'oubliez jamais, que les œufs de forme allongée sont de beaucoup préférables aux œufs ronds, qui renferment presque toujours un poulet; la coque des premiers est moins dure et le blanc est plus laiteux; le jaune en est aussi plus nourrissant.»

Les Égyptiens connaissaient l'art de faire éclore les œufs artificiellement, et une partie de l'occupation des éleveurs consistait à aller dénicher des œufs d'oiseaux sauvages, que l'on s'efforçait ensuite d'élever dans les basses-cours. Diodore de Sicile dit en parlant des éleveurs do ce pays :

a Aux connaissances héritées de leurs pères, les Eg^'ptiens ajoutent de nouveaux perfectionnements. Les nourrisseurs de poules et d'oies méritent sous ce rapport toute notre admiration, car, au lieu de se servir du moyen ordinaire pour la propagation de ces oiseaux, ils sont parvenus à les multiplier prodigieusement par un artifice qui leur est pro-

86 L'AGRICULTDRB.

pre. Au lieu de faire couver les oiseaux, il les fout éclore contre toute

Fis. M. - Ui

attente par une manœuvre artificielle et ingénieuse. » C'est ainsi que les oies, les caDards, les pigeons, les sarcelles, les cailles et une foule

d'aatres oiseaux paraissaient fréquemmeot sur la table des Égyptiens, et ceux qui ne pouvaient être élevés dans les basses-cours étaient salés et soigneusement conservés dans des pots quand ils n'avaient pas été consommés frais.

Les oies et les cahabds. — Les oies, dont les Égyptiens étaient extrêmement friands, étaient élevées par troupeaux considérables. Car non-seulement les particuliers en avaient pour le service de leurs tables, mais encore on en engraissait beaucoup pour les services publics. Les prêtres, les soldats et en général tous les fonctionnaires recevaient en payement des matières et étaient en quelque sorte nourris par le gouvernement. Aussi le dénombrement des oies avait une grande importance et nous le voyons représenté avec les détails les plus circonstanciés sur un monument du British-Museum et qui provient des ruines de Thèbes. Les nourrisseurs d'oies arrivent suivis de leurs troupeaux qu'ils vont faire enregistrer. Quelques-uns tiennent des paniers d œufs ou bien d'autres paniers contenant des petites volailles, car tout devait être écrit jusque dans les plus petits détails.

Sans être poussé au même degré qu'en Ég\*pte, Télevage des oies et des canards avait une certaine importance dans Tagriculture romaine. Voici à cet égard les préceptes de Varron : « Quand on veut élever des canards, il faut avant tout choisir, si l'on peut, un terrain de marécages; c'est celui qui leur convient le mieux. A défaut de cela, ayez un emplacement où se trouve un lac naturel, un étang ou un bassin fait de main d'homme avec des degrés par lesquels les canards puissent descendre. Le clos qui leur sert d'habitation doit être entouré d'un mur et n'avoir qu'une seule porte. Le long du mur régnera une suite de petites loges, couvertes de toits, construites uniformément et d'une largeur convenable. Chacune aura un vestibule pavé de briques dans toute son étendue. Le clos lui-môme sera traversé dans toute sa longueur d'un canal toujours plein. C'est là qu'on dépose ce qu'ils mangent. Les murs seront recouverts d'un enduit bien poli pour empêcher les chats et autres animaux nuisibles de s'y introduire. On étendra en outre sur le clos un ûlet à larges mailles, dans le double but d'empêcher l'aigle de fondre sur les canards et les canards de s'envoler au dehors. »

Le colombier. — Palladius, le dernier des écrivains latins qui se soit occupé d'économie rurale, décrit ainsi un colombier : « Le colombier peut être placé au haut d'une tourelle, dans le corps de logis du

propriétaire. Les murailles en seront lisses et blanchies, et on y pratiquera, suivant l'usage, sur les quatre côtés de très-petites fenêtres par où les pigeons ne puissent entrer et sortir qu'un à un. Les nids seront façonnés sur les murs même dans Tintérieur du colombier Au-dessous du colombier seront pratiquées deux cellules dont Tune, étroite et obscure, servira à loger des tourterelles; dans l'autre cellule on nourrira des grives. »

Les abeilles. — Le miel avait beaucoup plus d'importance dans l'antiquité qu'il n'en a de nos jours, par la raison qu'on était obligé de remployer dans toutes les occasions où nous nous servons de sucre. En outre le vin était généralement mêlé avec du miel. C'est ce qui explique le développement qu'a pris presque partout l'élevage des abeilles. Le miel de l'Attique était regardé comme le meilleur.

Il y avait plusieurs manières de récolter le miel. En Arménie et en Médie on s'efforçait de prendre des essaims sauvages, et le miel qu'on en tirait passait pour avoir une saveur toute particulière. Dans les petites fermes de la Grèce et de l'Italie on se contenta de pratiquer des trous sous le toit des maisons en imitant ainsi les ruches naturelles. Mais on eut bientôt des ruches artificielles que Varron décrit ainsi : « Les ruches d osier doivent être enduites en dedans et en dehors avec do la bouse de vache pour faire disparaître leurs aspérités qui rebuteraient les abeilles. On les assujettit par rangs le long des murs de façon qu'il n'y ait pas d'adhérence entre elles et qu'elles soient à Tabri de toute secousse. La même distance qui sépare le premier rang du second doit régner entre le second et le troisième. On pratique au milieu de chaque ruche de petits trous de droite et de gauche, pour que les abeilles puissent entrer et sortir, et on pose un couvercle qu'on peut lever à volonté lorsqu'on veut en retirer le miel. Les ruches en écorcc sont les meilleures, n

La boulangerie. — On se rappelle avoir vu, à TexpositioauDiversalle de 1867, dans le temple égyptien, des statues de femmes représentées dans l'action de pétrir du pain. Ces statues, qui remontent à la plus haute antiquité, provenaient du musée de lloulaq, au Caire (Qg. 96).

a On rencontre encore aujourd'hui, dit M. Mariette, à Éiéphanline et en Nubie, des femmes qui, la tête ornée de la même coiffure, prennent la même pose et se servent des mêmes ustensiles pour accomplir la même

M L'INDDSTBIB.

Opération. Ici tout est Tunéraire ; les serviteurs do défunt préparent les pains qu'ils vont déposer dans le tombeau, ii C'est en effet dans les nécropoles de l'ancienne Égj'pte que ces statues ont éié découvertes.

On sait peu de cliose sur la manière de confectionner le pain chez les Grecs, et avant la période macédonienne la boulangerie ne constituait point une industrie spéciale, car elle se rattacliait à la cuisine où

l'on taisait indistinctement tous les aliments. « Il n'y a point eu de boulangers à Rome jusqu'à la guerre de Persée, dit Pline le Naturaliste, c'est-fi-dire pendant plus de cinq cent quatre-vingts ans depuis sa fondation. Chacun faisait son pain ; c'était l'ouvrage des femmes, comme ce l'est encore aujourd'hui chez la plupart des nations. 11 est prouvé, par le témoign-tge d'Aléius Capiton, que les riches alors faisaient faire lour pain par les cuisiniers, et qu'on n'appelait boulangers (plstores) que ceux qui pilaient {pisebanf) le blé. On n'avait point encore de cuisiniers parmi ses esclaves; ou les louait au marché. Les Gaulois ont

INDUSTRIES ALIUENTAIRES.

ioventâ le crible do crin de cheval ; les f^pagaols, les tamis et les btuteaux de fil de Ha ; les Égyptiens, ceux de papyrus et de jonc. »

La figure 97 représente une boulangerie découverte à Pompéi, car à cette époque il y en avait dans toutes les villes. On y voit très-

distinctement le four, au-dessus duquel s'élève le tuyau pour laisser échapper la fumée. Sur le devant sont des meules destinées à moudre le grain. Cette forme de meule est celle qu'on rencontre le plus communément. Sa construction est beaucoup plus visible sur la figure 99, que nous allons eiamiuer, mais on en voit quelquefois d'une autre 3 (fig. 98).

Le moulin ordinaire se composait de deui compartiments, -comme lo montre ia figure 99, qui représente des ^nies meuniers, d'après

n L'IADUSTRIB.

ODe peinture de PompéL Les deux ânes placés de chaque c6té du ta-

bleau montrem que cet animal était employé par les anciens pouptournor las moulina, usage qui est d'ailleurs conûrmé par de nombreux

passais des écrivains. L'un des petits génies est en train d'atteler l'&no qu'il va mener à son travail, tandis que les autres se reposent autour d'un disque sur lequel sont deux verres de vin.

L'atelier qui renfermait le four et les moulins s'appelait plslrinum; le tombeau du boulanger Eurysacès, découvert à Rome en 1838, montre plusieurs scènes relatives à la fabrication du pain et comprenant & la fois la profession de meunier et celle de boulanger. Au centre de la figure 100, on voit deux moulins avec l'âne qui les fait tourner. A gauche, des ouvriers préparent les grains ou la farine dans des vases, et à droite, un homme assis devant une table et entouré de clients semble établir des comptes. Ensuite (iig. 101) des garçons boulangers, dont la poitrine et les bras sont nus, sont occupés à la pâte, et un ouvrier placé à gauche s'occupe de la cuisson. Enfin (flg. 102) les pains sont apportés dans des paniers, pesés sur une balance et livrés aux clients.

Dans la boulangerie découverle à Pompôi, et que nous avons vue plus haut, figure Ô7, on a trouvé de grandes amphores pleines de grains et de farine, et portant des inscriptions indicatrices; les unes avaient contenu de la farine de froment, les antres de la farine de pois chiches. En 1862, on a découvert à Pompéi une autre boulangerie avec un four dont la bouche (itait fermée par une porte en fer munie de deux poignées. Elle contenait une fournée de 82 pains ronds qui avaient dû peser chacun une livre environ. Ces pains, qui étaient passablement rassis comme on pense, ont été portés au musée. Enfin, une peinture de Pompéi (fîg. 103) montre la forme ordinaire des pains romains, lorsqu'ils étaient frais et livrés à la consommation.

La PATISSERIE. — Il n'est pas démontré, en Egypte particulière-

M L'INDDSTRIB.

meot, que la boulangerie et la p&Usserie aient coDstitué àes étals exercés par une catégorie particulière d'artisans. En général, tout ce qui touche à l'alimcntatioa se faisait dans la famille, et, la seule chose qui distinguât les classes riches, c'est qu'elles avaient un nombreux per-

7ig. 101, — Oapdtiil la plia.

(E/iprài usa peinlDni du

sonnel de domestiques attachés h ce service. Le pain et les gâteaux étaient simplement une branche de ce service, dont les détails sont exprimés d'une manière fort explicite dans les peintures qui décorent

la tombe de Ramsès 111, k Thèbes. On voit d'abord deux hommes qui péirissent la pâle avec leurs pieds (fig. 10/i]. Ils ont un b&too à la main et semblent danser en pii^tinant un énorme morceau de pftte. La Ilgurcl05 nous montre un porteur de pain qui apporte ses pâtes préparées à un boulanger ou pitisaicr placé devant une table et occupé 'a donner à Bos gûtoaux la forme qu'ils doivent avoir (flg. 106). La plupart de ceux

qu'oavoitfaiis sont ronds et aplatis et ressemblent k des espèces de galettes. Mais il y en avait de plusieurs espèces ; ainsi, à côté de gâteaux déjà confectionnés, on voit un pâtissier faisant un pain mêlé do

Uaula i pïlisteiie. (Découvon t Pampéi.)

graines ou de grains de raisin, que le peintre a indiqués en faisant des petits points noirs sur le gâteau.

Pline dit que les pâtissiers employaient le cumin des prés pour

mettre sur leurs gâteaux. On faisait aussi des gâteaux dans lesquels il entrait des fruits et d'autres ingrédients môles à la pâte. Les gâteaux avaient différentes formes, suivant la fantaisie du pâtissier; on en volt qui ont la forme d'un cœur, d'autres celle d'un bœuf couché.

On voit aussi fabriquer une çspÈce de macaroni ; deux ouvriers s'occupent de cette confection. L'un remue la pâle avec une grande cuillère

pointue, l'autre semble la manier avec deux petits bâtons (fig. 107). Un peu plus loin on voit préparer le four, déposer les gâteaux, etc»

On a retrouvé à Pompéi plusieurs moules à pâtisserie. Ils sont tous en bronze et travaillés avec une certaine élégance. La plupart di temps ils présentent la forme d'une coquille, comme le montre la figure 108. Il y en a un pourtant qiii est pourvu de deux anses et décoré au milieu par une tête humaine. C'est d'ailleurs le seul parmi les moules à pâtisserie découverts jusqu'à ce jour qui présente ce genre de décoration ; nous le reproduisons figure 109.

On employait généralement des hommes pour faire la cuisine, mais les femmes s'occupaient du dessert et de la pâtisserie. Nous lisons dans une comédie perdue de Ménandre le passage suivant cité par Athénée : « Ma fille, que veux-tu? sans doute que tu es venue ici pour le service? — Oui certes ; c'est nous qui faisons toutes les pièces des desserts ; nous avons passé la nuit et il nous reste encore beaucoup de choses à faire. »

Les bouchers. — Tout le monde connaît au Louvre la jolie statuette connue sous le nom d'écorcheur rustique. Elle représente un homme déjà âgé et couvert d'une peau de bête comme on dit que les Scythes en portaient; il est occupé à écorcher un chevreuil suspendu à un tronc d'arbre par les pattes de derrière (fig. 110).*

Quelques groupes analogues se voient aussi dans d'autres collections. Ainsi, un groupe du musée de Naples représente un homme ccorchant uu sanglier dans une chaudière, tandis qu'un jeune homme courbé près de lui attise et souffle le feu sous la chaudière.

Martial, dans une épigramme contre un de ses détracteurs, s'écrie, après avoir critiqué son adversaire : « Que je meure s'il n'y a pas plus de finesse et d'instinct dans la pécore dont un boucher sanglant traîne de rue en rue les intestins pendants, les pieds allongés et le vieux poumon putréfié, l'effroi de tous les nezl » Un énorme chien accompagnait ces marchands de viande qui portaient des tripes pendantes après un grand cerceau au-dessus de leurs têtes.

Les héros d'Homère mangent 'presque toujours la viande rôtie ou grillée, mais les Égyptiens mangeaient aussi volontiers de la viande bouillie que de la viande rôtie; aussi nous voyons l'importance que prend la marmite dans une cuisine égyptienne. Pour chauffer l'eau et faire bouillir la viande on se servait ordinairement de fagots de bois, mais le charbon était préféré pour la viande rôtie.

On avait l'habitude de faire cuirela viande aussitAIqueVanimal était tué ; cet usage tenait sans doute de la difficulté qu'on avait pour garder la viande dans un climat aussi chaud que TÉgypte. C'est ainsi que Joseph donne l'ordre de tuer les bêtes et de préparer les viandes pour

le repas qu'il veut donner le jour même à ses frères ; en Egypte le principal repas se faisait à midi.

La Tigure 111 nous fait assister à la préparation des viandes dans une cuisine égyptienne. Dans te coin, un homme est en train de dépecer un bœuf dont il a soigneusement lié les jambes auparavant, selon l'usage égyptien. Les bouchers, en effet, avaient l'habitude d'attacher

gg L'INDOSTBIE.

les pieds de ranimai et de l'étendre à (erre avant de le frapper; on recueillait ensuite le sang dans des vases.

Aussil&t que l'animal était dépecé, les cutùniers (on remarquera que les femmes ne sont jamais employées à la cuisine) se livrent à des occupations différentes, suivant leurs attributions. Hais il ne semble pas qu'il y ait eu des bouchers spéciaux pour apprêter les viandes, et ranimai était apporté tout entier à la cuisine. Nous voyons aussi qu'on recueillait le sang de l'animal pour l'utiliser, sans doute en en faisantdes

FIg. 111. — Le* CDiûDlin igjpUani

sauces ; un ouvrier se livre à cette occupation. Un autre place la vian je dans le chaudron qu'il va mettre sur le feu ; voici maintenant le chaudron sur le feu qu'un homme attise, tandis qu'un autre semble écumer la marmite, ou du moins remuer la viande qui est dedans avec un instrument qu'il lient à la main.

Les pHÉPiBATEURs DES VOLAILLES. — Les Égyptiens étaient gTauds amateurs de volailles, et les oies du Nil, notamment, étaient un mets extrêmement recherché.

La décoration d'une tombe près des pyramides nous montre tous les détïils de la préparation et de la cuisson des volailles. La figure 112 nous offre trois personnages ; l'un est debout et apporte les volatiles qu'il a prises dans la basse-cour; le second, assis par terre, s'occupe de plumer l'animal, que le troisième est eu train de vider et d'apprêter. Cette figure nous montre des oies déplumées accrochées par le cou à une longue perche posée sur deux espèces de fourches : ces oies, que

nous voyons ainsi rangées, ne sont pas destinées & être mangées sur-le-

Fig. Ils. — PtépinlioD du foUiUe*.

(PsintuTS (fim tombeiD prti dsi pfiunldei.)

champ; on en fera des conserves et elles seront alors empotées dans

Pig. 113. — nifUttioa

des vases qui sont disposés à la file et posés sur une planche à côté des oies suspendues.

Fig. IH. — Cuinan de

La préparation des volailles est représentée sur la figure 113. Un homme est en train de plumer la bête, et un autre, qui tient un cou-

teau, est probablement occupé k vider une autre volaille qui est posée, sur une planche inclinée.

La cuisson des volailles fait le sujet de la figure llf|. Un homme prépare une oie, tandis que le cuisinier en introduit une autre dans un

prtpunnt 1« »pu.

chaudron ; prés d'eux est une table sur laquelle sont placés deux chaudrons qui sont déjà remplis. Enfin, sur la figure 115, nous voyons deux cuisiniers, dont l'un fait rôtir une oie embrochée.

Lft PHÉPARATiow DO POISSON. — Le poisson qui venait d'être pris

était aussitôt remis aux mains des porteurs qui devaient l'aller vendre

à la ville. Les petits poissons étaient généralement enfermés dans

un panier qu'on portait suspendu à une

perche, comme dous le voyons sur la

figure 116.

Mais il y avait quelquefois de très-grosses pièces; celles-ci étaient perlées à bras ou à dos d'homme, ou bien encore suspendues à une perche que deux hommes soutenaient sur leurs épaules, comme nous le voyons sur la figure 117.

Un pêcheur avait pris un turbot d'une grosseur si extraordinaire qu'on n'en avait jamais vu de pareil. Il alla l'offrir à Domitien. Le satirique Ju vénal nous raconte comment l'empereur convoqua de suiie les principaux personnages de Rome pour savoir comment on devait le faire cuire, car il n'y avait pas de plat assez grand pour le Contenir, u Quel est votre avis? demande l'empereur; faut-il donc le couper en morceaux? — Gardons-nous, répond Monlanus, de lui faire cet alfront ; que l'on fabrique un bassin assez profond et assez large pour le recevoir tout entier dans ses minces

Fig. lia.

parois. Ce grand œuvre exige l'art cl l'activité d'un taouveau Prométhée. Que l'on prépare au plus tôt et la roue et l'argile. A compter d'aujourd'hui. César, des potiers suivront toujours ton camp, s

Ainsi on aurait fabriqué un vase tout exprès pour ce mous- Irueux poisson. D'après Brongniart, ce vase ne pouvait avoir moins de six à sept pieds de diamètre.

Une partie des poissons servait à la consommation journalière et était envoyée de suite dans les villes pour y être vendus frais. Une autre partie, destinée à faire des conserves, était habituellement

- PiipmUoQ du polmin.

salée OU séchéc, et cette opération fait encore le sujet de plusieurs représentations. La ligure 118 représente des pécheurs apportant leurs produits à UQ homme assis qui prend les poissons l'un après l'autre, les appuie contre noe planche inclinée et les fend avec un instrument tranchant. Plus loin; on voit des poissons ouverts ou vidés, qui sont étendus, soit pour recevoir la salaison, soit pour être séchés au soleil.

Quelquefois les poissons sont coupés par la moitié et suspendus au grand air, ou bien le corps est simplement ouvert do la tète

lOS L'INDOSTRIE.

à la queue. Ailleurs, on voit du poisson qu'on empile ou qu'on prépare.

