‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 2)Chapitre 6 sur 21 · I.S8 JNDCSTR1E6 DD BATIMENT. S · texte numérisé non relu

I.S8 JNDCSTR1E6 DD BATIMENT. S

ilil lo livre sacrd, la même quaniiiii de briques qu'ils rendaient auparavant sans on rien diminuer n. El ce document, dit M. Paul Pierrei, est confirmé par le papyrus Anastasi. Seulement il faut bien remarquer que les Hébreux n'ont pas été seuls employés à des iravaux de ce genre, mais qu'ilsétaient également imposés à un très grand nombre de prisonniers appartenant à des nations différentes.

Les monuments romains qui représentent des maçous dans l'exercice de leur travail sont d'une extrême rareté. Cependant les figures tirées de la colonne Trajane montrent des soldats romains employés ù la construction d'un rempart; des légionnaires so passent des matériaux pour la muraille ou biuu cbargeut des déblais dans des paniers d'osier (Gg. 3(i8 et Zli-i).

Ï78 L'INDCSTHl^^^^^^^^^^^^^^H

Les charpentiers. — La colonne Trajane nous nionire (lig. 350) ^M des soMais romains oofcipés à abattre des arbres. Cette scène se ^H rattache à la construction d'un camp, mais clic nous montre égale- ^H ment que pour la manière d'opérer et pour l'outillage, il n'existe ^H aucune dilTéreiice entre les bûcherons de ranliqnité et ceux du temps ^H présent. ^H

F \fsm.t=mm^i imi

^^M Sfct'Sluimu

^^^H^^^if^VM^ IfflrlM

^^V - TSak j L^,;,#ip MIE mmi

^^ d-lS^!Sk.

rr^h^fmmm'

1 Pig. 34M.— l'oitDiiii de turdMoi. (lta.-r=li.^l du U cubune Tr^ani-.)

Le même monument représente un peu plus loin deux soldats transportant un tronc d'arbre qui cfl suspendu par une corde à une barre de bois posée sur leurs épaules (fig. 351).

On employait différentes sortes de bois suivant l'usage qu'on en

voulait faire. « Les arbres dont on se sert pour la construction des

édifices, dit Vitruve, comme le chêne, l'orme, le peuplier, le cyprès

et le sapin, n'y sont pas aussi propres les uns que les autres et l'on ne

peut pas faire avec le chdne ce que l'on fait avec le sapin, ni du cyprès

ce qu'on fait de l'orme, chacun ayant des propriétés différentes à cause

des principes dont il est composé et qui ne présentent pas les mômes

^^^ effets. »

^^^H Le bois, beaucoup plus facile à se procurer et à travailler que la

^^^V pierre, a dû être employé de tout temps en Grèce comme en Italie.

^^^^ Plus tard, quand l'usage de la pierre prévalut pour les temples, le bols

SÏ9

fut relégué daos le toil. A Athènes, la charpente continua longtemps à être le mode de construciion le plus usité pour les maisons particulières mais tl n en fut pas de même dans il autres villes, à Alexandrie par exemple

0 L habileté des anciens du M Beulé dans le travail des chir pentes est constatée par k Digeste puisqu on faisait pour les cours

des charpentes mobiles qui se montaient l'hiver al se démontaient Vél&. A Cyzique, selon Pline, le lieu où se réunissait le sénat était couvert de la même manière. La c^iarpente ôlail assemblée sans boulOQS ni ferremenis, les poutres se démontaient et s'ajustaient à volonté. » Le plafond du temple d'Éphése. d'aprOs le témoignage de Pline, était en boia de côdre. Mais dans les édifices dont le plafond était en pierre.

Ctfoime te temple de Théaéç ou les Propylées d'Athëoes, la disposition des solives et des caissons de marbre rappelait évidemment la toiture.

Une invocation tirée de l'Anthologie contient une énumération (les outils en usa^e parmi les menuisiers,

« Va niveau avec son fil à plomb, un maillet de bois, des planes avec leur double poignée, une forte hache à fendre les souches, une

scie droite que guide la raie de vermillon, dos tarières avec leur manivello, des vilebrequins, un cordeau enduit do rouge résonnant sons les doigts qui le soulèvent, jeune déesse aux yeux pers, le menuisier Léonlichus le les consacre; car les ans lui ont ôté la force de s'en servir. » L'usage de la hache doit être presque anssi ancien que celui du martoau. C'est avec une hache qu'Ulysse taille et polit les planches destinées à son navire : il se sort également de clous on de chevilles I»our les unir. Au reste, les clous servaient aussi à la décoration des meubles : on voit souvent dans Homère des sièges ornés de clous d'ar-

iSt

gent. On connaissait aussi le niveau, la règle et l'aplomb. La scie, dont Pline attribue l'invention au fabuleux Dédale, est un instrument qui

«I.'i •■t'IMHM'» .«Î.-I-. ' "'{î^\

■ iiiHi' : • : •'"'■ i> :• • ■ »■■:• ■■• ■''• V/.f^

^^^^^J[M«J^M^MIMI»Vl;^-

''•"'HK'iiii'i'".>''"|[:it"MiM/iif > il'*--

Fig. 352. — Parallèles linéaires.

annonce des connaissances assez avancées dans le travail des métaux.

Fig. 353. — Mesuro linéaire on forme de compas do réduction.

Homère ne la décrit pas absolument, mais il la connaissait sans aucun

Fig. 354.

Fig. 355.

Compas trouvés à Pompéi.

Fig. 356.

doute, puisqu'il parle de plaques d'ivoire qu'on avait dû scier pour en orner les lits, les sièges et les Dortes.

Les charpentiers, les' menuisiers, et en général tous les artisans obligés de tracer des lignes droites et de prendre des mesures exactes, se servaient de règles assez analogues à celles que nous employons. Ces règles étaient en bronze : on en a retrouvé une à Pompéi qui est divisée par une série de points placés à égale distance et qui servait ainsi de mesure. Une petite lame de métal placée sur un des côtés de la règle et venant s'adapter à deus petits clous (Gg. 352} posés sur l'autre c6té empêchait la règle de se refermer par ellemême lorsqu'on voulait la tenirouverte, et assurait ainsi son immobilité. Enfin sur la figure 353, nous voyons une mesure linéaire en forme de compas de réduction.

Les compas dont on se servait étaient identiques à ceux que nous employons à présent : on peut en juger par les modèles ci-contre qui représentent des instruments pris à Pompéi.

La figure 355 est un compas pour tracer des cercles, la figure 35Z| un compas pour prendre l'épaisseur des solides et la figure 356 un compas de réduciion.

Une stèle du musée d'Autun représente un menuisier vu à mi-corps et tenant en main un instrument qui ressemble à un marteau. Un outil de Fig 3iii -Ln menuio meniilsier est sculpté sous le buslc

(fig. 357).

Un marteau d'une autre forme se voit également sur la figure 358 qui représ:;nle un charpentier d'aprûs un monument funèbre d'une basse époque. Un autre pionument (flg. 359) nous montre plusieurs des outils du fabricant de meubles; on y voit un compas, une équerre, un instrument recourbé qui rappelle ]es pistolets dont nous nous servons pour le dessin linéaire, et une sorte de hache courbe dont il est assez difficile aujourd'hui d'expliquer l'usage.

Les fouilles ont mis au jour un certain nombre d'outils, et les peintures des tombeaux nous font voir de quelle maDiëre les Égyptiens les employaient. Ils connaissaient la règle, l'équerre et le M k plomb; ils

avaient des ciseaux, des vrilles, des haches, des ermincties, des scie<i. des rabots. Tous ces outils sont en bronze: la poignée est généralement faite avec de l'acacia, du lamarix, ou d'autres bois durs. Les ^yptiens n'ont pas fait usage du fer, ou du moins cet usage n'a jamais été répandu, soit parce que le fer était rare dans le pays, soit par une rai-

son religieuse, car ce métal était considéré comme un os de Typhon, le mauvais principe.

Le ciseau s'employait à peu près comme de nos jours : on le frappait avec un maillet de bois, quelquefois aplati sur les côtés, quelquefois d'une forme ovoïde ou circulaire.

Les hachettes étaient surtout employées par les charpentiers ou les constructeurs de bateaux : mais la double sde dont se servent aujour-

d'hui les scieurs de long ne paraît pas avoir été connue des anciens Ég\ptien3. Si nous en jugeons par les peintures, le procédé qu'on em-

MX if^wt ^o^r utk» t'^Mtre' dans sa longueur était même assez bar- . v«k»«.u«fclj|iiMMiMiH iMttv doux poteaux fixés en terre, et le ctiar-

pentier, muai d'une grande scie qu'il tenait à deux mains, opérait son travail en commençant par le haut (lig. 360).

L'industrie romaine était plus avancée et on voit l'emploi d'une

scie analogue aux n&tres sur la figure 361, tirée d'un vase funèbre.

La figure 362 représente des génies menuisiers, occupés à scier un bout de planche sur le bord d'un établi à tréteaux. Sur l'établi, on voit le crampon de fer qui sert à fixer les objets, et par terre un marteau

Fia. toi. — tUwga

avec une caisse à outils. Un petit vase, pour la colle ou pour le vernis, est posé sur une tableLtc contre la muraille.

Un établi d'une Tonne un peu difTérente apparaît sur un bas-relief romain : ici le menuisier est en train de travailler à un fragment de meuble dont la forme est arrondie (fig. 363).

Les Egyptiens paraissent avoir été assez avancés dans l'art du placage et de la marqueterie. Dans un tombeau de Thëbes, remontant au temps de Thoutmès 111, on voit un menuisier plaquant une pièce de

bois rare sur une autre de bois plus commun ; devant lui est un bloc de bois sur lequel est posée son erminette (Qg. 3G4). Mais la scène représentée à côté n'est pas moins curieuse. Elle montre un ouvrier

broyant avec une pierre une substance destinée à faire une sorte de glu, qui était probablement l'équivalent de notre colle forte, et qu'un autre applique avec un pinceau plat sur une planche (fig. 365).

Les outils du métier sont, suivant l'usage, représentés sur la muraille. On y voit entre autres : un pot, contenant cette olle forte, et placé sur le feu; une règle, une équcrre, et enfin un coffret terminé pour indiquer l'occupation à laquelle on se livre en ce monioni.

Ailleurs on voit des ouvriers travaillant à des pieds de meubles en forme de pattes d'animaux, d'autres confectioanaot une chaise (fig. 366), d'autres enfin polissant une sorte de colonnette en bois destinée à un meuble (fig. 3fi7).

Pig. 38S. — Support pour

Outre les tables, les Égj'pttens employaient certains supports dont la figure 368 nous montre la forme. C'est un meuble assez riche, décoré d'incrustations, et destiné très-probablement à supporter un vase ou tout autre objet de prix. Le modèle que nou.s rcproiuisons est au Musée britannique. La forme géniSrale du meuble est celle d'une pyramide tronqnéc, mais la manière dont les traverses sont disposées est d'une véritable élégance.

Enfin nous donnons, figure 369, un petit coffret de marqueterie d'un travail très-délicat, mais dont l'usage serait difficile à explitiuer.

LES PETITES INDUSTRIES

FlBOBS ABTIPICIBLLBS. — VaNNIEBS. — COBBOTBDB8. — COBDONNIERS. SbLLIBESi CBABBOIfS, CABEOSSIBBS. — SALTIMBANQUES ET

PAISBDBS DE TOOBS.

• Flburs artificielles. — Les fleurs étaient considérées chez les anciens comme un objet de première nécessité : il n'y a guère d'actes dans la vie antique où il n'y ait des guirlandes et des couronnes. L'industrie des bouquetières avait une grande importance à Athènes, et dans les usages romains les fleurs arliûcielles accompagnent ou remplacent quelquefois les fleurs naturelles.

On distinguait deux sortes de couronnes, celles qui étaient tressées, faîtes de fleurs et de branches entières, et les couronnes cousues à l'aiguille, pour lesquelles on n'employait que des feuilles détachées de leurs calices. On les rangeait à la manière des écailles et on les attachait à des bandelettes d'écorce de tilleul. « Nous trouvons, dit Pline, dans les sacriûces des Saliens, les couronnes travaillées à Taiguille; Us en faisaient usage dans leurs festins. La préférence fut donnée oa$uito aux rosiers ; et grâce aux progrès du luxe, on n'attacha plus aucun prix à celles qui n'étaient pas toutes en feuilles de roses cousues. HioutC^t on en flt venir de Tlnde et de pays encore plus éloignés. Car A^Ù\Hird*hui, on regarde comme le comble de la magniûcence de di?- UHbuor do» couronnes faites de feuilles de nard ou d'étoffes de soie de vtelWivwtos couleurs et humectées de parfums; c'est le dernier terme v^;^ 5H^ ;K>it encore arrêté le luxe des femmes. »

Kii effet, l*u8ago des couronnes de fleurs artificielles n'a pas tardé i îi'iuliXHluire, par suite de la difficulté ou Ton était de trouver des IkHAm eu loutea saisons, môme lorsqu'on en faisait venir des pays chauds. V^Mu4 h v\Ngitation était éteinte on faisait venir d'abord des amai>MU\N^ vrt.gypio; c'est une espèce de plante qui, lorsqu'elle avait été vk\^^^h^^ avait la propriété de reprendre sa fraîcheur première si vKi i'huuàeciait d'eau. Mais cette plante étant insuffisante pour la con-

LES PETITES INDUSTRIES. S80

sommation considérable à laquelle entraînait l'usage universel des couronnes, on fit des fleurs avec des écorces de corne, ou avec des étoffes de soie de diverses couleurs, et on les imprégnait ensuite du parfum des fleurs qu'elles représentaient. Car les médecins tenaient essentiellement aus parfums pendant les festins et les considéraient œmme absolument hygiéniques.

Sous l'empire romain, le Ime effréné qui envahit tout ne pouvait manquer de se retrouver dans les couronnes, et Pline nous raconte comment a commencé l'usage des métaux précieux, u Le riche Crassus, dit-il, est le premier qui, dans ses jeux, ait donné des couronnes dont les feuilles fussent d'or et d'argent. On y ajouta des rubans qui en re-

levaient encore le mérite, mais ils furent longtemps unis et sans gravures. Glaudiua Pulcher les fit ciseler le premier et même il plaça des bas-reliefs sur l'écorce tendre du tilleul. »

Une fabrique de fleurs ariiûcielles est représentée sur la figure 370, tirée d'une peinture de Pompéi. Au centre de la composition, on voit une grande table, et quatre petits génies, assis sur deux bancs, sont occupés à attacher des fleurs après des flis pour en former des guirlandes. Ces fils partent d'un châssis, placé au-dessus de la table. Un des petits génies puise dans un panier les fleurs qu'il va donner aux ouvriers, et une jeune fille, aux ailes de papillon, remet à un petit amour un bouquet et une guirlande.

Va7(Niehs. — Les Égyptiens étaient extrêmement habites dans l'art du vannier. Leurs ouvrages en ce genre se faisaient avec divers joncs,

des fibres de papyrus ou des feuilles de palmier. Lé musée du Louvre en possède plusieurs échantillons. Dans les appartements, le sol était généralement recouvert de nattes en jonc.

Le musée de Boulaq possède un panier en jonc tressé teint de couleurs diverses et trouvé dans une tombe de la XI" dynastie. Dè8 cette époque, les Égyptiens ont fait des travaux de sparterie remarquables. Le musée en possède de nombreux échantillons. Les paniers qu'on fabrique encore aujourd'hui à Éléphantine ont les mêmes couleurs et

CSXf%f\Si^liPiifi%:%f^^^!:^Sy^

Pig. 871. — Pallier égyptien.

quelques-uns affectent les mômes formes. La figure 371 nous montre la forme habituelle des paniers au temps de Ramsès le Grand.

Le meuble représenté figure 372 est une espèce de panier portant sur une armature en jonc et contenant des bouteilles et poteries d'un usage domestique. Il y a ici une disposition qui semble d'un goût presque moderne, et on ne serait pas trop surpris si Ton rencontrait dans nos bazars un meuble ressemblant à celui-ci pour Taspect. Le panier qui contient les bouteilles est-posé sur une espèce de support à quatre pieds fort minces qui l'emboîte jusqu'au milieu de sa hauteur.

La sparterie était également pratiquée dans l'antiquité grecque et romaine.

« L'usage du sparte, dit Pline le Naturaliste, est postérieur de plusieurs siècles à celui du lin. 11 date de la première guerre que les Carthaginois firent en Espagne. Le sparte croît de lui-même sans qu'on puisse le semer. C'est proprement le jonc d'un sol aride. Un seul pays a le malheur de le produire, car il est le fléau de la terre qui le porte; elle est stérile pour tout le reste. Celui d'Afrique est petit et ne sert à rien. La province de Carthagène, dans l'Espagne citérieure, le produit, mais non dans toute son étendue. Partout où il vient, les montagnes mêmes en sont couvertes. Les habitants des campagnes se servent du sparte pour se chauffer et s'éclairer. Ils en font des lits, des

LES PETITES INDUSTRIES. 391

chaussures et des vëtemeDts pour les bergers. Cette plante est nuisible aux animaux, excepté la partie tendre qui est à ta sommité. 11 faut le battre pour le mettre en œuvre. Il se conserve surtout dans l'eau et dans la mer. Sur terre, on préfère les cordes de chanvre. Le sparte se nourrit même dans l'eau. 11 semble se dédommager de la soif qu'il a éprouvée dans l'état de végétation. Cette sorte de cordage se répare aisément. Quelque vieux qu'il soit, il se renoue avec le neuf. Au surplus, l'imaginaiioa

s'effraie quand on calcule àcombien d'usages on l'emploie en tous lieux, soit pour les agrès des vaisseaux, soit pour la construction des édifices, ou pour les autres besoins de la vie. Le terrain qui suffit pour tant d'usages n'a pas trente milles de largeur, à partir du rivage de Carthagène; il a moins de cent milles de longueur. Les frais empêchent que le sparte ne se transporte à des distances éloignées. Le nom que les Grecs donnent au jonc induit à croire qu'ils se servirent de cette plante pour faire des cordes. Il est démontré que, dans la suite, ils firent usage de la feuille de palmier et de l'écorce intérieure du tilleul. Cest là probablement co qui donna aux Carthaginois l'idée d'employer le sparte, a

CoHBOTEUBS. — Une peinture de Thèbes (fig. 373), remontant & l'époque de Thoutmès III, nous montre des corroyeurs tortillant des lanières de cuir dont les quatre languettes entrelacées passent à travers un tube, que tient un homme qui marche à reculons. Une bando lourne autour du corps de l'ouvrier qui est chargé d'entrelacer ces

aa

L'IHODSTRIE.

UniJxes, et il semble s'appuyer sur elle en marchant à reculons. Cette bande est fixée au tube par un anneau tournant sur un écrou, qui l'empAche elle-même d'être entortillée comme le reste : sans cette préaulkm l'ouTrier finirait par être complètement serré par la lanière qu'il tient.

Le tube dans lequel s'opère le tortillement, et que l'ouvrier fait coDtinuellement touraer à cet effet dans sa main, est pourvu d'une barre surmontée d'une (grosse boule pesante qui accélère le mouvement et empêche le déroulement si l'ouvrier s'arrêtait un momenl.

Un autre ouvrier, assis plus bas et sur un tahouret à trois pieds, tient en main les lanières qu'il prend sur le las, en les faisant passer k SOD camarade, et en les empêchant de s'embrouiller irrégulièrement. Derrière celui-ci, on voit encore un autre ouvrier qui, à l'aide d'un

couteau, coupe la peau en bandes minces et circulaires. Quand cette opèrtiion préparatoire était terminée, on commençait à entrelacer les bandas entre elles, pour les faire converger vers le tube creux au trawi¥ duquel on faisait passer l'extrémité. Une peau de bête, servant iVnwiçne. qu'on voit près de l'ouvrier qui découpe, se mettait proba- "•««cst k l'entrée de la boutique, tandis que les bandes déjà préparées K rt.T«>«s èwicot accrochées dans rioléricur.

- ^^.-,..« l'ne peinture de Thôbes nous montre la fabrica-

- ^«s «sttUes. l'n cordonnier, assis sur un petit tabouret bas à

■^*»fe.lw»wc«»»l*°^ un trou dans une sandale pour y adapter

^^^ jj ^fntat aux pieds. Un autre est en train d'allacher

'm '-" BW wow '»"'*''« ^'^ '^"''" 'ï"'' ^^""^ ^^^"^ ^'^^ "^^"^^

-1 Bm: jm*!*" -r^f^*^ *"** figurées sur le mur de la bou-

LES PETITES INDtlSTRtES.

lique, avec les principaux outils se rattachant à la professioii de cordoDiiier. Dans une autre peinture on voit ua cordonnier coupant une longue lanière de cuir dont il maintient le bout avec son pied.

Une Tabrique de chaussures est représentée sur une peinture de Pompéi (fig. 375). Un petit génie, assis sur un tabouret devant un établi, semble polir une couture, et son camarade, placé devant lui,

sVfforce de plier une peau pour Tassouplir. Des chaussures terminées sont posées sur une planche cl dans une armoire, dont chacun des battants se replie en deux parties, disposition importante à signaler,

994 L*INDUSTBIJZ.

parce qu'elle est de la plus extrême rareté dans le mobilier antique. Au bas de l'armoire, on voit plusieurs pots, dont le plus grand contenait probablement de l'eau et l'autre de la colle de pâte.

Le tranchet est le seul instrument relatif à cette profession que nous possédions d'une manière authentique. 11 parait qu'à Rome le métier de cordonnier enrichissait plus que celui d'homme de lettres : c'est du moins ce qu'on pourrait conclure d'une épigramme de Martial: (c Toi qui as passé ta vie à allonger de vieux cuirs avec tes dents, et à mordre des semelles usées et pourries par la boue, tu possèdes aujourd'hui, grâce à tes extorsions, le domaine de Préneste, qui appartenait à ton patron, domaine dont le moindre recoin est trop beau pour toi. Exalté par les brûlantes vapeurs du Faleme, tu brises les cristaux. Et moi, mes sots parents m'ont fait étudier les lettres! Qu'avais-je besoin des grammairiens et des rhéteurs? Brise ta plume légère, déchire tes livres, 6 ma musel puisqu'un soulier peut donner tout cela à un savetier. »

Selliers, charroks, carrossiers. — La fabrication des roues et des timons employés pour les chariots est figurée sur les peintures de Thèbes. On y voit des ouvriers occupés à couper du cuir pour faire les harnais ou border les chars. Le joug reposait sur une petite selle bien rembourrée et d'où partaient des bandelettes qui venaient se croisant sur le poitrail du cheval, où elles aboutissaient aune espèce de nœud ornemental.

Les roues, attachées avec un cercle de métal, -étaient en outre renforcées aux jointures des raies par de petites bandes de bronze.

Dans les chars égyptiens, les rênes que tient le cocher traversent des anneaux fixés sur la housse du cheval et vont aboutir au mors. La bride se compose de courroies qui viennent s'attacher par-dessus la tête de l'animal. A la hauteur des yeux on voit souvent des plaques de métal ou des bandes d'étoffe, qui étaient sans doute destinées à diriger la vue du cheval, en fixant son regard sur un point déterminé.

La housse est souvent fort grande et enveloppe tout le corps du cheval jusqu'au sommet de la tête, mais en laissant le mouvement des jambes absolument libre. Cette housse est généralement une grande étoffe à larges raies et elle est quelquefois bordée par une broderie assez riche. Des courroies servent à attacher au-dessous du ventre la housse, qui est en outre retenue par une autre courroie fort large passant par-dessus le cou. Cette courroie se termine par une plaque circu-

LES PETITES INDUSTRIES

laire en métal qui était peut-élre destinée à en cacher les nœuds. Une autre plaque se voit également sur les côtés à l'endroit où passe la courroie qui fixe la housse au corps du cheval. Quelquefois aussi on

Pig. SIS. — HuncbemeQL

voit une selle posée près du garrot et maintenue par descourroîes, qui passent sous le ventre et en avant du poiirail.

La tête des chevaux est empanachée de plumes d'autniche et couverte d'ornements parmi lesquels on remarque quelquefois une fleur de lotus renversée (Cg. 376).

Saltimbïrqdes et faiseurs de tours. — Les riches Égyptiens prenaient quelquefois à leur service des nains et autres personnages difformes dont l'aspect grotesque faisait rire leurs convives. On avait aussi des bateleurs et des escamoteurs dont les tours sont représentés sur les peintures qui décorent les hypogées de Beni-Hassan. 1^ gymnastique n'était pas comme en Grèce une partie importante de l'éducation de la jeunesse, et les hommes que nous voyons sur les monuments se livrer à l'exercice de la lutte sont très-probablement des acrobates

de profession (Og. 377 et 378). Les athlètes de Béni-Hassan sont d'ailleurs nus comme les athlètes grecs et n'ont pour tout vâtement qu'une

igypa™*.

ceinture, La série des exercices auxquels ils se livrent est figurée tout entière et dans un ordre méthodique sur une autre peintore. La première figure montre un personnage tenant en main sa ceinture.

Fig. BT8. — LutUon *g7pliani.

tandis que son adversaire se la passe autour des reins (fig. 379).

Ensuite nous voyons les deux lutteurs s'avancer l'un contre l'autre dans une posture identique. Chacun d'eux penche légèrement le corps

Fig. 37U. — Ll

en avant et tend les bras pour saisir son adversaire (fig. 380). Ensuite ils se saisissent, en passant un bras autour du cou tandis que l'autre main saisit le poignet (lig. 381).

LGS PETITES INDUSTRIES.

Voici maintenaot nos lutteurs dans le moment décisif de leur exer-

>ig. 'àbU. — LuUttor* »avaoçuU i'im coutrc l'auuu.

cice : Tun d'eux a saisi par une jambe son adversaire qui cherche à se

Fig. 'Ml. — LuUt'U» corp« «i curps.

dégager pour ne pas perdre Téquilibre. Dans la môme figure, un des

deux lutteurs, saisi par le milieu du corps, vient d*étre enlevé en Tair par son antagoniste victorieux (fig. 382).

iiu 38

898 L-INDOSTRIE.

La scëue suivante montre ud autre genre de lutte. Ici il s'agit non plus d'enlever son adversaire, mais de le coucher sur le sol. Chacun des deux lutteurs a saisi la jambe de son antagoniste, et ils s'avanceDi lâte baissée l'un contre l'autre. Mais l'un des deux a déjà plié un genou

(PatnUiTSt de> hjpogtei de BeD>

qui touche à terre, et son autre jambe, vigoureusement saisie, ne peut déjà plus prendre son point d'appui sur le sol. Enfin la victoire est décidée un peu plus loin : le vaincu est décidément étendu par terre,

cl le vainqueur le lient à la fois par le bras et par la jambe (fig. 383 et 3Sk).

En Grèce, pendant les repas, on faisait souvent venir des mimes ou des acrobates dont les esercices amusaient les convives. De petits

LES PETITES INDDSTRIES. 190

nains difformes, dont la statuaire a rarement reproduit l'image, venaient ^yer aussi ces repas par leurs contorsions bizarres. Les Éthiopiens, qui étaient renommés pour leur souplesse et qui venaient en

foule à Rome et dans les grandes villes pour y exercer le métier de saltimbanques, étaient particulièrement recherchés. Lucien décrit un petit homme difforme, dansant, se contouruanl de mille façons bizarres.

récitant des vers avec des gestes ridicules, et aiïectant la proDonciatloa égyptienne. Un petit bronze du musée de Naples reproduit une figure qui répond assez bien à sa description. On peut voir également sur une lampo antique un mime, avec une grosse tSte coiffée d'un bonnet poiDtu : il est armé d'un bouclier et d'un bâton fendu, propre à fair

L'INDUSTRIB.

du bruit, et semble se livrer à une danse extravagante, sans doute pour amuser les spectateurs.