L'Egypte était trèa-abondamment pourvue de poissons d'eau douce. Les poissons de mer remontaient même quelquefois les didérentes branches du Delta, Mais les poissons de mer trouvaient rarement place sur les tables égyptiennes, parce qu'ils étaient réputés impuis, il se faisait en revanche une grande consommation de poissons dn Nil. La figure 119 nous montre des poissonniers à leur travail.

Les cuisihiebs. — Les cuisiniers égyptiens étaient lort estimés dans l'antiquité. Athénée rapporte à leur sujet l'histoire suivante : u Les

Pig. 130. — Uns cuiiiiia égj-pljcone itm la gude-ntnger. (D'zpiii tue peiElaiedn lombMu da Ramiès m, t Thèbei.)

Égyptiens marchant armés contre Ochus, roi de Perse, furent vaincus et le roi d'Egypte fait prisonnier. Ochus, le traitant avec humanité, l'invita à souper; le roi d'Egypte se mit à rire des somptueux apprêts, trouvant que le roi de Perse vivait mesquinement. « Prince, lui dit-il, a si vous voulez savoir comment doivent se traiter des rois vraiment « heureuK, permettez aux cuisiniers que j'avais ci-devanl de vous préu parer un souper égyptien. » Ochus l'ayant permis, le repas fut pré* paré. Ochus, quoique très-satisfait, db put s'empêcher de lui dire : i( Que le ciel te confonde, méchant que tu es I toi qui as abandonné de n pareils soupers pour nous enlever nos repas, si médiocres à tes yeux. » La figure 120, tirée du tombeau de Ramsès III, à Thébes, montre les préparatifs d'un repas. On voit piler des ingrédients placés dans un

LXDUSTRIES ALIMENTAIRES. 103

grand mortier; une partie très-endommagée de la peinture laisse encore voir dans la môme scène un homme qui prépare des pâtes. Mais ce qu'il y a de caractéristique dans la représentation de cette cuisine, c'est le garde-manger. Des anneaux étaient suspendus au plafond et on y passait des cordes pour soutenir les comestibles.

Malgré leur goût effréné pour les mets excentriques et délicats, les anciens se laissaient quelquefois tromper par l'adresse des serviteurs chargés de satisfaire leur passion. On peut en juger par la manière dont Euphron le comique, cité par Athénée, fait parler un cuisinier dans une de ses pièces : a Je suis élève du fameux Sotéride, cuisinier de Nicomède, roi de Bithynie. Ce prince étant à douze journées de la mer désira manger d'un petit poisson qu'on appelle aphye. Sotéride, au milieu de l'hiver, lui en servit une si délicate que tout le monde en publia la bonté. Mais comment cela fut-il possible? Sotéride prit une longue rave, la coupa en très-petits morceaux, imitant de son mieux la forme de l'aphye; la faisant alors frire dans l'huile, il y mit le sel convenable, la saupoudra avec la graine de douze pavots noirs, et parvint ainsi à satisfaire les désirs du roi, qui était sur les confins de la Scythie. Au reste, Nicomède, après avoir mangé sa rave, vanta beaucoup à ses amis Texcellence de l'aphye. Un poète et un cuisinier se ressemblent bien ; c'est le génie qui fait Tàme de leur art particulier. »

Plaute met souvent des cuisiniers en scène; dans PAïUulaire, un chef de cuisine parle ainsi à ses aides : « Dromon, nettoie les poissons; toi, Machéron, fends le dos à ce congre et à cette lamproie ; et qu'on se dépêche, qu'il ne reste pas un os à mon retour. Je vais demander une tourtière à Congrion, ici à côté; quant à toi, si tu as un peu d'esprit, tu me plumeras ce coq aussi ras qu'un pantomime épilé. »

Quand les cuisiniers devinrent des personnages importants dans la société, il y eut naturellement des gens appartenant à la classe aisée qui se mirent non-seulement à disserter sur la cuisine, mais encore à en faire pour leur plaisir. C'est surtout parmi les philosophes de l'école de Cyrène qu'on trouve ce goût, qui chez quelques-uns devint une passion absorbant la vie entière. Le philosophe Aristippe avait fondé à Cyrène une secte enseignant que la volupté est le but suprême de la vie. Dans une pièce d'Alexis, citée par Athénée, un esclave s'exprime ainsi : a Mon maître s'occupa autrefois de l'éloquence. 11 y avait alors à Athènes un sophiste cyrénéen (Aristippe) fort spirituel; mon maître lui donna un talent et devint son disciple. Il apprit fort peu de choses de son art, mais il attrapa au moins quelques bons avis sur la cuisine. »

104 L'I^rDUSTRIB.

Un autre philosophe de la même secte arrosait chaque jour ses laitues arec du vin miellé, et les cueillant de grand matin, il disait que la terre lui envoyait des gâteaux verts. Il s*appeiait Aristoxène et on a donné son nom à certains jambons pour lesquels il avait trouvé un assaisonnement particulier.

La foire aux cuisinikiis. — Toutes les grandes maisons étaient pourvues d*un cuisinier en chef et de tout le personnel qui travaillait sous ses ordres. Mais les personnes moins opulentes et qui ne pouvaient pas se payer un pareil luxe en permanence avaient pourtant à donner un grand festin dans certaines occasions. Par exemple, Tanniversaire du jour de la naissance était considéré comme une très-grande fôte de famille, et il eût été du plus mauvais goût de ne pas réunir ce jour-là à table ses parents et ses amis. D'autres fois, c était un hôte qui arrivait subitement de voyage et qu^on voulait héberger, ou bien des amis qui arrivaient escortés de leurs ombres et qu'il n>ût pas été poli de renvoyer sans les avoir fait copieusement souper.

Le maître de la maison aurait pu se trouver dans un très-grand embarras, faute d un nombre sufOsant de domestiques pour faire le service, ou surtout d'un cuisinier capable de r^ler convenablement ses invités. Pour obvier à cet inconvénient, il y avait, à côté du marché, une place qu*on appelait la place aux cuisiniers. Quand on avait besoin subitement de faire un festin pour lequel on n'était pas préparé, on allait chercher ses provisions au marché et on ramenait en même temps un cuisinier.

Les cuisiniers sans emploi allaient se poster là et attendaient que quoiqu'un vint les arrêter, soit pour leur donner une position fixe dans la maison, soit pour les louer à la journée. Dès qu'ils apercevaient un client, ils s'approchaient de lui et faisaient leurs offres de service. On débattait alors le prix, et le cuisinier ne manquait pas de faire valoir ses talents.

Plante nous a laissé, dans une de ses comédies, le modèle d'un boniment adressé par un cuisinier au client qui vient l'arrêter : « Le eutsinier. — Écoutez, quand on vient chercher un cuisinier, personne ne demande le meilleur et le plus cher; on choisit plutôt celui qui coûte le moins. C'est pour cela qu'aujourd'hui j'étais tout seul à attendre sur la place. Les autres vont en ville pour une drachme; mais moi, on ne peut me faire lever à moins du double. Je ne dresse pas un dîner commo ces marmitons qui vous apportent sur les plats un pré accommodé»

prennent les convives pour des bœufs, les bourrent d'herbes, assaisonnent ces herbes avec d^autres herbes, mettent de la coriandre, du fenouil, de l'ail, du persil, délayent une bonne livre de laser, mettent le tout avec leur infernale moutarde pilée, qui, tandis qu'on la pile, vous fait pleurer les yeux. Qu'ils gardent pour eux leur cuisine. Ils n'assaisonnent pas avec des épices, mais avec des vampires qui rongent les entrailles des convives tout vivants. Voilà pourquoi de notre temps on vit si peu ; on se farcit l'estomac de ces maudites herbes dont le nom seul fait peur et qu'on frémit de manger; les bétes n'en veulent pas, les hommes les avalent... Pour moi, je peux le dire hardiment : ils sont capables d'aller jusqu'à deux cents ans, ceux qui mangent des mets de ma main. Quand j*aî mis dans mes casseroles du cicilindre, du cipolindre, de la macis ou de la sancaptis, cela cuit de soi-même. Cela, c'est pour assaisouner le gibier de Neptune; pour le gibier de terre, je t'assaisonne avec du cicimandre, de Thappalopsideou de lacataractrie... Quand les casseroles bouillent, je les découvre, et le fumet s'envole au ciel à toutes jambes. C'est de ce fumet que Jupiter soupe tous les jours. — Le maître. — Du fumet à toutes jambes I — Le cuisinier. — La langue m'a fourché, je voulais dire à tire-d'aile. — Le maître. — Va te pendre; et c'est avec de pareilles menteries que tu crois tirer de moi aujourd'hui deux drachmes? — Le cuisinier. — Je suis un cuisinier trèscher, j'en conviens, mais j'en donne pour l'argent, et l'on voit ce que je sais faire dans les maisons où Ton m'emploie... »

Il parait toutefois que ce vantard n'avait pas tout le talent qu'il s'attribuait, car le maître qui l'a arrêté dit un peu plus loin : a ... On dit la place aux cuisiniers, c'est une sottise ; ce n'est pas la place aux cuisiniers, c'est la place aux voleurs. Quand j'aurais fait serment d'acheter un pire marmiton que celui que j'amène là, je n'aurais pu le trouver; bavard, vantard, bête, propre à rien; si Pluton ne l'a pas encore voulu recevoir, c'est pour qu'il y ait ici un drôle qui cuisine pour les morts... »

Les approvisionnements. — Nous avons vu comment on pouvait trouver un cuisinier de louage lorsqu'on en avait besoin. Nous allons voir maintenant où on pouvait se procurer des approvisionnements. Les boutiques de marchands de comestibles étaient beaucoup moins nombreuses que dans nos villes modernes, mais il n'y avait pas un petit bourg qui n'eût son marché où chacun pouvait à toute heure se procurer ce qui lui convenait. Au lieu de s'adresser à la boutique du boucher, du fruitier, du marchand de volailles ou de poissons, on allait au marin. 14

ché. Seulement, mais cela n'est pas particulier à Fantiquité, l'acheteur n'était pas toujours également satisfait de ses achats, et il exhalait alors sa bile contre les marchands qui avaient abusé de sa conûance. C'est une situation que les auteurs comiques ne pouvaient pas manquer d'exploiter, et Plaute, en particulier, ne s'en est pas privée Voici un passage de sa comédie des Captifs : a Pour les pêcheurs qui vendent au public des poissons pourris apportés sur de mauvaises rosses anguleuses, et dont l'odeur fait réfugier sur la place tous les flâneurs de la basilique, je leur casserai le mufle avec leurs propres hottes pour leur apprendre à empester le nez des gens. Les bouchers qui arrachent leurs petits aux pauvres brebis, qui promettent de l'agneau à leurs pratiques, et leur donnent de la viande de bêtes coriaces, qui font passer du bélier pour du mouton..., si je rencontre sur la voie publique un de ces béliers, je Tarrangerai de la bonne manière, lui et son maître. »

Pour éviter les disputes et les plaintes des clients, on avait institué des agents qui étaient spécialement préposés à la police des marchés. Toutefois, si nous en croyons Apulée, le public n'y trouvait pas toujours son compte». Voici en effet une histoire tirée des Métamorphoses de Pane :

(( En allant au bain, je me dirigeai vers le marché afin de pourvoir préalablement à notre souper; j'y vis de magnifiques poissons qui étaient à vendre, et après avoir marchandé j'eus pour vingt deniers ce qu'on voulait me vendre cent écus. A l'instant même où j'en sortais, je rencontrai un certain Py théas, qui avait été mou condisciple à Athènes. « Qu'est-ce que ceci? lui dis-je. Je vous félicite; vous avez des huis- « siers, des faisceaux, tout le train d'un magistrat. — Je suis, dit-il» <( chargé de ce qui tient aux approvisionnements, en qualité d'édile. Si (( vous désirez quelque bon morceau, je vous le procurerai facilement. )> Je le remerciai, attendu que j'avais déjà suffisamment pourvu au repas par l'achat de mon poisson.

« Mais Py théas avait aperçu mon panier; il secoua les poissons pour mieux les examiner. « Qu'est-ce que ce festin? Combien avez-vous payé a cela? — J'ai eu, lui dis-je, toute la peine du monde à les arracher à un « pêcheur pour vingt deniers. » Quand il eut entendu ces mots, il me saisit aussitôt par la main, et me ramenant de nouveau dans le marché aux comestibles : a Lequel de tous ces marchands, dit-il, vous a vendu « cela? c'est se moquer du monde, i Je lui montrai un petit vieillard assis dans un coin. A l'instant, en vertu de ses prérogatives d'édile, il l'apostropha de la façon la plus dure : « Vous ne finirez donc jamais de

a rançonner ainsi les étrangers ? Pourquoi vendre si cher de misérables ce poissons? Cette ville, fleur de la Thessalie, vous la rendez, parle prix c( de vos denrées, aussi déserte que le rocher le plus sauvage. Mais vous « me le payerez. Et toi, ajouta-t-il, tu vas apprendre comment, sous (( mon administration, il faut que les fripons soient tancés. » Alors, répandant la bourriche sur le pavé, il ordonna à l'officier qui le suivait de marcher sur les poissons et de les écraser tous avec ses pieds. Se contentant de cet acte de sévérité, mon ami Pythéas m'engagea ensuite à me retirer: (( Cher Lucius, me dit-il, je veux bien me contenter de tt l'affront éclatant qu'a reçu ce vieux bonhomme. » Consterné et tout stupéfait de cette scène, je repris la route du bain, privé, grâce au zèle administratif qu'avait déployé mon très-sage condisciple, et de mon argent, et de notre souper. »

Les ustensiles de cuisine. — Pour bien se rendre compte des industries alimentaires de Tantiquité, il faut d'abord s'efforcer de connaître les ustensiles que les anciens avaient à leur disposition pour la préparation des aliments. Les documents que nous pouvons consulter à cet égard sont de deux sortes : les textes des auteurs et les représentations graphiques. En étudiant les textes, nous y trouvons une foule de termes techniques dont les auteurs anciens n'ont pas cru utile de donner une explication raisonnée, attendu qu'ils étaient connus de tout le monde, et que les traducteurs modernes interprètent chacun d une manière différente, parce qu'ils ne peuvent avoir une idée bien nette de l'objet dont l'auteur qu'ils traduisent a voulu parler. Si, au contraire, nous voulons examiner les représentations graphiques, nous nous heurtons à une difficulté inverce -, nous ne connaissons pas toujours l'usage des objets dont nous voyons la figuration, et ils sont quelquefois pourvus d'un mécanisme qui nous échappe.

C'est donc surtout par l'analogie que des ustensiles anciens présentent avec ceux dont nous nous servons que nous pouvons juger de leur emploi, et cette méthode est d'autant plus rationnelle que, malgré les prodiges culinaires dont parlent les auteurs anciens, il ne semble pas, d'après les monuments, qu'il y ait une différence bien notable dans Toutiliage. A l'exception du fourneau, qui était ordinairement remplacé par un trépied ou un brasier, à l'exception surtout de quelques objets qui ne répondent à aucune de nos habitudes, il est probable qu'un cuisinier de bonne maison ne se trouverait pas trop dépaysé en face des outils dont on se servait dans Tantiquité.

C'est Vulcain, !e dieu du feu, que les cuisiniers invoquaient de préférence aux autres divinités. Dans une petite pièce de l'Anthologie, un cuisinier lui fait hommage des instruments de son travail : a Des cou-^ teaux tranchants qui ont coupé le cou à bien des bêtes, des soufflets dont le vent attise la flamme, une passoire à mille trous, un trépied, pont jeté sur le feu, un gril à poser les viandes, l'écumoire qui soulève le dessus de la graisse, une fourchette aux doigts de fer; tout cela, ô dieu boiteux, Vulcain, le cuisinier Timasion te le consacre, étant comme toi privé de l'usage de ses jambes. » Il faut noter en passant que la fourchette aux doigts de fer dont il est ici question s'applique à un ustensile de cuisine et non à un ustensile de table. Car, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, il parait extrêmement probable que les anciens ne connaissaient pas Tusage de nos fourchettes de table.

Plusieurs fragments rapportés par Athénée, et tirés de comédies perdues aujourd'hui, nous présentent une énumération des principaux ustensiles de cuisine. En voici un : « Comme il ordonna de nommer les ustensiles de cuisine, voici ceux qu'on rappela : un trépied, une marmite, un chandelier, une grugoire, un marchepied, une éponge, une chaudière, une jatte^ un mortier, une burette, une corbeille de jonc, un grand couteau, un plat, un gobelet, une lardoire. » D'autres outils sont cites dans un autre fragment de comédie : « Apporte une cuillère, douze brochettes, une fourchette, un mortier, une râpe à fromage, un rouleau, trois petites gondoles, un couteau à écorcher, quatre hachoirs ; mais, scélérat, va me prendre auparavant la marmite à l'endroit où on la serre. Quoi I tu ne viens pas I apporte aussi la grande hache. »

Les chaudrons. — Les chaudrons dont les anciens se servaient étaient en bronze et affectaient différentes formes. On en a retrouvé

Fig. 121. — Chaudron tans anse. Fig. 122. — CbanUron avec couvercle.

(Pompéi.)

plusieurs à Pompéi; la figure <21 nous montre un chaudron très-large par le bas et présentant dans la partie montante la forme d une pyra-

mide tronquée et percée en haut d'une large ouverture avec rebords.' L'ouverture est plus étroite dans la figure 122, qui présente un chau-' dron de forme ovoïde.

Nous trouvons un modèle très-différent dans le chaudron représenté figure 123. Ici le couvercle fait saillie sur le chaudron qui est

Pig. 123. — Chaudron. (Pompéi.)

pourvu de deux anses, en forme d'anneaux mobiles. Il est bon de noter que la base du chaudron est toujours arrondie et non pas plate comme celle des casseroles.

Les casseroles. — Parmi les ustensiles de cuisine trouvés dans les fouilles de Pompéi, il y a naturellement un certain nombre de cas-

Pig. 124.

Fig. 125.

Cau^rolet. (Pompéi^)

seroles. Elles ne diffèrent pas essentiellement par leur forme de celles dont nous nous servons. Généralement elles sont eu bronze, avec un

manche légèrement ciselé. Quelques-unes sont pourvues d'une e de bec destiné à verser le liquide.

Vie- lU- — ToDitiin. (Poaip4l.}

Les figures 12/| et 125 nous montrent des casseroles de bronze, et la figure 126 est probablement uce tourtière.

Les passoires. — On a trouvé à Pompéi plusieurs espèces d'écumoires en bronze. Ce sont de grandes cuillères plates servant à remuer.

Kig. in M

Pompai.

pendant qu'ils bouillaient, les légumes et les viandes, ou à les retirer du pot sans enlever en même temps le liquide; c'est pour cela qu'elles sont percées d'un grand nombre de petits troua, qui, la plupart du temps, sont disposés de manière à dessiner une sorte d'ornement (fig. 127eEl28).

On a également retrouvé des passoires : elles ne diffèrent que fort peu de celles que nous employons, comme le montre la figure 129 qui représente une passoire en bronze provenant de Pompéi.

Les fouilles de Pompéi ont mis au jour des ustensiles de diverses formes qui paraissent avoir eu pour destinatioD de faire cuire des œufs

Kg. 119. — Puuire

ou de les maintenir chauds au-dessus de la vapeur. Voici d'abord [lîg. 130) UD plat carré pourvu d'un manche, et dans lequel on faisait probablement ce que nous nommons communément des œufs sur le plat.

1^. lao.

Un autre plat à œufs, représenté figure 131, noua montre un système différent. Celui-ci est rond et contient environ trente œufs.

On a retrouvé des plats analogues dans le trésor de Hildesheim. Ces derniers sont en argent. Les anciens étaient très-amateurs d'œufs et savaient distinguer la supériorité de ceux de tel ou tel animal.

lis L'INDUSTRIE.

ËpseDÈIe, dté par Athéoée, dit : a Le premier rang appartient aux teuEs de paon ; le second à ceox d'oie, le troisième aux œufs de poules. »

Le sipboh. — LeB]^p(ieiis,quiétaient souvent obligés de transvaser, sans l'agiter et la troubler, l'eau duNil, qui laisse toujours un épais dépôt, ont été amenés de bonne heure à découvrir le siphon. On en trouve la représentation figurée sur plusieurs monuments, notamment sur une peinture de Thêbes (fig. 132), qu'on ratucbeàlaxviir dynastie,

ce qui prouve que dix-sept cents ans avant l'ère chrétienne le siphon était en usage parmi les Égyptiens. On y voit deux personnages de chaque c6té d'un meuble sur lequel sont placés des vases, où l'un des deux verse de l'eau. L'autre, que sa peau de léopard fait reconnaître pour un prêtre, porte dans sa bouche un tuyau pour y faire le vide, et dirige deux siphons dans un grand vase mis sur une table en face de lui.

Les bouilloires. — Les anciens faisaient un très-grand usage de boissons chaudes. Aussi on a retrouvé, en fouillant Pompéî, un nombre très-considérable de bouilloires. Elles sont toutes en bronze et leur forme est extrêmement variée. Néanmoins, les deux types que nous

INDOSTBIES ALIMENTAIRES.

reproduisons Qgure 133 et figure 13Z| peuvent être considérés comme répondant à la forme la plus généralement adoptée.

Bouillairei do bionia, Ironvia 1 Pompdl.

Les boissons fraîches. — Le goût des boissons chaudes, beaucoup plus répandu que chez nous, n'empêchait pas du tout l'usage des boissons fraîches répondant à peu près à nos glaces. Sous l'empire romain, on a employé toutes sortes de systèmes pour rafraîchir les liquides, comme on en employait pour les faire chaulTer. a Boire, non pas de la neige, dit Martial, mais de l'eau que la neige a glacée, c'est une invention de notre soif ingénieuse. » Mais, par un ralDnement singulier, cette eau qu'on faisait glacer avec de la neige n'aurait pas été réputée avoir bon goût si elle n'avait bouilli auparavant. « Tu ne bois d'autre vin que celui de Spolète ou des Marses; à quoi boa alors le luxe de cette eau gtacée aprls qu'elle a boailli ? »

Cette eau glacée après avoir bouilli revenait, à ce qu'il parait, assez cher, puisqu'on lit un peu plus loin dans une épigramme du môme auteur: « Esclave, ne mêle point a l'eau de neige les vins enfumés de Marseille, car l'eau te coûterait plus cher que le vin. ii Ce passage nous montre d'abord que le vin de Marseille était peu estimé, ensuite qu'on ne mêlait à l'eau de neige que des vins de première qualité; c'était donc une boisson à peu près exclusivement réservée aux riches. Il nous reste maintenant à expliquer de quelle manière on faisait le mélange.

Quand le vin était mêlé avec la neige dans un grand récipient, on le puisait avec un ustensile d'une forme particulière que reproduit

notre figure 135. C'est une espèce de grande cuillère à pot qui est double; celle qui est dans Tintérieur est percée de petits trous comme une passoire, et s'adapte parfaitement avec celle qui la contient. Les deux pièces ajustées ensemble n'en formaient en apparence qu'une seule; mais quand on enlevait la passoire, elle emportait toutes les impuretés déposées par la neige, et ne laissait dans le bol extérieur qu'un liquide parfaitement clair et épuré. Cet ustensile est en bronze» mais on en a trouvé d'analogues en terre.

Fig. 185. — Passoiro pour le Tin mêlé avec la noigo. (D*aprà8 un ustonsilo décoaTort â Pompéi.)

Les passoires à la neige parlent ainsi dans une épigramme de Mar* tial : (( Dompte dans notre neige le feu de tes vins de Sétie; quant aux vins inférieurs, des passoires de lin te suffiront. » Il y avait en effet des passoires de lin, qui étaient réputées ne pas valoir celles qu'on faisait en métal. Cependant le sac a neige, dans une autre épigramme, proteste de son mieux : u Le lin dont je suis fait sait clarifier la neige ; l'eau ne sort pas plus froide de ta passoire. »

LES TISSUS

Le filage. — Le tissage. — La toile. — Une manufacture de toile. — La laine. — Tissus divers. — Le blanchissage. — Le dégraissage. — La teinture. — La broderie. — La tapisserie. .

Le filage. — Dans l'antiquité, toutes les femmes filaient. En Egypte et en Asie, ce travail occupait un nombre immense de personnes, mais

Jt.ES TISSUS. 115

comme en Orient il a toujours été de bon ton de ne rien faire» les femmes opulentes regardaient CIcr les esclaves attachées à leur maison, sans prendre part à leurs travaux. Il n'en était pgs de même en Grèce, où, dans les plus grandes familles, les dames et les jeunes filles avaient à cœur de savoir faire elles-mêmes des vêtements qu'elles pussent offrir à leur époux ou à leur père. Cette différence dans les usages provoqua de la part d'Alexandre une assez singulière méprise que Quinte- €urce raconte ainsi : u Alexandre laissa à Suses la famille de Darius, et comme il reçut de Macédoine force belles robes à la mode du pays, ew quantité d'étoffes de pourpre, il commanda qu'on les donnât à Sisygambis avec les ouvriers qui les avaient faites ; car il honorait cette princesse comme sa mère et ne l'aimait pas moins tendrement que s'il eût été son fils. Il lui fit aussi dire que si elle trouvait ces ouvrages à son goût, elle pouvait les faire apprendre à ses petites-filles pour se divertir et en faire des présents. Mais la reine trouva cette proposition injurieuse, parce qu'il n'y a rien que les dames de Perse aient plus à contrecœur ni qu'elles tiennent à plus grande opprobre que de travailler en laine. Ceux qui portèrent ces présents, ayant fait entendre au roi que Sisygambis n'était pas satisfaite, il se crut obligé de lui faire des excuses. Il revint vers elle et lui dit : « Ma mère, cette robe que ce vous me voyez n'est pas seulement un présent de mes sœurs, c'est « aussi un ouvrage de lieurs mains. Par là vous pouvez juger que la a coutume des Grecs m'a trompé. C'est pourquoi, je vous supplie, ne c( prenez point mon ignorance pour un outrage. »

Lia quenouille et le fuseau, qui sont les instruments dont les femmes se servaient pour filer avant l'invention des machines, ont une origine

Fig. 136. — Quenouille égypiieune.

extrêmement ancienne, ou plutôt on ne connaît pas leur origine, car on en trouve la représentation sur les monuments de l'époque pharaonique. La forme de ces instruments a peu varié, et il a fallu toute la puissance des inventions modernes pour faire cesser un genre de travail qui s'est accompli sans interruption pendant des milliers d'années. Dans bien des provinces, chaque femme fabrique encore le fil dont

elle a besoin avec sa quenouille et son fuseau, mais on prévoit le temps où ces outils, si admirables dans leur simplicité, appartiendront au do< maine de l'archéologie.

La quenouille se compose d'un bâton de canne fendu en bant de manière qu'elle puisse s'ouvrir et former une sorte de corbeille dans

le égypUsnni

laquelle on plaçait la laine ou le lin qu'on voulait filer (fig. 136 et 137). On maintenait la laine à l'aide d'un anneau qu'on voit Ggurer dans ces quenouilles, qui sont de fabrication égyptienne.

Le fuseau est un petit bâton autour duquel le fil vient s'eiu'ouler par un mouvement de rotalion que la fileuse lui imprime. Quand la quenotiille est chargée, la ûleuse (fig. 138) tire avec la main gauche un certain nombre de fibres qu'elle fixe avec le fuseau. Ensuite elle fait tourner rapidement le fuseau entre le pouce et rinden, et le laisse pendre du côté gauche: ce mouvement roule et tresse les fibres en un fil qui ne s'interrompt plus, parce qu'il csl sans cesse renouvelé par de nouvelles fibres que la main détache de la quenouille à mesure que la tresse se forme. Quand le fil est asscx long pour que le fuseau soit presque à terre, on le roule autour et on recommence jusqu'à ce que le fuseau soit entièrement couvert de fil et qu'on puisse le mettre en pelote.

t- 138. — Plloiue.

Le tissage. — Le métier à tisser est aussi fort ancien, et la figure 139, qui reproduit une peinture égyptienne, montre la construction de ce métier, telle qu'elle a été pratiquée à peu près dans toute l'antiquité. Les métiers étaient généralement verticaus; au sommet on voit un cylindre en bois autuur duquel l'étoffe se roule au fur et à

LES TISSUS. HT

mesure qu'elle e3t fabriquée; il relie l'un à l'autre les deux montants du métier. Au bas est la baguette qu'avant le tissage on fait passer

Ml

Pig. 13t. — UMlsr 1 llwu isj^tina. >

alternativement en dessous et en dessus des Dis de la chaîne pour séparer l'ensemble en deux parties; au centre sont les lames qui tissent

en sens inverse les deux parties de la chaîne, de manière àlaisser passer la Davetie,

PfR. 141. — UétJilI

Un autre métier, d'une construction beaucoup plus élémentaire que le premier, est représenté sur un monument de Beni-Hassaos on y voit dos femmes occupées au tissage (fig. 140).

Les Romains se servaient quelquefois d'un métier qui n'est guère plus compliqué que celui que nous venons de voir en dernier lieu. Le métier de la magicienne Circé, dans les miniatures du Virgile du Vati* can, est représenté sur la figure 141. Ce métier, dans lequel les fils de la chaîne sont simplement attachés à une barre placée dans la partie supérieure, est probablement celui dont se servaient les paysans, et qui est cité par Gaton comme un des outils indispensables d'une ferme.

La toile. — « Les lins de l'Espagne citérieure, dit Pline le Naturaliste, se distinguent par leur éclat, avantage qu'ils doivent aux eaux d'un torrent qui baigne Tarragone. Ils sont d*une finesse admirable. Naguère, les lins de Zélia, ville de Galice, sur l'Océan, ont passé d'Espagne en Italie. Ils sont excellents pour les toiles de chasse. Le lin de Gumes, en Gampanie, forme des filets très-estimés pour les poissons et les oiseaux. On en fait aussi des toiles de chasse ; les toiles de Gumes enchaînent les efforts des sangliers et résistent même au tranchant du fer. J'en ai vu d'une telle finesse qu'elles passaient par un anneau avec tout leur appareil. Un seul homme portait de quoi entourer un bois. Ce n'est pas encore ce qu'il y avait de plus extraordinaire, car chaque fil était composé de cent cinquante brins. Julius Lupus, qui est mort préfet d'Egypte, possédait un filet de ce genre. Que ceux-là s'en étonnent qui ne savent pas que les Rhodiens montrent dans leur temple de Minerve une cuirasse d'Amasis, ancien roi d'Egypte, dont chaque fil est formé de trois cent soixante-cinq brins. Mucien nous a récemment attesté s'en ôtrc assuré par lui-môme. 11 ne reste plus que quelques parties de cette cuirasse, trop endommagée par les curieux.

<( L'Italie distingue encore les lins de TAbnizze; mais ils ne servent que pour les foulons. Il n'en est pas de plus blancs et qui ressemblent davantage à la laine. Celui de Cahors est le plus renommé pour les matelas. Ces matelas, ainsi que les lits de bourre, sont une invention des Gaulois. En Italie, on couchait sur des paillasses, et l'usage a conservé jusqu'à ce jour le nom de stramentum, jonchée de paille. »

Une manufacture de toiles. — Il est difficile de savoir à quelle époque a commencé la fabrication des tissus de lin, mais les Égyptiens étaient renommés pour leurs toiles et les produits de leurs manufactures s'exportaient chez les nations étrangères. Il s'en faisait d'ailleurs dans le pays môme une très-grande consommation, car, outre les be-

Boins journaliers des habitants, les bandeletleB de momies auraient suffi pour en absorber une quantité énorme.

MM

Les peintures de Beni-Hassan nous montrent la manière dont on préparait le lin dans l'ancieûDe fgjpte. Nous voyons d'abord pour la

préparation du travail un homme qui gravit les échelons qui conduisent à la fosse où le lin est trempé {fig. 142); il apporte de l'eau dans des

Pig. 144.

pots de terre. Après cette première opération, on bat le lin avec des espèces de maillets (Hg. 1^3], et «près cela on le file et on tourne le fil en corde (fig. 144). Pline noua dit en effet : « Avant que de tisser le lin, on le broie et on le réduit ù la souplesse de ta laine. »

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Li LtisK. — > La laÔK la [tl.i9 «sôm-ée, £l Pfine le !<[atiiralnie, est ceUe de li KMiU«, pais ceil« qs'^a lotie m iia«Be grecque et que panoat ailleon oo appelle italique. Les toisias de Btilet sont

au Iroisiëme rang. La laine apulienne est courte, on la réserve eiclnsivement pour les habits qu'on nomme penula. Celle de Tarente et de Canusium est la plus parfaite. Laodicée, dans l'Asie, en produit de la même qualité. Nulle n'efface par sa blancheur celle des bords du P6, et

LES TISSUS

jusqa'ici la livre n'a jamais excédé le prix de cent sesterces (22 fr. 50). La toDte des brebis n'est pas d'un usage universel. 11 est encore des pays où l'on arrache la laine. Les conleurs des toisons sont infiniment variées. Les noms même nous manquent pour les désigner. L'Espagne en produit de plusieurs sortes qu'on emploie dans leur état naturel- Pollentia, au pied des Alpes, est renommée pour ses toisons noires. On distingue les toisons rouges de l'Asie et de la Bétique ; les fauves de Canusium et les brunes do Tarenie. Les laines qui conservent leur suint ont toutes des propriétés médicinales, a

Fig. 147. — Pauleut de drap.

Deux bas-reliefs gallo-romains, du musée de Sens, ont trait à la fabrication des tissus. L'un (rig. lf|6) montre un ouvrier muni de ciseauï de grande dimension et occupé à tondre une pièce de drap ; l'autre représente le fouleur de drap piétinant dans une cuve de forme carrée (Ag. 1471.

Tissus divers. — Nous avons, au musée égyptien du Louvre, plusieurs fragments d'étoiïes et de vêtements trouvés dans les tombeaux. H Une sorte de tunique teinte en rouge, dit M. de Bougé, et une autre teinte en jaune, sont des échantillons des belles teintures antiques.

D* autres beaux fragments sont de nuance rouge ou orange ; toutes ces couleurs sont teintes sur laine. Les galons et les broderies présentent des rapprochements curieux avec ceux qui sont encore en usage dans l'Orient. Les étoffes transparentes, sorte de mousseline grossière» servaient aux premiers vêtements des hommes et' des femmes, comme nous l'enseignent les peintures. Le lin est sans exception la matière de ces étoffes ainsi que des belles toiles de momies. On n'a retrouvé en Egypte aucun tissu de coton. »

Cette assertion si catégorique du savant égyptologue n'a pas toujours été admise, et plusieurs archéologues ont prétendu que le coton était connu des anciens Égyptiens, et n'était autre que le byssiu des auteurs anciens. Quand Joseph explique les songes de Pharaon, il reçoit, outre Tanneau royal, une tunique de byssus. Les écrivains anciens ont, après Hérodote, parlé très-diversement du byssus et on n'est pas d'accord sur la nature de cette substance. Les uns ne voient là qu'une espèce particulière de lin, tandis que d'autres y ont vu le produit d'un arbuste implanté de l'Inde. Hérodote parle en effet d'un arbre qui pousse en Inde et produit une espèce de laine, et Pline parle d^un arbre du même genre qui, de son temps, était cultivé en Egypte. Champollion-Figeac en conclut que le byssus n'est pas autre chose que le coton; mais cette opinion, qui a été admise fort longtemps, est aujourd'hui abandonnée, et l'opinion des savants a donné raison à M. de Rougé.

La laine des Égyptiens semble avoir toujours été filée à la main, et le fuseau est représenté dans plusieurs peintures montrant des manufactures; ce sont toujours des femmes qu'on voit filer, mais les hommes sont aussi employés à la broche et au métier.

Malgré les échantillons que possèdent nos musées, c'est surtout par l'inspection des momies et des peintures qui décorent les hypogées qu'on peut se rendre compte des dessins qui ornent fréquemment les tissus égyptiens. Les monuments de la Nubie, qui nous montrent en général des figures plus courtes et plus trapues que celles qu'on voit en Egypte, fournissent de nombreux documents sur les étoffes à dessins que les grands personnages portaient dans l'ancienne Ethiopie et dans l'Egypte méridionale.

Le blanchissage. — Nausicaa, la fille du roi des Phéaciens, lavait elle-même son linge, et il est probable que dans les temps héroïques les ûlles et les femmes des personnages les plus opulents se livraient à cette besogne; cela n'a du reste rien de bien surprenant» si l'on

LES TISSUS. 123

songe qu'à la môme époque les fils de rois, comme Paris, étaient de simples bergers. Dans toute l'antiquité, le linge se lavait dans la maison, et il ne paraît pas avoir existé d^établissement analogue à ceux de nos blanchisseries. Les personnes en voyage faisaient probablement laver leurs vêtements dans les maisons où elles descendaient. Malheureusement, ni Hérodote, ni Pausanias, ni aucun des auteurs anciens qui ont parlé de voyages, ne nous ont laissé de détails sur ce sujet.

Pig. 148. — Machine â gaufrer.

Un instrument trouvé dans un tombeau égyptien, et qui est au musée de Florence, rappelle par sa forme les machines à gaufrer des blanchisseuses (fig. l/(8). Le gaufrage implique le repassage, et cependant on n*a pas retrouvé d'outils qui aient pu être employés comme nos fers à repasser. 11 est d'ailleurs notoire qu'en Grèce le linge était séché après avoir été tordu, mais qu'il n'était pas toujours repassé, car les petits plis produits par la torsion sont visibles sur plusieurs monuments.

Le DÉGRiissAGE. — Lcs foulons ou nettoyeurs d'étoffes formaient en Italie une corporation importante. Les anciens ne connaissaient aucun de nos procédés mécaniques pour la fabrication, et toutes les opérations du cardage, du dégraissage, du blanchissage, du foulage et de l'apprêt des draps se faisaient à bras d*homme. Les établissements de foulons étaient extrêmement nombreux, et celui qui a été retrouvé à Pompéi restera, malgré son état de dégradation, comme une des découvertes les plus intéressantes qu'on ait faites sur l'industrie des anciens. Il faut d'abord voir comment était disposé cet établissement.

L'entrée de rétablissement est marquée en D sur le plan (fig. 149). Quand on a passé la porte, on laisse à gauche la loge du portier; le bâtiment B, qui est à droite, paraît avoir été l'habitation particulière du maître de la maison. Contre le mur de ce corps de logis, on trouve un petit appentis dans lequel était probablement un surveillant. L'atrium A, dont nous donnons l'état actuel dans la figure 150, était décoré de peintures de tous les côtés. En C, nous trouvons une pièce assez vaste qui servait probablement à faire sécher les étoffes. Au fond de l'atrium

L']>DUSTRIE.

soDt des réservoirs pour laisser tremper les étoiles; on trouve près de là uae porte de sortie donaaDt sur une autre rue.

Plg. Ua. — Plan ds U tUUaiiiu.

Le manufaclurier qui possédait cet établissement a eu l'heureuse

idée de le faire décorer de peintures qui retracent différentes scènes se rattachant au travail qu'on y exécutait. Dans la ligure 151, nous

LES TISSDS. m

voyons des ouvriers placés dans des espèces de niches situées près des réservoirs dont nous avons parlé. Dans chacune do ces niclies était

une cuve dans laquelle l'ouvrier a les jambes enfoncées. Il piétine sur les étoffes placées au fond de la cuve pour en enlever les saletés.

Une autre opération est représentée sur la figure 152. Ici un ouvrier est occupé à carder une étofTc blanche bordée d'une bandelette rouge qui serpente sur les bords. Derrière lui, un autre ouvrier porte

un mannequîn d'osier, destiné probablement à faire sécher les étoffés ou à les exposer à une vapeur de soufre. Dans le coin du tableau, une femme assise remet une pièce d'étoffe à une petite fille debout devant elle, et semble lui donner des instructions.

Fig. 158. — Pressoir de la fallonica.

Le pressoir (fig. 153) diffère peu de ceux qu'on emploie encore aujourd'hui pour des usages analogues. Il est mis en mouvement par une vis serrant Tune contre l'autre deux planches entre lesquelles on mettait les pièces d'étoffes qui devaient être serrées et aplaties.

La teinture. — La teinture des tissus a été pratiquée dès la plus haute antiquité. Elle était une source de richesse pour les villes phéniciennes. Tyr et Sidon, notamment, avaient des teintureries qui occupaient un très-grand nombre d'ouvriers, et les produits de leurs établissements s'exportaient dans toutes les contrées que baigne la Méditerranée.

Pline nous donne quelques renseignements sur la fabrication des teintures de pourpre : « La meilleure pêche des pourpres, dit-il, se fait après le lever de la canicule, ou avant le printemps ; car lorsqu'elles ont rendu l'espèce de cire qu'elles contiennent, leur suc est trop fluide.