Sur un autre monument, on voit un danseur qui se trémousse sur une corde à laquelle sont suspendues des amphores.

Les danseurs de corde étaient parUculiërement recherchés pour égayer les convives. On en voit représentés dans toutes les postures sur les peintures de Pompéi et sur divers monuments (Gg. 383 à 3dl}.

La figure 392 représente un boulTon qui danse en tenant deux flambeaux. Son costume est celui des acteurs ou mimes qui ne jouaient pas précisément la comédie, mais avaient pour mission d'amuser les sociétés où ils étaient appelé». Il est accompagné d'une femme qui

BouDoD dUlIBt

joue de la double flûte en même temps qu'elle danse. Sur une peinture de Pompéi (Pig. 393) on voit également un petit génie qui danse en même temps qu'il joue d une double flûte garnie de clefs pour en varier les modulations. Un autre petit génie, placé en /ace de lui.

LES PBTITES [NDDSTRIES.

danse en tenant un bâton, ou peut-être un balancier placé sur son épaule.

Les montreurs d'an'tmaux formaient aussi une catégorie de gens qu'oa appelait dans les maisons pour s'y livrer à leurs exercices. Une Iieîniure de Pompéi nous montre un singe habillé d'une espèce de manteau à capuchon, qu'un jeune gan;on muni d'un fouet tient en laisse

pour le faire danser (fig. 39I|). Un fait assez remarqualile, c'est que ce singa n'a pas de queue.

La ligure 395, tirée d'une lampe en terre cuite, représente un jongleur occupé à montrer certains exercices à des animaux savants. On voit à côté de lui un chien qui monte à une échelle et un singe auquel il est en train d'enseigner quelque tour. Ces jongleurs allaient

3« L'INDDSTBIE.

ainsi de ville en ville, transportant avec eux leurs instruments et leur ménagerie.

Pig. an. — uoc

Un bas-relief d'une belle conservation nous moutre aussi un de ces payllfs, montreurs de serpents, qui venaient des plaines brûlantes de la Cyrénalquc et étouDaient les populations par les reptiles dont ils DC redoutaient pas le vcuin et dont ils se nourrissaient, disait-on. Ils allaient de ville en ville, et toujours nus, faisaient des tours avec leurs serpents, récoltant ainsi l'argent des passants. Les pays chauds regorgent encore de charlatans de cette espèce et on en voit souvent dans nos foires. Seulement la plupart ne sont pas originaires des pays où vivent les serpents qu'ils montrent, tandis que dans l'antiquité, c'étaient de véritables Africains, qui allaient offrir leurs services de maison en maison et exploitaient la crédulité populaire en faisant mordre leur peau bronzée par des serpents apprivoisés, ou dont ils avaient arraché les dents.

11 y avait aussi des montreurs de crocodiles, qui faisaient, pour amuser le public, des tours de souplesse. Leur agilité les mettait facilement à l'abri des morsures d'un animal qui, sur la terre, est naturellement assez raide et ne se retourne pas facilement. C'est un de ces tours que nous montre une statue du musée britannique où l'on voit un Éthiopien, bien reconnaissable à son nez écrasé, à ses grosses lèvres, à ses cheveux crépus, arrangés en tresses. Il se dresse sur le crocodile, la tête en bas et les pieds élevés perpendiculairement : mais le sculpteur était évidemment peu familiarisé avec l'histoire na-

LES PETITES INDUSTRIES

turelle^ car son crocodile laisse tout à désirer sous le rapport de la construction anatomique.

Les faiseurs de tours de force étaient encore plus recherchés que les montreurs d'animaux, et un fait remarquable, c'est qu'en Grèce, ce métier était fréquemment exercé par des femmes. Xénophon décrit ainsi les tours que fait une femme appelée dans un banquet.

(( Dès qu'on a retiré les tables, fait les libations et chanté le psean, il entre, comme divertissement, un Syracusain, suivi d'une excellente joueuse de flûte, d'une danseuse merveilleuse par ses tours, d'un garçon fort joli, jouant de la cithare et dansant à ravir. La musicienne fait entendre sa flûte, et quelqu'un placé près de la danseuse lui

Fig 396 — La danse des épées.

donne des cerceaux, jusqu'à douze. Elle les prend : aussitôt elle danse et les jette en l'air, en calculant à quelle hauteur elle doit les jeter pour les recevoir en cadence. On apporte ensuite un cerceau garni d'épées, la pointe en haut ; la danseuse y entre par une culbute et en sort par une autre, de manière à faire craindre aux spectateurs qu'elle ne se blesse, mais elle achève ses tours avec assurance et sans accident. Alors Socrale s*adressant directement à Antisthène : « Pour cette fois, « dit-il, les spectateurs ne nieront pas, je crois, qu'on ne puisse donner « des leçons de courage, puisque cette danseuse, toute femme qu'elle a est, passe si hardiment à travers les épées. »

Une peinture de vase, du musée de Naples, nous montre ime femme faisant des exercices du môme genre au milieu des épées dont la pointe est tournée en haut (ûg. 396)' Ces exercices ou d'autres équivalents amusaient beaucoup les Grecs. Cependant, comme ils sont en somme fort disgracieux, ils ne pouvaient manquer de trouver des détracteurs dans une ville comme Athènes. Ainsi Socrate montre un véritable tem-

pérament d'artiste, lorsqu'après le tout des cerceaux, il dit au Syracusain : a Je trouve que faire la culbute à travers un cercle d'épées est un tour dangereux et qui ne convient pas à un banquet ; je ne vois pas quel plaisir peut donner un pareil spectacle. Il n'est pas plus agréable de voir de frais et jolis enfants se démener ainsi le corps que de les regarder tranquilles. »

Les tours d'escamotage qu'on faisait dans l'ancienne Egypte paraissent être les mêmes que font encore aujourd'hui les saltimbanques qui parcourent nos villages. Il serait peut-être téméraire d'affirmer que le bagou quelquefois pittoresque dont se servent nos escamoteurs était déjà en usage parmi les Égyptiens, mais le tour qui consiste à poser sur le sol un vase vide et à trouver en le relevant un

Pig. 397. — Escamoteurs égyptiens.

objet qu'on est censé ne pas y avoir mis est représenté sur les monuments (fig. 397).

Des bouffons étaient souvent appelés dans les sociétés qu'ils étaient chargés d'amuser par mille facéties. Ces bouffons portaient en général un bonnet d'une forme assez étrange, que nous voyons représenté sur la figure 398.

L'exercice du bâton est également représenté sur les monuments. Les bâtons dont se servaient ces lutteurs sont pourvus d'une poignée, destinée à garantir la main droite qui tient le bâton. Le bras gauche, avec lequel on pare les coups portés par l'adversaire, est muni d'une espèce de petit bouclier, consistant en une plaquette assez mince qui s'étend du coude à l'extrémité de la main, et relié au bras par des courroies. L'adresse consistait donc à recevoir les coups sur cette plaquette, tandis qu'avec le bâton on s efforçait de vaincre ou de désarmer son adversaire. Mais la plaquette était purement défensive et ne servait pas, comme le ceste des Grecs, à frapper plus fort. On ne voit pas non plus, comme dans les peintures grecques, un geste signiûca-

LES PETITES INDUSTRIES

tif par lequel un des adversaires se reconnaît vaincu et demande la fin de la lutte (fig. 399J.

Pig. 398. — Bouffons égyptien».

On sait que les Japonais sont extrêmement adroits dans Texercice qui consiste à lancer un couteau dont la pointe va se piquer sur un point déterminé. Les peintures de Beni-Hassan nous montrent que cet exercice était déjà pratiqué par les anciens Égyptiens. Des billots

iig. ;iV9. — Bàluûuiâlo».

en bois étaient posés sur le sol. Ils sont probablement pourvus sur leur face supérieure d'une marque indiquant le but, car deux hommes semblent se pencher pour vérifier s'il a été exactement atteint, tandis qu'un autre s'apprête à lancer un couteau à la place indiquée.

L'exercice qui consiste à soulever des poids pour montrer la force de son bras doit avoir existé dès la plus haute antiquité. Les poids dont

se servent les Égyptiens n'ont pas la forme de nos haltères : ils ressembleraient plutôt aux massues de bois dont on se sert dans quelques gymnases. Ces poids, d'une forme ovoïde assez allongée, se terminent par un manche recourbé, que le lutteur saisit de la main drpite pour se livrer à ses exercices.

Les exercices des acrobates, les sottes plaisanteries des bouffons, ou les danses lascives des courtisanes devaient plaire médiocrement aux lettrés, qui se piquaient en général de sagesse et de philosophie. Le savoir-vivre leur faisait une loi de supporter ces amusements grossiers dans les maisons où ils étaient invités, mais ils n'étaient pas sans s'en plaindre quelquefois, comme nous le montre une curieuse lettre de Pline le Jeune à un de ses amis.

u Pline à Génitor.

u J ai reçu la lettre où vous vous plaignez de Tennui que vous ont causé dans un festin, d'ailleurs somptueux, des bouffons, des débauchés et des fous qui voltigeaient autour des tables. Ne voulez-vous donc jamais vous dérider le front? Je n'ai pas de ces sortes de gens à mon service; mais je tolère ceux qui en ont. Pourquoi donc n'en ai-je point? C'est que, s'il échappe à un débauché quelque parole obscène, à un bouffon quelque impertinence, à un fou quelque ineptie, cela ne me fait aucun plaisir parce que cela ne me cause aucune surprise. Je vous allègue mon goût, mais ce n'est pas une raison. Aussi combien n'y at-il pas de gens qui regardent comme sottes et insupportables beaucoup de choses qui nous plaisent et nous enchantent? Combien ne s'en trouve-t-il pas qui, dès qu'un lecteur, un joueur de lyre ou un comédien parait, prennent congé de la compagnie ; ou qui, s'ils demeurent à table, n'ont pas moins d'ennui que vous en ont fait souffrir ces monstres (car c'est le nom que vous leur donnez)? Ayons donc de l'indulgence pour les plaisirs d'autrui, si nous voulons en obtenir pour les nôtres. »

Les uARCHés et les bodtiqcbs. — Les annonces. — Les denr<es.

Les poids et les mesures.

Les marchés et les boutiques. — En Egypte, comme au restechez tous les peuples de Tantiquité, les fêtes religieuses étaient de véritables foires. Le Nil était continuellement sillonné par une foule d'embarcations qui transportaient les pèlerins aux fêtes religieuses. Mais ces pèlerins mêlaient très-bien leur piété avec leurs intérêts, et c'est bien ainsi que l'entendait le sacerdoce égyptien, toujours fort pratique dans les institutions qu'il a établies. Les sanctuaires placés sur tous les chemins conduisant à la vallée du Nil étaient en même temps des sortes de comptoirs, où les transactions du négoce étaient revêtues de formalités particulières qui reliaient intimement les intérêts du culte à ceux des particuliers. Ces stations religieuses et commerciales tout à la fois étaient toujours placées dans les lieux où il y avait des sources d'eau vive, trésors inappréciables pour les caravanes arrivant du désert ou s'y dirigeant, et les bienfaits du dieu attiraient naturellement de nombreuses offrandes. La plus fréquentée de toutes était la fameuse oasis d'Ammon, non moins connue des marchands par ses excellentes sources que par son oracle. On consultait le dieu sur l'entreprise dans laquelle on allait s'aventurer, et on s'approvisionnait en même temps à la célèbre fontaine placée dans l'enceinte sacrée.

Diodore de Sicile nous a laissé une description de cette fontaine célèbre : « Près de ce temple, dit-il, existe une fontaine à laquelle un phénomène qui s'y passe a fait donner le nom de fontaine du soleil. Son eau varie singulièrement de température aux différentes heures de

la journée : au point du jour elle est tiède, et devient froide à mesure que le jour s'avance, jusqu'à midi, où elle atteint son maximum de froid; la température s'élève à partir de midi, jusqu'à ce qu'elle ait atteint son maximum à minuit; à partir de ce moment, la chaleur va en diminuant jusqu'à ce qu'elle arrive au degré qu'elle avait.au lever du soleil. »

Du côté du midi, des sanctuaires, émanations du grand corps sacerdotal de Thèbes, étaient échelonnés jusqu'à une très-grande distance dans la vallée du Nil, en sorte que l'autorité théocratique rayonnait sur toute l'Ethiopie, et prêtait aux marchands l'appui qui leur était nécessaire dans ces contrées difficiles à traverser. C'est là que les tribus à demi sauvages apportaient les produits de leurs chasses et les richesses minérales de leur sol, pour subvenir aux besoins et aux merveilles de la civilisation égyptienne.