LES TISSUS. 1S7

Cest ce qu'on ignore dans les ateliers de teinture, bien que ce soit un point important. On ôte ensuite à la pourpre la veine dont il a été question, et on y ajoute vingt onces pour chaque quintal. On laisse macérer cette liqueur pendant trois jours; plus elle est nouvelle, plus elle a de force. Ensuite, on la fait bouillir dans des vases de plomb, jusqu'à ce que cent amphores soient réduites à cinquante livres (c'està-dire à un seizième environ) ; après quoi on la recuit dans un four-y neau long, à une chaleur modérée. Après avoir écume les chairs qui tenaient aux veines, on procède à l'essai de la liqueur... A cet effet, on y trempe de la laine bien lavée; la couleur qu'on cherche à obtenir est le rouge foncé. On laisse ensuite la laine s'imbiber pendant cinq heures... Le buccin ne s'emploie pas seul, car il se déteindrait; mêlé avec la pourpre marine, il donne cette teinte sombre alliée au brillant de l'écarlate. En employant cinquante livres de laines, deux cents livres de buccin, cent dix livres de pourpre marine, on obtient une très-belle couleur améthyste... La pourpre tyrienne la plus estimée est celle qui a la couleur du sang caillé et qui est noirâtre par réflexion. C'est pourquoi Homère appelle le sang purpurin. »

Un grand nombre de coquillages, qu'on trouve sur plusieurs côtes, fournissaient un suc appelé pourpre ; il y en avait de différentes couleurs. Le plus beau noir se faisait avec les coquilles de l'Atlantique ; le plus beau violet avec celles qu'on trouve sur les côtes d'Italie et de Sicile, mais les coquilles de la Phénicie donnaient le rouge ponceau le plus estimé, et les anciens en faisaient tant de cas que le nom de pourpre a été attaché inséparablement à cette couleur. Les étoffes teintes de Tyr, et surtout les tissus de laine, furent dans toute l'anti* quité l'objet d'un commerce immense.

Voici ce qu'en dit Aristote : « Les pourpres naissent vers l'époque du printemps. Ces animaux se réunissent en groupes compactes, formant une sorte de ruche. Ils construisent cette ruche avec une matière muqueuse, où se développent leurs petits. 11 y a plusieurs espèces de pourpres : les unes sont grandes, comme celles qu'on trouve autour du Sigeum et du Lectum, les autres petites comme celles qu'on pêche dans l'Euripe et aux environs de la Carie. Celles qui vivent dans les golfes sont grandes et rudes d'aspérités ; la plupart ont un pigmentum ou fleur noire, quelques-unes l'ont rouge et en petite quantité. Celles qui naissent près des côtes sont petites, mais presque toutes à fleur rouge. On les pèche dans la saison où elles construisent leurs ruches. On n'en prend point à l'époque de la canicule; elles se cachent alors.

Leur tissu est dense et a l'aspect d'une membrane blanche qu'on enlève. Quand on le presse, il teiut et colore la main. Ce qui parait être la fleur {pigmentum) s'y rattache comme une veine, le reste est de matière terreuse. Au moment où les pourpres font leurs ruches, leur fleur est de très-mauvaise qualité. Les petites, on les brise avec leurs coquilles, car il n'est pas aisé de les en retirer ; quant aux grandes, on retire la coquille pour enlever la fleur. A cet efifet, on sépare l'un de l'autre le cou et le pavot (c'est-à-dire la partie antérieure et la partie postérieure), car la fleur est située entre ces deux organes, au-dessus de ce qu'on appelle le ventre. On a soin de broyer les pourpres vivantes, car dès qu'elles meurent elles rejettent la fleur. Cest pourquoi ou les conserve dans des filets jusqu'à ce qu'on en ait poché une assez grande quantité pour procéder \ l'opération. »

Suivant Pollux, les Phéniciens pochaient la phurpre en jetant à la mer de longues cordes auxquelles étaient attachés des paniers enferme de cloche cl disposés par rangée. On y attirait l'animal au moyen d'un appât, et une fois qu'il y était entré, il n'en pouvait plus sortir. Ou faisait flotter les paniers au moyen de morceaux de liège.

« On a essayé, dit Pline le Naturaliste, de teindre le lin et de l'asservir, comme les étoffes, aux caprices de la mode. C'est ce qui a été vu pour la première fois dans la flotte d'Alexandre, naviguant sur Tlndus. Ses généraux et ses capitaines voulurent, dans un combat singulier, distinguer leurs vaisseaux par des signes différents, et les rivages s'étonnèrent en voyant ces voiles diversement colorées. Cléopàtre, suivant Antoine à Actium, vint et s'enfuit avec une voile de pourpre. Telle était la distinction du vaisseau amiral. Ensuite, ces voiles teintes furent employées dans les théâtres, seulement pour donner de l'ombre. Q. Catulus en fit le premier cet usage à la dédicace du Capitole. Le premier que l'on cite pour avoir couvert le théâtre de toiles fines est Lentulus Spinthcr, aux jeux Apollinaires. Après lui, le dictateur César couvrit le Forum entier, la rue Sacrée depuis sa maison, et la descente du Capitole jusqu'au temple; ce qui parut plus magnifique encore que ses combats de gladiateurs. La veille des calendes d'août, Marcellus, fils d'Octavie, sœur d'Auguste, étant édile, sous le onzième consulat de son oncle, fit tendre des toiles sur le Forum ; ce n'était pas pour une célébration de fête, mais seulement pour la commodité des plaideurs. Combien les mœurs étaient changées depuis Caton le Censeur, qui aurait voulu que le Forum fut semé de coquilles de murex I De nos jours, des voiles couleur de ciel, parsemées d'étoiles, ont été tendues

LES TISSDS. J»

sur des câbles dans l'amphithé&tre de Néron. Celles qui ombragent nos coars, et qui garantissent la mousse des ardeurs du soleil, sont teintes en rouge. Néanmoins, la couleur blanche a toujours conservé la prééminence ; elle éteit en honneur dès la guerre de Troie. »

Les dbssiks des tissus. — Outre les teintures unies, qui étaient applicables à une înûnité de nuances diverses, les anciens ont fréquem-

ment employé les tissus enrichisdedessins.Les monuments de l'Egypte et de la Nubie fournissent à cet égard des documents très-nombreux ; les figures qui décorent les temples ou les hypogées sont vêtues avec des étoffes rayées, quadrillées, k losanges, semées de fleurs, etc. (fig. ISA et 155).

Malheureusement il n'existe aucun texte ancien pour commenter et

, expliquer les figures égyptiennes, en sorte que nous ne connaisaona

pas exactement le mode de fabrication de ces tissus. L'absence complète

de plis peut indiquer une âtoiïe trèft-forte, puisqu'elle se tient absolumenL, . droite ; mais elle pourrait aussi provenir de l'iaeipérience des artistes, qui ne savaient peut-être pas rendre tes plis en même temps que les dessins de l'étoffe.

Des tissus du même genre, et également pourvus de dessins à granda ramages, apparaissent fréquemment sur les vases grecs, et ne sont pas davantage pourvus de plis; au reste, nous sommes porté à croire qae parmi les costumes représentés sur les vases, il y en a un grand nombre qui appartiennent à l'Orient, ou qui en sont au moins originaires. Pour les vêlements étoiles, rayés et à grands ramages, nous reoverroos aux figures 355 et 356, qui ont paru dans le tome 11.

Les costumes grecs sont en général plus simples, et le desûn de l'étolTe consiste généralement en une simple bordure. Nous n'avons pas du reste à nous étendre ici sur le dessin des tissus dont nous avons déjà présenté un grand nombre de modèles dans notre chapitre sur le costume.

La broderie. — C'est dans les monuments égyptiens qu'il faut chercher les plus anciens documents sur la broderie. Non-seulement

Kg. 1S8. — Biodaii* tg/pUeuiis.

on voit des broderies sur les peintures, mais nos collections eu renferment plusieurs qui sont encore existantes.

Pendant l'expédition d'Egypte, une tunique trouvée dans les tombeaux de Saqqarah a été apportée en France par le général Reynier; elle a fait ensuite partie de la bibliothèque de l'instiiut. Cette tunique.

LES TISSUS

d'un tissu trùs-fin, parall avoir appartenu a un personoago de dislinotion. Elle est enrichie de brodyries de diverses couleurs, qui ornenl le

tl^^^^^^^H^HIH^H^^^^^BP

col, les manches, et la partie inférieure du vêtemeDl. Ces ornemenls sont reproduits sur les figures 156 el 157.

Les monuments assyriens nous montrent également des broderies

Flg. 158, — Ëloffu biodtn.

i rosaces et à franges. La' figure liiS, qui représente un roi d'Assyrie, en moatre un exemple trës-iaiéressant.

La tapisserie. — Depuis les temps les plus reculés, on a fabriqué en Orient des tapisseries qui se suspendaient le long des murailles pour décorer les appartements, ou bien qui s'accrochaient d'une colonne h

l'autre, pour séparer une grande salle en plusieurs compartimenta et faire l'oIDce de nos cloisons légères. Les tapisseries se mettaient paiement devant l'ouverture des portes et pouvaient se relever en rideaux, comme nous l'avons montré tome II, fig. 652. L'usage des tapisseries 8'est conservé pendant toute l'antiquité. Babylone, Ecbatane, Tyr et Sidon faisaient dans ce genre des ouvrages extrêmement renommés. Malheureusement il est souvent trèsdifficile de voir, dans les quelques mots que nous ont laissés les auteurs anciens, s'il s'agit d'une véritable tapisserie, d'un tapis, ou même d'un tissu brodé.

Les procédés divers de la fabrication ne sont décrits nulle part, en sorte qu'on en est réduit, pour ce fait, aux conjectures.

Le premier tapis fut sans aucun doute une peau de bête encore revâtue de sa toison ; mais dès qu'on eut connaissance de la navette, on acquit très-promptement le goût des tissus diversement colorés, et les tapis de pied, aussi bien que les tentures, doivent avoir été employés antérieurement peut-être aux véritables meubles. Nous voyons encore aujourd'hui des populations nomades, vivant BOUS la tente, et n'ayant aucune notion de l'architecture et du mobilier, posséder et fabriquer eux-mêmes des tapis et des tentures.

pig. 159. - B,^«i. M («ig». ^ L'Égypie, comme l'Inde, dit M. W.

(Dapiti on monuBiBnt Miynen.) " '

Chocqueel dans son Essai sur Fhistoirt lies tapisseries et tapis, dut de bonne heure exceller dans la fabrication de ces utiles tissus de laine. Le goût de ces deux pays a des carac- Il Tes de ressemblance ; il y a des dessins de galons et de broderies il<; rÉg\pte ancienne qui ne diffèrent presque pas des dessins de l'Inde moderne. (La figure 159 nous montre une robe assyrienne avec un galon dans le bas.) Mais il ne semble pas qu'on ait trouvé dans les hypogées et dans les tombeaux d'étolTes analogues à nos tissus de tapis qui puissent nous donner une idée de ce qu'étaient ces tapis

Mw

LES TISSD& 133

archaïques. Nous voyons toutefois que les Égyptiens d'il y a trois mille ans savaient déjà faire des peluches. Ils pouvaient donc faire des tapis veloutés. Le tapis d'Orient, dans sa plus haute antiquité, fut môme peut-être une sorte de velours grossier formé par des mèches nouées une à une sur la chaîne ; ou du moins il dut y avoir des tapis veloutés dès les premiers temps de la fabrication. On voit dans Aristophane que les Grecs faisaient venir d'Ecbatane, en Médie, des draps d'hiver couverts de gros flocons. Sur les plateaux élevés de l'Asie, en Perse, par exemple, ces draps et ces tapis velus ont dû être nécessaires de tout temps, comme ils le sont encore aujourd'hui. »

Les anciennes tentures de l'Orient paraissent avoir surtout représenté des animaux réels ou fantastiques, des plantes, des fleurs ou des ornements de divers genres. On considère aujourd'hui les longues files d'animaux qu'on voit défiler sur les vases de style primitif comme des imitations du système de décoration employé dans les tentures. La fable de Minerve et d'Ârachné, rapportée dans Ovide, semble faire allusion à une lutte industrielle qui aurait eu lieu entre les fabriques de la Grèce propre, personnifiée dans Minerve, et celles de l'Asie Mineure, personnifiées par Arachné. En tout cas, le poète donne à ce sujet une description extrêmement curieuse des grandes tapisseries à personnages :

« Les voilà l'une et l'autre, dit Ovide, qui préparent leurs ouvrages, dis^sent leurs toiles et les mettent sur le métier. Déjà la navette court avec une agilité incroyable, et à chaque fois qu'elle passe à travers des fils, elles ont soin de les resserrer avec cette espèce de peigne d'ivoire dont on se sert dans cette sorte d'ouvrage. Elles travaillent Tune et l'autre avec une adresse et une légèreté admirables, et l'envie qH'elles ont de se surpasser les empêche de ressentir la peine que leur donne une gênante application. L'union des plus belles couleurs formait sur leur toile un mélange si agréable des bruns et des clairs, et les nuances en étaient si délicates et si déliées, qu'on aurait pu les comparer à celles de l'arc-en-ciel. Imaginez-vous Teffet des rayons du soleil, lorsqu'ils sont réfléchis par les petites gouttes d'eau douce qui leur sont opposées ; on y voit à la vérité différentes couleurs, mais il n'est pas possible de discerner comment on passe d'une couleur à l'autre; celles qui se touchent immédiatement paraissent être les mêmes ; cependant il y a une très-grande différence entre la première et la dernière.

« Telle était la délicatesse de leurs ouvrages; l'or y était mêlé avec

1^4 L'INDOSTRIE.

la soie d'une manière tout à fait ingénieuse. Cependant, pour les rendre encore plus parfaits, elles y tracèrent chacune d'anciennes histoires. Minerve représenta dans le sien cette roche antique, qu'on voyait dans l'Aréopage, à Athènes, avec l'histoire du différend qu'elle eut avec Neptune, au sujet du nom qu'on devait donner à cette ville. On y voyait les douze grands dieux assis sur leurs trônes, avec cette majesté qui les accompagne, et Jupiter au milieu... En outre, elle traça en petit, mais pourtant d'une manière fort distincte, dans les quatre coins de son ouvrage, l'histoire de quatre sortes de combats... Minerve forma ensuite la bordure de son ouvrage de branches d'olivier entrelacées les unes dans les autres. Tel était le dessin de ce chef-d œuvre, que la déesse avait voulu unir en y employant l'arbre qui lui était consacré.

(( Ârachné, de son côté, représenta sur la toile Europe séduite par Jupiter sous la ûgure d'un taureau. L'ouvrage était si fini, que vous auriez cru y voir en effet un véritable taureau et une vraie mer dans laquelle il nageait. Arachné représente aussi Astérie dans les serres d'un aigle vainqueur, Léda reposant sous les ailes d'un cygne, Jupiter caché sous la forme d'un satyre pour approcher d'Antiope, ou sous celle d'Amphitryon pour séduire Alcmène. Elle le peint changé en pluie d'or pour tromper Danaé, en feu pour gagner la fille d'Asopus, en berger pour triompher de Mnémosyne, en serpent pour ravir Proserpine. Elle montre également Neptune prenant la forme d'un bélier quand il est près de Bisaltis et d'un cheval quand il est près de Cérès. Toutes les maîtresses des dieux étaient peintes si au naturel, qu'à leur habillement et à Tair de leur visage il était aisé de les reconnaître aussi bien que le pays où elles avaient pris naissance. Dans le même ouvrage on voyait encore Apollon approchant de la fille de Macarée sous la forme d'un berger, et Bacchus se changeant en grappe de raisin pour plaire à Érigone. Des feuilles de lierre, entrelacées les unes dans les autres avec beaucoup d'art, formaient la bordure de cette belle tapisserie. »

La fabrication. — • Lbs poteries écTPTiBNNBS. — Lbs potbribs

iABTLONlBNlIBS. — LbS POTBRIBS GRECQUES. — LbS POTBRIBS ÉTRUSQUES.

Les POTERIES romaiubs. — Les poteries barbarbb.

Les terres cuites.

La fabrication. — Les tombeaux de Thëbes et de Beni-Hassan nous révèlent les procédés de fabrication des potiers. L'argile se pétrissait avec les pieds jusqu'à ce qu'elle arrivât à point; on en prenait alors un morceau qu'on façonnait avec la main avant de le mettre sur le

lig. 160. — PabricAtion des poteries.

(D'après une peinture de Beni-Haman.)

tour, et pendant la rotation les doigts lui imprimaient des formes diverses. Les anses se mettaient après coup, et on traçait les légendes et les ornements avec un instrument de bois ou de métal.

Pig. 161. — Fabrication des poteries.

(D'après one peinture de Beni-Hassan.)

Un atelier de potiers est représenté au grand complet dans les peintures qui décorent les hypogées de Beni-Hassan. On voit d'abord

IM

L'INDDSTRIE.

les ouvriers qui imprimeat aux vases des fonnes diverses en maniant la (erre glaise qui est posée sur des espèces de socles circulaires tour> oanta (Gg. 160). L'un façonne avec ses doigts l'iatérieur et un autre l'extérieur d'un vase qui tourne sur son socle; un troisième est occupé

à en denteler la base; prés d'eux sont des coupes déjà faites et d'autres en préparation (Gg. 161). Plus loin, un ouvrier forme avec ses deux mains une dalle ronde en argile ; devant lui on remue l'intérieur d'un four dont la flamme sort par le baut (fig. 162). Puis un

ouvrier passe des pots à son camarade pour qu'il les pose sur le four à cuire, et un autre emporte ceux qui sont déjà cuita (Qg. 163).

Sur un autre monument nous voyons (Gg. 16ii) des ouvriers occupés à la confection des vases. L'un d'eux, assis sur une cbaise d'artisan comme celle que nous avons reproduite en parlant du mobilier (tome,)!.

LA C^'rÂHIQDE.

fig, 592) lient un ciseau avec lequel il parait en train de tracer un ûlei ea creux sur ua vase placé devant lui. Un autre pétrit sa terre et arrondit son pot avec la main; un troisième emporte un vase termioé.

Plusieurs monuments grecs ou romains, notamment des pierres gravées, nous montrent des artisans se livrant à une occupation du môme genre. Sur la figure 1G5 on voit un sculpteur en train de faire les cannelures co spirale qui décorent la base d'un pot d'assez grande diraen-

Fig. 105.

sîon fit pourvu de deux anses. Celui-ci tient un marteau dans la main droite. L'oulillage était donc différent de celui qui était employé en Ég>-pte, car l'artisan égyptien que nous avons vu représenté sur la figure ith Trappe sur son ciseau avec une simple pierre plate et oc fait pas usage du marteau.

m L'INDUSTRIE.

Le personnage que nous voyons représenté sur la figure 166 est en train d'étaler sa couleur sur un petit vase qu'il tient à la maÎD. Aosù loin que l'on veuille remonter dans l'antiquité on trouve toujours des pCK terîes colorées. Ou se servait, pour éuler la couleur, de pinceaux qui ne semblent pas très-différeats par leur forme de ceux que nous employons aujourd'hui. On ne voit pas sur cette représentation le récipient dans lequel le peintre puise sa couleur. La flgure 167 nous montre un de ces récipients dans lequel on a représenté la pinceau ; comme il est de forme arrondie à la base, on l'a placé sur un petit appareil destiné à le mainteoir dans la station verticale.

Quand le vase est coloré, il n'est , pas complètement terminé pour cela.

11 faut encore lui donner du lustre, c'est-à-dire le vernir. C'est cette opération que nous voyons représentée sur la figure 168 L artisan tient la deux pinceaux, un pour chaque main, et il emploie les deux à la fois Le pot qu'il est eu train de vernir est placé au-dessus d un fourneau , ce qui semblerait prouver qu'une assez forte chaleur était JL^ée nécessaire pour le vernissage d'un vase.

Des divinités spéciales avaient pour mission de veiller à la cuisson et à la fabrication des vases, et les rapsodes composaient des chants en leur honneur. L'épîgramme homérique sur la terre à potier nous montre qu'on pratiquait déjà le chantage dès une haute antiquité : 'i Accorde-moi une récompense, b potier, et je ferai entendre mes chants. Viens en ces lieux. Minerve; protège ces fourneaux de ta main puissante. Fais que les vases et les corbeilles se colorent d'une teinte brunâtre, qu'ils cuisent à point, qu'ils se vendent bien, qu'ils

Fig. in.