Primitivement les étrangers venaient trafiquer dans certains] points déterminés, et ils trouvaient la sécurité sous la sauvegarde d'un sanctuaire. 11 y a en Chine et au Japon certains ports qui sont comme le rendez-vous de tout le commerce européen ; il en était de même en Egypte où, depuis une antiquité très-reculée, les Phéniciens avaient établi un comptoir à Memphis. Plus tard, le roi Amasis concéda aux Grecs l'établissement de Naucratis, où il leur permit de vivre suivant leurs lois : « Amasis, dit Hérodote, aimait les Grecs; du moins il accueillit avec faveur quelques-uns d'entre eux, et assigna pour résidence à ceux qui venaient en Egypte la ville de Naucratis. A ceux qui n'avaient pas dessein de s'y fixer et se bornaient à trafiquer par mer, il donna des emplacements où ils pussent ériger des autels et des temples. Le plus grand de ces enclos sacrés, le plus célèbre, le plus fréquenté, celui qu'on appelle Hellenium, a été bâti en commun par les Ioniens de Chios, de Téos, de Phocée et de Clazomène ; par les Dorions de Rhodes, de Cnide, d'Halicarnasse et de Phaselis, et par les Éoliens de la seule Mytilène. Le temple appartient à toutes ces villes, et les préposés aux affaires commerciales sont institués par elles. Les autres cités qui participent au temple le font sans y avoir droit. En outre, les Éginètes ont construit pour eux-mêmes le temple de Jupiter, les Samiens celui de Junon, les Milésiens celui d'Apollon... Mais Naucratis était autrefois le seul marché de TÉgypte; il n'y en avait point d'autres. Si quelque navigateur remontait une autre bouche du fleuve, il devait jurer que ce n'était pas volontairement. Après ce serment, il fallait qu'il gagnât par mer la bouche canopienne. Si les vents contraires s'y opposaient,

on l'obligeait à conduire sa cargaison sur des barques à travers le délia, jusqu'à Naucratis. Aussi cette ville était priviligiée. »

La conquête de l'Égypie par les Perses et ensuite par les Grecs changea complètement cet état de choses, et, i^ous les Ptolémées, Alexandrie absorba à peu près tout le commerce de l'Égj'pte, Les mœurs nationales, si soigneusement maintenues par le sacerdoce dans les antiques traditions, se tran^^formérent sous cette influence étran-

Fig. -lUU — Plcekec

gère et la profession d'interprète devint une des plus suivies dans un pays ouvert de tous côtés à des peuples parlant une langue différente. Le commerce de l'Asie se faisait surtout par caravanes, et il devait y avoir dans les grands centres de population, comme Ninive et Babylone, des stations commerciales ou les marchands se réunissaient en tri^-grand nombre à des époques déterminées. Cependant un passage d'Hérodote relatif à l'histoire de Cyrus laisse croire qu'il n'y avait pas dans les villes de places spécialement affectées au commerce.

Lorsque le héraut eut rempli sa mission, dit-il, Cyrus demanda quels étaient ces Grecs qui tenaient un pareil langage et quel était leur nombre. Après qu'on l'en eut informé, il fit celte réponse : u Je

« n'ai point crainte de ces homoies qui ODt au milieu de leur cité une « place qu'ils adoptent pour s'y réunir et se tromper les uns tes autres H par de faux serments n. Cyrus disait cela des Grecs, k cause de leurs agoras, où ils se rencontrent pour acbeler et pour vendre : car les Perses ne savent pas ce que c'est qu'un agora et n'ont même pas de marché. »

L'activité commerciale n'est pas une chose qui se prête beaucoup :iu][ représentations plastiques. Aussi nous possédons peu de monuments qui s'y rattachent. Sur la figure I|00 on voit deux hommes occupés à attacher un ballot de marchandises destiné probablement à une contrée lointaine. On y voit que le système employé pour l'emballage était à peu prËs le même dans l'antiquité que de nos jours.

KM

ti.

rS

!^/rt

ISfcA^

Ji m-^^

yS-Jlar.iv • ->»?e , " .j=; . ^|

Pig 40 liUiJiuid* tomaiDi Dsp i uiw ye nluto M IMoip )

Chez les Grecs et chez les Romains, l'activilé commerciale, aussi bien que la vie politique, était tout entière sur la place publique (fig. 399). En Grèce, ie lieu où le peuple tenait ses assemblées s'appelait Vagora. Les agoras étaient généralement environnés de portiques, qui n'étaient pas toujours continus. La place publique d'Élis, décrite par Pausanias, était traversée par plusieurs rues. A Athènes, à Mégalo-

Là VENTE ET L'ACBAT- 311

polis, et dans d'autres villes, une partie des portiques était disposée de manière qu'on pût y rendre la justice. Quand ces por^ques étaient décorés de peintures ils prenaient le nom de pacUes. Ces décorations avaient pour sujets la représentation de faits glorieux pour la cité. L'enceinte de l'^ra comprenait souvent des temples, des autels et des statues consacrées aux dieux, ou destinées à immortaliser le sonvenir des héros ei des citoyens illustres. Aristote veut qu'on place

iinioir oinnnininioinidtniorl

:. ""itèlr '

Wk

ÂÂ-jSm.

.iî:lffiJjl^-i^ JJL

Pig. 401. — Place publiqua.

l'agora dans le voisinage du temple. Comme les temples étaient généralement placés sur une hauteur, l'orateur qui parlait des affaires publiques pouvait montrer le temple au peuple en invoquant les dieux protecteurs de la cité. Anciennement Tagora était une vaste place irrégulière, mais le système ionien qui prévalut ût établir partout de belles places rectangulaires et entourées d'éd'fices.

Le forum des villes romaines répond à peu près à l'agora des cités grecques. Seulement dans les villes populeuses, où la vie politique prenait une grande importance, on établissait plusieurs forums, de telle façon que les marchands pouvaient se réunir pour traiter de leurs affaires particulières, en dehors du tumulte qui se produisait assez souvent autour des orateurs populaires. Des marchands de toute espèce

s'établissaient sous tes portiques, dODt les villes antiques étaient toujours abondamment pourvues. C'étaient surtout des détaillants, car le commerce un peu relevé se faisait de préférence dans les boatiqaes. comme cela a encore lieu de nos jours. Plusieurs peintures, découvertes à Pompéi, montrent la disposition de ces petites boutiques improvisées sous les portiques [fig. fi02 à A05}.

Toutes les villes romaines avaient au moins un forum; Rome en avait quatorze, parmi lesquels sept ou huit étaient de simples marchés.

Mais indépendamment de ces places, toujours encombrées de marchands, il y avait dans les grandes villes un grand nombre de petites boutiques ambulantes qui s'installaient le long des édifices et dans toutes les rues. Il y avait même un tel encombrement de ces petites boutiques que Domitîen fit un édit pour les interdire parce qu'elles rétrécissaient la voie publique. Martial fait allusion à cet édit dans une de ses épigrammes.

u A César le Germanique.

« L'audacieux boutiquier s'était emparé de Rome entière, et son échoppe obstruait l'entrée de toutes les maisons. Tu as fait élargir

les voies trop étroites, et ce qui naguère n'était qu'un sentier est une rue aujourd'liui. 11 n'y a plus de piliers entourés de bouteilles en-

ing. aO*. Uirehasd àe potarlv*.

chaînées; et le préteur n'est plus obligé de marcher au milieu de 1

/il

bouc. L^ rasoir du barbier ne fonctionne plus à l'aventure au milieu d'une foule qui se presse; et de noirs cabarets n'encombrent plus la

314 LE COHUGRCE.

voie publique. Le barbier, le charcutier, le rôtisseur, le boucher restent chez eus. Borne est Rome maintenant; naguère elle était une immense boutique ».

La figure b06 reproduit un bas-relief du Vatican sur lequel on voit une boutique de coutelier, avec un citoyen revôtu de la loge, qui présente une bourse au coutelier en payement de sa marchandise. A Pom-

Fig. «W. — Bouliqi

péi, les maisons, même celles des riches propriétaires, étaient souvent entourées de boutiques, dans lesquelles ceus-ci faisaient vendre leurs denrées, ou dont ils tiraient parti en les louant. Ces boutiques, généralement fort petites, s'ouvraient sur la rue. Le nom du marchand était écrit en lettres rouges au-dessus de la boutique. La plupart de ces boutiques étaient décorées de mosaïques et de peintures. Elles se fermaient sur la rue au moyen de volets glissant dans des rainures et retenus par des barres. Il en était probablement de même dans les autres villes de l'Italie.

Les annonces. ~~ Les annonces de tout genre qui devaient être portées à la connaissance du public étaient placées sur des tablettes

que l'on suspeDdait dans les temples. Soaveat aussi on les mettait daos un endroit apparent de la vilte, et une couche de blanc effaçait les affiches anciennes et permettait d'en mettre de nouvelles. Les caractères étaient peints quelquefois en noir et le plus souvent en rouge ; mais les avis ou les ordonnances de l'autorité, destinées à être vues en permanence, étaient gravées d'une manière durable. Une peinture de Pompéi nous montre une place publique où on voit plusieurs persoonages occupés à lire une longue inscription, sur un écriteau fixa à la

base de trois statues équestres. C'est de cette façon qu'on informait le public des actes de l'aulorité judiciaire, et depuis une 1res haute antiquilé, les principaux événements étaient relatés sur des tablettes, que les poniifes exposaient dans les temples (fig, 1(07).

Les annonces du commerce ne pouvaient pas être faites avec autant de solennité ; on les accumulait sur certains points de la ville disposés pour les recevoir et qui faisaient le même office que la quatrième page de nos journaux.

En 1821, on a découvert à Pompéi un bâtiment dont la disposition architecturale se compose de pilastres corinthiens supportant un eota-

316 LE COHHERCK.

blement et encadrant des espaces rectangulaires où étaient contenues des inscriptions écrites en couleur rouge. Des frontons alternativement courbes et triangulaires complètent cette décoration, qui n'est pas sans élégance. Les inscriptions qui aaaoaçaient des ventes, des locations, ou les spectacles de l'amptiithéâtre, n'existent plus aujourd'hui, mais elles ont été reproduites dans le grand ouvrage de Mazois, qui les a

Pig. 40S. — AtndwBe du vinoDCSi i Pum[<éj.

transcrites au moment où on venait d'en faire )a découverte. Des inscriptions analogues, pouvant servir d'enseigne ou de réclame, ,ont été trouvées dans différentes parties de la ville, mais ici elles étaient accumulées dans un endroit spécial qui n'a jamais eu d'autre destination. C'était un grand mur blanc, divisé en compartiments par des pilastres, et situé prés du forum (Gg. 1|08).

Les DBiaBÉES. — M. Chabas a donné une liste des priucipaus pro-

duits importés en Egypte par les caravanes, a Le commerce, dit-il, avait à se procurer au loin une foule d'objets devenus indispensables aux habitudes luxueuses des Égyptiens. Indépendamment de For, de l'argent, du bronze, du fer, du plomb, du lapis, des bois solides et précieux que diverses contrées leur fournissaient, ils importaient de rétranger beaucoup de produits fabriqués, parmi lesquels on peut citer : les vases de Chypre ou de Crète; les sièges marquetés de Kati; les chars de Béryte, garnis de cristal, de lapis, d'argent et d'or, ayant des sièges du pays de Pehor et leurs timons du pays d'Aup; les outres ou coffres garnis de peaux de Rehob; les vins de Kanem et de S)Tie, que ne remplaçaient pas les bons vins nationaux de Kakem, si propres à être mélangés avec le miel; le kak, espèce de boisson de grains fabriquée à Kati ; divers autres liquides fournis par les pays de Kheta, d'Âssour, de Singar, d'Amor et de Naharaïn ; des oiseaux et des poissons d'espèces multiples, parmi lesquels on remarque le poisson séché de Tyr; les collyres de Kauma el de Syrie; les fruits de la même prbvenance; les chevaux de Singar; d'autres animaux domestiques de Kheta, etc. Ces importations étaient effectuées soit par des caravanes étrangères, telles que celles des Galaadites qui achetèrent le patriarche Joseph, soit par des expéditions parties de TÉg^'pte elle-même. »

Les céréales et le papyrus formaient les principales exportations. Nous ne connaissons aucun monument qui puisse se rapporter directement à l'histoire de Joseph. Mais la famine qui a attiré les Israélites en Egypte ne doit pas être considérée comme un fait isolé. La vallée du Nil était prodigieusement fertile et admirablement cultivée : si à tant de reprises différentes elle a tenté la cupidité des conquérants, elle a dû de même, dans les temps de disette, attirer les émigrés qui habitaient une contrée moins favorisée. Dans les hypogées de Beni-Hassan, on voit sur une peinture une famille d'émigrés asiatiques, qu'une famine a sans doute chassée de son pays, et qui vient chercher des ressources dans la fertile Ég^'ptc. Les hommes, couverts de manteaux de laine brodés, ont les pieds chaussés de sandales à longues tresses. Ils apportent avec eux leur bien, c'est-à-dire une lance, un casse-tôte, un arc, une cithare et des outres pleines d eau pour les besoins du voyage. Des femmes les accompagnent : elles ont le nez busqué, de larges pommettes et la taille ramassée. Leurs bras sont nus, leur front est ceint d'un simple bandeau, et des brodequins de peaux de bêtes forment leurs chaussures. Elles conduisent des ânes chargés d'étoffes et de paniers dans l'un desquels on voit deux petits enfants. Quels sont ces

réfugiés? devant cette peinture on songe involontairement à la famille de Joseph, mais les hypogées de Beni-Hassan passent pour être antérieurs à Joseph.

L'Egypte produisait du vin en assez grande quantité ; néanmoins elle en recevait aussi des pays étrangers, et ce qui est plus curieux, c'est que les vases où le vin étranger avait été apporté servaient ensuite à exporter Teau du Nil, célèbre dans l'antiquité par son extrême salubrité.

« Je vais parler d'un fait, dit Hérodote, qu'un petit nombre de ceux qui vont en Egypte par mer ont observé. De toute la Grèce et en outre de la Phénicie, deux fois par an, on amène en Egypte des vases de terre pleins de vin; et cependant, lorsque ces vases ont été vidés, d'un si grand nombre on n'en revoit pas un seul. Où donc, demandera-t-on, sont-ils employés? Je vais le dire : le magistrat de chaque ville est obligé de rassembler tous les vases de terre, et de les envoyer à Memphis, d'où on les transporte remplis d'eau dans le désert de la Syrie. Ainsi toute cette poterie que l'on importe en Egypte disparaît et rejoint en Syrie celle qui l'a précédée. Les Perses, depuis qu'ils sont maîtres de l'Egypte, en facilitent de cette manière l'accès, par la provision d'eau qu'ils envoient dans le désert. Alors, il n'y avait point d'eau placée sur la route. »

Sous les Ptolémées, tout le commerce de l'Egypte fut concentré dans la ville grecque d'Alexandrie; elle exportait dans toutes les provinces du monde connu les produits de ses manufactures, qui avaient remplacé celles de Tyr et de Sidon.