Pig. ISS. — VuniiHfB d'un ti

aient un grand débit, soit au marché, soit dans les rues, qu*ils rapportent beaucoup et qu'ils me rapportent aussi à moi puisque je chante. — Mais, ô potier, si tu me refuses un salaire en me trompant, j'invoquerai contre toi tous les dieux funestes aux fourneaux : Syntribe, Smaragos^ Asbetos, Sabactès, Homodamos, qui causent de grands dommages aux potiers. Je les prierai pour que tout le fourneau soit détruit au milieu de tes cris d'alarme, et que, dans j'intérieur, les vases fracassés soient éparpillés en éclats. »

Le chimiste Brongniart, qui fut longtemps directeur de la manufacture de Sèvres, parle ainsi de la fabrication des poteries grecques : «La façon de ces poteries, dit-il, est souvent parfaite et très-soignée, au point que le dessous des pieds de certains vases présente des moulures peu saillantes et tournées avec une grande pureté. Des instruments semblables à nos estampilles ou cachets ont souvent été employés pour former des ornements comme gravés sur différentes parties de ces vases. La ressemblance complète de ces ornements et la manière dont ils sont estampés sur la pièce ne laissent aucun doute sur ce mode de fabrication. Il y a très-peu de pièces ovales, encore moins de rectangulaires; des côtes arrondies ou godrons délicats, mais prononcés avec fermeté, ornent le corps des pièces. Leur irrégularité prouve qu'ils ont été faits à l'outil et non au tour, sur la pièce encore fraîche ; leur obliquité sur le pied de la pièce, due à la retraite en spirale qu'elle a prise en cuisant, prouve qu'ils n'ont pas été faits dans un moule. Les garnitures, anses et becs sont en général simples, sans jamais être lourds; des méplats tellement sentis et réguliers qu'ils sembleraient avoir été faits à la filière, des côtes peu saillantes, parallèles aux bords, et des torsades, allégissent les anses sans leur ôter la solidité qui leur est nécessaire.

« La plupart de ces vases ont été ébauchés d'une seule pièce; mais quand ce mode de façonnage n'était pas praticable, soit en raison de la forme de la pièce, soit en raison de sa grandeur, le collage est en général si exact et si parfait qu'il est très-difficile d'en découvrir les traces, par conséquent de déterminer avec certitude le mode de façonnage. Les pièces ovales très-rares et les ûgures d'animaux des rhytons ont été faites dans des moules à deux coquilles. Ces poteries sont généralement à pâte rougeâtre pâle et sale, très-souvent couvertes d'ornements en noir et de figures réservées en rouge. Il n'y a que trèsrarement des ornements et des figures en relief, encore ces figures sont-elles mates et accompagnées d'ornements noirs et rouges.

<( Le vernis qu'on appelle rouge et jaune ne me parait avoir aucune couleur ; mais comme il est mince et transparent, il exalte et ravive la couleur rougeâtre de la pâte. Le noir, seconde couleur dominante des vases campaniens, peut être aussi considéré comme un vernis général placé sur le premier. Les vases campaniens présentent quelques autres applications de couleurs peu variées et toujours mises en teinte plate... Les figures, qui sont presque toujours en rouge sur un fond noir, ont été réservées ; on en a tracé les contours avec du noir, et le fond a été mis au pinceau et réchampi à l'entour des flgures. La plus simple attention suffît pour faire voir que les anciens n'ont employé dans le posage des fonds et la peinture des figures et ornements, ni le procédé du putois, ni celui du grattage, ni celui des types ou réserves découpées. Il y a plus d'incorrections, mais aussi plus de sentiment; celui de l'ouvrier artiste qui dessinait et touchait si rapidement ces figures s'y présente dans toute sa force et dans toute sa naïveté; c'est ce qui fait le mérite, ou au moins l'intérêt de ces sortes de peintures. »

En Grèce, les fabriques les plus importantes sont Athènes et Corinthe. Le Péloponnèse est relativement plus pauvre, mais dans l'Archipel, Mélos etlhéra ont donné de nombreux et intéressants produits. En Sicile, les pays soumis aux Carthaginois paraissent avoir fabriqué moins activement que les autres. Agrigente, Gela, Gamarina,ont donné lieu à des découvertes plus importantes que la riche Syracuse. Dans ritalie méridionale, Locres et Tarente sont les deux points où la fabrication parait avoir été la plus ancienne. Canusium (aujourd'hui Canosa) et Rubi (aujourd'hui Ruvo) étaient pourvues de nécropoles qui ont fourni des fouilles curieuses. Les nombreux vases de Cumes et de Nola appartiennent à une fabrication qu'on regarde comme postérieure à la domination des Samnites. Au nord de Rome, Tarquinies et Vulci ont doté les grandes collections d'Europe de trésors inappréciables pour l'art et l'archéologie. Le musée de Saint-Pétersbourg possède presque tout ce qui a été découvert à Panticapée, en Grimée, et le musée de Leyde est particulièrement riche en produits de la Gyrénatque.

« La plupart des peuples, dit Pline, font usage de vases de terre. On vante Samos pour sa vaisselle. Arretium, en Italie, conserve encore sa célébrité. Sorrente, Asta, Pollentia ont la vogue, mais seulement pour les coupes, ainsi que Sagonte, en Espagne, et Pergame, en Asie. Tralles et Mutines, en Italie, ont de même leurs fabriques ; car les ouvrages de ce genre font aussi la gloire des nations, et quand ils sortent d'une manufacture distinguée, on les transporte par terre et par mer

dans tous les pays du monde. Oa voit encore aujourd'hui, dans un temple à Erythres, deux amphores consacrées à cause de leur finesse. Un maître et son élève s'étaient défiés à qui des deux ferait en terre le vase le plus mince. Les amphores de Cos sont les plus belles; celles d'Adria les plus fermes. Les amphores ont donné lieu à quelques exemples de sévérité. Nous lisons que Q. CopODius fut condamné comme coupable de brigue, pour avoir donné une amphore à un homme qui avait droit de sulfrage. Et afin que le luxe assure aussi quelque dignité & la vaisselle de terre, je dirai que du temps de Fenestella, le service

à trois plats était le dernier effort de la magnificence dans les festins; ce qui annonçait déjà la décadence des mœurs, moins perverties pourtant que celles des philosophes de la Grèce, puisqu'à la mort d'Aristote, soiiante-dix plats furent mis en vente par ses héritiers... Vilellius, pendant son règne, se fit construire un plat qui coûta un million de sesterces, et pour lequel on bâtit un four en pleine campagne; car tels ont été les progrès du luxe, qu'un plat de terre est aujourd'hui plus cher qu'un vase murrbin. n

En Grèce, Samos était un centre important de fabrication pour les vases et ustensiles de terre destinés aux repas. Les pièces de luxe se faisaient plutôt â Athènes, oîi tout un quartier prenait le nom de Céramique, à cause des potiers qui l'habitaient. Ce qui contribuait à la supériorité des produits athéniens sous ce rapport, c'est que l'argile fine

us L'INDOBTRIE.

du promontoire Colias, près Phalëre, était pardculiërement propre à la fabrication des vases.

Les Romains ont employé quelquefois des vases de grandeur colossale, et qui devaient présenter de sérieuses difficultés pour la fabrication.

n D'aussi grandes pièces, dit M. Albert Jacquemart, ne pouvaient 6lre travaillées au tour; on les construisait à la main, au moyen de colombiiu, sortes de plaques rectangulaires et courbes que l'on pla^t par zones circulaires superposées, en les pressant à la main par leurs

deux faces pour les faire adhérer entre elles et les réunir intimemeol avec les zones déjà posées. Avec une dessiccation plus ou moins prolongée', selon l'épaisseur des parois, les vases étaient roulés jusqu'au four, où ils étaient placés avec soin pour recevoir une cuisson de quarantehuit heures environ. Au bout de huit jours de refroidissement on procédait au défournement ; c'est du moins ainsi que cela se pratique dans la fabrication moderne, tout à fait identique à l'ancienne, n

On a retrouvé quelques fours à potiers, qui remontent pour la plupart à la période romaine. Il y en avait à peu près dans toutes les provinces.

La figure t69 représente un four romain découvert en Angleterre, dans le Northamptooshire, et qui paraît avoir servi pour de la poterie. La poterie avait pris une assez grande importance en Gaule, après la

conquête romaine. Un four romain à poterie, que reproduit la figure 170, a été découvert aux environs de Strasbourg.

Poteries égyptiennes. — On a retrouvé dans les fouilles peu de grands vases, mais un très-grand nombre de petits pots à pommade, de statuettes figurant des divinités, ou de pions servant à des jeux assez analogues à notre jeu de dames ou d'échecs. Les poteries égyptiennes sont composées d'une terre très-différente de la véritable porcelaine, mais on ne peut pas davantage leur donner le nom de faïence, puisqu'elles résistent sans se fondre à la température du four à porcelaine. Elles constituent donc une classe à part.

a Les terres cuites égyptiennes, dit M. Albert Jacquemart, proviennent toutes des fouilles opérées dans les nécropoles, et on les trouve constamment avec les plus précieux travaux de verrerie, d'émail et de bijouterie; il faut dès lors reconnaître qu'elles occupaient un rang important dans l'estime des hautes classes de la société, et, en effet, ces terres, composées de quatre-vingt-douze pour cent de silice, sont si pures, si serrées, et tellement aptes à conserver les plus fins reliefs, les empreintes les plus délicates, qu'on les avait d'abord nommées porcelaines (TÉgypte. Souvent recouvertes d'une glaçure luisante, elles montrent rarement la teinte blanche de la mie, et sont colorées par des oxydes de cuivre bleu céleste ou vert tendre. Du moment où ces terres ne peuvent prendre le nom de porcelaines, doit-on les classer parmi les faïences f Pas davantage, car elles résistent, sans se fondre, à la température du four à porcelaine dure, la plus élevée de toutes. Les terres siliceuses ou quartzeuses de l'Egypte tiennent dès lors le milieu entre la porcelaine et les grès cérames; elles sont le produit d'un art avancé, et si leur coloration générale est aussi uniforme, on doit l'attribuer bien plus à certaines règles symboliques qu'à l'impuissance des artistes antiques. On peut voir dans la riche suite du Louvre des pâtes à glaçure blanche rehaussées de dessins incrustés ou peints en bleu, noir, violet foncé, vert et même rouge; le vert et le bleu de cuivre s'associent bien au bleu de cobalt, au noir, au brun, au violet de manganèse, au blanc et au jaune. Ce qui prouve d'ailleurs avec quelle certitude les potiers opéraient ces combinaisons, c'est qu'on rencontre des pièces où les tons divers occupent des espaces très-restreints et tranchent vivement l'un sur l'autre; une figurine bleue a le visage coloré en jaune doré, des bracelets bleu foncé portent sur leur surface des hiéroglyphes réservés en bleu céleste, ou réciproquement. Quelquefois l'objet à dé-

L'INDDSTRIE.

corer a été gravé, puis un émail vif a rempli les cavités pour venir araser la surface on la dépasser légèrement. Voilà donc tons les procédés que pourra nous offrir la céramique dans ces ^s divers employés là où Brongaiart avait cru entrevoir nne certaine UDiformtté résultant de l'inexpérience! Or l'ètonnemeot augmente lorsqu'on cherche à quelle époque il faut attribuer ces travaux ; les autCHlIés les plus incontestables font remonter à 3850 ans avant notre ère les helles statues de bois de l'ancien empire envoyées à l'ExposiUon universelle de 1867 par le vice-roi; la période la plus florissante de l'art égyptien du nou-

vel empire correspond au xvii' siècle avant Jésus-Chriat; les peintures des hypogées montrent les formes variées, l'élégance des vases et leur emploi multiplié dans tous les actes de la vie civile ou religieuse; on peut se convaincre ainsi de l'état d'avancement de la céramique aui diverses époques de la puissance des pharaons ou de leurs successeurs, et distinguer trois èges dans les objets en terre siliceuse ; la haute antiquiit fournit les produits à peine ressemblant à un biscuit de porcelaine, et ceux couverts d'un enduit excessivement mince; VemtiqtiUè moyenne se manifeste par des objets moins purs de travail et couverts d'une glaçure tellement épaisse qu'on pourrait la prendre pour un émail; l'ère des PtoUmées se reconnaît à une influence grecque très-marquée ; la poterie siliceuse fait place à une poterie à p&te grossière et tondre, tantdt peinte sur la surface nue. tantfit couverte d'une glaçure, fabrication qui s'est continuée dans les u* et m* siècles après Jésus- Christ, BOUS la domination romaine, n

Les Égyptieas avaient des poteries odorantes qui se fabriquaient à Coptes ; ce genre de fabrication se faisait aussi dans ille de Rhodes. Athénée nous fournit sur ce sujet les renseignements suivants :

Pig. 111. — Nsllajag* d'un vim tgjplisfl.

(I Quant aux vases à boire, bannissons d'ici ceux de terre cuite; car Ciésias rapporte que ceux qui sont disgraciés du roi de Perse ne se

Tun igjptiani.

servent que de ces terres cuites. Je sais cependant que les vases de terre cuite plaisent assez souvent ; tels sont ceux qu*on nous apporte de Coptos, car ils sont faits d'une terre cuite pétrie avec des aromates.

lit. 10

146 L'INDUSTBIB.

Aristote dit, dans son Traité de l'Ivresse: « Les petites manniles (ctiytridee) qu'on appelle rhodiaques, ou de Rhodes, se servent dans des débauches de vin, tant pour l'agrément que, parce qu'étant échauffées, elles donnent au vin qu'on y boit une qualité moins enivrante. On les fonne en faisant bouillir ensemble de la myrrhe, du JODC odorant, du safran,

îi éBTptif M lur laun tuppon

du baume, de la cannelle, et te vin qu'on en verse et qu'on boit calme non-seulement l'ivresse, mais il assoupit même les feux de l'amour. » Les figures 171 et 172 nous montrent des vases égyptiens qui par leurs proportions ont l'imporlance d'un meuble, lis devaient contenir des liquides ou des provisions. La base arrondie de quelques-uns ne

LA CÊHAHIQOE. 147

permettant pas de les poser sur )e sol, on les plaçait sur un pied ou un coussin {6%. 173, 17^). Il y en a qui sont ridiemenl décorés.

L'industrie des potiers égyptiens était extrêmement variée; outre les vases et les petites twttes, on a retrouvé dans les tombeaux un trèsgrand nombre de petites statuettes en porcelaine bleue ou verte, qu'on plaçait dans les sarcophages, surtout à l'époque des Ptolémées. On a également trouvé des petits pions servant à divers jeux et représentant

Fig, m. — Vu* iiupwida duu un film.

soit des divinités, soit des combattants, soit des esclaves agenouillés et les mains liées derrière le dos, tani&t nègres, tantôt asiatiques. Enfin, il ne faut pas omettre les ravissantes petites chattes bleues, qui sont presque toujours des représentations de la déesse Pacht.

Plusieurs objets en porcelaine, notamment des boites ou pots è pommade, ont été considérés comme de véritables tours de force du métier, et sont en mSme temps d'un goût exquis comme décoration, La manufacture de Sèvres a reproduit plusieurs modèles égyptiens.

1«1 L-lMDtlSTRIB.

A vrai dire, les vases d"un tr6s-grand prix parvenus jusqu'à nous sont en petit nombre, mais ceux qu'on voit dans nos musées aident à , faire comprendre les splendides vases qu'on voit représcolés sur les ' peintures des hypogées, et leur donnent en quelque sorte un brevet de véracité.

Les vases en matière tendre, ou ceux qui étaient pointus par le bas et se rattachaient au type de t'amphore, étaient posés sur des supporta dont les figures 175 et 176 nous offrent les modèles.

Pour les transporter d'un endroit à un autre, on les suspendait à un

bâton au moyen d'une espèce de filet en corde tressi5, comme nous le voyons dans les figures 177 et 178,

Les figures qui suivent montrent au contraire des vases reposant sur leurs propres bases. La forme est presque toujours d''une grande pureté, et les proportions présentent une élégance et une harmonie qu'on est étonné de trouver à une époque aussi reculée- Quelquesuns ont deux anses, d'autres n'en ont pas du tout.

Le décor est aussi d'une étonnante variété. Quelquefois il est d'une extrême simplicité : un cordon de fleurs et de boutons de lotus tombant du col en fait tous les frais (fig. 179). Dans d'autres ce sont des branches de vigne, toutes chargées de fruits, qui descendent sur la panse, en la recouvrant entièrement, ou bien s'épanouissent en partant du centre

LA CÉBAHIQUE. UO

pour remoDter jusqu'au goulot (Og. 180). Les teiotea claires domioeot dans la plupart des vases en porcelaine ; il y en a pourtant où te blanc ne parait qu'à l'état d'accident.

La figure 181 nous monire un vase à teintes sombres, dont le décor ne comporte aucun feuillage. Le haut et le bas du vaso sont tout unis,

et le milieu de la panse est orné seulement par une bande claire coupée de fers de lance. La disposition des anses qui partent du centre et remontent jusqu'au goulot est d'un style très-remarquable.

a J'ai recueilli, dit M. Delaborde, au fond des tombeaux de Memphis, d'innombrables figurines émaillées et quelques divinités dont le corps, couvert du plus bel émail bleu, a été poini^noé. avant la cuisson, d'hiéroglyphes d'un dessin net, admirable. Ces hiéroglyphes, ainsi

imprimés eD creux, ont été remplis de paie d'émail bUnc et jaune, qui, par la fusion, adhère à l'émail bleu sans s'y mêler et présente à l'œil, dans une surface unie, une inscription blanche et jaune de la plus parfaite netteté, se détachant au milieu du bleu le plus vif. La

collection é^ptienne du Louvre offre, dans ses vitrines, plusieurs pièces remarquables de ce genre de fabrication, n

Les poteries babyloniennes. — Les contrées que basent l'Euphrate et le Tigre sont en général assez pauvres en pierres, el à Babyloue notamment, la brique était exclusivement employée pour les constructions. Dans un pays ainsi constitué, la poterie et les travaux en terre cuiie ont dû prendre nécessairement un grand développement. Nos collections renferment quelques fragments de briques émaîllées découvertes sur l'emplacement de Babylone. « Les briques de Babylone, dit Albert Jacquemart dans son Histoire de la céramique, sont en terre peu cuite, d'un blanc jaunâtre tournant au rose; les dessins qu'elles portent ne sont pas émat/Us; c'est une glaçure composée de silicate alcalin d'alumine, sans traces de plomb ni d'élain; l'argile n'est pas recouverte partout; réservée dans ceruins points, elle ajoute, par sa couleur carnée, à la variété de la peinture, oii domine le bleu turquoise des Égyptiens, un gris bleuté plus foncé que U teinte céleste.

un blanc plus ou moins pur rehaussé de quelques points jaunâtres, dus sans doute à une ocre ferrugineuse. Des rosaces, des pal mettes, des séries d*0Yes, des dispositions symétriques se rapprochant de l'art grec, tel est le style général des briques à ornements et des fragments céramiques recueillis en Phénicie, en Assyrie et jusque dans la Perse antique. La réunion de ces débris avec des grains travaillés en émail et en verre prouve à quel point était arrivé, dans ces contrées, Tart des vitrifications. Mais les briques ne portent pas seulement des arabesques ; Gtésias et Diodore assurent qu'on y voyait aussi des sujets de chasse. En effet, dans les fouilles effectuées à Khorsabad sur l'emplacement de l'ancien palais assyrien, M. Place a mis au jour, en arrière d'une colonnade, un mur encore debout, de vingt et un pieds de long sur cinq de haut et entièrement revêtu de briques peintes représentant des hommes, des ariimaux'et des arbres. »

Suivant Hérodote, Tancienne capitale de la Médie, Ecbatane, était entourée de murs présentant sept couleurs différentes, et il y a tout lieu de penser que ces couleurs étaient appliquées sur de la terre cuite. L'emploi de la céramique dans ces contrées parait avoir été général dès la plus haute antiquité, et la rareté des échantillons que nous en possédons vient surtout de Textrême difficulté des voyages.

Les poteries grecques. — L'industrie du potier est une de celles qui remontent le plus haut dans Thistoire ; il en est question dans la Bible aussi bien que dans Homère. Nous avons parlé déjà des pçteries de l'Egypte et de celles de l'Assyrie. L'Asie Mineure et les Cyclades ont aussi une fabrication extrêmement ancienne. Les fouilles de Santorin ont fait découvrir des vases à fond jaunâtre qu'ornent des dessins dont la gaucherie fait sourire.

Les plus anciens vases peints ont été trouvés à Santorin (fig. 182), à Milo, à Rhodes, à Chypre et dans la plaine de Troie. La plupart de ces vases ont été fabriqués par des potiers d'Asie, habitant les îles de l'Archipel et les côtes de l'Asie Mineure. Quelques-uns remontent à neuf, dix et môme douze siècles avant l'ère chrétienne. Ce sont des vases de terre, dont la couleur est jaune ou blanchâtre, et dont la décoration consiste en zones brunes ou noires, accompagnées de méandres ; plus rarement on y voit des poissons, des serpents ou des oiseaux peints au irait.

« Le type de vase que je rencontre le plus fréquemment, dit M. Schliemann, en parlant des fouilles de Mycènes, a la forme d'un

globe souteoQ par ud support plat, surmonté d'un cou étroit très-élégant, qui n'est pas percé ; l'extrémilé supérieure de ce cou est reliée, des deux cCiIés, à la partie supérieure du corps par une anse d'un beau dessin. L'ouverture véritable du vase est en forme de tuyau et toujours voisine du cou non percé. Ces vases présentent toujours une ornemenlaiion peinte très-variée, qui consiste en bandes circulaires horizontales (fig. 183), en spirales et autres décoratioos de fantaisie, qui varient d'un vase i l'autre. Le cou non percé de ces vases se termine par une surface plane; au centre de cette surface, il y a généralement un point blanc, entouré de trois, quatre, six cercles rouges, ou même davantage; quelquefois c'est une croix qui est peinte au milieu de ces cercles ii.

Après les méandres, les chevrons et lea ornements quadrillés des vases du plus ancien siyle. on voit apparaître des animaux naturels ou fantastiques, toujours disposés en zones et se suivant comme dans une procession. On a donné à ces produits céramiques le nom de vases peints de style oriental ou asiatique (fig. 18Î| et 185). Ces sortes de compositions paraissent être imitées de celles qui décoraient les tissus et les tapis de l'ancien Orient. Arislole dit en pariant d'un tissu de ce genre :

H Le haut représentait les animaux sacrés des Susiens, le bas celui des Perses. » . "»■ ""■ " "*" '^"' * "'^*""-

Un des caractères de l'art oriental consiste dans l'association bizarre de la forme humaine à celle de certains animaux, quadrupèdes.

Fig. IBÎ. -

LA CÉRAMIQDE. 153

oiseaux ou poissons. On remarquera aussi dans la plupart des animaux

la longueur démesurée du corps; ce sont des [ormes toutes coaveniionoelles, mais d'une allure souvent magnifique.

1M L'INDDSTniE.

les plus anciens portent seulement des marches d'animaux, tmdis que sur les autres on voit dos sujets mythologiques encadrés dans des

Fig ISO. — PilmallB prBCilue

zones d'animaux. Les vases décorés de figures humaioes sont toujours d'une fabrication plus récente. Toutefois on ne peut émellre à ce sujet

que des appréciations relatives, parce que l'art ayant progressé plus rapidemeui en Asie, des vases à figures venant de cette contrée peuvent

être contemporains de vases tout à fait archaïques fabriqués en Occident.

Les types aui constituent romemeni grec sont en somme peu nom-

breux, mah chaque modèle coinporle une variété infinie dans ses applications. Nous en avons un exemple dans !a palmelle. Les quatre figures 186, 187, 188 et 189 ne sont que des formes diverses d'un

type unique. Les brancbes de la palmette sont plus écartées ici que là, elle» portent leur courbure en dedans ou en dehors, elles s'arron-

dissent ou s'a poi missent uu peu plus à leur extrémité, mais toujours nous y Irouvons le même principe de coniposilion : elles partent d'uno racine unique, elles sY'lùvenl on se renversent d'après une loi ayiaètrtqae d'alternanre.

niîDCSTBIE.

Les figures 190 et 191 sont empruntées à l'ornementation

Omomfnn groca lir«i <j

Fig. ISL

1.78868 grecs. Malgré la richesse apparente de celle décoration, elle so

visible dans un grand nombre d'ornements dont les figures 192, 193 et 19I| vont nous montrer des exemples. Dnns ces ornements, la tige

Fig. IM.

. centrale est droite et s'élève verticalement; les feuilles et les graines s'en échappent à des intervalles symëlriques.

La répétition d'une mfime forme à des intervalles déterminés est un des principes fondamentaux de l'art grec : la figure 195 en oiïro

L'INDUSTRIB.

uD exemple. Mais celte répéiition eogendrerail nécessairement la monotonie, si elle n'était pas réveillée par UQ système d'alternances qu'on retrouve dans la plupart des ornements grecs. Uq ornement dont la direction s'élève de bas en haut alternera avec un ornement dont la

direcdon sera oblique (fig. 196), ou bien avec un ornement d'un caraclère tout différent du premier (fig. 197). Si deux ornements absolu-

ment pareils sont destinés à correspondre l'un à l'autre, ils changeront de côté, afin de produire l'alternance (fig. 198 et 199).

fig. îOï. — Onioaioni grei

L'ornement veut-il s'épanouir en pétales arrondies dont l'ensemble décrira une courbe, vous verrez un bouton très-pointu s^élever entre chaque fleur (fig. 200) ; montre-t-il des feuilles qui s'élancent en ligne droite, vous les verrez alterner avec d'autres qui se gcourbent ;. 201); présente-t-ii une série de demi -cercles qui

LA CERAMIQUE. 159

L veulent CDtrer l'un dans lauire, vous verrez la petite boule alterner avec le fer de lance, la feuille large alierncr avec la feuille plu3 elBlée

L'alternance des formes arrondies et des formes pointues est particulièrement visible sur les ornements représentés figures 203 ei 204,

l^Wi^l

Pig. XU. - Otnemaul gi

tirées toutes les deux des vases grecs. La figure 205 représente un

emrelacs.

Fig. lOâ. — Entralui.

Des noms écrits en caractères de l'ancien alphabet employé à Corinthe ont fait donner le nom de vases corinthiens à toute une catégorie de vases grecs dont ta fabrication parait remonter au vif ou au vr siècle avant notre ère. Quelques-uns de ces vases ont été trouvés h Corinthe même, mais la plus grande partie provient des

m L'inOOSTRlR.

(onilles de rilalîe centrale. On sait que parmi les colons 'qui, vers l'an 655, furent chassés de Corinthe el vinrent s'établir en Éirurie sous la conduite de Démarate, il y avait plusieurs artistes, el c'est à eux qu'on attribue généralement l'extension de l'industrie céramique en Italie.

Les caractères du style archaïque sont ceux qu'on trouve le plua habituellement sur les vases d'argile rouçe avec des figures noires

(fig. 206, 207 et 208) ; les muscles pEincipaux el les arliculationa sont saillants au delà de toute expression, les vêtements collés contre le corps ou à plij régulièrement disposés, les membres raides, bien que les mouvements soient souvent heurtés et violents, et parfois une tendance intentionnelle vers la bizarrerie.

Dans les vases d'ancien sti'la, les principaux muscles et les plis des draperies sont généralement gravés avec la pointe. En outre, les ligures ne sont pas uniformément noires : ainsi les parties nues du corps des femmes sont toujours blanches, et dans les broderies des vêtements, on voit souvent des détails rehaussés par une teinte rouge violacée.

Les vases à peintures noires sont souvent désignés sous le nom de vases d'ancien style, par opposition aux vases à peintures rouges, qui

LA CËRAUIQUE. 1RI

sonl d'uno Tabrication posliîrieure et appartiennent généralement à la !;randu époque de l'an. Les plus anciens vases où la figure humaine apparaisse semblent remonter au vri" siècle avant notre lire. Dans cette première périoJe, les figures sont ternes, mais plus tard ce noir devient brillant et se détache sur un fond rouge ou jaune, mais plus ordinairement rouge. Les principaux muscles et les plis des draperies sont généralement gravés avec la pointe.

■' Les yeu't des hommes, dit M. de Witte, sont ordinairement indiqués d'une autre manière que les yeux des femmes. Ceux des hommes

sont gravés au trait sous forme d'étoile, tandis que les yeux des femmes sont allongés et taillés en amande avec le fond blanc et la pupille noire et souvent rouge. Les contours dans les corps des hommes sont plus anguleux, plus prononcés que dans les corps des femmes, où l'on trouve des formes plus arrondies. Aussi Pline, en parlant de l'origine de la peinture, dit que l'Athénien Eumarus réussit le premier à distinguer les deux sexes » (fig. 209 et 210). a Les peintures qui décorent les vases, ajoute le même autour, représentent presque toutes les scènes mytbologiques empruntées aux croyances religieuses des Grecs. On y trouve toutes les divinités honorées dans les divers pays où pénétra la civilisation hellénique. Les sujola bachiques .sont les plus nombreux; puis viennent les lijvaux d'Hercule (fig. 211); les scènes de la guerre lit. ai

de Troie formeDt une série Irëa-considérable (Gg. 212). Les compositions empruntées à l'histoire soot jusqu'à ce jour en très-petit nombre. Les cérémonies religieuses sont quelquefois représentées sur les vases. Les jeux gjmnasiiques, les sujets de noces, les repas, les combats, les chasses y sont fréquemment figurés. Il y a aussi quelques compositions empruntées au théâtre. Quant aux scènes de la vie civile, celles

Fj(. ïOa. — Vaia point

qui ont rapport aux usages, aux mœurs, aux habitudes, le nombre en est assez limité, car souvent c'est faute d'en saisir le véritable sens qu'on écarte ces sorles de sujets de la série des représentations mythologiques. Il y a des vases où l'on voit des scènes de danse, de musique, de bain, de toilette, de chasse, de pèche; d'autres qui montrent des jeux, des femmes occupées à leurs ouvrages, etc. Quant aux sujets funèbres, à quelques rares exceptions prés, tous appartiennent à la dernière période de l'art de peindre les vases. Il en est de même des

LA cSramiqde. ko

nombreux vases mntiques qu'oD découvre par masses dans les tombeaux de la Grande-Grèce. ■

Les vases ù ligures rouges (Gg. 213) sont très-rarement de style archaïque ; i:'est ce qui a fait penser qu'ils sont en général d'une fabrication postérieure. Mais pour la plupart des vases qui sont dans nos

musées, il est bien difficile de leur assigner une date, même approximalive.

Nous avons déjà parlé (tome 1"", page 335) de l'emploi des vases funèbres, et nous avons montré (tome II, page 95} comment on pouvait classer les vases destinés au service de la table. 11 existe aussi un trèsgrand nombre de vases dont l'usage est assez difficile à déterminer. Le soin apporté à leur fabrication peut faire supposer que beaucoup d'entre eux pouvaient être simplement des objets de luxe avec lesquels on décorait les appartements, comme on le fait aujourd'hui avec les vases de Sèvres et autres pièces d'un grand prix.

lot L'INOrsTniE.

Ui forme de ces poteries est extrémemeni variée : il y on a do trèssimples et d'autres irÈs-compliquées. La grandeur en est aussi irês-divcrse, car il y en a dont la hauteur dépasse un mélre et d'autres qui ne dépassent pas cinq centimètres. La plupart sont simplement décorées de peintures, mais il y en a aussi qui sont sculptées, en même temps que peintes, et quelques-unes, comme celle qui est représentée sur la figure 31 fi. pourraient être classées dans la statuaire aussi bien que dans les poteries. Mais ces vases sculptés sont en général d'une date posté-

rieure, et quelques-uns, bien que leur mode de fabrication apparLieone encore à la Grèce, ne remontent pjs plus haut que l'époque romaine. Ceux de la dernière époque présentent assez souvent un caractère grotesque (Og. 215). C'est ainsi que dans une épigramme de Martial nous voyons un pot se plaindre de la forme qui lui a été donnée : h Le potier dit-il, me donne le visage d'un Germain aux cheveux roux ; si je ne suis pour toi qu'un objet de risée, je suis la terreur des enfants, u Si le était venu au monde un peu plus tard, il n'aurait pas trouvé que les barbares fussent un objet de risée. Le vase représenté sur la ligure 215 répond assez bien à la description de Martial.

Plusieurs vases sont formés par deux léles adossées; une [.lolerie

LA CflHAHlQUE. 1»

trouvée dana l'Ile d'Égiae oppose l'une à l'autre les races différentes qui se rencoDtraient dans les contrées maritimes. L'artiste a précisé trèsoeitemeot le caractère particulier au type atricain, dont les grosses lèvres et le front fuyant contrastent avec les traits réguliers et bien pondérés de la jeune ûlle ^ecque, à laquelle le nègre est adossé.

(Test surtout dans les rhytons et les vases de forme singulière qu'on trouve la peinture unie à la sculpture. Nous avons déjà parlé de l'usage des rhytons (lome li, page 106). Nous n'avons donc pas à y reve-

nir ici, mais nous reproduisons trois rhytons, l'un à tête de chimère (flg. 216), le second à tète de bélier [Qg. 217), et le troisième à teie de bœuf (Qg. 218).

Les vases trouvés en Grèce ne sont pas encore trôs-nombreux, surtout si on les compare à ceux qui ont été trouvés en Italie, mais ils appartiennent à la même fabrication. Nous reproduisons, d'après les travaux de MM. A. Jacquemart et A. Dumont, la liste des potiers grecs dont le nom est parvenu jusqu'à nous :

^nadhs, peintre ; ÀUtmos, peintre ; Amasis, potier et peintre ; Anaclis, potier ; Ândocidis. — Nous possédons au Louvre un superbe vase portant le nom de ce potier. 11 est fait avec une terre d'un grain trèsfin et couverte d'une engobe d'un beau poli. La face principale du

L'INDDSTniE.

vase représente des amazones se livrant h leurs exercices ; outre la valeur arlistîque de ces ligures, on y Irouve les renseignements les plus curieux sur l'histoire du costume, et nous y avons fail, ici même, plusieurs emprunts (tome II, fig. 36(i et 365), L'envers du vase représente une scène d'un tout autre genre : ce sont des femmes au bain s'cxerçant à la nalaliun, sujel très-rare, quoiqu'il no soit pas unique dans la céramique grecque. Les frises et les anses sont ornées de palmcHes el de guirlandes de lierre en noir, tracées sur fond rouge.

Fig. îla. - v»su a ugui

Arachion, fils d'Hermoclès, potier; Archichlis, potier-, Archonidas, poiier; Aristophane, peintre; Asitas. peintre; Cépkalos, potier; Cachrylins, potier; ChaeresIraU, potier; Char'es, — Les ouvrages de ce potier ont été découverts dans la Grèce propre, où il avait sans doute sa fabrique. Chariiém, potier ; Chxlis. — On a découvert en Italie et dans la Grèce propre des vases portant le nom de ce pou^r, et qui paraissent se rattacher à la même fabrication. Chiwn. — Lo vase qui porte ce nom a été découvert en Grèce, mais sa conservation, suivant M. Albert Dumonl, n'est pas suffisante pour qu'on en puisse rien affirmer avec certitude. Chûlcos, potier; CUophradhs, potier; Clitias, peintre; Deiniadis,

poUcr; Doris, peintre; ÈpicliU. — Les ouvrages de ce céramiste ont été trouvés en Étruric, enCampanie et même en Crimée. On n'en a pas encore découvert en Grèce, mais on suppose qu'il y avait sa fabrique. Epilirmis, potier; Erginas, potier; Ergolimos. — Des vasos portant ce nom et présentant la même fabrication ont été trouvés en Italie et dans la Grèce propre. Ergotimos travaillait en Grùce; Exckias, potier el peintre; Euchérot, fila d'Ergoiîmos, peintre, travaillait en Grèce, proba-

blement dans la fabrique de son père. Euihymide, peintre; Euonymos, peintre; Euphronius, potier el peintre; Euxilfiews, potier; Glaucytès, potier; Wecfor, peintre; ffégios. peintre, travaillait en Grèce; Hej-mxvs, potier; Hermogincs. potier. — Une coupe du Louvre, décorée de palmetles, porte son nom, Hiéron, potier. — Un vase du Louvre, représentant d'un c6té Achille dans sa tente, de l'autre Agamcmnon emmenant Driaéis. provient de la fabrique de Hiéron. IliUniis, potier, travaillait en Grèce. Ses vases sont à figures rouges. Hippœchimus, peintre ; Hwliilus, potier ; //i/piu, peintre; tasrmos, peintre; Mikadas, potier; iliJias, potier:

L'IKDDSTRIE.

Naueydis, potier; Iféandre, potier; Nearehos, travaillait en Grèce. — Vases à figures noires ; Nicosthines. — Les vases de Nicosibèaes ont

te m forme do tlla.

été découverts en Italie et en Grèce. Cette fabrique était extrêmement célèbre. Voici ce qu'en dit M. de Witte, à propos des ouvrages conser-

t. SIB. - Rhjton i

Fig. Sll. — ithjlOD i Me ds bitixt

vés au Louvre : » Les vases et les coupes de la fabrique de Kicosthènes, qui ont été classés séparément dans cette immense collectiony constituent une des plus intéressantes séries pour l'étude des fabriques, nicostbènes a fait un grand nombre de vases ; presque tous ceux qui

LA CERAMIQUE. IG9

font partie de ia collectioa se distinguent par une forme particulière ; ce sont de petites amphores garnies d'anses larges et plates. Les anses, aussi bien que la panse du vase, sont elles-mêmes enrichies de peintures. Le plus grand nombre de vases qui portent la signature de Nicosthènes, connus jusqu'à ce jour, sont à peintures noires sur fond rouge. Il y en a pourtant à peintures rouges, et d'autres ont des peintures blanches appliquées sur le fond noir. Et, comme on trouve également des vases à reliefs en terre noire de travail étrusque, ayant la forme exacte des petites amphores signées par Nicosthènes, plusieurs

archéologues italiens ont été portés à admettre une fabrique locale et toute particulière de ces amphores à anses plates. Cette fabrique aurait duré plusieurs siècles ; il y aurait eu d'abord des vases noirs avec ou sans reliefs, d'autres à peintures noires, rouges ou blanches sur fond noir. Ce sont les vases à figures d'hommes ou d'animaux, noires, rouges ou blanches, ou simplement décorés de palmettes, qui portent seuls le nom de Nicosthènes. »

Parmi les vases du Louvre qui portent la signature de Nicosthènes ou qui sont considérés comme sortant de sa fabrique, plusieurs sont décorés de sujets mythologiques : Combat de Thésée contre une Amazone, entre deux sphinx; — Lutte d'Hercule contre le lion de Nèmie; — Dame bachique; — Réunion de divinités ; — Énée portant son père Anchise. On y trouve également des cavaliers, des lutteurs, des courses à cheval et à pied, des cerfs, des lions, etc.

Onèsimus, peintre; Pamèdès, peintre, travaillait en Grèce; Pâmaphi (S, potier; Pandorus, potier; Panthosus, peintre. — Une coupe du Louvre, représentant le Minotaure, porte le nom de Phamphaios. — On propose de voir dans cet artiste un élève de Nicosthènes. Le musée du Louvre possède encore de lui plusieurs vases : Un satyre luttant avec une bacchante, Mènèlas poursuivant Hélène, et sur le col, des Néréides portant des dauphins. Une coupe représentant un cx)mbat. Une autre coupe représentant un archer est également attribuée à Phamphaios, mais ne porte pas de signature.

Phèdippe, peintre ; Philtias, peintre ; Phrynus, potier ; Pistoxene, potier; Polygnote, peintre; Poséidon, peintre; Pothinos, peintre; Praxias, peintre ; Psiax^ peintre, travaillait en Grèce. Vases à figures rouges. Python, potier; Silanion, peintre; Simon, potier; Skytes, peintre, travaillait en Grèce. Vases à figures noires. Socles, peintre ; Sosias, peintre; Taconidés, peintre; Taléides, potier; Thèoxotus, potier; Thériclés, potier.