Le commerce des Phéniciens, qui se faisait surtout par la navigation, a été de beaucoup le plus important de l'antiquité primitive.

Dans ses anathèmes contre Tyr, le prophète Ézéchiel nous donne des détails circonstanciés sur l'industrie et le commerce de cette ville :

« Tyr, ô toi qui habites aux avenues de la mer, qui fais le commerce avec les peuples dans plusieurs îles, Tyr, tu as dit : je suis parfaite en beauté ;

a Tes confins sont au cœur de la mer, ceux qui t'ont bâtie t'ont rendue parfaite en beauté;

« Ils t'ont bâti de tous les côtés des navires de sapin de Scénir; ils ont pris des cèdres du Liban pour te faire des mâts;

« Ils ont fait tes rames de chênes de Basçan et la troupe des Assyriens a fait tes bancs, d'ivoire apporté des îles de Kittin;

« Le fin lin en façon de broderie, apporté d'Egypte, a été ce que tu

étendais pour le servir de voiles ; tu te couvrais de pourpre et d'écarlate apportées des îles d'Élisça;

« Les habitants de Sidon et d'Arvad étaient tes matelots; les anciens de Guebal ont été parmi toi pour réparer tes brèches ; tous les navires de la mer et leurs mariniers ont été avec toi pour trafiquer et pour faire ton commerce;

0 Ceux de Perse, de Lud et de Put ont été tes gens de guerre dans ton armée; les enfants d*Ârvad, avec ton armée, ont été sur tes murailles tout autour, et ceux de Gammad ont été dans tes tours;

« Ceux de Tarscis ont trafiqué avec toi de toutes sortes de richesses, faisant valoir tes marchés, en argent, en fer, en ètain et en plomb;

« Javan, Tubal et Mescec ont trafiqué avec toi, faisant valoir ton commerce en vendant des hommes et des vaisseaux d'airain;

« Ceux de Togarma ont fait valoir tes marchés en chevaux et en mulets ;

« Les enfants de Dédan ont été avec toi; tu avais dans ta main le commerce de plusieurs îles, et on t'a rendu en échange des dents d'ivoire et de Tébène;

« La Syrie a trafiqué avec toi de tes ouvrages de toutes sortes ; on a fait valoir tes marchés en escarboucles, en écariate, en broderie, en fin lin, en corail et en agate;

« Juda et le pays d'Israël ont trafiqué avec toi, faisant valoir ton commerce en blé, en miel, en huile et en baume;

(( Damas a trafiqué avec toi en te donnant pour la multitude de tes ouvrages toutes sortes de richesses, du vin et de la laine blanche;

« Et Dan et Javan et Mosel ont trafiqué sur tes marchés avec du fer luisant; la casse et le roseau aromatique ont été dans ton commerce;

« Ceux de Dédan ont négocié avec toi on draps précieux pour les chariots; les Arabes ont été les marchands que tu avais dans la main, trafiquant avec toi en agneaux, en moutons et en boucs;

{( Les marchands de Scéba et de Rahma ont négocié avec toi, faisant valoir tes foires en toutes sortes de drogues les plus exquises et en toutes sortes de pierres précieuses et en or;

« Haran, et Canne et Heden ont fait trafic avec toi; Scéba, Assur et Chilmad oot négocié avec toi ;

« Ceux-ci ont négocié avec toi en draps de pourpre et broderies, el en caisses pour des vêtements précieux serrés de cordes; même les coffres de cèdre ont été dans ton trafic;

(( Les navires.de Tarscis ont été les principaux de ton commerce.

et tu as été remplie et rendue fort glorieuse au milieu de la mer

a Mais le vent d*Orir nt t'a brisée au milieu de la mer ; tes richesses et tes marchés, ton commerce, tes mariniers et tes pilotes, ceux qui réparaient tes brèches, tous les gens de guerre qui étaient dans toi, tomberont au milieu de la mer, au jour de ta ruine;

(( Tes faubourgs trembleront au bruit du cri de tes pilotes; et tous ceux qui manient la rame descendront de leurs navires, les mariniers et tous les pilotes de la mer; ils se tiendront sur la terre;

<t Et ils feront entendre sur toi leur voix et crieront amèrement ; ils jetteront de la poudre sur leurs têtes et se vautreront dans la cendre;

(( Et ils s'arracheront les cheveux à cause de toi; et ils se ceindront de sacs, et ils te pleureront dans l'amertume de leur âme d'une plainte amère ;

(( Et ils prononceront à haute voix sur toi une complainte; dans leur lamentation et dans leur complainte ils diront : Quelle ville fut jamais telle que Tyr qui a été détruite au milieu de la mer? »

Les Phéniciens avaient établi des comptoirs sur une foule de points et leur commerce maritime embrassait toute retendue de la Méditerranée et s'étendait môme sur les côtes de l'Océan, car leurs vaisseaux remontaient vers le Nord jusque sur les côtes de la Bretagne. La colonie phénicienne la plus importante, Carthage, doit également toute son importance au commerce maritime, mais nous avons peu de renseignements sur l'histoire de ce commerce, car ceux qu'on peut puiser dans les historiens anciens se rapportent surtout au récit de ses guerres avec Rome. Les cités grecques de l'Asie Mineure et de la Sicile, les îles, et quelques villes de la Grèce propre, comme Athènes et Corinthe, s'enrichirent également par le commerce; après la ruine de Carthage et de Corinthe, l'Afrique et TOrient étant tombés aux mains des Romains, le commerce cessa en quelque sorte d'être international, mais s'augmenta encore par les relations qui s'établirent de province à province. Sous l'empire romain, le commerce intérieur comprenait toutes les industries connues de l'antiquité et se faisait principalement sur la Méditerranée. 11 se faisait peu d'exportations au dehors, mais la mer Rouge était alors très-fréquentée; les principaux articles d'importation qui arrivaient de l'Orient étaient les aromates, les pierres précieuses, les perles et la soie.

Les poids et les iiEsunEs. — Les poids égyptiens qu'on a rc-

trouvés ne portent pas de marques; iU ont une forme ronde et plate, ou bien celle d'un cône tronqué. Il y a plusieurs espèces de balances. La plus primitive est un simple poteau fourchu supportant un fléau mobile; rien ne garantit que le point d'appui est bien au milieu, en sorte que la justesse du pesage dépend beaucoup de l'adresse et de la bonne foi du peseur. Aussi dans les peintures on voit que le point i^'appui occupe beaucoup les hommes chargés de peser. Dans .la balance em-

l'iK- 40B. — Uds bibno

ployée pour la pesée de l'or, les plateaux étaient remplacés par des crochets auxquels on suspendait les anneaux ou sacs d'or. Dans les moDumeots égyptiens représentant une balance, on voit ordinairement un scrihe ou un ofllcier public qui enregistre le chifTrc de la pesée et en constate l'exactitude. (Voir figure 270, page 202.)

D'autres balances présentent une tige perpendiculaire au somme de laquelle le balancier tourne sur pivot; un petit anneau mobile posé à la barre horizontale, et surmonté parfois d'un cynocéphale, emblème d'équilibre, servait à prouver la justesse du balancier, en le touchant légfirement de la main comme on le voit sur les peintures. Les plateaux étaient fixés par des cordes aux extrémités du balancier. Les l>lus grands étaient en bois. 1rs plus petits en bronze (fig. 409).

Les animaux vivants se vendaient au poids, et on voit sur une pein-

LE COMHEltCB.

turc de Thèbes un lièvre ou un lapin en vie sur un Oes plateaux, tandis que l'auire supporte des poids qui ont la formR d'anneaux. La plupart des poids qu'on a recueillis sont en bronze, en granit, en héma- (itc surtout.

Les balances des Grecs et des Romains ne dilTéraient pas essentiellement de telles que nous avons vues chez les Égyptiens. Sur de Bernay (fig. [|10], on voit une grande balance sur les pliileaux de laquelle sont placés d'un côté le corps d'Hector et de l'autre un cralÈre d'or, que l'riam a apporté pour la rançon de son fils. Cotte balance

est posée sur trois pieds en triangle, mais le grand masque bachique qui rattache l'anse du vase à sa panse empêche qu'on ne ^oie comment est disposé le fléau.

Les balances que l'on conserve clans les cabinets d'antiquités sont disposées de diverses manières. La plus simple consiste en une barre de métal, avec un anneau placé au centre pour servir de poignée, et un plateau suspendu h chacune des extrémités. Quelquefois une aiguille jouant dans une châsse marque, par son plus ou moins d'inclinaison, les variations du poids. On se servait aussi de pesons formés d'une baguette divisée par des points en parties égales et qui se tenait en suspension au moyen d'une chaîne. Un crochet, auquel

on suspendait le corps que l'on voulait peser ((ig. f|12}, ou bien le plateau d'une balance (Tig. kii) garnissait le bras court de cette baguette et un poids mobile se suspendait au bras le plus long,

Uq bas-relief gallo-romain du musée de Caen représente un homme portant un instrument à double crochet, destiné à suspendre les objets qu'on voulait peser (Qg. ^13).

On a retrouvé à Pompéi une grande quantité de poids de toutes sortes, les uns en plomb, tes autres en marbre ou en basalte. La plupart sont ronds et portent leur valeur indiquée par des inscriptions, ou par des points en creux ou en relief. Quelquefois les poids et les mesures empruntaient la forme des objets vendus par le marchand qui en était possesseur. Le musée de Naples possède un poids en forme de porc, que l'on suppose avoir appartenu à un charcutier. On a découvert aussi des assortiments de poids .qui sont des multiples les uns

su LE COMMERCE.

•des autres et qui sont disposés de maaiëre à s'emboîter les uns dans les autres. La livre romaine se divisait en douze otuxs et valait 326 grammes 337; ce qui fait les deux tiers à peu près de randenne livre française.

Sur le fléau d'une balance conservée au musée de Naples, on lit une inscription dont le sens est : « Sous le huitième consulat de Vespaùen, empereur Auguste, et sous le sixième de Titus, empereur Auguste, vérifié tiu Capitolo. » La vérirication des poids avait en effet une très-grande importance sous l'empire romain. Des étalons de mesure étaient soigneusement conservés près des marchés, et des magistrats étaient chargés de vérifier les poids et les mesures quand il s'élevait une contesution (fig. fiU).

Un monument de ce genre a été découvert à Pompéi ; on y lit une inscription dont le sens est : u Aulus Clodius . Fiaccus, fils d'Aulus, Narcœus Arellianus Calidus, ûls de Narcœus, duumvirs chargés de rendre la justice, ont pris soin de jauger les mesures d'après un décret des décurions. » » On voit par cette inscription, dit M. E. Breton, que l'inspection des mesures qui, & Rome, était dans les attributions des édiles, était confiée, à Pompéi, aux duumvirs de justice. La surface de la pierre présente cinq cavités circulaires assez semblables à celles de nos fourneaux potagers; elles sont rangées sur une seule ligne par ordre de capacité. Ces cavités sont un peu renflées au centre ; le fond arrondi est percé d'une ouverture circulaire qui, pour les mesures destinées aux solides, se fermait avec une coulisse de bronze et, pour celles réservées aux liquides, avec un bouchon; ces ouvertures permettaient de vider facilement les mesures, ii

La métrbte, mesure de capacité pour les liquides chez les anciens Grecs, valait environ trenle-neuf litres. L'unité de mesute pour les liquides chez les Romains était Vamphore ou quadrantal, mesurant le cube du pied romain ; sa contenance équivalait à 26 litres 12 millilitres. Pour les choses sèches, l'unité de mesures des Grecs était le mèdimtK (52 litres environ), et pour les honiains c'était le modita (8 litres 67 centilitres).

LA TE^ITB ET L'ACn&T. 315

Les mesures de longueur les plus répandues éuient la coudée et le pied, mais ce& mesures c'avaient pas partout la même étendue. Dans randenne ^ypte, il y avait deux sortes de coudées. La coudée royale, dont la longueur était de 525 millimètres, comprenait 28 doigts. Chacune de ses divisions était consacrée à une divinité spéciale. Nous

Fig. 41t. — EMloo da

avons au Louvre [salle civile, vitrine 1) une coudée égyptienne antique avec ses divisions. La coudée naturelle n'avait que 450 millimâtres. C'est celle dont se servaient les ouvriers pour la construction des monuments. Là coudée grecque présente fi63 millimètres et ta coudée romaine kkk millimètres. En Grèce, l'unité de mesure pour les longueurs était le pied olympique (309 millimètres); le pied romain présente en moyenne 296 millimètres.

LES COMMUNICATIONS Les RODTBS. — Les auberges. — La navigation.

Les routes. — Les caravanes qui se rendaient en Egypte suivaient diverses routes, mais Memphis et Thèbes sont toujours les deux grands centres où elles devaient aboutir, car le commerce d'Alexandrie sous les Ptolémées était presque exclusivement maritime.

Memphis, point central de la basse Egypte, communiquait avec la mer RoUoe par le fameux canal de Néchao. Une route très-connue menait en Phénicie, où d'autres routes se dirigeant vers l'Arménie, le Caucase et la Babylonie, mettaient les marchands en rapport constant avec rinde et les contrées lointaines de TOrient.

Deux routes conduisaient de Thèbes en Ethiopie et à Méroé, l'une longeant le Nil et Tautre traversant le désert. Une autre route, dont Hérodote fait mention, conduisait à Carthage par l'oasis d*Ammon et la grande Syrte.

« Thèbes, dit Champollion, capitale religieuse et politique de l'Egypte, était aussi sa ville commerciale la plus riche et la plus fréquentée. Elle était un point central entre la Méditerranée, la mer Rouge et rÉthiopie, et, par cette position, l'entrepôt nécessaire de tous les arrivages de ces diverses contrées. C'est dans cette cité toute royale, le centre du commerce de l'Orient, que toutes espèces de richesses, dit Homère, se trouvaient entassées, et les caravanes qui s'y rendaient la mettaient en relation tout à la fois avec les contrées voisines du Niger et avec la puissante Carthage.

« Hérodote doniie des détails circonstanciéssur la route commerciale de Thèbes à Carthage, et l'antiquité des échanges commerciaux porte à croire à l'antiquité de cette grande voie africaine. De la capitale de rÉgypte, elle se dirigeait, au nord-ouest, vers l'oasis d'Ammon et vers la grande Syrte par Augela, d'où une autre route conduisait par le sudouest dans le pays des Garamantes; c'est par là que les caravanes parlies de Thèbes pouvaient rencontrer celles des Nasamons et des Lotophages. Une autre route, également indiquée par Hérodote, se dirigeait, de l'est à Touest, de Thèbes vers les colonnes d'Hercule et le cap Soloès,

touchant ainsi à l'Océan; et quelque opinion qu'on se fasse sur l'exacte direction de ces routes, on ne pourra que reconnaître la réalité de cette grande communication entre la vieille Thèbes et la vieille Carthage, la Carthage des Chananéens, qui fut contemporaine du successeur de Moïse, et qui recevait ainsi par la voie de terre les marchandises de rinde, de l'Arabie, de l'Egypte et de l'Afrique intérieure et méridionale. Ce grand mouvement des peuples fabricants ou commissionnaires tirait de son objet et de ses bénéfices une activité éminemment favorable aux bonnes rencontres du hasard.

(( Deux autres routes commerciales conduisaient de Thèbes en Ethiopie et à Méroé; Tune était établie sur les rives mômes du Nil, et l'autre au travers du désert de la Nubie. Les voies dirigées vers le golfe Arabique n'étaient pas moins fréquentées; il y en avait une qui partait d'Edfou; une autre de Thèbes, se dirigeant vers Cosséir; et dès que les Pharaons eurent des vaisseaux dans la mer Rouge, les communications les plus courtes durent s'établir entre les côtes de cette mer et la ville de Thèbes. »

Un ancien compagnon de voyage de Ghampollion, Cherubini, décrit ainsi, dans son livre sur la Nubie, la manière dont se faisait le commerce dans la haute Egypte et TÉthiopie : n Pour maintenir à jamais rinviolabilité de l'Egypte et favoriser en même temps l'essor de l'industrie nationale et de la richesse publique, dont il importait de ne pas tarir les sources, la caste sacerdotale s'était posée comme l'intermédiaire nécessaire et inévitable du commerce. Dans ce but, elle s'était emparée, dès l'origine, de toutes les avenues de TÉgypte, en occupant exclusivement, par elle-même et par ses nombreux affiliés, certaines localités, séparées de la vallée du Nil par des espaces déserts, et où aucun contact n'était à redouter pour ses populations. Sur ces points isolés, mais toutefois assez voisins de l'Egypte, sortes de territoires neutres où il se mettait seul en rapport avec les commerçants des autres pays, le corps sacerdotal avait placé des comptoirs sous la protection de son ministère sacré, et à l'ombre des sanctuaires d'Ammon. Là, les transactions du négoce étaient revêtues de formalités particulières et presque mystiques, qui conservaient à la caste la dignité de son saint caractère et prêtaient une certaine solennité à l'intervention de la religion dans les spéculations mercantiles. L'habileté sacerdotale tirait un certain parti du mystère et de l'isolement même où ces opérations s'accomplissaient, et la tradition rapporte que pour mieux exploiter les peuplades superstitieuses qui fréquentaient ces lieux écartés^ elle y

sa LE COMMERCE.

faisait entendre la voix imposante des oracles, qui devait singulière' méat ajouter à son monopole. »

On ne sait pas au juste quel était le système de construction adopté pour les routes qui sillonnaient l'Egypte et l'Asie antérieurement à la conquête d'Alexandre. Chez les Grecs, les routes étaient quelquefois pavées avec des dalles oblongues ou polygonales. Une des voies antiques qui aboutissaient aux partes de Measéne et, dans plusieurs endroits de la Grèce, des fragments de routes, dont les pierres portent encore la trace du sillon creusé par la roue des chariots, montrent que les Grecs attachaient à la construction des routes une grande importance Toutefois ces restes se rapportent plutôt à l'époque de la domination romaine, et les Romains pour tout ce qui touche aux grandes voies de communication étaient très -supérieurs aux Grecs Les Romains étaient un peuple éminemment centralisateur et rétablissement des routes relevait de la politique autant que de l'archi lecture.

Le niassir des voies romaines se composait de plusieurs couches La première, appelée stalumen, était composée de moellons plats; la seconde, appelée rudus, étiùt formée de cailloux mêlés avec du mortier; la troisième, appelée micleus ou noyau, était un mélange de chaux, de briques, de craie, etc. ; et la quatrième, appelée summum dorsum, était faite de grandes pierres plates taillées en polygones irréguliers et enfoncées dans le noyau. La largeur de la voie comprenait trois parties : celle du milieu, ou la chaussée, était bombée pour faciliter l'écoulement des eaux. Sur les parties latérales étaient des trottoirs plus élevés que la chaussé! et couverts de cailloux ou pavés avec des dalles. Au surplus, la perfection du chemin, comme construction, était en rapport avec son importance comme voie de communication, et elles ne présentent pas toutes le même caractère. On dit que les Carthagi- ODts ont fait les premiers des routes pavées. La plus célèbre des routes

LES COMUaniCATlONS. 330

romaines, la voie Appienne, a été construite par le consul Appius Claudius, l'aa de Rome 4^2.

De mille en mille pas s'élevaient, sur les routes romaines, dés bornes milliaires, destinées à indiquer la distance. Elles étaient plus élevées que les nôtres et formaient des colonnes ou d'autres petits monuments, sur lesquels on trouvait des inscriptions donnant, outre la distance, le nom de l'empereur qui avait construit ou réparé la voie.

On a retrouvé de ces bornes dans toutes les parties du monde romain : celle que reproduit la figure ^15 a été découverte dans le déparlement du Calvados.

Le mille, mesure itinéraire des Romains, valait mille pas de 5 pieds

chacun, ou l.IiSO mètres et une fraction : dix milles représentaient l(i,815 mètres.

Le stade, mesure itinéraire des Grecs, valait 600 pieds grecs ou iOO coudées, c'est-à-dire 185 métrés. Il représentait la huitième partie du mille romain. Il s'agit ici du stade olympique de 600 au degré, qui était le plus employé. Mais il y avait des stades de difTérenles longueurs, ce qui jette parfois une certaine confusion dans les mesures qui nous sont laissées par les auteurs anciens.

Dans l'antiquité, comme de nos jours, les routes étaient incessamment parcourues par des voitures et des chariots, dont la forme s'adaptait à l'emploi qu'on voulait en faire.

Un char en bronze, conservé au musée ou vaiican, nous montre comment était fait le timon d'une voiture. 11 était attaché à une barre transversale au moyen d'une courroie ou d'une cheville et on le relevait de manière que son extrémité se trouvât en l'air quand les chevaux étaient dételés. Au reste, tous les chars n'étaient pas pareils et on voit par les monuments qu'il y en avait d'espèces très-différentes.

Pour une petite course, les Romains allaient duns des litières garu. 42

nies de coussins sur lesquels on pouvait s'é[endre. Il y en avait d'ouvertes et d'autres qu'on fermait à l'aide de rideaux de cuir ou de lia. Le noml»re des porteurs variait de deux à huit. Pour les voyages plus longs on avait des chariots attelés de chevaux ou de mules. Uae pein-

Pi«. 418. — Chuiot aoUque.

ture d'un tombeau étrusque mootre un char à deux roues recouvert d'une tente demi-circulaire (fig. /il6). Les voilures de ce genre ont dû être employées pendant toute l'antiquité pour le transport des voyageurs. La voiture d'osier représentée sur la figure A17 devait servir

4 B — Cbulo uiliquB

pour le même usage; cependant, comme elle est tirée des bas-reliefs qui décorent la colonne de Marc-Aurèle, on doit présumer qu'on l'employait également pour le service de l'armée.

Nou3 avons déjà montré dans ce volume (fig. 88 à 9ii| les diiïércntcs formes de chariots dont se servaient les cultivateurs. Un marbre funéraire du musée de Baden nous fait voir un chariot d'une autre espèce (fig. kl%). Il est couvert de planches et a t'upparcnce d'un coffre. Les

voitures de ce genre servaient à faire voyager des marchandises précieuses que le transport ayrait pu détériorer. Le chariot représenté sur la figure Aid ressemble à nos grands tonneaux de vendange, et on l'utilisait probablement pour le transport des liquides.

Pour se guider dans ces routes et dans les chemins de traverse qui venaient y aboutir, les voyageurs ou les conducteurs de voitures avaient des itinéraires écrits et des itinéraires figurés. L'itinéraire écrit était une sorte de tableau indiquant le nom- des villes et des stations par lesquelles on devait passer pour aller d'un point à un autre, avec la distance comprise entre chaque localité intermédiaire. Les itinéraires figurés étaient des espèces de cartes géographiques montrant le tracé des routes, avec l'indication des villes qu'elles traversent. Le seul de ces itinéraires que Ton connaisse est celui qui est désigné sous le nom de carte de Peutinger. La forme des lettres annonce le xin* siècle, et la carte elle-môme, qui est sur plusieurs grandes feuilles de parchemin, paraît avoir été copiée par un moine sur une carte antique aujourd'hui perdue. Ce monument n'en est pas moins exirômement précieux.

a Lorsqu'on examine la carte de Peutinger, dit M. A. de Gaumont, dans V Abécédaire archéologique, on est choqué par le désordre apparent et la confusion qu'elle semble offrir dans toutes ses parties; les pays n'y sont point placés suivant leur position géographique, leurs limites respectives et leur grandeur réelle. On les a rangés arbitrairement les uns à la suite des autres, de l'est à l'ouest, sans avoir égard h leur figure ni à leurs latitudes et longitudes, déterminées par d'autres géographes.

(( Dans la partie de Tempire qui correspond à la Gaule, tous les fleuves qui coulent du midi au nord sont indiqués comme se dirigeant d'orient en occident. On a suivi la môme marche dans la position relative des villes, et celles qui occupent la partie septentrionale se trouvent à l'ouest ou à Touest-nord-ouest des villes de la partie méridionale.

f( Le Rhin, par exemple, dont le cours naturel est du sud au nord dans une grande étendue de pays, est figuré sur la carte comme coulant de Test à l'ouest, et l'embouchure de ce fleuve, qui se trouve assez loin de celle de la Seine, est marquée tout près d'elle. Gesorior cum (Boulogne) est indiqué précisément à l'ouest de Ratumagus (Rouen); Coriallum (Cherbourg), à la môme latitude que Subdinum (le Mans).

LES COMMUNIGÂTIQIfS. 333

(( On peut juger de cette disposition singulière par le fragment que voici, et qui représente la France occidentale (fig. 420), On voit comment, par suite de ce système, la côte de la presqu'île de Bretagne a été rapprochée de la Saintonge, et le golfe d^ Aquitaine, représenté par une espèce de détroit qu'on serait tenté de prendre pour Tembouchure d'une grande rivière.

« Ce n'est point par ignorance qu'on a procédé de la sorte, et la longueur exorbitante de la carte, comparée t sa hauteur, prouve bien que cette disposition a été calculée. On ne s'est point proposé de faire une carte géographique correcte; on a voulu seulement représenter les grandes routes de l'empire. Aussi la carte ne mentionne-t-elle absolument que les villes placées sur ces routes, et une multitude de cités importantes ont-elles été omises parce qu'elles ne se trouvaient pas dans cette condition, au lieu que des localités de peu d'importance ont été marquées.

« Si Ton avait proportionné la hauteur du tableau à sa longueur, il eût été d'une incommodité manifeste, outre qu'il serait resté entre les routes un grand nombre de vides inutiles. L'auteur a donc pensé qu'il fallait se borner à l'espace nécessaire pour Ggurer les grands chemins» abstraction faite de l'étendue et de la forme des pays qu'ils parcourent; et, prenant l'empire dans sa plus grande longueur, de Test à l'ouest, il lui a fait subir du nord au sud cette sorte de compression, d'écrasé* ment, qui rend si singulière à nos yeux la carte de Peutinger. »

Les auberges. — Les auberges sont le fruit d'une civilisation assez avancée et on en chercherait vainement la trace dans les sociétés primitives. Aussi l'hospitalité tient toujours une très-grande place chez les peuples qui ne sont pas encore tout à fait constitués. C'est un devoir d'admettre à son foyer non-seulement le suppliant, mais encore le simple voyageur, et comme ce devoir implique la réciprocité, il est toujours observé avec beaucoup d'empressement. En effet, le voyageur qui a été reçu dans une maison se considère comme le débiteur de l'hôte qui Ta accueilli. 11 acquittera certainement cette dette, et si un membre quelconque de la famille de cet hôte vient un jour dans le pays qu'habite ce voyageur, il sera reçu à son tour dans la maison et prendra sa place au foyer. C'est de là qu'est venu l'usage des tessères. On appelait tessère hospitalière une petite plaque d'os ou de bois sur laquelle on inscrivait son nom avec le nom de l'hôte chez qui on avait été reçu. En se quittant on cassait en deux la tessère, dont les mor-

asi

LE COHHEBCe.

ceaus servaieot ensuite à constater l'identiiê. C'est aiosi qu'un jeooe homme pouvait, sans autre recommandation, se présenta dans une maison, en disant : Votre graod-p^ a reçu Thospitalité chez le mien, et il était dès lors Je bienvenu.