On appelle thériclée une espèce de coupe assez profonde et ayant de courtes anses, comme le calice ordinaire. Ce vase doit son nom à Thériclés, potier de terre, natif de Corinthe, qui en fut l'inventeur, et qui, suivant Athénée, fut le contemporain d'Aristophane. Théopompe, cité par Athénée, en fait mention dans sa Némèe : « Viens ici, fidèle enfant de Thériclés; charmante figure ! Lorsqu'on te sert tout plein, je ne désire plus autre chose, n II parait que la thériclée était un vase de couleur noire; c'est du moins ce qui paraît résulter d'un passage des Joueurs de dès, d'Eubule (cité par Athénée) : « Déjà ils prenaient une de ces thériclées d'une grande capacité, dont l'écume, montant par-dessus les bords, se répandait sur les mains des buveurs. C'était un vase noir, tourné en perfection, qui, comme une source, jaillissait rapidement; rincé avec soin, il jetait au loin un reflet brillant de sa surface, sur laquelle un lierre se répandait de tous côtés. » Un autre passage du même auteur montre que la thériclée était toujours d'une assez grande dimension : « 0 terre à potier! Thériclés te modela un jour en dilatant le fond de tes flancs creux. Sans doute qu'il connaissait bien le naturel des femmes, car elles n'aiment pas à boire dans de petits vases. »

Thyphitidès, potier; Timagoras, peintre. — Le musée du Louvre possède un superbe vase portant la signature de Timagoras, avec une inscription en partie effacée, mais qui veut dire, suivant les archéologues : « Androcide paraît beau à Timagoras. » Le sujet principal qui

LA CERAMIQUE. 111

décore la panse représente la Lutte d'Hercule contre Triton ou Nérée. Dans la frise qui est au-dessus, on voit un jeune hotame qui prend congé de son père au moment de partir pour la guerre. Nous avons fait reproduire ce beau rase dans la figure 211.

Timmidat, potier, travaillait en Grèce. Tlipoléme, potier; TUson, Gis de Néarque, potier. — Les vases de cet artiste ont été découverts en Italie et en Grèce. Le Louvre possède de lui une coupe sur laquelle sont représentés deux béliers. Tychius, potier-, XénocUs, potier; Xénophantot, potier. — Suivant M. Albert Dumont, ce céramiste a dû passer une partie de sa vie sur le Pont-Euxin, où il avait un atelier. On connaît de lui des vases décorés de figures rouges. Zeuxiadès, peintre.

PoTBBiBS ITALIENNES. — On doouait autrefois le nom de vases étrusques à tous les produits céramiques revêtus de peintures ; on sait

aujourd'hui que les vas'is peints sont presque tous de fabrication grecque, les Étrusques et les Italiens n'ayant commencé à en faire que fort tard el en imitalion du goût grec. Les véritables poteries étrusques, qui forment dans la cOrainique une classe absolument spéciale, ne se trouvent qu'en Italie. On en a recueilli dans les tombeaux de l'ancienne Cœré (Cervetri) qui sont enlièremeai noirs el sans glaçure : quelquesuns remontent à une très-baute antiquité. La couleur noire de ces vases ne tient pas à une lerre particulière, et semble plutôt avoir été obtenue à la cuisson, car l'argile, qui est noire à la surface, va ens'éclaircissant

à mesure qu'ob se rapproche du centre, où il est mflme quelquefois lout à fait jaune. C'est ce qu'on a pu coDstater plusieurs fois daos ceux qui ont une brisure.

Les poteries étrusques ne portent généralement aucune peinture.

PoMiiai llruiquet.

mais elles sont quelquefois décorées de figures gravées ou modelées en relief avant que la pâte ait été durcie. Quelques-unes ont pour omemeot

Plg. lit. — PoltrlD ilituque.

de simples raies gravées à la pointe sur l'argile fraîche et qui font le tour du vase, ou bien dessinent de petits enroulements dont la combinaison est assez primilive. On y voit aussi des imitations a.<isez grossières de la nature humaine, ou bien des monstres empruntés à l'Asie ; ces dessins bizarres sont représentés soit en creux, soit en relief, et on peut supposer que chaque cenUre de fabrication avait ses préférences

(Bg. 219 à 223). Ainsi, à Chiusi, à Volterra et à Vulci, on trouve surtout des vases avec dessios en relief, tandis qu'à Véies on en découvre plutAt avec des ornements en creux.

Quelques-uns de ces vases laissent voir des influences orieniBl^s;

on y trouve tantôt des spl)in)L ou des léies qui rappellent Isis, tantôt des taureaux à face humaine, des centaures à pieds d'homme, des lions ou des panthères, motifs de décorations originaires d'Asie. On

pourrait même croire que certaines chasses qui se déroulent sur la paose de ces vases ont été gravées en y appliquant un cylindre assyrien. Ailleurs ce sont des poissons, des masques, des fleurs, des guerriers, etc. La forme des vases est souvent bizarre ; il y en a dont le couvercle est une lûle humaine (fig. 225). On trouve des coupes, des amphores, des canthares (fig. 22I| et 226), des brasiers décorés de

fleures bizarres, des réchauds à quatre pieds, des fourneaux dont quelques-uDB sont assez compliqués et d'un usage diEDcile à expliquer. Cest ainsi que certaines productions céramiques .[Qg. 227 et 228), qualifiées de réchauds dans des collections, sont regardées par quelques

fig. an.

amateurs comme des belles analogues à nos porte-liqueurs, et destinées à contenir des vases plus petits. Cette disposition, dont on peut juger par la figure 229, 3 été adoptée comme la meilleure par quelques conservateurs de musée.

Flg. W8.

11 serait assez téméraire de vouloir assigner une date positive à ces produits, car quelques-uns sont d'une très-haute antiquité, tandis que d'autres paraissent remonter tout au plus à la république romaine. Pline nous apprend qu'il y avait sous Numa une population nombreuse qui fabriquait des poteries; ces poteries étaient probablement assez analogues à celles qui se fabriquaient en Étrurie. Mais en général le 1er-

LA CËRAHIQOE. fT5

rîtoîre où l'on a trouvé des poteries de terre noire et assez restreint : au nord, on n'en découvre pas au delà de Sienne, et au sud. elles rrandiissent bien rarement le Tibre.

La fabrication des poteries étrusques parait avoir marché parallèlement avec celle des poteries grecques, mais, quoiqu'elles aient l'une comme l'autre leur point de départ en Orient, elles ont suivi dans le décor une voie trës-différente. Quand les céramistes grecs représentaient des marches d'animaux disposés par zones et se détachant quelquefois sur un champ de rosaces, ils étaient très-certainement im-

Pig. s». — Réchaud on bolle.

pressionnés par les dessins des tapisseries et des tissus, dont la fabrication parait avoir eu pour point de départ la Babylonie, mais qui s'est répandue assez promptement dans l'Asie Mineure et principalement à Milet. La Lydie faisait de ces tissus un trës^rand commerce d'exportation et les répandait à profusion dans toutes les villes grecques. Mais ce sont surtout des objets métalliques de fabrication phénicienne que le commerce maritime importait en Étrurie et dans l'Italie cenirale, et les Étrusques reproduisaient assez volontiers dans leur céramique le système ornemental qu'ils trouvaient dans ces objets (fig. 230).

Les poteries d'Arezzo, dont la fabrication est postérieure à celle des ouvrages dont nous venons de parler, sont généralement en terre rouge vernissée. Le musée du Louvre en po'^sëde une assez belle colleciion. Ce genre de poterie, qui est généralement décoré d'ornements en relief, a été pratiqué sous la période romaine, dans une grande partie de l'Ita-

iW L'IUDUSIRIE.

lie (fig. 231). O"e!qucrois les coupes sOot accompagnées d'iiiscripltons ilont nous avons donné un spécimen (lomc !1, fig. 2k-]-

Quelques proviaces de l'Italie méridionale el diverses localités.

comme Cumes et iNolu, oui persisté pendant assez longtemps à faire

LA CËRAHIQCE.

des vases dont la décoration se rattache aux écoles f^ecques. Dans d'autres, au coniraire, ou trouve un style tout à fait spécial.

L'Apulie a été un centre de fabrication pour une catégorie de vases qui sont sculptés et peinis, et dont la forme, élégante et bizarre tout à la fois, donne à l'emploi qu'on eu pouvait faire un caractère problématique (Og. 23\). La plupart de ces vases sont d'assez grande taille; quelques-uns ont uno grande ouverture, comme les vases ordinaires ;

d'autres ont plusieurs goulots. Le plus souvent, la panse du vase est renflée comme une outre pleine, et le goulot s'élève sur la partie supérieure; mais cette disposition se dissimule sous une telle accumulation de figurines ou d'ornements, qu'on n'en retrouve pas toujours le principe de construction. 11 semble que l'artiste n'ait tenu aucun compte des nécessités de l'usage, et n'ait eu d'autre guide que son caprice pour les masques ailés, les cbevau^i marins et les petites divinités, qu'il fait saillir indifTéremment du col ou de la panse, et qui n'ont entre elle^ aucun lien symbolique.

Les vases à relief accentué Forment dans la céramique antique une classe tout à fait spéciale. Au lieu de la peinture sur fond uni qu'on voit sur la plupart des vases grecs, ceux-ci sont décorés de figures qui

1TB L'INOOSTRIE.

se détachent soit en demi-relief, soit même tout à fait en ronde bosse. Ces figures, têtes ou persounages entiers, sortent des contours de la panse, des anses ou du col de vase; quelquefois même ilsconstilueni le vase entier. Il y en a aussi, et ceux-ci sont les plus grands, dont la forme est sphérique et qui sontsurmontésd'dnimauxou de personnages. Des centaures ou des hippocampes, dont on ne voit que la partie antérieure, semblent s'élancer de la p;insc du vase ; dans d'aiilrps. ce sont

Pis- Î33. — Scèno do niBucue. (Psiolura de vue.)

des masques do Gorgone, ou des Tritons. Presque tous ces vases porient des iraces de peiolure à la détrempe, daus lesquelles le roseet le bleu doiuioent.

Un grand nombre de ces vases ont éié découverts en Campanie, ce qui les fait quelquefois désigner sous le nom de vases campaniens.

Toutes les poteries que nous venons d'examiner sont à relief. L'Italie a également fabriqué des vases décorés de peintures, dont le style difTÈre lotalement de celui qui était en usage dans les fabriques de style grec. Les figures 232 et 233 sont étrusques, et leur réalisme brutal contraste avec l'élégance habituelle des ouvrages grecs. Des scènes de meurtre sont assez communes dans ces représentations, dont le sujet est quelquefois problématique.

A la Od de la rL^publiquc, le luïe asiatique pénôira en Italie, et les :jncicnnes poteries de terre devinrent l'apanage à peu près exclusif des classes pauvres; l'orfèvrerie dor et d'argcnr, on tout au moins les

vases de bronze, élant seuls en usage parmi les gens aisi^s. D6s lors les céramistes ne firent plus guOre que de la poterie extrêmement

commune, la seule que l'on rencontre sous l'empire romain. Cette décadence fut assez rapide, et elle commença p;ir la disparition complet des dJiïércnces que nous avons signalées entre les poteries grecques cl les poteries étrusques. Le goût dècoralif, qui fait le cliarme des ou-

LI\Dl!ST[IIE.

vrages grecs, disparut pcti à pnu dans les vases de la dernière période, doni les uns sont décorés de ligures qui s'enchevêtrent sans produiraun ensemble harmonieux, tandis que d'autres montrent de grandes tétas blanches qui couvrent quelquefois toute la surface du vi fig. 234), Puis ces têtes elles-mÉmes disparaissent et on ne voit bien- j t&t plus que des feuilles blanches dessinées sans finesse, et des ornements rudiment a ires.

Les lampes d'argile prennent en môme temps que les vases un caractère grossier dans la fabrication, qui accuse une décadence complète de l'art céramique (Ûg. 235).

Poteries babbahes. — La Gatilc, la Germanie, la Grande-Bretagne, fabriquaient des poteries longtemps avant l'arrivée des Romains; mais dans les tumulus où on les rencontre, il est souvent difficile de les distinguer des poteries communes de l'époque gallo-romaine, avec les-

ri préhiitoriquft

quelles elles se trouvent souvent mélangées. A. de Caumont défini ainsi leurs caractères dans son R\idimenl d'archiolo'jie : » La pâte, dîtil, n'est pas solidement liée ; elle est pleine de pircelles de silex; la couleur en est noire ou brun foncé. Celte pâte a peu dfl consistance [u'elle est sèche, on la casse avec la plus grande facilité et on peut la broyer sous les doigts; si on Ihumecic, elle représente assez bien des morceaux de vieille écorce qui auraient été exposés à la pluio. Quant aux formes, elles annoncent l'enfance de l'art; excepté quelques fragments où on reconnaît l'usage du tour, les autres ont appartenu à des vases qui paraissent avoir été moulés sur une forme intérieure, el polis avec la main ou taillés à l'aide de quelque instrument. Sur plu-

LA CfiBAlilQDE. Kt

sieiira Tragmenls, on reconnaît, à la surface exléricure, des coups d'une espèce de doloire. Les ornemenls consistent dans des filets mal conduits et dans do petites hachures sur le bord de l'orifice, »

La figure 236. qui a été découverte en Gaule, répond assez bien 5 ces caraciéres. Sa décoration, trùs-ru dira en taire, consiste en deux petites bannes croisant le vase obliquement, de manière à former des triangles sur sa panse.

La figure 237 représente un vase de terre trouvé dans un tumulus en Angleterre; sa fabrication parait antérieure à la domination romaine, et il peut être classé parmi les produits des temps préhistoriques.

Dans la période romaine, la poterie rouge fut très-employée en Gaule, et on en trouve en maints endroi's des débris

qui prennent place dans nos collections. v«w B«Un-roniMiB ™ w™. En général les poteries gallo-romaines ne

dilTèreni pas énormément de celles que l'on fabriquait en Italie. Quoiiue le rouge soit la couleur dominante, le blanc et le noir jouent aussi leur rûle dans cette poterie, qui a donné quelques beaux produits.

La figure 238 représente un vase gallo-romain d'une forme assez élégante, qui a été trouvé, avec plusieurs autres, du c6té de Gailtac. Il est k couverte blanche et décoré de dessins géométriques rouges et noirs.

Les terres cuites, — L'origine de la terre cuite remonte aux débuts de l'industrie humaine, et si le premier usage qu'on en a fait a été pour les poteries, son application à la sculpture ornementale ou même aux figures doit également remonter à la plus haute antiquité, tes petites figurines égyptiennes en terre vernissée se trouvent eu grand nombre dans les tombeaux, et nos musées en sont abondamment pourvus. En Assyrie, on en déposait sous le sol comme talismans ; les dieux que ces terres cuites représentent avaient le pouvoir de conjurer les génies malfaisants. Dans le palais de Sargon, h Khorsabad, on a trouvé des statuettes cachéi?s sous le pavage des cours et disposées dans des cachettes en briques. Os statuettes, qui sont maintenant au Louvre, sont exécutées avec une argile grise et 'criblée d'une quantité

181 L'INDDSTBIB.

de petits trous qui paraissent avoir été produits par les parcelles de paUle que les Assyriens mêlaient à la terre pour la fabricatloa des briques. Les statuettes trouvées en Chaldée et en Babylonte sont de deux sortes : les unes sont d'argile massive et modelées sur une seule face; les autres sont creuses et moulées en deux pièces. La terre est d'un blanc verdàtre et d'une extrême dureté.

Ptg. vas. «g. B40.

Tetia euile da ]■ CyiAulqus.

Les terres cuites phéniciennes, très- grossières pour la plupart et d'une couleur tirant sur l'orangé, présentent généralement des imitations lointaines de types égyptiens ou assyriens. L'Ile de Chypre a offert une riche moisson de terres cuites, depuis l'époque archaïque primitive jusqu'à la période gréco-romaine.

Les fouilles exécutées près de Tarse, en Cilicie, ont fourni quelques jolies terres cuites grecques. Le Louvre, si riche en antiquités de ce genre, possède une très-belle collection de figurines trouvées dans les nécropoles de la Cyrénaîque (fig. 239 et 2îiO), de l'Auique et surtout de la Déotie. Ces dernières, qu'on désigne sous le nom de terres cuites do

Tanagra. parce que le cimetière de celle ville en a fourni un très-grand nombre, ont été trouvées il y a peu d'aDiiée^, et cette découverte a fait UD irès-graod bruit dans le monde archéologique (fig. 2lti à Zkli)-

a Déjà à plusieurs reprises, dit M. Rayet, les Albanais des misérables hameaux de Skimatari, Bralzi, Liatadi et Stanialœs, situés tous dans un rayon de 5 ou 6 kilomêlres autour de Taoagra, avaienl trouvé par hasard, en labourant leurs champs on en piochant leurs vignes, des tombeaux conienanl laiitiM des vases, tantùt des figurines en terre cuite;

QioBpa aa um a

Ttrro cuila uUque

mais c'est en 1872 seulement que commencèrent des recherches suivies. Un fouilleur de profession, le corflole Yorghis Anyphantis, qui venait de mettre sens dessus dessous ia nécropole de Thespies et n'y trouvait plus rien de bon à prendre, eut Tidée de venir eiplorer les tombeaux de Tanagra; il reconnut bientôt que ces tombeaux élaientde deux sortes : les uns, simples trous creusés <;à et là au milieu des champs, étaient d'une époque fort archaïque et ne renfermaient que des vases; les autres, régulièrement alignés le long dos routes et formés de grandes dalles de luf, étaient d'une époque plus récente et ne contenaient plus do vases peints, mais en revanche des figurines, de une à trois ou quatre dans l'intérieur, et parfois d'autres, beaucoup

lU

L'IKDDSTRIE.

plus nombreuses, au-dessus du couvercle. De ceux-là. la recherche était fort aisée ; une fois la direction d'une route reconnue sur un point, il D'y avait qu'à la suivre. Aussi, les fouilles de Yorghis eurent-elles un plein succès, et la quantité de figurines qu'il trouva, les prii avantageux qu'il obtint des marchands d'Athènes, ayant décidé les Skimatariotes d'abord, pais les gens des autres villages à chercher, eus aussi, les tombeaux, à partir de 1872, vases et terres cuites de Tanagra arrivèrent en grand nombre à Athènes.

C'est dans ces premiers temps des fouilles, et avant que les prix fussent très-élevés, que put être formée la collection du Louvre, collection sans rivale dans tous les musées d'Europe, et qui se distingue non-seulement par le nombre et la beauté des pièces, mais surtout pour leur virginité.

a Ces heureux temps, où les plus jolies figurines se vendaient cent ou deux cents francs au plus, ne durèrent d'ailleurs que fort peu. En quelques mois les prix de vente décuplèrent, chaque marchand d'Athènes eut son agent à Tanagra, chaque trouvaille donna lieu à une sorte d'enchère, si bien qu'on commença à Skimatari même à parler de cinq cents ou de mille drachmes, et que toute la population valide abandonna le travail des champs pour se consacrer aux fouilles. La route de Thèbes fut suivie jusqu'à plus de deux heures de distance, jusqu'aux hameaux de Patzaitœs et de Moustapbadës. Celle de Chalcis, qui passe au milieu même de Skimatari, celle d'Anus, qui en est toute voisine.furenteiplorées presque aussi loin. Celle d'Athènes, par Oropos, à travers la plaine de Kokkali, fut excavée jusqu'au delà de Staniatœs ; le chemin de montagne d'Athènes, par les maquis de Kapsa, Spi tia et la passe de Vigla (Philé), fut fouillé jusqu'à Liatani, point au delà duquel il s'engage dans les rochers. Lorsque le gouvernement grec s'avisa de faire interdire les fouilles et de faire occuper militairement les villages, on continua de travailler pendant la nuit. Tout d'ailleurs, ou peu s'en faut, était déjà fait. Aujourd'hui, de grandes traînées blanches, produites par l'apport à la surface des terres du sous-sol, s'é-

LA CERAMIQUE.

tendent h perte de vue S travers les champs et les vignes et indiqueot les rouilles faites. Les gens du pays évaluent à six ou huit mille le nombre des tombeaux ouverts par eux ; mais il s'en faut de beaucoup que dans tous on ait trouvé des figurines; un bon quart en effet onl resservi à l'époque romaine et no contieonentrien ; d'autres ont été, à l'époque grecque elle-même, vidés par des voleurs (le pillage des sépultures éiail une industrie irès-lucrative et Irès-praliquée); la moitié au plus sont restés intacts. Encore, dans tous ceux qui sont creusés ;iu milieu des alluvions rougeilrcs et perméablesdes vallées, les Tiguri ont été tellement attaquées par l'humidité qu'elles se Tendillent et s fritent en miellés au premier contact derair; c'est se ulemeut lorsque les tombeaux sont creusés dans les couches d'argile blanche adossées au liane des collines que les terres cuites BOtil bien conservées et peuvent être retirées entières; parfois même, mais bien raremeni, ellesontencoreleurs couleurs. Quant â celles qui étaient placées sur le couvercle des tombes, elles sont toutes brisées et l'ont probablement été à dessein, au moment même des funérailles. Les marchands d'antiquités recueillent avec soin tous ces débris, les recollent en combinant

ensemble des morceaux de terres cuites différentes, mais d'attitudes semblables, et couvrent ensuite le tout d'une couche de blanc sur laquelle ils appliquent des peintures et de la boue; c'est ainsi que sont faites ces figurines aux roses vifs, aux bleus éclatants, qui voudraient nous faire croire que les Grecs connaissaient déj^, il y avingt ou vingtdeux siècles, des sels méialliques dont la préparation a fait la gloire de tel ou tel chimiste de tiotre temps. L'épuisement de la nécropole de

lU LINOUBTRIE.