Ces usages se ressentent encore des mœurs patriarcales, mais quand, par suite de l'extension du commerce, les voj'ages furent devenus beanciiup plus fréquents, il Tallut bien trouver un moyen de -k^r les gens

4lil*ll!«jA|i

^•mi^ww^"'''

^ffi :

Si=^ii--^' •*

qui se transportaient en grand nombre d'une ville à une autre pour leurs tfaires. C'est alors que se sont établies les auberges où, moyennant une rétribution, chaque voyageur pouvait trouver un gtte dans le pays qu'il traversait. Dans les plaines sablonneuses de l'Afrique et do l'Asie, où le commerce se faisait surtout par caravanes, on campait sous la tente, comme on le fait encore aujourd'hui. Mais dans les contrées populeuses et sillonnées de routes, des auberges s'clevËrent à l'entrée des villes et dans tous les carrefours où les grands chemins se croisent. Ce qui est sûr, c'est que du temps d'Aristophane, un voyage dans l'inlérieur de la Grèce n'était pas une chose bien compliquée. Dans let Grenottilles. quand Bacchus veut aller aux enfers, il va trou-

LES COMMCKICATIONS.

ver Hercule pour lui demander quelques renseignements sur le voyage qu'il doit entreprendre. « Quant au motif qui m'amène ici, dit-il, c'est pour apprendre de loi, en cas de besoin, les hôles qui te reçurent à la

descente aux enfers; indique-moi aussi les poris, les boulangeries, les maisons de dtibauchc, les stations, les hôtelleries, les fontaines, les roules, tes villes, les logements, les cabarets où il y a te moins de punaises. »

m LE COMIIBRCE.

Parmi les plus curieuses peintures de Pompéi, il faut citer celle qui a él^ découverte en 1832 dans la maison dite des Gni] tqueUltts. qui parait avoir été une auberge, ou tout au moins un cabaret. Elle représente une salle d'auberge : quatre buveurs sont autour d^une table au milieu de laquelle est un bol contenant le liquide (fig. A21). ils se servent de cornets en guise de verres. Deux des buveurs ont la léte couverte de capuchons à la manière des cabans de pécheurs. Sur les murs de la salle où élaitcette peinture on a trouvé les comptes du marcband de vin et les écots des consommateurs.

Outre les aubei^es et les ca- I barets il y avait dans tontes les villes des cuisines publiques, dont I usage répondait à nos gargotes Od en a retrouvé une à ' Pompéi le comptoir, construit en maçoDoene, est percé de trois trous destinés probableiQent à contenir de I huile, des olives et de la saumure de poisson, qui était un mets fort recherché du peuple On la faisait avec du.

poisson manné dans le sel. Un fourneau était scellé dans le comptoir (fig f|22}.

Dès les temps les plus anciens de la Grèce, il a été d'usage d'employer l'eau chaude comme boisson en la mêlant au vin et au miel. Hîppocrate avait dit que l'eau qui avail bnuilli devient par cela même plus saine, en sorte que les boissons chaudes étaient considérées comme très-hygiéniques en même temps qu'on les trouvait três-agréables. Le même usage se retrouve en Italie, et les lhermopolia,%ea\:e d'établissements qui répondaient à pou près à nos cafés modernes, étaient tellement nombreux, qu'à Pompéi, il n'est presque pas de rues oii on n'en trouve. A Rome, l'empereur Caligula s'avisa un jour de faire fermer les établissements où se vendaient les boissons chaudes, parce qu'ils ne s'étaient point fermés temporairement en signe de deuil, comme tous les autres lieux

de plaisir, lors de la mort de Drusilla; mais la puissance souveraine de l'empereur échoua contre la toute-puissance des mœurs.

Une stèle du musée de Bourges représente un homme tenant dans la main droite un vase avec lequel il verse un liquide dans un gobelet placé dans l'autre main (fig. /(23). Il est probable que nous avons ici l'image d'un marchand de vins dans la période gallo-romaine. A cette époque, en effet, il y avait des cabarets sur toutes les routes à peu près comme aujourd'hui. Les auteurs anciens en parlent souvent, a Dans le voisinage, dit Pétrone, s'élevait un hameau peuplé de jolies maisons de plaisance, où plusieurs de mes amis étaient venus passer la belle saison; mais, à moitié chemin, surpris tout à coup par une grosse pluie, nous courûmes nous réfugier dans une auberge de village qui se trouvait sur la route et dans laquelle un grand nombre de passants étaient venus chercher un abri contre l'orage. »

Sous l'empire romain, où tout était régularisé, les auberges établies le long des routes étaient soumises à une espèce de contrôle de la police et le voyageur qui s'y arrêtait pour quelque temps était tenu à certaines formalités, qui devaient répondre à peu près à notre passeport moderne. Les voleurs se trouvaient ainsi astreints à une surveillance qui les gênait quelquefois, comme on le voit dans la scène suivante de Pétrone, où des voleurs viennent d'entrer dans une auberge :

« Nous décousions la robe, pour en tirer notre or, quand nous entendîmes quelqu'un demander à notre hôte quels étaient les gens qui venaient d'entrer ch3z lui. Cette question ne me plut guère; L peine son auteur fut-il sorti, que je courus m'informer de 1 objet de sa visite. — C'est, me répondit notre hôte, un huissier du préteur; sa charge consiste à inscrire sur les registres publics les noms des étrangers ; il vient d'en voir entrer deux chez moi, dont il n'a pas encore pris les noms, et c'est pourquoi il venait s'informer du lieu de leur naissance et de leur profession. »

Il est bon d'observer que si les marchands ou les petites gens en voyage trouvaient aisément des gites pour se reposer ou se rafraîchir, rien ne prouve que l'antiquité ait eu l'analogue des somptueux hôtels où les gens opulents descendent aujourd'hui. Il est présumable, au contraire, que, daùs la classe riche, ceux qui voyageaient préféraient descendre chez quelque personnage de la ville, pour qui ils s'étaient munis de recommandations avant de partir.

Les voyageurs de distinction ne descendaient jamais dans les auberges. A Rome, les fonctionnaires et les personnages chargés dune mis-

338 LE COMlfEECR.

non da gOQYeniement trouvaient tout le long des cbemins des établissements spéciaux pour les recevoir. C'est ce qu'on a appelé la course publique. « L'origine de la course publique, dit IL Desenne dans YthUan postale, est incertaine. L'opinion qu'Auguste en est le fondateur repose uniquement sur un passage de Suétone ainsi conçu : « H « disposa sur les routes stratégiques, à de courtes distances, d^abord des « jeunes gens, puis des voitures, afin d'avoir des nouvelles plus promptes « des provinces et de pouvoir aussi interroger les courriers qui lui étaient « dépéchés d'un lieu quelconque quand les circonstances l'exigeaient. » Si une hypothèse était permise à ce sujet, nous dirions que la course publique existait avant Auguste, attendu qu'il résulte du passage précité qu'Auguste voulait surtout avoir des nouvelles « plus promptes d, mais qu'elle existait sous le nom à'angaries, mot qui était connu depuis quatre cents ans et qu'on a continué à employer sous les successeurs d* Auguste, pour désigner des moyens de transport et des réquisitions ou corvées de toute sorte. Les courriers de la république étaient donc obligés de se procurer par voie de réquisition les chevaux nécessaires pour en changer, ou de voyager avec leurs propres chevaux à petites journées. Auguste aurait simplement régularisé cet état de choses en créant des stations dans lesquelles les provinces étaient tenues d'entretenir des chevaux pour son service; ce qui valait mieux que d'en réquisitionner sur les roules.

0 Par la force des choses, le gouvernement impérial fut amené à donner une grande extension à cette institution. Les maisons de poste se transformèrent en hôtelleries où logeaient les fonctionnaires en mission, les ambassadeurs et les empereurs eux-mêmes, et où l'on ne manquait de rien de ce qui constitue la commodité du voyage. On y annexa des magasins d'effets d'habillement et de vivres et la course publique devint le grand moyen de transport par terre du gouvernement. On entretenait vingt chevaux dans chaque station et quarante chevaux dans chaque maison de poste; mais cette cavalerie était peu de chose comparativement au nombre de mules, de mulets, d'ânes et de bœufs qui servaient au transport des équipages, des bagages des armées, des deniers publics et de tout ce que le gouvernement romain faisait venir ou expédiait par la voie de terre.

« Tout était gratuit dans le service de la course publique, mais on n'était admis à en faire usage que sur une autorisation appelée a lettre d'évection » qui décrivait minutieusement non-seulement les moyens de transport, mais les fournitures auxquelles le voyageur avait droit.

LES COMMONICàTIONS.

Un comnienlateur de Marculfe a donné une formule de ce qu'un ambassadeur pouvait demander pour [ni et sa suite. On y trouve mentionnés, indépendamment des chevaux d'attelage et de surcroît : le pain, le vin, la bière, le lard, la viande fraîche, les porcs, les cochons de lait, les moutons, les agneaux, les oies, les faisans, les poulets, les œufs, l'huile, la saumure, le miel, le vinaigre, le cumia, les noix, le girofle, l*ail, la cannelle, le mastic en grains, les dattes, les pistaches, les amandes, le fromage, le sel, les herbes potagères, les légumes, le bois, les chariots, les fagots, le foin et l'avoine.

Il Les troupes en marche recevaient dans les manslons les vivres dont elles devaient s'approvisionner pour plusieurs jours.

<i Le service de la course publique était placé sous la haute direction du préfet du prétoire et, dans les provinces, sous les administrateurs des transports. Le maître de poste d'un relais était appelé manceps. On désignait d'une manière générale sous le nom de ttator tout agent d'une station, n

NAviGATion. — Les premières roules ouvertes au commerce les fleuves ou les cours d'eau navigables, mais il est impossible

Pig, 4S4. — Pjgmiti «nduiuiit oa biliM (D'iptii niiD pointon d« Fompéi )

de préciser l'époque oit a commencé la navigation. Elle est certainement contem|joraine des sociétés les plus primitives ; en voyant un tronc d'arbre flotter à la surface de l'eau, »n a dû promplement avoir

3M U COmiIRCE.

tldée de le CFeu8«' pour eo faire nn canot, oa «feu a pour en faire uo radeaa.

Voici des barques de rinères représentées sur des peiotores de Pompéi. Les peraoanages qui les cooduisent sont de fabuleux paginées, mais la forme du bateau n'en est pas moins très-viaible. Ici (Bg. tiik) deox naolonieis diUbrmes et h grosses tètes, comme on représente habituellement les pygmées, conduisent une nacelle peinte

en rouge, lis portent à la ceinture une petite draperie verte : l'un rame, l'autre so raidit en tirant un filet, ou en halant quelque cordage qui tient probablement à la rive. Le bateau est chargé de vases de terre à deux anses, qui oui la forme d'amphores.

Une autre barque également peinte en rouge et montée par trois pygmées (fig. 425) traverse un marais couvert de plantes aquatiques, où nagent des poissons de forme bizarre. Bien que les personnages qui montent ces barques soient fabuleux, et que la composition elle-même soit d'un caractère purement grotesque, la représentation que nous avons ici montre probablement un type extrêmement ancien, et qui a dû se reproduire à peu près partout avec quelques variantes. Toutefois ces canots sont, en somme, assez courts pour leur largeur, et si cette conformation oITrait des conditions d'équil ibre que devaient nécessairoment rechercher des hommes peu expérimentés dans la navigation.

elle avait aussi Tinconvénient d'une grande lenteur dans la marche. Le besoin de la rapidité a dû nécessairement suggérer de bonne heure ridée d'une forme plus élancée, et les petits bateaux en papyrus dont nous avons donné la représentation tome I, figures 76 à 78, répondaient

Pig. 496. — Ooaveraa;! égyptien.

à ce besoin. Le Nil, dans l'antiquité, était le fleuve qui avait la navigation la plus active, et nous avons expliqué déjà (tome I, pages 77 et suivantes) quel était le genre de barques qui le sillonnaient en tous sens. Nous rappellerons toutefois que le gouvernail de ces barques se composait de deux avirons, dont nos figures k^6 et 2i27 reproduisent

Pig. 427. — Gouvernail égyptien.

la forme habituelle. L'ornementation est tirée de la plante de lotus qu'on retrouve dans toutes les constructions grandes et pelites qui bordent le Nil. Nous avons reproduit également (tome I, fig. 131 et 133) des barques assyriennes; nous n'avons donc pas à y revenir ici.

Il n'y a pas à s'occuper de la navigation fluviale des Grecs, qui n'avaient guère de cours d'eau capables de porter des bateaux.

Les bas-reliefs qui décorent la colonne Antonine et la colonne Tra* jane montrent plusieurs bateaux romains. Ceux qu'on voit sur la figure k^S sont des canots de très-petites dimensions qu'un seul rameur suffisait à faire manœuvrer. La figure k29 montre des bateaux sur l'un desquels la disposition de l'aviron est très-visible, et dans la figure iSO, sur laquelle on voit transporter des chevaux, les bateaux sont un peu plus grands et de forme difl'érente; mais aucun monument ne nous autorise à penser qu'il y ait eu dans 1 antiquité des bateaux analogues par la forme et la dimension à ceux que l'on emploie aujourd'hui pour la navigation des fleuves.

La navigation fluviale a dû nécessairement précéder la navigation maritime et celle-ci se bornait primitivement à aller d'un port à un

autre eu suivant la côie. A l'aide de la rame ou de la voile, les petites embarcations peuvent aisément remonter un Deuve. sunrc udc cûie, ou traverser un archipel en s'arrétanl aux différentes lies qui le composent. Mais c'est seulement depuis l'invention des navires pontés que l'oo a pu s'aventurer en mer dans des voyages un peu longs. Les Phéniciens ont été les plus anciens navigateurs. Les documents sont malheureusement trop rares pour que l'on connaisse exactement la forme de leurs navires.

n lille. {CokpODB Anli

Le sol découpé de la Grèce, les sinuosités profondes qui creusent partout des golfes ou font surgir des promontoires, les lies qui hérissent la mer et offrent des abris ci des refuges contre la tempête, tout semble s'être réuni pour faire des Grecs un peuple de navigateurs. C'est pourlaot sous un aspect pastoral que nous apparaît la population primitive de la Grèce, dont presque toutes les lies et une grande partie des côtes avaient re<;u, à une époque inconnue, des colonies phéniciennes. Les Phéniciens étaient déjà navigateurs à une époque où la population grecque se composait exclusivement de chasseurs et de bergers.

Les anciens, qui ne connaissaient pas la boussole, pouvaient difficilement entreprendre de bien grandes navigations, et la plupart du temps ils évitaient de s'éloigner des côtes. Ils rtïglaient leur marche d'après lo soleil dans le jour et d'après les étoiles dans la nuit, en sorte

LES COMMONICATIONS.

qiirt par les mauvais temps iis n'avaienl plus de moyens de so guider el couraient souvent de irès-^anda dangers. Les récits étranges qui se raltacheni à l'oxpédiiion des Arçonaules et les diflicultés sans nombre qu'éprouve Laisse lorsqu'il veut revenir dans sa patrie expriment trèsbien les angoisses et rinexpériencc des premiers navigateurs. Toutefois

CCS récits se rattachent toujours à l'âge héroïque, et la navigation a fait par la suiie de très-grands progrès, puisque, sous la période macédonienne et romaine, les navires traversaient en tous sens la Méditcrratiée et allaient même trafiquer jusque dans les Indes.

La navigation chez les Grecs a son origine dans la piraterie plus encore que dans les besoins du négoce. Tout concourt à le prouver et Thucydide l'affirme très-nettement.

" Anciennement, dit cet historien, les Grecs el ceux des barbares

LRS COMMDNICITIONS. 34&

n'était pas déshonorante : au contraire, elle était regardée comme rapportant quelque gloire. Cette assertion est prouvée encore aujourd'hui par quelques habitants du continent, qui s'enorgueillissent de la piraterie exercée d'une bonne manière, et par les anciens poètes qui, dans tous les passages où ils questionnent les nouveaux débarqués, leur demandent indistinctement s'ils sont pirates : la piraterie n'était ni désavouable pour ceux qu'on interrogeait, ni reprochable pour ceux s'en enquérir »

PIg. 43t. — Qtlin 4TM u ToUe.

Il est dilTicile de se faire une idée exacte de ce qu'étaient ces petits navires montés par des pirates : on voit pourtant, au fond d'une coupe antique, une peinture représentant le vaisseau tyrrhénien qui enleva Bacchus, et la forme de ce vaisseau (fig. I|31) peut laisser supposer une certaine rapidité dans sa marche. Malheureusement la voilure et les agrès se comprennent difficilement, à cause du miracle qui s'accom* plit en ce moment : les cordages se transforment en branches de vignes pendant que les matelots, changés en dauphins, viennent de plonger sous les flots.

Les principales parties d'un vaisseau étaient la proue, ou l'avanl, la poape, ou l'arrière; e( le milieu, ou la caréné. Le capitaine ou le pilote se tenait toujours à U poupe, comme on le voit sur la ligure 432. La voile parait avoir été employée concurremment avec la rame dés une haute antiquité, puisqu'elle apparaît déjà dans l'expédition des

MB

LE COHHBRCE.

Argonautes. Hais parmi les vaisseaux, on distin^ait toujours ceux qui n'avaient qu'un seul rang de rameurs de chaque côté et ceux qui en avaient plusieurs. Les rangées de rameurs n'étaient pas placées perpendiculairement les unes sur les autres, mais les rames étaient alternées de manière èi ne point s'embarrasser. Le timon était une barre transversale Dxée à angle droit au maocbe du gouvernail dans sa partie supérieure. Cette disposition est parfaitement visible dans la trirème représentée dans la figure fi33.

7ig. 433. — Tiiitmt.

Dans les navires de très-petite dimension le pilote manœuvrait en tenant un timon dans chaque main; mais si le vaisseau était plus grand ou si ta mer était mauvaise, on employait deux timomers. La manœuvre consistait à lever ou abaisser la barre que le pilote tenait à la main, en même temps que par un mouvement léger en dedans ou en dehors, on aiïrait à l'eau plus ou moins de résistance.

La forme du navire est très-bien caractérisée dans la figure ci-dessus, mais on n'y voit pas aussi clairement la manœuvre des rameurs, qui semblent en effet être placés sur un seul rang, tandis qu'il y a trois rangs de rames.

La voilure des navires était d'une simplicité remarquable, surtout à

LES C0MUDN1CATI0N8.

l'origine, et quand la navigation était encore dans un état tout à fait rudinientaire (lig. ù3(i et £|35). Les vaisseaux n'avaient la plupart du temps qu'un màt : la grande voile était carrée et Gxée par le haut à une ver^e, comme le montre la figure I|36, qui est tirée du Virgile du Va-

tican; cette voile était reliée au navire par ses angles inférieurs, mais de telle façon qu'on pouvait toujours la tourner du cûté du vent. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui les écoutes; il y en avait deux, l'une à bâbord, l'autre à tribord.

Quand le temps était mauvais, on abaissait la veipie et on carguait la voile; s'il redevenait beau, on remoutait au contraire la vergue jusqu'en haut du mât et on abaissait la voile jusqu'au pont eu lâchant les garcettes. Celle manœuvre est figurée sur un bas-relief funéraire découvert à Pompéi (fig. I|37). On remarquera que le navire repré-

sente sur cette figure était un bâtiment destioé à transporter des mardiaadises et u'éutt pas construit au point de vue d'une grande rapidité, comme les galères beaucoup plus longues et plus minces que nous avons vues sur les figures k^h et b35.

Nous avons dit que dans l'origine, les vaisseaux n'avaient qu'un in&t et que la voile était toujours de forme carrée. Ces usages se sont

modifiés avec le temps, et une peinture de Pompéi, qui représente Ariane abandonnée par Thésée, dont le navire disparaît a l'horizon, nous montre un système bien différent. En eFTet, nous avons ici deux voiles et elles sont de forme triangulaire. Celte voile avait sa pointe en bas ti sa base en haut fixée à une vergue, de façon que toute la force du vent se concentrait sur le haut du navire : on s'en servait surtout quand le vent était faible. On voit aussi quelquefois, suspendue au mât

de misaine, une petite voile de forme carrée ; mais en général la voilure des navires est fort peu compliquée et montre que la navigation était encore très-élémentaire.

On nommait aplustre un ornement fait de planches de bois ressemblant un peu aux plumes qui composent les ailes d'un oiseau et qui se plaçait à la poupe du navire. On peut le voir aur la figure I|38 où il est

biUmcDt d» tnuiiporl.

très-complet. La pelite tour qui est sur le pont de ce navire indique un bâtiment de guerre ou de plaisance, mais elle ne se trouverait pas sur des navires de commerce.

L'ancre dont se servaient les anciens ne différait pas essenlicllcmcnt de celles que nous employons aujourd'hui. La forme de l'ancre est très-visible sur la figure £|39, tirée des bas-reliefs qui décorent la colonne Trajane.

Les navires portaient un nom qui était généralement emprunté à l'image peinte ou sculptée sur l'avant du bâtiment. Ces insignes étaient souvent des animaux, et quelques auteurs se sont appuyés sur cet usage pour donner sur certaines fables mythologiques des explications qui les réduiraient à de simples actes de piraterie. Ainsi l'cniévement d'Europe par un taureau, celui de Ganymède par un ai^lc, indiqueraient que le navire sur lequel ils sont partis avait pour insigne un taureau

39a LE COMMERCE.

OU un aigle et portait par conséquent le nom de cet animal. Quelquefois, comme od le voit dans la figure kkd, c'est un œil qui est figuré sur l'avant du navire. Haïs qael que soit l'insigne du navire, c'est toujours à l'avant qu'il doit être placé.

Lucien donne d'un navire la descriptimi suivante :

B Quel vaisseau I Le constructeur m'a dit qu'il a cent vingt coudées

de long sur un peu plus de trente coudées de lai^e, et que depuis le

pont jusqu'à fond de cale et à la sentine où se trouve la plus grande

profondeur, il a vingt-neuf coudées. Et puis, quel m&t I Quelle antenne

il soutienti Par quel câble a-t-il besoin d'élre retenu! Comme sa poupe s'arrondit par une courbe insensible, ornée d'un chénlsque doré 1 La proue, vis-à-via, va en s'élevant avec symétrie, se prolonge en avant et porte sur les deux flancs la figure de la déesse Isis, qui a donné son nom au vaisseau. Le reste de ses ornements, les pclnlures, la flamme rouge du mal, les ancres, les cabestans, les tourniquets, les cbaœbres voisines de la poupe, toul m'en paraît admirable. »

Tout navire avait une divinilc tutélairc sous la proieclion de laquelle il était placé et dont la mission était de proléger l'équipage pendant le mauvais temps. L'image de cette divinité se plaçait à l'arrière du navire, contrairement à l'insigne qui se menait toujours à l'avant. On honorait cette divinité avec des rameaux verts dont on parait son image. C'est ainsi que nous lisons dans Pétrone : « Après avoir rei;u le ser-

LES COMMDNICATIONS.

ment des deux partis, Tryplième, tenant à la main un rameau d'olivier dont elle a dépouillé la divinili tuUlaire du vaisseau, s'avance hardiment au milieu des combaltans a. Le même écrivain nous dit que celle divinité était habiiuellcment utic statuette, dont les ornements tejitaicnt quelquefois la cupidité des voleurs. <> Dans une chambre voisine de la poupe, dit un personnage de Pétrone, éuit la statue de la déesse; je m'y glisse. Une robe précieuse la couvrait et sa main portait un

aistre d'argent; j'enlève le sistre cl la robe. De la passant dans la cabine du pilote, je fais un paquet des meilleures nippes, puis a l'aide d'un câble ofEcieux, je m'élance liors du vaisseau, i>

Apulée, dans ses Mitamoiyhoscs, décrit la cérémonie qui avait lieu à l'occasion de la consécration des navires, a Au milieu de ces murmures cl du tumulte des dévotions joyeuses, nous avancions insensiblenieni, et nous arrivâmes au bord de la mer. Quand les images des dieux eurent été placées selon le rite ordinaire, le grand prêtre s'approchi d'un navire trôs-artistemcnt construit et bariolé tout à l'entour veilleuses peintures égyptiennes. U le purifia le plus religieusement

rocha ^H

ment ^|

u 'Z»wmM.tcs,

s hnîlaat ^'«feré. et dont

£ belle: i la pKpe êcacrijû ane oie en 1 ■ïiubil«a: ^ la <sr«ie -înCKf?. Eûie ea becs de cinonicr da I piii. îusaii puiar i *«r. Bûntûc us W tiaBii«3>. ivofanes

s ^Iniiiés. ^ponèraïc '*. Tant fcs -r.

cl aatre? offrandes pieuses. Ils fireoi. en ouuv. des libarions sur les flots avec une sone de bouillie au lail, jusqu'au momeut où le Taisseau, rempli de présents ioDombraï>les et d'heureux objets de dèvotitm, eut été dégagé des câbles qui le reteuaieRt à l'aDcr^, et qu'à la faveur d'un veoi doui ei propice, il se Tut lancé en pleine mer. Lorsqu'il n'apparut plus au loin dans l'espace que comme uu point imperceptible, les porteurs des objets sacrés se chargèrent de nouveau des emblèmes que chacun d'oui avait apportés, et ils reprirent avec joie dans le même cérémonial le chemin du temple, ^j

Lorsqu'une personne partait pour un voyage maritime qui devait avoir quelque durée, scr parents et ses amis venaieui lui faire des souhaits de bonne navigation et lui remellaient de petits présents à titre de souvenir. Cet usage se trouve à Rome aussi bien qu'en Grèce. La figure ^^1 nous montre une lampe en forme de bateau, qui était probablement un présent de ce genre. L'endroit où se mettaient babîtuellement les rameurs est ici occupé par les petits trous dans lesquels

on posait la mèche; il y en a quatorze. Les cadeaux qu'on donnait aux voyageurs étaient naturellement de différentes sortes : mais on sait qu'ils consistaient souvent en lampes, et la forme de celle que nous reproduisons est trop caractéristique pour ne pas indiquer qu'il s'agit d'une navigation.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des navires destinés au commerce. 11 y avait aussi des bâtiments de plaisance et quelques-uns étaient

Fig. 441. — Lampe do terre en forme de bateau.

même de très-grande dimension. Athénée nous a laissé une curieuse description d'un navire, ou plutôt d'un palais naval que les Ptolémées avaient fait bâtir pour leur plaisir.

« Ptolémée Philopator, dit-il, ût construire un vaisseau pour aller sur le Nil. Il avait un demi-stade de long et trente coudées dans sa plus grande largeur. Sa hauteur, y compris celle du pavillon, était à peu près de quarante coudées. Il n'avait ni la forme des vaisseaux longs ni celle des vaisseaux ronds, mais une forme singulière et propre au service que pouvait en permettre la profondeur du Nil. En effet, le fond en était plat et large ; mais le vaisseau bombait dans son corps. On en avait suffisamment élevé les plats-bords, surtout à la proue, mais de manière que le bordage eût une courbure saillante et rentrante, d'une forme agréable. Ce vaisseau avait deux proues et deux poupes, et Ton avait beaucoup élevé les accastillages d'avant et d'arrière, à cause de la houle

Page 1