Tanagra et la cessation presque complète des foaillea a, depuis ces deraiëres anuées, rendu ces fraudes plus lucratives et plus fréquentes, u

Un grand DOmbre de statuettes grecques représentent des femmes voilées dont l'attitude pensive est bien en rapport avec leur rAle funéraire. Mais il y a aussi des figurines assez nombreuses qui représentent des enfants jouant ou se livrant à divers exerdces. On en voit aussi quelques-unes dans lesquelles l'iateotiOD comique est évidente. L'EKpo-

Pig. S4S. — SUMelte.

sitioD du Trocadéro, ea 1878, en a montré de fort curieux. On voyait entre autres un marchand forain criant à tue-téte pour vendre sa marchandise, et un vieil esclave, au dos courbé et à la marche traînante, qui montrent que les artistes grecs savaient au besoin rendre toutes les vulgarités de la vie.

L'Italie a aussi fourni son contingent de terres cuites. Nous avons déjà montré (lome 1, flg. 510, 511 et 512) des sarcophages provenant des tombeaux de l'Étrurie.

Une terre cuite du Louvre, découverte dans l'antique Ardée, montre une femme assise dont le siège représente un animal ailé auquel il manque la tête, en sorte que la personne qui s'asseyait prenait l'air d'un sphinx (flg. 2^5}.

L.es statuettes en terre cuite qui ont été découvertes en Italie sont

LA CERAMIQUE. IST

en général bien loin d'offrir autant d'intérêt que celles qui ont été trouvées eo Grèce. Mais on y a découvert un très-grand nombre de basreliefs, qui semblent presque tous de travail grec et dont quelques-uns sont des chefs-d'œuvre.

Les carrières de marbre de Carrare n'ont été exploitées que sous les empereurs romains, et pendant fort longtemps les peuples de l'Italie centrale paraissent avoir ignoré l'existence des riches carrières dont on

Fig MS Ue ops aTH: CguiH.

a tiré plus lard de si beaui matériaux. Ce qui est certain, c'est que l'habitude des constructions en bois a persisté très-lard, et que ce bois, toujours colorié, était en outre décoré par places avec des plaques de terres moulées et peintes. Ces terres cuites servaient non-seulement pour les habitations et les petites chapelles rustiques, mais on les a également employées pour des èdiûces beaucoup plus importants. Los sujets qui les décorent sont toujours tirés de la mythologie grecque, et on fabriquait à Athènes et dans d'autres villes de Grèce un grand nombre de ces petits bas-reliefs qui étaient ensuite expédiés en Italie. 11 est probable que les artistes qui habitaient en grand nombre les villes grecques de l'Italie méridionale en fabriquaient également. Mais,

bieo que le styte de ces monumeatâ dénote' une origine purement grecque, c'est surtout en Italie qu'on lès trouve, et leur emploi paralty avoir été beaucoup plus général que dans la Grèce propre.

Le musée du Louvre possède une riche collection de ces bas-reliefs, et la plupart d'entre eux sont munis do trous pratiqués pour laisser pénétrer les attaches ; ce sont des montants, des métopes, qu'on faisait glisser dans les coulisses des triglyphes, des chéneaux qui conduisaient l'eau des toiis à l'extérieur des coins; des tuiles arec leurs couvre-joints, des acrotëres et des antéûxes. La figure 2I|6 est une métope décorée de figures bachiques; les sujets bachiques reviennent très-fréquemment sur ces peUts bas-reliefs qui trouvaient naturellement leur emploi dans

un pays de vignobles, où on trouvait partout des petites chapelles consacrées au dieu des vendanges.

Quelques-uns de ces bas-reliefs en terre cuite avaient acquis, dans l'antiquité même, une certaine célébrilé, puisqu'on les voit reproduits un grand nombre de fois. Nous en avons reproduit plusieurs,

Parmi les bas-reliefs du musée Campana, que possède le musée du Louvre, il y en a plusieurs qiii ont conservé des traces de couleur.

Outre les motifs à sujet, les terres cuites antiques sont souvent décorées d'ornements exquis (Qg. 2{iT). Les chiinëros, les griffons, les

LA CËRAUIQUE. 189

dieux marins tetmioés en enlacements d'acanlhe» et de dauphins, les palmettes alternées, les enroulements de feuillag^es les plus variés, les plus gracieux, les plus imprévus, forment de cette série de bas-reliefs une précieuse suite de modèles pour les artistes de l'iaduslrie.

La vBiiiiERtE. — On a loniïtemps attribué aus Phéaiciens l'invention du verre; cette opinion, abandonnée aujourd'hui, a été admise dans toute l'antiquité. Le verre paraît avoir été connu des peuples antérieurs à l'hisioire et à la civilisation, et il semble impossible de désigner quel peuple l'a travaillé le premier. En tout cas, les Égyptiens ont poussé irës-loin cette industrie, qui remonte chez eux à la plus haute anti-

Pig. 14S. — PabticalioD du

On peut en tout cas revendiquer pour l'Egypte la fabrication des verres ornés de diverses couleurs, employés depuis par les Grecs et les Romains, mais dont on trouve dans les peintures de l'ancien empire une foule de modèles charmants.

Nous avons su Louvre plusieurs échantillons de verre coloré dans la masse ; on savait dessiner dans l'intérieur des fleurs et des ornements à l'aide de filets d'émail.

Les peintures de Thëbes et de Beni^Hassao nous montrent les procédés qu'on employait, il y a plus de trois mille ans, pour fabriquer le verre; on y voit l'emploi du chalumeau et la matière en fusion est peinte de couleur verte (Dg. 2i8 et 249). Ailleurs on voit les ouvriers qui sont en train do polir les pièces déjà fabriquées, et on voit représentés dans le champ les instruments qui ont servi à leur confection.

a Les Égyptiens, dit Champollion-Figeac, employaient le verre et l'émail à l'embellissement des temples et des pdlais, qui étaient pavés

de carreaux brillants du plus vif éclat. La oature avait ouvert cette voie au génie égyptieo, en plaçant à profusion, à la portée de l'Egypte, le sable du désert, le nitrate et les cendres de Kali, matière première dont le verre est composé. Od ne doit pas être surpris si la petite verroterie et tous les objets utiles ou de fantaisie qu'il était possible de fabriquer se retrouvent en très-grande quantité dans les ruines de l'Egypte. Oo y fabriquait encore du faux jayet avec la scorie des métaux, et ils en connurent les oxydes, notamment ceux du fer, du cuivre, du plomb et de l'étain, sans lesquels ils n'auraient pu réussir à faire les verres et les émaux colorés, à incruster les pierres précieuses; aussi les ouvrages en

verre furent-ils compris par Auguste, avec le blé et le froment, dans la liste des produits que l'Egypte devait payer à Romecomme tribut. La fabrication des vases murrhins occupait à Thèbes plusieurs manufactures. Arricn les mentionne expressément dans son périple ; les fragments de matières vitreuses colorées abondent dans les ruines égyptiennes; des vases imitant le spath-lluor et d'autres matières minérales ornent la plupart de nos musées. Bien antérieurement à la domination romaine, les vases murrhins de Thèbes, et surtout la verrerie de Coptos, étaient expédiés par la mer Rouge et étaient recherchés souvent par les peuplades de l'Arabie et de la côte d'Afrique. »

Les Égyptiens étaient renommés pour la perfection avec laquelle ils imitaient les pierres précieuses avec du verre. On croit que le fameux Sacre Catino de Gènes, que l'on croyait être une émeraude, est de fabrication égyptienne. Ce vase célèbre, qui Qt partie du butin fait par les Génois i la prise de Césarée, était, suivant la traditiou, un cadeau que

la reine de Saba avait fait à Salomon. Sous la Révolution, il fut envoyé à Paris parmi les trésors enlevés par Farmée française, et on découvrit alors qu'il était fait avec du verre analogue à celui qu'on trouve dans les tombeaux égyptiens. Rendu à la ville de Gênes, sous la Restauration, il se trouve aujourd'hui dans la sacristie de l'église San- Lorenzo.

Les Phéniciens étaient aussi très-renommés pour ce genre de fabrication. Hérodote, qui a visité Tyr quelque temps après Nabuchodonosor, pour y voir le fameux temple d'Hercule, nous rapporte ce qui suit : a J'ai vu, dit-il, ce temple richement orné de nombreux monuments, parmi lesquels il y avait aussi deux colonnes. Tune d'or brut, l'autre en pierre d'émeraude. » Cette pierre d'émeraude était très-certainement du verre coloré.

Les Phéniciens revendiquaient la découverte du verre. Les verre» ries de Sidon avaient une célébrité immense et s'exportaient partout. En Orient, l'emploi du verre n^était pas le môme que chez nous ; des rideaux ou des jalousies suffisaient pour fermer les fenêtres, et on se servait de métal pour les miroirs et pour les coupes. L'industrie du verre, néanmoins, ne se bornait pas aux flacons et autres menus objets ; on l'employait dans la décoration des appartements, où il était recherché pour sa couleur brillante.

Pline le Naturaliste nous a laissé quelques renseignements sur les verreries antiques, dont il attribue Torigine aux Phéniciens : « 11 y a dans la Syrie, dit-il, une contrée nommée Phénicie, confinant à la Judée, et renfermant, entre les racines du mont Garmel, un marais qui porte le nom de Cendevia. On croit qu'il donne naissance au fleuve Bélus, qui, après un trajet de cinq mille pas, se jette dans la mer, au delà de Ptolémals, colonie. Le cours en est lent, Peau malsaine à boire, mais consacrée aux cérémonies religieuses. Ce fleuve, limoneux et profond, ne montre qu*au reflux de la mer le sable qu'il charrie. Alors, en effet, ce sable, agité par les flots, se sépare des impuretés et se nettoie. On pense que dans ce contact les eaux de la mer agissent sur lui, et que sans cela il ne vaudrait rien. Le littoral sur lequel on le recueille n*a pas plus de cinq cents pas, et pendant plusieurs siècles ce fut la seule localité qui produisit le verre. On raconte que des marchands de nitre y ayant relâché, préparaient, dispersés sur lexivage, leur repas; ne trouvant pas de pierres pour exhausser leurs marmites, ils employèrent à cet effet des pains de nitre de leur cargaison; ce nitre, soumis à l'action du feu avec le sable répandu sur le sol, ils virent couler

des ruisseaux transparentis d'une liqueur inconnue, et telle fut l'origine du verre.

a Depuis, comme Tindustrie est ingénieuse et avisée, on ne se contenta pas de mêler du nitre au sable, et on imagina d^y incorporer la pierre d'aimant, dans la pensée qu'elle attire à elle le verre fondu comme le fer. De la môme façon, on se mit à introduire dans la fonte divers cailloux luisants, puis des coquillages et des sables fossibles. Des auteurs disent que le verre de l'Inde se fait avec du cristal brîsé et que pour cela aucun ne peut lui être comparé. Pour la fonte, on emploie du bois léger et sec, et on ajoute du cuivre de Chypre et du nitre, surtout du nitre d'Ophir. On le fond, comme le cuivre, dans des fourneaux contigus, et on obtient des masses noirâtres d'un aspect gras. Le verre fondu est tellement pénétrant, qu'avant môme qu'on l'ait senti il coupe jusqu'aux os toutes les parties du corps qu'il touche. Ces masses se fondent de nouveau dans des fourneaux où on lui donne la couleur; puis tantôt on le souille, tantôt on le façonne au tour, tantôt on le cisèle comme l'argent. Jadis Sidon était célèbre pour ses verreries; on y avait même inventé des miroirs de verre. Telle fut anciennement la fabrication de ce produit. Aujourd'hui, à Tembouchure du fleuve Vulturne, en Italie, sur la côte, dans un espace de six mille pas, entre Cumes et Liternum, on recueille un sable blanc très-tendre ; on le broie au mortier et à la meule; ensuite on y môle trois parties de nitre, soit au poids, soit à la mesure ; le mélange étant en fusion, on le fait passer dans d'autres fourneaux ; là il se prend en une masse à laquelle on donne le nom d'ammonitre. Cette masse est mise en fusion, et elle donne du verre pur et des pains de verre blanc. Cet art a passé môme en Gaule et en Espagne, où l'on traite le sable de la môme façon. On raconte que sous le règne de Tibère on imagina une mixture qui donnait un verre malléable, et que toute la fabrique de l'artiste fut détruite pour empocher l'avilissement du cuivre, de l'argent et de l'or. Ce bruit a été longtemps plus répandu que le fait n'est certain ; mais qu'importe? Du temps de Néron on a trouvé un procédé de vitrification qui fît vendre six mille sesterces (1,260 francs) deux coupes assez petites qu'on nommait ptérotes (ailées).

« Au verre appartiennent les vases obsidiens assez semblables à la pierre qui a été découverte en Ethiopie par Obsidius. Cette pierre est très-noire, quelquefois transparente, mais d'une transparence mate, de sorte que, attachée comme miroir à la muraille, elle rend plutôt Tombre que l'image des objets. Beaucoup en font des bijoux. J'ai vu.

on obsidienne, des statues massives du dieu Auguste, qui prisait fort cette substance demi-transparente. Lui-môme a consacré comme des merveilles, dans le temple de la Concorde, quatre éléphants de pierre obsidienne. L'empereur Tibère rendit aux Héliopolitains, pour leurs cérémonies, une statue de Ménélas en pierre obsidienne, trouvée dans la succession d'un préfet d'Egypte. Gela montre qu'il faut reporter plus haut qu'on ne le fait l'usage de cette substance, confondue aujourd'hui avec le verre, à cause de sa ressemblance. D'après Xénocrate, l'obsidienne se trouve dans Tlndc, dans le Samnium, en Italie et en Espagne^ sur les côtes de l'Océan. On fabrique, par le moyen de teinture, de l'obsidienne pour divers ustensiles de table, et un verre entièrement rouge, opaque, qu'on nomme hématinon. On fait aussi du verre blanc, du verre imitant le murrhin, imitant l'hyacinthe, le saphir, de toutes les couleurs en un mot. Nulle substance n'est plus maniable, nulle ne se prête mieux aux couleurs; mais le plus estimé est le verre incolore et transparent, parce qu'il ressemble le plus au cristal. Pour boire, il a môme chassé les coupes d'argent et d'or; mais, à moins qu'on n'y verse d'abord du liquide froid, il ne résiste pas à la chaleur, et cependant des boules de verre remplies d'eau opposées aux rayons du soleil s'échauffent tellement qu'elles brûlent des étoffes. Le verre en fragments ne fait que se souder au feu ; pour le fondre entièrement , il faudrait le broyer. La verrerie fait divers objets de verre coloré, par exemple les pièces d'échiquier qu'on nomme abaculi; ces objets offrent même quelquefois plusieurs nuances. Le verre fondu avec le soufre se durcit en pierre. »

Quelques fragments, recueillis dans les lies de l'archipel, montrent que les Grecs ont possédé des manufactures de verre, mais c'est surtout à Rome que cette industrie a pris une grande extension. Les verriers ita- verrerie romaine, liens rivalisaient avec ceux de l'Egypte et de la Phénicie (fig. 250). Les fameux verres de Venise ne sont qu'une continuation de la fabrication des anciens, qui a conservé ses traditions pendant tout le moyen âge. Quelques pièces du Louvre, et surtout du musée Britannique, présentent avec les verreries vénitiennes de singulières analogies. Il y a au Louvre, dans la salle des verreries antiques, un trèsbeau flacon de forme lenticulaire, couvert d'un émail bleu d'outre-mer. Sur l'arête du contour s'enroule un cordon de verre bleu se recourbant en anses aux deux extrémités. Un champ circulaire d'émail blanc occupe

ni . S5

IM L■I^DUSTIIIE.

lo centre dj vase ; il y a aussi de jolis flacons en verre blanc laiteux et couvert de stries peintes en brun violâtre. On voit que l'artiste a cherché h produire les eftcts des veines naturelles du gypse ou de l'alb&tra. \ l'Exposition de 1878 on a remarqué, dans les salles de l'art ancien au Trocadéro, une magniOque coupe Ë.n verre de diverses nuances, appartenant à K. Edouard André.

La verrerie gallo-ramaine a fourni quelques pièces extrêmement intéressantes. Le musée do Strasbourg en possédait un bien précieux spécimen, qui a été détruit par les Allemands dans la guerre de 1870. Ce vase (Gg. 251), entouré d'une sorte de réseau ou de grillage en verre rouge et portant une inscriptioa en verre vert, avait été trouvé en 1825 dans un cercueil en forme d'auge, tout prés des glacis de Strasbourg. D'après l'inscription, ce vase avait appartenu à Maximilien Hercule, qui vivait au ni» siècle de notre ère, et qui a longtemps séjourné dans les Gaules. Ce qu'il y a de plus remarquable dans la verrerie romaine, ce sont les verres de différentes couches à plusieurs teintes, qui présentent assez souvent l'aspect d'un camée. Il y a généralement des ligures ou des ornements se détachant sur un fond d'une couleur différente. Le vase de Portland, le plus bel échantillon que l'on connaisse de ce genre de fabrication, est une des pièces les plus précieuses du musée de Londres. Ce vase, trouvé au commencement du xvu* siècle, clans un sarcophage de marbre, aux environs de Rome, a été longtemps connu sous le nom de vase Barberini.pàrce qu'il faisait partie de la galerie Barberini, à Rome. Acquis à la fin du siècle dernier par la duchesse de Portland, il appartient au musée Britannique depuis 1810. Malgré tous les soins dont ce vase précieux est entouré, un fou l'a un jour brisé d'un coup de canne, mais il fut restauré avec tant d'habileté qu'il est hien diflicile aujourd'hui de distinguer le joint de ses fractures. Le vase de Portland, qui paraît avoir été fabriqué sous les Antonins, se compose de deux couches de verre superposées. Celle de dessous est d'un bleu trèsfoncé, et celle de dessus d'un blanc opaque, de telle sorte que les figures se détachent en hiancsurdu bleu. On a longtemps cru que c'était un camée, tant la superposition des deux couches imitebien l'agate-onyx.

On a longtemps discuté la question de savoir si les anciens connaissaient les vitres, mais les doutes ont cessé au commencement de ce siècle, parce qu'on en a trouvé à Pompéi plusieurs fragments. Voici ce que dit à ce sujet Tarchitecte Mazois, dans son grand ouvrage sur les Ruines de Pompéi: « Si la question de l'emploi des vitres chez les anciens était encore douteuse, nous trouverions dans cette salle de bains un témoignage propre à la résoudre : les siècles y ont conservé un châssis vitré en bronze, qui détermine non-seulement la grandeur et l'épaisseur des vitres employées, mais encore la manière de les ajuster. Ces vitres étaient posées dans une rainure et retenues de distance en distance par des boutons tournants qui se rabattaient sur les vitres pour les fixer; leur largeur est de vingt pouces (0",54 environ) sur vingt-huit pouces (0",72) de haut, et leur épaisseur de plus de deux lignes (5 à 6 millimètres). »

Aucun auteur ancien ne parle des vitres, en sorte qu'il est difficile de connaître exactement les procédés employés pour leur fabrication. « Il est vraisemblable, dit M. Bontemps, dans son Guide du verrier, qu'on versait dans Tintérieur d'uu cadre métallique, de la grandeur de la vitre que Ton voulait obtenir, le verre que l'on avait extrait du creuset avec une cuiller. »

Les fragments de verre, provenant de vitres romaines, qui ont été découverts à Pompéi, sont d'une teinte verdâtre. L'analyse chimique a constaté quelques différences de proportions dans la matière avec celle qui compose les vitres modernes :

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